Chapitre 7
Une Sorcière à Temps Partiel (4ème partie)
par
R. Deutsch version française Tof & Néphilim
Elle était retournée à l’appartement après une réunion Sorcière. Un sentiment d’appréhension qu’elle ne pouvait expliquer lui vrillait l’estomac. Elle était rentrée à pied avec juste un shilling en poche et pas de nourriture dans le garde-manger, mais elle en avait l’habitude. Elle est entrée dans le froid qui régnait dans la pièce et elle a mis sa dernière pièce dans le compteur. Elle s’est installée sur le canapé devant la chaleur du feu, elle avait un sentiment étouffant de découragement. Elle a essayé de s’endormir.
De vagues images mentales semblaient vouloir se clarifier. Au début, elles étaient floues dans son esprit, mais alors que ses pensées personnelles disparaissaient, sa vision devenait plus précise. L’image dominante était une épée à manche d’or sur un fond noir. L’épée était dirigée vers le bas : un symbole de mort.
Maxine était perplexe. Mis à part Alex, la seule personne dont elle se sent vraiment proche c’était sa mère, et Dorsi avait à peine eu un rhume ces dernières années.
Le lendemain matin, un télégramme pour Maxine est arrivé chez Alex. Il s’est précipité chez elle. On pouvait y lire, « VIENS AU CHRISTIS HOSPITAL MERE EST TRES MALADE. » Le Christis Hospital était réservé aux patients atteints de cancer en phase terminale.
Maxine a fait sa valise, laissant ses accessoires magiques chez Alex, et a couru chez Blackley Bryan, un de ses vieux amis qui avait envoyé le télégramme, il l’attendait chez lui. Ils sont allés à l'hôpital. Dorsi était mourante. Elle avait une sorte de minerve qui empêchait sa tête de tomber et elle ne pouvait pas aligner deux mots cohérents. Maxine est allée la voir tous les jours, mais la fin était proche, Dorsi fut sanglée sur un lit de camp et installée dans une chambre privée. Tout le monde savait ce que cela signifiait.
La dernière fois que Maxine a vu Dorsi en vie c’était un vendredi. L’infirmière, une religieuse, avait dit à Maxine qu’elle devrait rester cette nuit, sa mère était au plus mal et ne serait probablement plus là le lendemain. Maxine en a convenu. Aussi silencieusement que possible, elle s’est rendue sur la pointe des pieds dans la chambre de Dorsi et s’est assise au bord du lit. Elle pensait à sa vie, à sa mère et aux moments extraordinaires qu’elles avaient vécus ensemble, quand elle a vu un ectoplasme bleu sortir du sommet du crâne de Dorsi. Elle a senti la présence de la mort. Maxine a embrassé sa mère sur le front et lui a longuement dit adieu en silence. Puis elle est sortie de la chambre.
L’infirmière lui a pris le bras alors qu’elle s’en allait et lui a demandé pourquoi elle ne restait pas avec sa mère mourante.
« Ça ne sert à rien », a dit tristement Maxine. Physiquement - en termes médicaux - Dorsi était encore en vie, mais son esprit était sur le point de quitter son corps physique. L’infirmière est partie en marmonnant au sujet de la jeune génération qui n’était plus bonne à rien, qui était égoïste, inconsidérée ....
Maxine est allée lentement vers la maison de sa mère. A 6H30 le matin, le téléphone a sonné. C’était la même infirmière qui s’excusait, sa mère était morte. Sans surprise, Maxine a commencé s’occuper des funérailles.
Dorsi avait dit à Maxine qu’elle voulait être enterrée dans une robe de soie noire avec une bordure blanche en hermine. Maxine avait essayé de la convaincre de s’en séparer et a décidé que, maintenant que Dorsi était morte, il allait ignorer son souhait. Mais chaque nuit où elle dormait dans la chambre de sa mère « les foutus trucs », comme Maxine les appelle maintenant, ne la laissait pas dormir. La garde-robe s’ouvrait et les robes se répandaient par terre. Lorsqu’enfin Maxine a téléphoné aux pompes funèbres de venir récupérer la robe les problèmes ont cessé.
