Septième lettre à Bill Gray

par Robert Cochrane version française Tof

 

Merci pour votre lettre. En ce qui concerne J.M. de toute évidence elle appartient au groupe de ceux qui « veulent » plutôt qu’à celui qui « ont » …

Je suis d’accord quant à l’origine phallique du Bâton Kabbaliste. Au contraire, malgré toutes les démonstrations, le bâton des sorcières ou stang comme nous l’appelons, n’est pas phallique, mais il a la même place que l’Arbre de Vie dans votre système, avec le Couteau et la Corde comme Piliers Père et Mère. Bien sûr les significations de base sont très proches, mais leurs symbolisme et utilisation sont très différents. Le Phallus (un bâton symbolique fait de bois d’Aulne) a un usage totalement différent et n’est que très rarement réalisé. C’est en fait le manche du Balai et il est généralement gravé de motifs traditionnels très intéressants. Le Balai que nous avons a un côté gravé et est recouvert d’écrits. De Kether à Malkuth ou de Malkuth à Kether, voilà un remarque bien compliquée. Bien sûr il faut remplacer tout ce qu’on retire, mais la manière de le faire est généralement l’un des secrets des plus profonds. Les chrétiens se servent de l’Amour Divin comme entrée et sortie, mais c’est plus un sujet de spéculation, puisque le service désintéressé est rarement sans pièges. L’essence de toutes les actions magiques est l’équilibre, sans elle tout et n’importe quoi semble pouvoir se produire. Vous et moi avons ici une base de désaccord... de ce que je comprends, les Kabbalistes voient la Nature comme étant limitée à un phénomène cyclique avec des limites sur la portée réelle du phénomène. Les sorcières sont philosophiquement en désaccord avec ce concept et elles diront que la Nature Est, et quoi que soit l’Homme la Nature l’est aussi, car l’Homme et la Nature, comme la Bête et la Nature sont une seule et même chose. Tous les liens connus et « inconnus » se trouvent dans les lois naturelles. Le surnaturel n’y intervient jamais. Les Plans sont des extensions du Côté Sombre de la Lune, là où la Nature échoue finalement c’est que la Nature est illusion car nous voyons la Nature, mais pas comme la Nature est vraiment. Ce qu’un magicien de n’importe quelle école décrirait comme de la transmutation n’est, en fait, qu’une perception croissante des aspects plus profonds de la Nature. Toute perception mystique est basée sur le fait que nous allons vers Dieu, non que Dieu vient à nous. Il y a autant de manières de voir Dieu qu’il y a de créations de Dieu et chaque création individuelle en est la Totalité, la Main qui Ecrit aussi bien que l’Ecriture. Ce qui est un manque est perception, c’est ce qui fait que le chemin est si périlleux et si long. Bon assez parlé de la Vérité.

Revenons-en au charme. Je vous en parlerai après les radiographies. Je vous préviens toutefois, ne prenez jamais littéralement ce que vous dira une sorcière lorsqu’elle travaille sur vous. Nous nous livrons à toutes sortes supercheries psychologiques, et comme je l’ai souvent remarqué, en sorcellerie rien n’est tout à fait ce qu’il semble être. Pour moi le charme a déjà fonctionné. Vous vous sentez mieux.

Je suis d’accord avec vous au sujet du haut niveau intellectuel de la magie Kabbalistique. Elle est trop rigide, tout comme les standards de Dion Fortune et si rigide que dans le futur elle pourrait se rompre comme du verre. Ce n’est pas que la Kabbale recommande cette attitude particulière, mais certains des praticiens ont placé des inhibitions et des répressions vagues dans l’interprétation qu’ils en donnent. N’est-il pas vrai que pour être bon il faut aussi être aussi constamment moral ? Le Vase le plus beau est souvent celui qui est le plus simple, une conception rigide peut être la ruine d’un objet qui autrement serait parfait. Lorsque nous pensons à la « magick » nous la voyons fluide, en mouvement, radiante, forte, habituellement elle commence par un rire et se termine dans un sérieux mortel. Selon moi Violette Firth était tellement obsédée par le perfectionnisme, que a) elle annihile gaiement les potentialités de ceux qui trouveraient de la joie dans la pratique par son interprétation particulière, et que b) elle était sexuellement déséquilibrée d’où le perfectionnisme. En fait une vie frondeuse en aurait fabriqué une femme différente, beaucoup plus humaine et fluide. Indépendamment de Violet Firth, la ménopause est généralement un état responsable de beaucoup de pudibonderie féminine et cela n’a rien à voir avec la « Nature » mais avec une assimilation imprécise des énergies de base. Eileen Garret est ma femme terrible préférée, elle est sans aucun problème basique et totalement honnête. Vous devez admettre qu’il y a vraiment quelque chose chez les femmes mornes et sombres du monde occulte et spirite. (Je ne parle pas de Bobbie et Sandra). Je n’y connais rien sur le « glamour » mais je sais que l’amitié véritable peut faire plus pour un groupe que toute autre chose.

