La Colline en Flamme (2nde partie)
par J.Jones
version française Tof
Il a rapidement oublié cette cérémonie et s’est promené dans la campagne pour tester ses connaissances sorcières. Il a trouvé les herbes sauvages utilisées pour faire des potions dans les endroits décrits dans les livres des sorcières, « à côté d’un cours d’eau », « sous le côté moussu des pierres », « là où deux rivières se rencontrent ». Il aura beaucoup à raconter à sa grand-mère.
Les mois passés avec Oncle Louie furent parmi les plus heureux de son enfance, la pauvreté n’était plus son quotidien, mais il avait très envie d’aller voir sa grand-mère. Les choses se sont réglées d’elles-mêmes en juin 1940, lorsque ses parents ont envoyé une lettre demandant à ce qu’il revienne à la maison. Il avait juste quatorze ans et il avait fini d’aller à l’école, il était temps qu’il aille travailler.
De retour à Manchester, cette fois sur Cornbrook Street à Old Trafford, où sa mère avait déménagé pour pouvoir prendre des pensionnaires, Alex a trouvé un emploi chez un charpentier qui lui laissait assez de temps libre pour pouvoir passer toutes les soirées avec sa grand-mère. Elle l’a fait étudier encore plus qu’avant. « J’ai tant de choses à t’apprendre. Nous n’avons pas de temps à perdre » lui a-t-elle dit.
Alex était perplexe, il avait le temps. « Pourquoi se hâter ? Je ne vais pas repartir. »
Elle l’a regardé en secouant la tête, il saura la vérité plus tard. Pour le moment elle devait poursuivre sa formation.
Quand ils ne pratiquaient pas ensemble dans le cercle magique, elle lui racontait toutes les histoires qui avaient été transmises de sorcière à sorcière au cours des âges. La véritable religion, a-t-elle expliqué, c’était l’amour de la vie et l’amour de la source de vie. L’homme doit aimer la femme, la femme doit aimer l’homme et les deux doivent aimer le dieu qui les a créés. Le principe essentiel du culte était la fertilité. C’était une notion avec laquelle Alex, issu d’une famille nombreuse, n’était que trop familier et il avait du mal à considérer cela comme une véritable bénédiction. Il avait appris qu’autrefois les gens sans enfant n’étaient rien - c’était leur progéniture qui faisait qu’ils avaient un intérêt pour l’avenir - et il savait que les sorcières blanches pratiquaient des rites de fertilité à la veille de mai et à la veille de novembre quand, après avoir honoré leur Dieu, elles faisaient la fête, buvaient et faisaient l’amour. (Elles ne faisaient pas l’amour toutes ensemble car cela aurait été considéré comme obscène et une perversion de la loi aux sorcières, mais les sorcières blanches étaient invectivées pour leurs « orgies », tout comme on les traitait hystériquement de sorcières noires.)
Alex avait tellement à apprendre, et tout cela par cœur, qu’il protestait parfois, il était encore en pleine croissance et, avec les bombardements continus, il ne lui restait plus beaucoup de temps pour dormir. En plus son père buvait beaucoup et l’ambiance familiale commençait à peser à Alex. Une fois, il a demandé s’il était possible de faire une pause dans son apprentissage. « Je suis déjà une sorcière, alors pourquoi dois-je en savoir tellement plus ? »
Sa grand-mère lui a expliqué qu’il n’était encore qu’une sorcière du premier degré et qu’il n’était absolument pas préparé à gérer la puissance qu’il se développerait au second ou troisième degré. En plus, il ne serait pas en mesure d’initier une autre sorcière, avant d’avoir atteint lui-même le degré le plus élevé.
Alex a saisi l’opportunité d’interroger sa grand-mère sur le seul sujet qu’elle évitait toujours : les sorcières contemporaines. Une fois de plus, elle a refusé d’en parler. « Ce que tu ne sais pas, ne peut pas nuire », fut sa réponse et Alex a encore dû attendre avant d’avoir une réponse.
Vers cette époque d’autres images ont commencé à apparaître dans le cristal. Une était spécialement terrifiante, il s’agissait des bras d’un homme happés par une essoreuse géante. Une autre décrivait la mort de quelqu'un qu’Alex aimait.
« Qu’est ce que cela signifie ? » a-t-il demandé, mais sa grand-mère ne pouvait pas le lui dire.
« Il faut interpréter tes propres visions » lui a-t-elle expliqué « je ne peux que t’apprendre à les créer. Mais elles ne mentent jamais, même si tu ne peux pas toujours interpréter correctement le facteur temps. »
« Mais qui va mourir? » a-t-il insisté. « Et pourquoi ne pouvons-nous tracer un cercle et faire en sorte qu’ils restent en vie ? »
La vieille dame a posé son ouvrage et l’a regardé sévèrement. « Nous pouvons avoir des visions et faire que des esprits nous aident, mais n’imagine jamais que nous avons le pouvoir de Dieu. La sorcellerie est basée sur des lois naturelles, tout le monde doit mourir quand son heure est arrivée. Nous ne pouvons pas nous en mêler. »
(à suivre)