15 février 1966

Cher Joseph

Merci pour ta lettre que j’ai lue avec intérêt

Je suis un cerf qui a survécu à l’inondation

Je suis une inondation qui a détruit le monde

Je suis un vent de Dieu, balayant un monde désolé

Je suis une larme, le regret du Destin

Je suis un Aigle, l’enfant qui a survécu à l’inondation

Je suis une épine, le début du Destin (la mort)

Je suis un miracle, car je me transforme tout seul.

  

Le chant d’Amergin, combiné avec deux autres poèmes, tous deux connus, est comme l’Oabbala, un commentaire poétique au sujet du travail religieux. Le poème commence avec une référence à l’âge d’or de l’Homme, lors duquel les hommes étaient des Dieux. Cet âge d’innocence fut détruit quand débuta le mouvement (destin). L’enfant est l’Espoir, né de l’inondation par un cerf à sept cors, et comme dans la doctrine chrétienne des premiers temps, l’enfant cornu voyage à travers le monde à la recherche d’un endroit où se reposer. Ceci est une légende qu’on retrouve partout. A présent, essayons d’être plus précis : le cerf est le symbole gallois, il a sept cors à chaque ramure, et représente 1 x 7 x 3 x 4 comme 1734. Il s’agit du Chevreuil, le mystère interne des Déités.

L’inondation est aussi un symbole, celui du temps. Le vent est Shekinah, la côté féminin des déités – ce que les chrétiens appellent l’esprit saint.

La larme est alliée à la passion du Christ. L’aigle est le jeune dieu solaire Baldar – Jésus – Bouddah – Llew Llaw Gyffes. L’épine est la mort ou le procès du destin et, en tant que tel, le premier principe, celui du balai.

Le miracle est la survivance de la mort.

Le magicien est Merridwen, le ciel qui recrée la vie à partir de la mort – A présent vous me donnez des explications au sujet des 5 prochaines lignes. Ce que j’ai donné n’est qu’une traduction succincte, c’est en fait beaucoup plus complexe, et l’expliquer à fond nécessite beaucoup de temps et de place. Toutefois il y a une parallèle évidente avec une partie de l’Ancien testament et avec l’histoire babylonienne de Gilgamesh. Les cinq lignes qui suivent sont une explication du pentagramme,

8 = 1 + 7

1    5 =  *         2

8 = 1 + 7      3

------------

21 ou 3 x 7

Cela devient aussi = 3

24 = 2 + 4 = 6

 

Ou bien le rituel du Chaudron, dans le quel les aspects masculins et féminins se rencontrent, cela est décrit comme étant l’étoile de David.  

J’ai cru comprendre que tu corresponds avec Taliesin, un chic type. Il dit qu’il appartient au groupe West Country et dans la mesure où il en fait tant de mystères cela ne m’étonnerait pas. Un autre ami à moi les avait contactés, mais les a trouvés très snobs, pas du tout comme les gens des Midlands, qui parlent à tout le monde. Il a fini par rompre le contact, ce qui est dommage car il était l’un des derniers parmi le Long Compton People, et selon ma propre expérience, il aurait eu beaucoup à leur apporter. C’est lui qui m’a tout appris sur le fonctionnement de la baguette et de la pierre, qui est le secret des pierres levées, si on le comprend totalement.

Comme tu le fais remarquer, on n’a jamais fini d’apprendre au sujet de la Foi. C’est un processus qui commence durant l’enfance et se continue durant toute la vie. Certains groupes modernes, comme les Gardneriens, ont réuni les principes de la foi et de la croyance dans une série de dogmes et de rituels, cela limite sérieusement le processus de la connaissance, car la connaissance ne doit pas être l’objet de contention, mais doit être libre d’accès à quiconque s’y intéresse. Ils m’ont tout l’air d’avoir confondu le Mystère, qui ne peut se résumer avec des mots, avec une simple procédure, et ils n’ont développé la notion de secret sur rien d’autre que sur la nudité et la flagellation. Le vrai mystère ne peut être découvert que par les individus en tant que tels, il ne peut être expliqué, on ne peut que te mettre sur le bon chemin.

