Chapitre 4

Foutues Pommes de Terre (cinquième partie)

par R. Deutsch version française Tof & Néphilim
 

Quand Alex a rencontré Arline adolescente, il vivait une existence austère, vivotant en vendant les plantes qu’il cultivait dans son jardin. Il n’appréciait pas particulièrement d’être le clou – le magicien extraordinaire – des après-midi devant un thé de Dorsi, mais il n’y avait pas que du thé servi. Un steak énorme avec tous ses accompagnements, suivi d'un café, de cognac et de fraises même si ce n’était pas la saison, voila une perspective à laquelle il lui était difficile de résister. Il était, de par sa propre décision, passé d’une vie de luxe à survivre en ne vivant qu’avec trois fois rien. Ainsi, il a fait parti de tous ceux qui, de temps à autre, prenaient un repas complet, grâce à Dorsi.
Il y avait Victor le coiffeur et Brian, un artiste maquilleur dans un célèbre studio de cinéma. Ils ont surpris Arline en se présentant comme mari et femme et en se tenant la main à la table. Il y avait aussi la prostituée qui n’avait qu’un seul œil et qui estimait son gain hebdomadaire moyen à 250 Livres. C’était d’autant plus remarquable qu’elle refusait de demander plus d’une Livre à un client. Il y avait aussi la célèbre comédienne de télévision et son époux qui était toujours élégant avec son costume, sa chemise et sa cravate. La vierge de Manchester n’a pas compris quand elle a découvert que « l’époux » était aussi une femme. Il avait aussi celui qui était mannequin, il avait des mèches dans les cheveux et portait des chaussures en cuir verni à talons hauts, dix ans avant que ce soit la mode et sa ravissante petite amie dont le vocabulaire semble être limité à « Oh ouiiiiii» et « mmm noooon ». Il y avait encore un mauvais acteur, un vieux monsieur dont les petites faiblesses l’avaient obligé à se « retirer » avant l’heure. On peut imaginer à quel point ces personnes pouvaient surprendre les autres invités : des prêtres de toutes les religions, un adepte occasionnel de Subud et une véritable Sorcière héréditaire, qui était « l’attraction principale » lorsqu’on lui demandait de lire les Tarots.
Maxine se souvient qu’Alex avait dit à Dorsi : « Si j’avais su pourquoi vous m’avez demandé de venir ici, j’aurais mis mon costume de clown ». Au moins cette fois ce n’était pas un tutu.
Si l’incident de la pomme de terre n’avait rien fait pour qu’Alex et Dorsi sympathisent, cela a pourtant fait de lui un élément incontournable de la vie de Dorsi. Dorsi était convaincue qu’elle lui devait jusqu’à l’air qu’elle respirait. Il était rarement oublié dans la liste de ses invités. Alex a réalisé qu’à chaque fois on lui demandait de faire un peu de magie. A chaque fois il essayait de s’en tirer mais personne n’esquivait une demande de Dorsi. Arline - qui commençait à insister pour qu’on l’appelle Maxine – observait tout cela, mais de loin, en silence et avec un dégoût évident.
Mais elle avait changé. Un peu plus tard que la plupart des filles, elle s’intéressait maintenant activement aux choses du sexe. Ses cheveux avaient la couleur qu’elle voulait, son nom était aussi celui qu’elle voulait. Elle avait pris un emploi d’infirmière, elle n’avait pas aimé, et était devenu agent de sécurité dans un grand magasin. (« Je n’ai jamais vraiment arrêté qui que ce soit. Je leur faisais savoir que je savais. Ca suffisait.) Elle avait perdu un peu de sa timidité, timidité qui était surprenante pour une femme de sa beauté et sa stature, mais qui la laissait parfois sans voix lors de ses apparitions publiques.
« C’est quelque temps après que les visites d’Alex aient commencé que j’ai perdu un peu de ma timidité - quand il a commencé à venir régulièrement, je me sentais prête à mener à bien une conversation. J’ai commencé, à ma propre surprise, à oublier ce que j’avais appris : tu le sais bien, ne parle que quand on s’adresse à toi. »
Dans un premier temps elle n’a pas fait le lien avec Alex. Elle commençait à admettre à contrecœur qu’elle le respectait pour ses pouvoirs. Mais ce n’est pas avant l’incident de la dame chauve dans le jardin qu’elle a réalisé dans un flash d’absurdité et de pertinence, qu’il était l’homme qu’elle allait épouser.
« Alex, que pensez-vous des cheveux de Christine ? »
« Que dites-vous ? Arline »
« Mon nom est Maxine » a répondu la jeune femme, les yeux écarquillés, toute innocente. « Je dis, que pensez-vous des cheveux de Christine ? »
Dorsi a regardé les convives, un silence de mort avait remplacé la conversation animée sur la politique économique du gouvernement. Mabel, la mère de Christine était muette. Victor et Brian étaient figés. Jocelyn, une amie de la mère de Christine, regardait Arline-Maxine avec un regard assassin et gloussait. Christine elle-même était muette.
« Non, sérieusement, Alex. Qu’en pensez-vous ? »
Il a mis du temps à répondre. « Eh bien, je dirais que ses cheveux ne semblent un peu fins. »
Christine avait une perruque. (Comme le disait John Wayne en parlant de sa propre perruque, « Bien sûr que ce sont vrais cheveux. Ce ne sont pas mes cheveux, mais ce sont de vrais cheveux ») Il n’y avait qu’à les regarder pour s’en rendre compte, on avait fait une perruque avec des cheveux de sa mère mais on pouvait tout de même voir le crâne de Christine au travers. Embarrassée par l’évidence de la perruque et les ricanements qu’elle suscitait, Christine sortait rarement. Alex le savait bien sûr depuis longtemps - il avait lui aussi des problèmes de cheveux - mais étant un gentleman il essayait d’éviter de la blesser. « Maxine » quelque peu exaltée lui avait forcé la main.
« Ne pensez-vous pas que c’est un drôle de genre, non ? » Maxine était impitoyable.
« Bien » a dit Alex en espérant que les tensions s’apaisent. Mais ce ne fut pas le cas. « On dirait qu’elle a été attrapée par le mauvais côté d’une tondeuse à gazon. »



(à suivre)

 

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