Chapitre 7
Une Sorcière à Temps Partiel (2nde partie)
par
R. Deutsch version française Tof & Néphilim
Une semaine plus tard, elle a ouvert la porte à deux hommes qui venaient de sonner à sa porte. L’un d’eux avait une caméra. « Morris Maxine ? La Sorcière ? »
« Je suis désolée, je ne donne pas d’interview. » Elle a refermé la porte poliment mais fermement. Elle a appuyé son dos contre la porte et fut prise de panique.
Comment avaient-ils pu la trouver ici ? Les journalistes étaient venus de Londres, d’après le nom du journal pour lequel ils affirmaient écrire, et avaient retrouvé le petit appartement qu’elle avait loué en raison de l’accroissement du nombre de querelles avec Dorsi. Confuse et effrayée, elle est restée chez elle pendant une heure. Pensant aller voir Alex, elle a mis son manteau et est sortie de son appartement. Immédiatement elle fut entourée de photographes et de journalistes avec des bloc-notes. Elle a fendu la foule et, comme ses jambes étaient plus longues que les leurs, elle a distancé ses poursuivants.
Reprenant son souffle, elle a cogné à la porte d’Alex. Paul a ouvert, il était radieux.
Demandant à savoir ce qui se passait, elle a répondu avec un large sourire. Enfin, las de l’interrogatoire de Crécelle, ils lui ont dit qu’ils avaient de grandes nouvelles aujourd’hui. Des journaux de tout le pays publiaient des articles parlant de la pauvre, Maxine éduquée dans un couvent, qui s’était laissée entraîner dans des orgies sataniques et dominée par le fameux magicien noir Alex Sanders. La fin amusait énormément Alex.
Alex et Paul ont commencé par éclater de rire. Maxine a rugi, mais pas de rire. Enfin, ils ont réussi à la calmer et lui ont promis de ne plus jamais se livrer à ces « coups de publicité dégénérés ». Mais la boîte de Pandore avait été ouverte. La semaine suivante, elle a vu le gros titre d’un journal local.
SORCELLERIE – NOUS REVELONS LA VERITE NUE
La vérité nue, ce fut Maxine. Les prédictions d' Alex au sujet de gloire et de fortune étaient proches de se réaliser. Mais le prix à payer était élevé.
Heureusement Dorsi ne l’a pas appris, pas plus que ses voisins. Mais le lendemain on a vu des affiches, un peu partout à Manchester, où l’on pouvait lire : NOUS DENONCONS DES SORCIERES A CHORLTON. Maxine est allée au travail en ayant peur de le perdre (elle était secrétaire dans un garage). « Plus jamais » s’est-elle promis. Mais malgré les promesses d’Alex, il lui a dit cette nuit qu’ils allaient être présents lors d’une conférence à Willesden.
« Tu vas porter une robe du soir » lui a-t-il dit.
« Alex, je gagne six livres par semaine. Mon loyer est de deux livres quinze. Et il y a aussi les factures et les cigarettes. La nourriture est tout en bas de la liste. Comment vais-je me procurer une robe de soirée ? »
« Ne t’inquiètes pas. Je m’en occupe. »
Ce week-end le coven a agit, cela a abouti à la somme inattendue de seize livres. Deux jours plus tard, Alex a accompagnée Maxine à Oxford Street et lui a dit de faire quelques achats. Elle a trouvé une petite boutique de haute-couture où il y avait une robe de soirée bleu-émeraude. Elle devait couter au bas mot quarante livres. Réunissant tout son courage, elle est entrée dans le magasin et a demandé le prix de la robe. Son prix avait presque été divisé par trois lui a dit la vendeuse. Elle a regardé l’étiquette : 16 Livres Sterling.
Elle devait encore se faire coiffer et maquiller, Alex s’en est aussi occupé. Jean, une de leurs amies qui n’était pas Sorcière, était une jolie femme de quarante ans qui travaillait dans un salon de beauté. Elle avait eu trois maris parce qu’elle pensait que la variété était le piment de l’amour, et maintenant elle voulait jeter son dévolu sur le propriétaire du salon qui, à son grand dépit, ne faisait pas attention à elle. Elle a harcelé Alex pour qu’il l’aide grâce à la Sorcellerie à faire venir l’homme dans son lit. Un soir, il lui a téléphoné et lui a demandé de venir boire un verre. Le marché était conclu.
Deux jours plus tard, Maxine a été coiffée, a reçu un massage du visage et une manucure, tout cela gratuitement. Ils ont été pratiqués par Jean, une cliente satisfaite du côté gris de la Sorcellerie. Son nouvel amant n’était pas en mesure de s’y opposer parce que sa femme était une visiteuse assidue du salon. Lorsque le soir de la conférence est arrivé, la Reine Sorcière était resplendissante.
Mais elle avait aussi le trac. Crécelle a été à la hauteur de son surnom. Elle n’avait pas dormi la nuit précédente, son estomac était tout retourné et ses longs doigts tremblaient lorsqu’elle allumait une cigarette après l’autre. Lorsque la limousine avec chauffeur est arrivée Alex et Paul l’ont aidée à s’y hisser. Pendant tout le voyage elle a dit à Alex qu’il lui sera impossible de trouver le courage de répondre à deux douzaines d’étrangers. Les choses ne se sont pas arrangées quand, en arrivant à la salle, elle vu qu’elle était remplie de plus de cinq cents étudiants. Elle était terrorisée.
« Tu lui prends un bras » a dit Alex à Paul. Elle a été menée dans le couloir du théâtre par ses deux partenaires, belle mais à peine capable de bouger les jambes, cela lui donnait en quelque sorte un air d’insouciance hautaine. D’autres Sorcières les attendaient sur le podium, où elles étaient assises derrière une longue table en bois. Alex a commencé à déballer le paquet d’outils de Sorcière sur la table devant lui.
Il a tendu une épée à Maxine. « C’est bien », lui a-t-il dit. « Tiens-la et fais comme si tu étais Elizabeth 1ère. »
Paul a ouvert le débat en expliquant les différentes activités des Sorcières, en montrant les outils et en expliquant à quoi ils servaient. Une autre sorcière a fait un bref discours comparant la Sorcellerie à des religions plus orthodoxes. Alex a ensuite répondu à plusieurs questions, pendant que Maxine tenait la poignée de l'épée, regardait droit devant elle et essayait de faire comme si elle était Elizabeth Ière.
« Pourquoi ne parle-t-elle pas ? » s’est élevée une voix au fond de la salle, manifestement pas un étudiant.
« Pourquoi pas ? » le cri a été repris dans toute la salle, Maxine s’est étranglée. Sa voix, habituellement rauque, n’était plus qu’un mince filet. (« Je ne savais pas si je devais quitter la scène ou tenir l’épée et courir jusqu’à la personne qui m’avait interpelée. ») Paul a sauvé la soirée.
« Mesdames et messieurs, s’il vous plaît. » Le silence est retombé sur la salle. « Vous avez demandé pourquoi notre Reine ne parle pas. Je vais vous dire. C’est parce qu’elle ne le veut pas. Même au sein de notre coven il y a des moments où aucun d’entre nous n’ose lui parler à moins qu’elle nous le demande, pour nous elle est l’objet de la plus haute vénération. Pourquoi devrait-elle avoir des chiens et être obligée d’aboyer ? Nous le faisons pour elle.
Maxine a expiré, pour la première fois depuis trente secondes selon elle.
(à suivre)