Labeur et Problèmes (4ème partie)
par J.Jones
version française Tof
Peu à peu la tension a baissé et la voix s’est tue. Mme Peters, surprise a ouvert les yeux. « Est-ce que j’ai dormi ? »
Alex lui a assuré que tout allait bien et il a rassemblé ses outils puis lui a proposé de la reconduire chez elle pour qu’il puisse exorciser sa maison sans délai.
Tout était tranquille lorsqu’ils ont pénétré dans la maison. Alex est allé de pièce en pièce et les a aspergées d’eau en récitant ses incantations pendant que Mme Peters disait des extraits des évangiles.
« Tout ira bien maintenant » lui dit-il, mais elle n’était pas convaincue. « Restez pour le repas » l’a-t-elle exhorté. « Ca commence toujours après le thé. »
Cela a commencé comme un coup lointain. « Faites couler le robinet » a conseillé Alex. Il avait remarqué les tuyaux d’eau chaude qui passaient dans la cuisine et il pensait qu’il y avait peut être de l’air dedans. Pendant quelques moments il n’y a plus eu de coups et il a cru avoir trouvé le problème. Puis ça a recommencé, les murs grondaient comme si on leur donnait des coups de pied, les vitres tremblaient bien qu’il n’y avait pas de vent et les décorations en cuivre sur la cheminée bougeaient et vibraient. Résolument Alex a levé le poing et a exigé que les esprits s’en aillent sinon ils seront détruits par l’encens et les malédictions. Il a couru de pièce en pièce, chassant le spectre invisible, encouragé par Mme Peters qui était derrière lui et criait : « Alléluia! »
Mais les bruits ont continué. « Votre magie ne sera pas suffisante sans vaudou » a conclu Mme Peters. « Je sais ce dont vous avez besoin. Revenez demain soir à neuf heures et mes amis et moi, allons vous montrer. »
Intrigué par son échec, Alex fut heureux de s’éloigner de l’esprit frappeur indiscipliné. Il a passé la soirée à chercher dans ses livres de sorcellerie pour voir s’il avait quelque chose qu’il avait oublié de faire.
La nuit suivante, il s’est présenté à l’heure dite. Mme Peters l’a emmené dans la cuisine où il y avait quinze ou vingt Jamaïcains qui l’attendaient. Sur la table il y avait un sac de ciment, une couronne de gousses d’ail, quatre gros clous en fer fixés à une grosses chaîne et un poignard. Une petite chèvre était attachée au pied de la table, elle bêlait comme si elle sentait qu’elle allait mourir.
« Oh, non » a dit Alex lorsqu’on lui a tendu le poignard, « je ne fais pas de sacrifices. Ce n’est plus nécessaire de nos jours ... » Ses paroles furent noyées par des grondements de colère. Mme Peters a bondi pour apaiser ses amis tandis qu’Alex tentait d’expliquer son point de vue.
Dans un coin un petit jamaïcain a exprimé l’opinion de la majorité. « Est-ce que les sorcières blanches sont trop importantes et puissantes pour aider leurs frères de couleur ? »
Vainement Alex a essayé d’obtenir leur approbation et, à contrecœur, ils ont accepté de lui expliquer comment la cérémonie vaudou devait être conduite. La chèvre devait être tuée afin que son sang éclabousse les murs et tous les gens présents dans la pièce. Puis les clous en fer devaient être emmenés au cimetière où l’Irlandais a été enterré et on cimenterait un clou à chaque coin de la tombe pour lier l’esprit. Pour finir la couronne d’ail devait être placée à la tête de la tombe pour empêcher qu’il ne s’échappe.
A nouveau on tendait le poignard à Alex et à nouveau il a refusé de le saisir. Sans plus tarder, un grand Jamaïcain l’a pris et a tranché la gorge de la chèvre. Elle a bêlé un court instant, le sang a jailli dans tous les sens et la petite chèvre a ployé et s’est effondrée. Quelqu’un l’a poussée du pied, elle avait rempli son rôle. Alex n’imaginait pas qu’une créature aussi petite pouvait contenir autant de sang. Le sang se répandait, remplissant l’air d’une chaude odeur.
Alex a réalisé que les autres prenaient plaisir à son malaise. Les hommes barbouillaient leurs poignets de sang, il avait le sentiment que le rituel était arrivé à son paroxysme, il avait vraiment peur.
« Il n’était pas nécessaire de faire un sacrifice sanglant » a-t-il crié en essayant de dominer le brouhaha. « J’ai déjà fait un charme et votre fantôme a disparu. »
Comme pour se moquer de ses paroles, on a entendu des coups contre les murs et les vitres vibraient plus fort que jamais. Les hommes se sont levés de leurs chaises et se sont rassemblés au centre de la pièce. Alex s’est rapproché de la porte, il avait plus peur des vivants que des morts.
« Je vais aller chercher d’autres plantes » leur a-t-il dit. Puis il a ouvert la porte et s’est enfui sans s’arrêter avant d’avoir atteint la route principale et trouvé un taxi pour l’emmener en sécurité.
Honteux de sa fuite - et de sa défaite - Alex a appris quelques mois plus tard que quelqu’un, d’une façon ou d’une autre, avait exorcisé l’esprit frappeur déchaîné.
L’événement qui allait précipiter son départ pour Londres eut lieu quelques jours plus tard : Maxine a annoncé qu’elle était enceinte. Tout se liguait contre le fait qu’ils restent à Manchester : la maison était trop petite pour trois, l’appartement n’était pas pratique, et surtout, Maxine insistait pour que nulle trace de la période de magie noire d’Alex ne puisse corrompre l’enfant. Il devait renoncer à la petite rente que lui versait Ron depuis qu’il avait quitté la bibliothèque Rylands.