Tout occultiste qui prétendrait détenir des secrets serait un charlatan, le seul secret est ce que l’homme ne peut comprendre, et la connaissance est un livre ouvert à quiconque voudrait le lire. On est discret au sujet de certaines choses du fait de l’incompréhension des autres, mais la connaissance ne se révélera qu’à ceux qui sont prêts à la recevoir. Il n’y a pas un secret sur terre qui ne pourrait être découvert par celui qui serait prêt à l’entendre, car même l’air transporte la mémoire et le savoir. Ceux qui parlent de secrets et non pas de discrétion ou de connaissance, n’ont en fait pas découvert la vérité. Pour ma part je n’accorde pas ma confiance à ceux qui font des secrets, car je les soupçonne d’avoir bien peu de connaissances à cacher. J’ai beaucoup appris d’une vieille femme qui se souvenait encore des grandes rencontres, et elle ne m’a pas demandé de prêter un serment quelconque, simplement elle m’a demandé de bien comprendre l’intérêt d’être discret. Elle n’a pas exigé de moi le silence, mais une description de ce que j’avais vu, de ce que j’avais entendu et dit lorsque j’avais été admis. Les Dieux sont sages, ils connaissent le futur aussi bien que le passé et ils n’admettent pas ceux qui feraient mauvais usage de la connaissance.

La connaissance est une spirale : on fait une découverte, on crée l’alchimie qui apporte la réponse, et de là naissent de nouvelles questions. C’est comme un chat qui serait poursuivi par un chien et qui tournerait en rond. Il arrive un moment où c’est alors le chat qui poursuit le chien, et qui repasse sur sa propre trace. Il en est de même avec la connaissance et la recherche du savoir, l’un devient l’autre, tout comme la vie devient la mort, et la mort devient la vie. Ce qui est la sagesse maintenant est le désir d’une connaissance future. Ainsi en est il du Chaudron, toujours en mouvement, créant, tirant vers l’avant, rabaissant à nouveau, construisant des mouvements, on ne peut lui dire « arrête toi ». Même la mort est un mouvement, on se désintègre et on est recréé. Le passé devient le futur, le passé laisse entrevoir le futur à venir. C’est ça la Foi. Tout ce qui est sur cette terre appartient au passé, la chair est l’héritière des péchés et la connaissance est l’héritière du passé – ainsi donc le passé continue à exister. Il n’y a pas vraiment d’instant présent, puisque cela impliquerait de paralyser tout le système, et « maintenant » est une impossibilité temporelle, le simple fait de penser à « maintenant » équivaut à penser au passé. Peut être la vraie quête de l’homme est elle de capturer cet immobilisme, et quand ce moment de silence sera créé, l’homme deviendra un Dieu.

La vraie croix est le résultat de 4 cercles légèrement penchés en direction du au nord est. Elle devrait être vue clairement, et il importe peu à quoi elle ressemble. Elle devrait avoir les mêmes qualités qu’ un miroir sombre, c’est à dire qu’elle devrait refléter la lumière délicatement, de telle sorte que le monde conscient soit effacé au bénéfice du monde des rêves. Il faut du temps et de la pratique pour y arriver, mais si tu le veux vraiment, tu y arriveras. Tu verras que cela t’aide pour la méditation si tu réussis à fixer ton regard sur elle, et qu’une petite lumière brille à proximité. Je comprends que dans le passé la Demoiselle portait une robe cousue de petits disques argentés, sur lesquels les gens pouvaient se concentrer, et elle devenait ainsi un medium pour les Gens qui se reflétaient dans son manteau.

Le flax est une fleur connue sous le nom de linum (le lin). La variété appelée Narbonense est très bonne, et elle est très décorative dans un jardin. On la récolte et la suspend pour la faire sécher dans un endroit sombre. Quand elle est presque sèche, il faut la battre avec un maillet de bois jusqu’à ce que les fibres se séparent des branches. Ensuite il faut carder ces fibres, les faire filer à la quenouille par une femme qui chante à la Lune (ça a l’air fou ?). Ces fibres peuvent aussi être teintes avant d’être filées, avec de l’écorce d’aulne pour le rouge, des mûres pour le bleu, ou bien aussi décolorées à la chaux pour devenir blanches. Il te faudra prendre ta mesure avec ceci, et faire 7 noeuds sur cette tresse, tu auras alors les débuts d’une corde que l’on porte autour de la poitrine, ou autour du cou pour la méditation, à la 1734. Ce qui te restera pourra être conservé et filé à la quenouille. Utilisé avec du genêt et d’autres plantes symboliques, il pourra aider à guérir le plupart des maladies, si on en noue autour de la partie infectée, et qu’on y a mis 3 noeuds. Je sais que ça a l’air déraisonnable, mais je sais, de par ma propre expérience, que cela fonctionne. J’ai vu guérir des simples rhumes, mais aussi des cancers de l’utérus, des verrues ou des saignements, mais cela dépend de la phase de la lune. Le temps très long qu’il faut pour fabriquer cette laine de lin est une forme d’alchimie. Si ta femme doit l’utiliser, il ne faudra pas qu’elle prenne de l’aulne mais plutôt de l’aubépine, pour un fil noir, mais prenez garde car cette laine est porteuse d’une grande puissance.