On se moque, seconde partie. Comportement orgiastique. Oh frère William, frère William je suis tout à fait d’accord pour les bagarres, les beuveries, les grandes scènes, trop manger, trop dormir, faire l’amour à de jolies filles, rire, prendre du plaisir, trop parler, aller au lit avec la femme que vous aimez et se reposer tout de même de tout cela à l’occasion. Je fais ça, mais jamais quand je sais qu’elles seront source de déplaisir suite à une distrayante confusion générale. Malheureusement la majorité des gens dans notre société sont incapables de faire l’une de ces choses sans être malheureuse ensuite. Les inhibitions puritaines apportent de terribles désordres dans leur sillage et l’ami heureux d’hier risque bien de se réveiller avec la gueule de bois, se demandant qui a dit quoi à qui et avec des problèmes de virginités perdues. L’homme du 20ème siècle n’a plus aucune folie digne d’intérêt et absolument aucune spontanéité. Lui ou elle est un transgresseur qui se sent coupable lorsqu’il se laisse aller un tout petit peu. Personnellement j’aime l’idée d’orgie, je pense que c’est l’une des meilleures soupapes de sécurité jamais inventées par un Dieu affectueux, mais les véritables orgies doivent être spontanées pour fonctionner et rester propres. Dans celles auxquelles j’ai participé tous voulaient a) avoir une pratique sexuelle en guise de rituel religieux accompagné de chant et de mots de pouvoir b) comme il s’agit d’une pratique organisée de groupe, en discuter sérieusement à l’avance, en prenant des notes puis commenter son exécution, l’endurance, parler des déviations sexuelles des uns et des autres et des espérances des partenaires, « Qui couche avec qui et j’emballe la plus belle fille ». Franchement ce furent les orgies les plus tristes, les plus morbides, quelle que soit l’époque ou le lieu, et il y a toujours quelqu’un qui est obsédé par les fouets ou les « esclaves », le voyeurisme et tout ce qui rend l’atmosphère aussi propre que des déjections porcines. Les orgies doivent être spontanées si elles doivent marcher, et pour certains qui s’y adonnent, la spontanéité est totalement inconnue. Nous avons procédé à tous les préliminaires habituels et ce fut épouvantablement cérébral puis quelqu’un a raconté une blague pornographique et tout le monde a souri comme le font poliment les gens « cultivés ». Puis on a poliment suggéré que nous devrions tout nous déshabiller et nous saouler. Nous nous sommes déshabillés et nous sommes saoulés, puis quelqu’un d’autre a allumé des bâtons d’encens, on a mis un disque de musique « hot » sur le tourne-disque et l’orgie a sérieusement débuté. Jane et moi avons demandé à récupérer nos pantalons et sommes parties, mais on m’a dit que quelqu’un s’est levé pour changer le disque pendant que les autres étaient en action. Tout cela c’est très bien si vous aimez copuler sur un tapis poussiéreux, mais moi je souffre de rhume des foins et j’ai très rapidement mal aux genoux. Ca vous tente une orgie ? Non merci, j’essaie d’arrêter. J’avais l’habitude de m’en taper vingt par jour en même temps…. Quelle jeunesse.

J’aimerais parler d’exorcisme avec vous lorsque nous nous verrons, peut-être la seconde ou troisième semaine de juillet.

Je suis d’accord il faut une association magique. Mais comme vous dites, que faire ? Je propose que nous passions constamment des annonces dans le N.D. et qu’on les laisse s’organiser tous seuls. Nous aurons un minimum de paperasseries, il faudra désorganiser toute tentative d’organiser des comités et nous charger de présenter les gens les uns aux autres. Il faudra les laisser se trouver leurs propres niveaux et on reconnaîtra, grâce à des signes, ceux qui sont intéressés par l’occultisme véritable, la brigade des vieilles dames s’organisera comme  d’habitude d’elle-même en groupe où l’on se réunit pour prendre le thé et juste pour rire on parlera à ces vieilles dames de tous les cas sexuels, ainsi, on en éloignera toute une série et on apportera une excitation incommensurable aux mères veuves et aux hommes émasculés (honnêtement, il y a un endroit dans l’autre monde où se tient une grande thé partie qui dure indéfiniment. Je crois qu’ils appellent cela « Paradis » ou quelque chose comme ça). Nous ferons payer des frais pour la location des salles et je continuerai les annonces jusqu’à ce que tout soit en place. Ca va attirer les mouches. La publicité, je déteste ça. Connaissez-vous quelqu’un qui serait disposé à ce qu’on publie son nom ? (Accessoirement, dites à D.V. de ne pas m’envoyer de journalistes, sinon je ne réponds pas de l’état de santé ou du bien-être de M. Roberts). Des tombolas et des bals seraient aussi une bonne idée.

Notre chat s’appelle « Jinxie » ou encore Madame, elle est très digne, dodue et aristocratique, mais elle a une tendance aux amours volages et apprécie les taudis. Elle déteste ma Myhna, qui la déteste. Pour l’instant l’oiseau domine et il a mordu le premier. Jinxie n’a plus voulu rentrer pendant trois jours après cela.

Appréciez vos vacances. Nous devons aller à Weymouth et ça me va.

 

Respect à tous,

Roy et Jane

 

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