Chapitre 8
Accidents Magiques
par
R. Deutsch version française Tof & Néphilim
Le téléphone a sonné, trop tôt le matin, il faisait encore
sombre.
« Nigel matérialise des saucisses » a dit la voix.
« Qu’est-ce que tu dis ? » Alex était fatigué. Il était fatigué parce qu’il
avait eu une longue journée suivie d’une longue nuit et la seule mention de
Nigel suffisait à fatiguer encore plus.
« J’ai dit qu’il matérialise des saucisses. Elles volent par les fenêtres. Le
petit bâtard a vraiment un problème. Peux-tu... »
« Ecoute Ken, je suis vraiment très fatigué. Si c’est une de blague alors... »
« Non, Alex écoutes-moi. Nigel est couché là dans cette maison et des paquets de
saucisses volent autour de lui, elles sortent de nulle part. Les voisins
deviennent fous. Tu dois l’aider. »
« Bonjour. Non bonne nuit, Ken. »
Alex a parlé à Maxine, dont le nom est désormais Sanders, de Ken, aucun des deux
ne pensaient qu’il était spécialement farceur et ils se sont tous les deux
rendormi.
Deux jours plus tard : « Alex, c’est à nouveau Ken. Ne raccroche pas s’il te
plaît. Ce petit fils de pute matérialise maintenant des pièces de trois pence.
Alex, tu dois me croire. L’endroit est dévasté. Nigel est couché nu au milieu
dans ce désordre de saucisses et de pièces de trois pence. Les saucisses
commencent à sentir mauvais. Quelqu’un va appeler la police et ils vont
l’emmener à coup sûr. S’il te plaît, Alex. Tu dois y aller. »
Quand Alex a parlé à Maxine des dernières prouesses de Nigel, ils ont décidé
qu’ils devaient aller voir. Ce n’était pas le début de l’histoire de Nigel
Farnsworth, ni, malheureusement pour eux, la fin.
Ça a commencé lorsque Nigel a été présenté à Alex comme initié du premier degré.
Il avait lui-même invité, Alex, Paul et une autre Sorcière dans un restaurant
indien pour un repas et un « petit verre ». Il mesurait environ 1M60, il était
chauve sur le dessus, mais il avait les cheveux gras et plaqués sur les côtés et
derrière la tête. Son obésité et ses dents jaunes dégoûtaient Maxine. Il avait
aussi un problème avec l’alcool.
Au restaurant indien, il a commandé six bouteilles de riesling hongrois, dont
deux qu’il a bu tout seul. Après être sorti des toilettes des hommes où il
s’était enfermé et où il s’était endormi, il avait été libéré par un serveur qui
avait grimpé par la fenêtre en passant par l’extérieur, Alex, Paul et l’autre
Sorcière - qui étaient déjà bien gais eux aussi – se sont entassés dans la
voiture de Nigel. Nigel avait encore son pantalon aux genoux.
Presque immédiatement ils ont ouvert les fenêtres arrière de la voiture. Du
homard tandoori, du curry de bœuf, des légumes au curry, du riz, de la crème
caramel et deux litres de vin doux se sont retrouvés sur les côtés de la voiture
la décorant d’un motif abstrait.
Alex, qui tenait bien l’alcool et avait généralement bon caractère, n’était pas
très heureux. Nigel Farnsworth n’était toléré que pour sa vivacité
intellectuelle et ses talents artistiques, les deux étant immenses. Il tournait
autour du coven, comme font certaines sorcières, il n’avait aucune quête
spirituelle, mais il recherchait l’amitié, l’amour parfois, dans des intérêts
communs. Il n’y avait aucun véritable problème juste de petits soucis, jusqu’à
ce qu’il décide qu’il était prêt pour son second degré.
« Alex, le moment est venu » a annoncé Nigel, une mauvaise imitation de Tony
Hancock décidant de devenir l’Homme Sauvage des Bois. « Je veux être un Grand
Prêtre. » C’était une de ces visites de courtoisie dont Nigel profitait toujours
pour demander une faveur, il était venu armé de pâtisseries turques, des
baklavas et divers autres sucreries que, il le savait, Alex trouvait
irrésistible.
« Je veux que tu me le donnes. »
« Attends une minute. » a dit Alex. Il a expliqué à Nigel, qui le savait déjà,
qu’en Wicca le second degré ne peut être donné que de l’homme à la femme et vice
versa. Il se traduit parfois par l’union sexuelle. La cérémonie implique un
transfert du pouvoir : du positif au négatif, de l’homme à la femme. Ceci peut
être pratiqué symboliquement, mais il ne savait pas trop si Nigel avait pensé ou
non à cet aspect symbolique.
