par Robert Cochrane version française Tof
Merci beaucoup pour votre lettre et l’exemplaire de la revue. Cela me navre mais j’y ai lu des déclarations plutôt naïves, pas tellement dans l’éditorial mais dans l’article d’Ariel. Je ne pense pas pouvoir me mélanger à eux car nos philosophies de base sont très différentes. Je pense vraiment qu’il est temps de faire une distinction entre sorcellerie et paganisme. On peut être un fervent chrétien et pratiquer la sorcellerie. On peut être un païen enthousiaste et ne jamais toucher la pierre ou la corde. La véritable difficulté réside dans l’interprétation Victorienne des Mystères et des philosophes qui ont bêtement accepté de tels écrits comme étant le dernier développement d’idées sur le paganisme. Il y avait des sorcières à l’époque païenne et elles étaient reconnues comme telles Les mystères de la sorcellerie furent aussi reconnus comme différents et distincts des mystères du paganisme. L’attitude du dix-neuvième siècle qui a allègrement mélangé les deux a été réfutée avant l’avènement du folk-lore, réfutée par des autorités telles que Carl Jung, etc. Dans les « Joyeuses Commères » Shakespeare se réfère à quelque chose de très proche de la sorcellerie moderne comme étant des « jeux rustiques ». Le magazine semble toujours faire cette erreur basique et demande en riant que nous nous unissons tous et soyons amis. Ariel pourrait tout aussi bien demander que les catholiques et les magiciens cérémoniels s’unissent et célèbrent de concert la messe. Cela ne serait pas possible. Il y a un trop grand écart entre la foi religieuse et la science religieuse. Comme vous, je désespère de trouver des gens qui peuvent accepter la discipline de pensée nécessaire à l’accomplissement de la magie et c’est ce qui nous éloigne, Jane et moi des autres. En dehors de ce problème, la présentation de la revue est excellente et la ligne éditoriale est légère mais ferme, je vous remercie sincèrement de m’en avoir envoyé un exemplaire.
Noël semble être quelqu’un dans mon genre, j’aimerais le rencontrer et discuter de ce que sont pour lui les mystères. Il y a quelque chose dans la pensée des sorcières contemporaines qui les rend intellectuellement incapables d’aller au-delà des notions de fertilité, de panthéisme et le batifolage dans la rosée. Noël donne l’impression d’avoir commencé à chercher plus loin et à chercher à en savoir plus sur la foi qu’il pratique. Je souhaite vraiment le rencontrer car lui et moi sommes peut-être sur la même voie, sur un passage très sournois et difficile et nous pourrions avoir quelque chose en commun.
Etes-vous certain de vouloir essayer la spéléo? Les grottes sont situées à Llangastock près d’une carrière par un léger recul d’une trentaine de mètres. Celle qui m’intéresse est surnommée Fanny, c’est une grotte à trois étages, elle est assez grande pour contenir dans son entrée un bus à impériale et assez étroite pour que j’aie peine à m’y faufiler à son extrémité. Puis il y a un passage transversal plat qui s’ouvre sur ce qui fut une rivière souterraine qui est horriblement étroit. C’est à la fin du passage que se trouve l’endroit intéressant, j’ai senti la roche vivante bouger lorsque je me suis assis dessus. Je pense qu’il y a un autre réseau de galeries sous ce point et nous allons creuser pour trouver ce passage. Le monticule et la pierre sont à l’arrière de la grotte dans un endroit très étroit. Je n’ai pas pu en faire toute l’exploration car le passage était bien trop rétréci, mais selon ce qu’a dit un spéléologue de confiance, il y a eu un éboulement il y a peu de temps, puis il y a la chambre où se trouve la pierre. C’est nous qui en avons découvert l’accès car il n’est pas indiqué sur le plan de la grotte. Comme Aggy Aggy, la plus grande grotte de Grande-Bretagne, n’est qu’à quelques centaines de mètres (Aggy fait 20 kilomètres de long), il y a peut être un autre réseau qui s’étend sur plusieurs kilomètres. Si vous souhaitez réellement essayer et accessoirement pratiquer la nuit précédente au sommet d’une montagne galloise avec Jane et moi, nous allons organiser quelque chose pour dans une quinzaine de jours et nous passerons par Cheltenham samedi vers 17 H. Vous aurez besoin d’une bonne paire de bottes, une tente et un sac de couchage. Nous pouvons vous trouver un casque et de l’éclairage, mais portez de vieux vêtements chauds car les grottes sont très sales et fraîches. Fanny est une grotte fascinante, avec de nombreuses très belles marques laissées par l’eau ainsi qu’une cavité plus une petite à droite qui pourrait éventuellement être utilisée pour pratiquer la magie. Cela vaut la peine de s’y rendre juste pour ressentir l’atmosphère, c’est très celte et très vert et il y a des montagnes tout autour du site. Nous allons camper cette nuit car l’auberge la plus proche se trouve à Crickhowell, environ à six kilomètres plus bas dans la vallée. Jane et moi pensons nous réunir au sommet de la montagne. Il s’agit d’une lande de 5000 hectares sans aucune présence humaine. Il n’y a qu’une petite grimpée facile pour arriver au sommet de la montagne et nous ne serons que nous deux à pratiquer ce samedi, car John et Dick et ne sont pas en forme en ce moment. Comme je l’ai dit, vous aurez besoin de bonnes bottes et d’une tente (ou alors si vous êtes prêt à marcher un bout de temps, vous trouverez quelques possibilités d’hébergement à Crickhowell. L’entrée principale est très facile d’accès, Adrian y est allé en chaussures de ville, mais le sol est glissant et parsemé de rochers. Si vous souhaitez vous joindre à nous vous serez le bienvenu et pour pimenter la chose vous serez également le bienvenu pour nous rejoindre cette nuit sur la montagne. Je prépare un « Appel », c’est à dire que je vais essayer de convoquer les esprits des Plaines car j’ai besoin d’aide pour la prochaine étape de mon voyage magique et je suis sur le point de négocier avec les pouvoirs qui sont présents. Peut-être pourrions mettre en place quelque chose entre nous et tenter d’obtenir des réactions de l’autre côté, même si ce n’est qu’un sifflement admiratif. Malgré tout, Jane et moi nous nous obstinons. Je crois bien que dans pas longtemps nous ne serons plus que tous nous deux.