Des putes, des proxénètes, des prêtres, des couples homosexuels des deux sexes, des vilains, des adeptes de Subud, accoururent pour la cérémonie. Un des porteurs est arrivé en portant des chaussures de danse. Tous se pressaient dans la petite église catholique au grand damne des parents de Dorsi, choqués et conservateurs. Lorsque Maxine est arrivé, en retard, en manteau de fourrure blanc avec un chapeau assorti et des accessoires noirs, elle a senti tous les regards se tourner vers elle. Devant elle, il y avait le cercueil de sa mère avec des bougies allumées à chaque coin. La messe a commencé.
Introibo ad altare Dei.
Ad Deum qui laetificat juventutum meum.
Tout alla bien jusqu’à la consécration, lorsque le vin et l’hostie ont été bénis. Tout le monde regardait Maxine pour voir si elle allait communier. Elle est restée là où elle était. Des regards obliques et des murmures désapprobateurs se firent entendre pendant que les parents consciencieux s’approchaient de l’autel pour recevoir le corps de leur Dieu sous la forme de pain sans levain.
Le prêtre a regardé vers l’arrière de l’église avec horreur soudaine. L’assemblée toute entière s’est retournée pour voir Alex, en grand apparat de Sorcière, à la tête d’une troupe de Sorcières vêtues de la même façon venue dans l’Eglise pour rendre un dernier hommage. Le prêtre a grimacé en voyant les forces du mal entrer dans son église. Mais les sorcières ne sont-elles pas censé être incapable d’entrer dans une église ?
Mais il a continué avec sa messe et après la bénédiction finale,
Ite Missa est
Deo gratias.
Les sorcières sont sorties de l’église solennellement et en silence. Elles n’ont pas assisté à l’enterrement.
Après les funérailles, Maxine a décidé de rester seule dans la maison jusqu’à ce que les formalités de successions soient terminées. Elle s’est trouvée soumise à des formes bizarres de harcèlement. Un soir, elle est revenue de la réunion du coven et a constaté que toutes les fenêtres de la maison avaient été brisées. Des enfants lui jetaient des pierres dans la rue. Enfin, la maison a été vendue et l’argent a été mis en fiducie pour Maxine et sa sœur. Ayant nulle part où habiter et à nouveau sans argent, elle s’est tournée vers Alex pour obtenir de l’aide. Il l'a lui apporté. Depuis quelque temps il avait appris par les Tarots que Maxine serait sa femme.
Maintenant les projets de mariage étaient fixés. Une petite maison avait été arrangée et Paul et Alex devaient se séparer. Mais avant que tout cela se mette en place Maxine a redécouvert son talent pour la projection astrale.
Toute personne vivante a trois corps : le corps physique, qui est le seul dont nous sommes normalement conscients dans notre état de veille, le corps astral, une contrepartie du corps physique que nous habitons quand nous rêvons, et le double éthérique, qui est une sorte du corps hors du corps qui peut exister indépendamment du corps physique. Ce dernier peut être envoyé au loin alors que le corps physique est au repos à des centaines de kilomètres de là. (Je n’y ai jamais cru jusqu’à ce que, sous la direction de mon enseignant, j’ai été vu me promener à Londres alors que je dormais dans le Yorkshire.) Pour la plupart des personnes, les corps physique, astral et éthérique restent ensemble tout au long de leur vie. Mais il est possible, grâce à un entrainement, de développer la technique de transfert de la conscience du corps physique au corps astral ou éthérique en restant éveillé. C’est ce qu’on appelle généralement la projection astrale, mais cela ne s’applique qu’à la projection du double éthérique, qui est à mi-chemin entre le corps physique et astral. Maya, la fille de Maxine, peut se projeter astralement pendant son sommeil. Enfant, Maxine se projetait pratiquement chaque nuit, elle ne savait pas que ce n’était pas normal. Elle a perdu cette capacité à l'âge de quatorze ans, quand elle a commencé à avoir ses règles. Elle a retrouvé cette capacité suite aux conseils que lui avait donnés Alex, ce fut spectaculaire et plutôt comique. Enfin, cela semble rétrospectivement.
(à suivre)