« Maxine, » a demandé Alex, « donnerais-tu à Nigel son second degré ? »
« Alex, je ne pense pas en être digne. » Elle a baissé la tête en souriant.
« Mais je veux que ce soit Alex qui m’initie. » A cause de son propre
comportement Nigel n’avait jamais réussi à trouver de partenaire stable pour le
Cercle, ce qui est essentiel pour la pratique durable de la Sorcellerie. Ni Alex
ni Maxine n’avaient envisagé que Nigel ai pu être une reine Sorcière cachée.
« Je vais devoir y réfléchir » a dit Alex et la question a été laissée de côté
pour quelque temps. La demande était un peu bizarre, mais en se plongeant dans
ses livres Alex a découvert qu’il n’y avait rien de particulier dans Le Livre de
la Loi qui rendrait cela impossible. Les pratiques homosexuelles sont communes
dans la magie, même si elles n’étaient arrivées que récemment dans la
Sorcellerie. Mais la cérémonie sera purement symbolique. Alex a accepté de
pratiquer le rituel, mais pas dans son propre Temple.
Bien qu’Alex vivait comme un pauvre homme, son Temple était un trésor d’objets
magiques qu’avec Paul, ils avaient rassemblés au fil des ans. Des Baguettes en
divers bois et métaux, des couteaux à manche d’ivoire et d’ébène, des épées, des
dessins mystiques et les aquarelles exquises de Paul décoraient la pièce qui
sentait toujours l’encens et la myrrhe. Il y avait des effigies de marbre et,
maintenant qu’Alex Sanders devenait célèbre (ou infâme dans certains cercles)
dans le monde occulte, les dons arrivaient de tous les coins du monde. Il y
avait une épée dont on disait qu’elle datait des Croisades, une idole d’un
monastère Tibétain, et un cadeau plutôt exceptionnel et coûteux venant d’un
Américain qui a été reconnu plus tard coupable d’avoir pratiqué un assassinat
rituel de masse. Il y avait des parchemins en peau humaine avec des inscriptions
en sang (j’en ai vu un), d’anciens parchemins égyptiens et des carrés magiques
d’AbraMelin datant du dix-septième siècle. Son Temple était et est toujours
situé en un lieu que je ne peux pas désigner, un musée magique, et les objets
qu’il contient sont inestimables. Si Alex avait eu l’idée de vendre l’un de ces
objets, ses soucis financiers auraient été réglés pour de bon, mais l’équipement
du Temple, en fait les outils de travail de chaque Sorcière, ne doivent pas être
évalués en termes monétaires. Ils occupent une partie de sa vie qui ne peut être
concernée par l’argent ou même la mort. Il est difficile pour un esprit moderne
et matérialiste vivant dans une société de consommation de comprendre cela, mais
même quand il avait vraiment faim, l’estime qu’avait Alex pour ses outils
magiques était si grande qu’il n’a jamais envisagé de s’en séparer. Une seule
autre personne y avait accès : sa femme Maxine dont il s’est séparé maintenant.
Il n’était pas question de pratiquer un rituel qui pourrait être considéré comme
une entorse, même légère, à la Loi dans un tel environnement. Le rituel devait
être pratiqué dans l’appartement de Nigel, à 20 h, un samedi. Toute cette
semaine, quand Maxine nourrissait le chat, elle récitait un poème qu’elle avait
composé pour elle-même et qui faisait mourir de rire Alex : « Petit chat, petit
chat, où as-tu été ? » « C’est à Nigel d’initier une reine ! »
Alex est arrivé avec les outils et les vêtements nécessaires. L’appartement, qui
était au premier étage d’une grande maison qui dominait le quartier, se
composait de deux chambres qui avaient été rassemblées en une seule, elle était
énorme. Une très grosse poutre en chêne traversait le plafond. Nigel avait
construit son autel directement sous la poutre. A part sa propre peinture du
dieu Pan et une table à côté de l’autel, tous les meubles et les tapis avaient
été rangés dans un coin éloigné. Sur la table il y avait des pâtisseries
orientales, des babas au rhum, des gâteaux et de nombreuses bouteilles de vin
ouvertes.
Nigel et Alex se sont détendus et ont bu pendant un certain temps alors qu’Alex
expliquait la forme que prendrait le rituel. Au grand dam de Nigel, Alex
refusait de manger, la fête aurait lieu plus tard. Il a demandé à Nigel quelle
divinité il s’était choisi comme patron.
« Pan ! »
« Nigel, tu es une Sorcière responsable. Tu sais aussi bien que moi que c’est
très dangereux. Le dieu Pan peut apporter le chaos, la « panique ». Crowley a
pratiqué un rite à Pan à Paris et cela l’a presque tué.