Je suis très enclin à m’accorder avec vous au sujet des apprentis. Soit les gens ont le désir d’apprendre soit ils ne l’ont pas. S’ils veulent que tout soit facile alors il n’y a rien à faire pour eux. Je trouve que le plus difficile est de leur enseigner les bases de la pensée abstraite. Ils semblent tous penser que des actions physiques auront des résultats spirituels et qu’ils peuvent avoir un esprit en désordre et indiscipliné et parvenir à faire des miracles. La sorcellerie semble être condamnée à subir des personnages pour qui la religion c’est le nudisme, le sexe et la bière gratuite. Essayez de leur enseigner l’étape qui suit le désir et les hurlements de frayeur est quelque chose de fantastique. Je n’ai plus du tout envie d’enseigner à quelqu’un qui ne cherche qu’une excuse pour exposer sans cesse ses propres chimères. J’ai vraiment de la sympathie pour vous qui essayez d’enseigner les disciplines ordinaires de la voie car j’ai essayé si souvent de le faire moi-même. Pour la plupart des gens qui s’y intéressent, la « Magie » c’est de la science-fiction et ils s’attendent à ce qu’on accomplisse des miracles sans qu’il n’y ait besoin de fournir beaucoup d’efforts. Comme vous le savez, la magie c’est continuellement du sang et des larmes. Je suppose qu’un puissant instinct de conservation de l’ego personnel est responsable de la plupart des errances de l’étudiant, car lorsque la première lueur survient, elle est si brillante et claire que le peu que nous avons est tout petit en comparaison. Je crois que je ne poserais plus qu’une seule question à l’avenir et ce sera : « est-ce que tu veux vraiment mourir? » et si la réponse est positive, alors j’aurai quelqu’un qui m’apprendra des choses et à qui je pourrai enseigner. Pratiquer la véritable magie c’est placer littéralement sur son chemin de nombreux impondérables et ce qui semble être des demi-vérités, et vous savez bien qu’avant que la mort ne nous emporte, on ne saura jamais toute la vérité. La magie c’est le rejet de l’illusion en faveur de ce que pourrait être une illusion encore plus grande. Mais quelque part, d’une certaine façon, quelqu’un écoutera et comprendra.
Cela me fait plaisir que vous ayez un article dans ND, Doreen V. m’a écrit et m’a dit qu’il y a aussi un de ses poèmes, vos deux lettres sont arrivées ensemble. Je ne peux m’entendre avec D.V. nous nous tournons autour l’un l’autre puis elle pose une question essentielle, je contre, et j’en prépare une pour elle, jusqu’à présent nous sommes tous deux restés sur nos positions et nous sommes chacun retournés sur nos chemins qui divergent. Il faut que je travaille avec la femme pour qu’elle comprenne. Jusqu’à présent nous ressemblons à deux académiciens qui essayent de se montrer l’un l’autre qu’ils sont plus savants que l’autre en mettant en avant des bribes de savoir académique. Je n’aime pas ce petit jeu, mais à chaque fois que je commence à la titiller, elle me prend au sérieux. Mais ce n’est pas bien grave, l’amour vaincra. Aidez-moi si ça continue. Je vais faire autrement et affirmer quelque chose de vraiment fou et fantastique que j’aurai concocté en y glissant quelques points historiques et je vais inventer un tout nouveau mystère ou alors je vais travailler sur elle avec la lune et le bouleau et je la fascinerai et ainsi elle sera charmante à chaque fois qu’elle écrira (Je plaisante). Puisqu’on parle de fascination, j’ai fait une chose totalement stupide lors de mes vacances. J’ai fait une démonstration à un ami. Je parlais de chuchoter aux animaux et comme il avait l’air sceptique je lui ai fait une démonstration avec des poulets qui se trouvaient par là. Une dizaine de minutes après, j’ai réalisé que nous étions suivis, non pas par deux poulets, mais par tout un foutu poulailler, des milliers de poules qui me suivaient, folles de moi, en pensant évidemment que j’étais le plus grand et le meilleur coq qu’elles n’aient jamais vu. Mon ami est maintenant convaincu, voilà ce que peuvent faire trois mille poules. Le fermier nous a regardés très bizarrement.
Nous nous verrons le 12 si Dieu le veut, (et s’Il ne le veut pas je le veux) et tous mes vœux pour votre groupe,
Trois F,
Roy et Jane
P.S. Je vous passerai un coup de téléphone la nuit avant que nous partions pour vous confirmer nos arrangements. « Merde » pour votre premier rituel.
Roy