Une Enfance Magique (2nde partie)
par J.Jones
version française Tof
Alex Sanders croyait de plus en plus en la sorcellerie, et chaque expérience de voyance renforçait encore cette croyance mais cela ne lui semblait pas incompatible avec sa participation régulière à l’école du dimanche. Sa grand-mère lui avait expliqué qu’il n’y avait qu’un seul Dieu, mais qu’il était connu sous différents noms. Il lui était aussi facile d’accepter que la Vierge Marie fût la déesse de la lune sous une autre apparence.
Les héros d’enfance d’Alex avaient une autre saveur lorsque sa grand-mère lui racontait leur histoire. Il y avait Robin des Bois, avant il n’était que le chef de sa bande, mais maintenant, il se révélait sous son rôle véritable de sorcière qui utilisait ses pouvoirs pour envoyer de l’argent là où on en avait vraiment besoin et pour échapper à ses poursuivants. Et Jeanne d’Arc, qui était vraiment la Reine Sorcière de France et elle l’affirmait sans vergogne par sa tenue à une époque où les sorcières étaient les seules femmes qui portaient des vêtements masculins. Alex était terrorisé lorsqu’il a entendu pour la première fois dire qu’elle avait péri sur le bûcher mais il avait aussi appris que les sorcières condamnées étaient généralement aidées par leurs compagnons en liberté. Si on n’avait pas pu leur faire parvenir clandestinement des drogues comme la belladone ou la digitale en prison, les sorcières dans la foule autour du bûcher utilisaient leurs pouvoirs pour hypnotiser la victime et étouffer ses douleurs quand les flammes l’atteignaient.
Les philtres d’amour, les porte-bonheurs, les remèdes de grand-mères furent tous assimilés par l’enfant enchanté. C'est à peine s’il avait vu un brin d’herbe dans son monde de béton, mais il avait appris à reconnaître le thym sauvage, le romarin et le mouron dans un livre dans lequel sa grand-mère avait pressé des feuilles, des fougères et des fleurs au cours de sa jeunesse au pied de Snowdon. Enfant elle avait était membre d’un coven de quatre sorcières qui allaient toutes très régulièrement à la messe car ceux qui manquaient une messe sans raisons réellement valables étaient ostracisés par leurs voisins. La nuit, le coven avait l’habitude de monter jusqu’à un petit lac sur la colline. Ce lac était réputé avoir appartenu à des sorcières depuis le moyen-age. Des pierres dans l’eau permettaient de se rendre à la petite île au centre de laquelle il y avait le cercle où elles pratiquaient leurs rituels et dans les eaux noires elles étudiaient la réflexion de la lune et conjuraient le futur.
A neuf ans, Alex fut autorisé à prendre part à sa première cérémonie de pleine lune. La grand-mère n’a eu aucune difficulté à convaincre sa mère de se séparer de lui pour la nuit, car elle était très contente des progrès qu’Alex avait faits en gallois et était reconnaissante à sa mère de lui enseigner cette langue.
Alors que la lune se levait, la grand-mère a ouvert les rideaux de la cuisine pour y laisser sa lumière pénétrer. Elle avait réduit le feu avec du petit charbon pour atténuer son éclat et elle conduisait maintenant Alex au centre du cercle. L’air était chargé de la fumée de l’encens qui brûlait dans quatre bols placés à intervalles réguliers autour du périmètre du cercle. Elle lui a tendu un athamé qui sera dorénavant le sien et lui a dit qu’elle allait le consacrer. Le garçon devait se coucher sur le dos, le poignard sur sa poitrine nue, puis elle s’est couchée sur lui en murmurant des incantations qu’il n’avait jamais entendues avant. Il se sentait bizarre, son corps nu serré contre elle, mais elle était extrêmement sérieuse et il croyait déjà fermement en sa magie. Quand ils se sont relevés, elle l’a emmené dehors dans la cour où elle lui a dit de diriger son athamé vers la lune et de répéter les paroles du rituel. C’était sa première cérémonie où l’on avait fait « descendre la lune ».
Bien que la magie, la sorcellerie et l’affinité de plus en plus grande qui s’était formée entre sa grand-mère et lui avait remplie la plus grande partie de son enfance, Alex était généralement capable de mener une vie toute différente à la maison. Il était très proche de sa sœur Joan qui était de deux ans sa cadette, bien souvent il avait envie de lui raconter ses secrets, mais il n’en avait guère le temps ou l’intimité nécessaire. A un moment il se levait à cinq heures tous les matins pour aller à la boulangerie locale, où une nouvelle machine à trancher le pain avait des problèmes de dents. Les six premiers pains de la journée étaient déformés et Alex pouvait les acheter pour très peu cher.
Les rivalités entres garçons allaient parfois à l’encontre des promesses qu’il avait faites à sa grand-mère. Quand un camarade de classe s’était vanté d’une rapière espagnole que son père avait achetée, Alex n’a pas pu s’empêcher de parler des épées de sa grand-mère.
« Allez, tu racontes des mensonges ! » s’est moqué son camarade de classe. Alex était trop petit et chétif pour se battre, il a donc accompagné son ami jusqu’à la maison de sa grand-mère, il lui dit de se taire et l’a emmené dans la cuisine. Il savait comment ouvrir le double-verrouillage du coffre. Alors qu’il faisait tourner la clé, sa grand-mère est entrée. Elle était dans la pièce qui donnait sur la rue et les avait vus venir. Elle lui a envoyé une claque sur la tête qui a fait tinter ses oreilles.
« Plus jamais tu n’emmèneras de copains ici, tu m’entends ? »
Alex a hoché la tête en silence et quand son compagnon eut disparu, sa grand-mère lui a fait promettre de ne jamais ouvrir le coffre sans son autorisation.
(à suivre)