Une Enfance Magique (4ème partie)
par J.Jones
version française Tof
Mais à cette époque pour Alex c’était quelque peu exaspérant. Il rêvait de richesses, de grandir de quelques cm de plus, d’être aussi grand que les autres garçons de son âge. Il n’appréciait pas toujours son don de voyance qui s’était développé rapidement. Il savait à l’avance lorsque ses parents allaient se disputer. Au bord des larmes, il cachait sa tête dans son oreiller et attendait avec impatience - plus vite la dispute commencera, plus vite elle sera terminée.
Sa grand-mère ne perdait pas de temps à le plaindre et lui disait de penser au bien qu’il pouvait faire. Sans révéler à ses voisins qu’elle était une sorcière, elle faisait en sorte de guérir leurs maladies, qu’elles soient physiques ou mentales.
« Si je peux aider les autres, pourquoi ne pourrais-je pas m’aider moi-même? » lui a demandé un jour Alex. Elle l’a renvoyé à son Livre des Ombres et dit de se plier aux règles basiques concernant les demandes, ne jamais ordonner; être reconnaissant pour ce que l’on obtient, même si ce n’est pas exactement ce que l’on voulait.
Mais, comme cela s’était déjà produit, pour une fois Alex savait exactement ce qu’il voulait. Il a fait une série d’incantations, et rêvait d’une magnifique paire de bottes brunes. Trois jours plus tard, sur le chemin de l'école, il a vu un magnifique vélo d’occasion à vendre pour quinze shillings. Mais il n’avait même pas un shilling et encore moins quinze, et sa mère, qui considérait qu’une dette était presque du vol, se refusait à essayer d’emprunter de l’argent. Le lendemain, Alex a entendu dire qu’un marchand de journaux était à la recherche d’un livreur. Alex a obtenu l’autorisation de sa mère de se proposer pour ce poste : l’employeur achètera le vélo et pendant les trente prochaines semaines il retiendra six pence par semaine au salaire d’Alex. Alex pourra économiser ce qui reste de sa paie pour les bottes brunes. Même pas trois semaines plus tard il a vu les bottes dont il rêvait dans une boutique de seconde main - elle coûtaient trois shillings !
Comme Alex avait maintenant un emploi, il a été dispensé de la punition infligée par son père, qui sanctionnait ses enfants en les obligeant à rester debout à côté de la table pendant deux ou trois heures. La bêtise pouvait être aussi légère que d’avoir fait du bruit pendant que le père écoutait un concert symphonique à la radio. Maintenant qu’Alex était salarié, sa mère a demandé à ce qu’il soit dispensé d’un tel traitement.
Alex eut onze ans, on lui a proposé une bourse de la William Hulmes Grammar School, mais il n’a jamais songé à utiliser la magie pour que ses parents l’acceptent. Il y avait déjà un cinquième enfant dans la famille et bien que Alex rêvait d’être un médecin il était hors de question qu’il aille au lycée, même s’il était une sorcière. Son père travaillait alors dans une entreprise de carrelage, mais ils avaient dû quitter la maison de Chorlton et louaient une maison grande et vieille au 23 Virgil Street à Old Trafford. Les temps étaient durs, Alex lui-même traversait une période sombre, toutes ses visions parlaient de tristesse et de solitude, il n’y avait personne vers qui il pouvait se tourner. Quand il a demandé à sa grand-mère de les interpréter, elle s’y est refusée. C’était son avenir, personne ne pouvait le lire pour lui.