Chapitre 4
Foutues Pommes de Terre (troisième partie)
par
R. Deutsch version française Tof & Néphilim
« Vous voyez, je vends des assurances, des assurances vie.
Et j’ai ici une assurance toute nouvelle et remarquable grâce à laquelle, pour
un investissement minime, vous pouvez assurer l’avenir de vos proches pour une
somme de trois mille cinq cent livres… »
L’homme n’a jamais achevé sa phrase, Dorsi a blanchi et elle l’a regardé bouche
bée. Elle l’a regardé comme si elle avait vu un fantôme – son propre fantôme.
Elle lui a claqué la porte au nez.
Affolée, elle a téléphoné à Loreburn College, où Arline suivait un cours de
secrétariat et a demandé à sa fille de rentrer à la maison et l’aider à déterrer
la pomme de terre qui semblait aujourd’hui menacer sa vie.
Arline est rentrée immédiatement. Mais il y a eu un petit problème. Lorsque deux
femmes avaient enterré une pomme de terre dans un jardin de trois milles mètres
carrés, envahi par les ronces, les mauvaises herbes et les buissons, c’était au
milieu de la nuit. Elles ne parvenaient plus à se souvenir de l’emplacement
exact. Cela risquait de poser un problème si elles devaient creuser 3M50 pour la
déterrer. Après les inévitables discutions pour savoir où creuser, Dorsi et
Arline ont laissé le jardin dans l’état d’un champ de mines abandonné et sont
reparties sans avoir trouvé la pomme de terre, ressemblant comme l’a dit Maxine
à « un couple d’ouvriers tentant d’émigrer à la dure vers l’Australie ».
Pour se protéger des conséquences Alex a été invité à venir prendre le thé le
dimanche suivant.
Lorsque Dorsi lui a raconté ce qui s’était passé, il n’a pas pu ou pas voulu
cacher son amusement. Quand il a cessé de rire, il a expliqué à Dorsi que sa
motivation était la cupidité et non le besoin, et que, parfois la cupidité peut
se retourner contre vous. Elle l’a supplié de trouver la pomme de terre par
magie. Il a essayé mais il a échoué et aucune des deux femmes n’avaient la
moindre idée de l’endroit où elles l’avaient enterrée. Ainsi, tard dans la nuit
dans le jardin à l'arrière de la maison, une autre approche a été tentée. Un
petit homme perdant ses cheveux en vêtement de Sorcières se promenait en
marmonnant des incantations au sujet d’une pomme de terre suivi par une femme
hystérique plus âgées tenant un chapelet et implorant la Vierge Marie de
l’aider, talonnée à quelque distance par une jeune fille vierge qui calculait
combien de temps il faudrait aux petits hommes en blouse blanche pour arriver du
Springfield Hôpital. Ils n’ont jamais trouvé la pomme de terre, mais Alex a
inventé un rite d’exorcisme pour réduire à néant toute la puissance de l’objet
qui était enterré dans le jardin.
Dorsi n’a plus jamais demandé de faveur - du moins pas pour elle – à Alex.
Alex Sanders avait vingt ans de plus que Maxine et quand ils se sont retrouvés,
il vivait plus ou moins seul. Toutefois, son Tarot et la lecture du cristal lui
avaient révélé qu’une partenaire magique allait entrer dans sa vie. Arline
Morris devait être la dernière personne à laquelle il aurait pensé.
L’histoire de l’initiation d’Alex à la sorcellerie est déjà bien connue. Au
moment où j’écris, un documentaire pour la télévision sur Alex est en cours de
préparation. Je dois aussi ajouter que les détails de l’initiation doivent
toujours être légèrement voilés.
En bref : Treize ans avant la naissance de Maxine, Alex a interrompu sa
grand-mère, Mme Bibby, nue, dans un cercle magique. Il était allé à sa maison de
Wilton Road à Manchester, pour le gouter et pensait lui faire une surprise en
arrivant par la porte arrière au lieu de sonner, comme d’habitude à la porte de
devant. C’est lui qui a eu une surprise. Sa grand-mère, pas plus grande que le
petit Alex, dont les cheveux gris-roux descendaient librement sous son derrière
ridé se tenait debout à l’intérieur d’un cercle de tissu avec des dessins
magiques, tenant une épée incrustée de joyaux factices. Elle était au milieu
d’une cérémonie et était furieuse d’être interrompue.
« Qui t’a dit de venir ici ? »
« Maman m’a envoyé prendre le gouter. »
« Tu auras ton gouter, mais tu auras d’abord autre chose ! »
Elle a ordonné à Alex de se déshabiller et de se pencher. En utilisant l’un de
ses couteaux rituels elle lui a entaillé le scrotum jusqu’au sang, en prononçant
quelques paroles qu’Alex n’avait jamais entendues prononcées avant. Le petit
garçon de sept ans qui était venu pour le gouter de l’après midi était
maintenant une sorcière pour la vie.
Il avait aussi une peur bleue. Pour lui « la Sorcière » correspondait à la
définition que le folklore populaire et la persécution chrétienne avaient créée
- une Sorcière était comme celle de Blanche Neige avec des verrues sur le nez et
une tendance à empoisonner les pommes. Il ne pouvait pas savoir qu’en anglais le
mot venait du mot Wicca un terme anglo-saxon signifiant « sage » ou « celui qui
a le savoir ». Il a passé les années qui ont suivies à apprendre - quoi qu’on
ait pu dire d’Alex, personne n’a jamais mis en doute le fait qu’il est un érudit
naturel - plus que la plupart des sorcières en apprennent au cours de leur vie
sur la Sorcellerie : A trois ans, il était un lecteur vorace. Vers huit ans, il
était expert en divination.
La sorcellerie a été qualifiée de religion indigène de l’Angleterre. Personne ne
peut le prouver, mais les indices sont convaincants. Le poète Catulle et bien
d’autres ont dit que les Britanniques étaient « tot divisos ab orbe » («
totalement coupé du monde civilisé »), ou parmi les derniers à être touché par
l’amour assassin des disciples du Christ. Selon ce que nous savons des invasions
successives, à l’exclusion des Romains, la Grande-Bretagne a balancé entre le
paganisme et le christianisme pendant des siècles. Les païens grâce aux guildes
et aux conseils de « celui qui avait le savoir » ont réussi à survivre. Quelques
un de leurs descendants directs sont encore là aujourd'hui.
Les Britons indigènes, ou Prytani, comme on les appelait alors, étaient un peuple étrange qui enterraient ses morts dans de grandes levées de terre funéraires, ou tumuli, dont le bronze était le seul métal et dont les armes étaient surtout des flèches avec de délicates pointes de silex en forme de feuille de sureau. Leur religion, qui était liée d’une façon ou d’une autre à la lune et aux étoiles, se pratiquait au milieu de cercles de pierres, entourés par une levée de terre et un fossé (le cercle originel des Sorcières en fait).Paul Huson, « Mastering Witchcraft » (Corgi, 1970) p. 13.
(à suivre)