Ce qu’on appelle la sorcellerie est plein de superstitions apparentes, qui, à la réflexion, relèvent plutôt de la science. La formule alchimique produit un cuivre libre de toute résistance, alors que si on l’analyse on verra que ce cuivre est tout à fait normal, mais le cuivre simple a une résistance électrique de 7%. Le procédé lent de la création apporte sa propre magie, tout comme les innombrables fontes du cuivre produiront un article normal mais chargé d’une puissance anormale. Ceci s’applique à tous les matériaux que nous utilisons si toutefois ils ont été récoltés précautionneusement et qu’ils ont leur énergie propre.

C’est uniquement l’intention et l’amour que Dieu met dans la création de la substance magique qui la transmute. Le meilleur exemple est la femme.

Toutes les femelles, de quelque espèce qu’elles soient sont un reflet du très haut. Elles sont faites de trois éléments, les pauvres mâles ne possédant que le quatrième. A partir de ces éléments elles créent une chaîne ininterrompue qui va de la mise au monde primitive et la fabrication d’un nid jusqu’à la femme déesse qui vole dans des contrées étranges. L’homme est individualiste et solitaire, il n’avance que poussé par la raison ou la passion. La femme, du fait de sa structure physique est partie intégrante du cycle de l’évolution, et donc partie intégrante de l’âme du groupe. Tu auras remarqué combien, dans leur maison, elles créent un endroit où on se sent en sécurité, (un lien qui les rattache à toutes les autres femelles), et aussi combien leur passion inclut toutes les créatures qui sont dans le besoin, une chienne allaitante nourrira des chatons etc… Les femmes, dans la mesure où elles possèdent cet instinct, partagent leur expérience avec l’âme du groupe et ce qu’elles et des milliers d’autres font est la base de cette âme pour les temps à venir.

Ainsi, si on observe la façon dont une femme travaille instinctivement en reflétant les courants de son corps et de l’âme du groupe, on en apprendra beaucoup sur la création des charmes et des remèdes par la magie, car le lent courant de croissance et de protection soutient l’intégrité du groupe, de même qu’un autre principe, s’il est entreprit naturellement, le fera aussi. Une plante que l’on fait pousser, à qui l’on coupe une branche et que l’on préparera en accord avec les rythmes naturels de la vie, pourra avoir un effet sur toutes les créatures vivantes – la seule créature qui ne sera pas affectée est l’homme, et c’est cet homme qui sera le produit d’une société corrompue dans laquelle la nature est devenue une putain.

Le charme de la laine filée a tout en commun avec l’instinct qui fait qu’une mère va tricoter la layette de son futur bébé, chaque point est un charme de protection et de réconfort, cousu d’amour. La femme est une créature magique, pas à cause des courants de son corps comme le suggère Graves, mais parce qu’elle a ce pouvoir de modeler le groupe selon son désir, et suivant les courants de son âme elle crée de la magie qui n’est pas mineure et créant un home pour sa progéniture. C’est la Mère Terre qui transparaît dans tous ses actes instinctifs, et ainsi elle crée et influence l’âme du groupe. Il en découle que, en matière de charmes, on devrait suivre les mouvements de cette âme, et de sa propre âme, plutôt que ce que nous souffle l’intellect du mâle. Un rythme travaillé ainsi génère une résonance dans le groupe, et ainsi met en contact toutes les puissances. L’alchimie et la transmutation arrivent non pas à cause de ce qui est fait de façon matérielle, mais bien à cause de la résonance qui plane sur le groupe, et du pouvoir de ce même groupe. Un courant est créé, un autre est mis en veille, l’équilibre est trouvé.

Mes amitiés et bénédiction à toi et aux tiens, FFF

/S/Roy Bowers alias Robert Cochrane

 

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