La Colline en Flamme (3ème partie)
par J.Jones
version française Tof
Ce mois de décembre une autre ancienne vision d’Alex s’est réalisée. Le raid aérien est arrivé dès la nuit tombée et rapidement il fut évident que ce n’était pas une attaque ordinaire. Vague après vague, les bombardiers survolaient la ville, larguant des bombes incendiaires et explosives. Cela a duré des heures sans qu’il n’y ait de répit. Blotti dans la cave avec ses parents, ses frères et ses sœurs qui étaient rentrés pour Noël, Alex s’inquiétait pour sa grand-mère. Est-ce qu’il était possible que ce soit elle la personne qu’il aimait et qui allait mourir et est-ce qu’elle allait mourir cette nuit ? Des bombes atterrissaient un peu partout autour d’eux et des morceaux de plâtre tombaient lorsque les fondations de la maison tremblaient.
Vers minuit, il a demandé à monter à l’étage pour chercher quelque chose à manger. Il s’est précipité vers le haut de la maison pour regarder dehors et il a vu la scène qui avait hanté son enfance, celle qui était apparue dans le cristal de sa grand-mère la première fois qu’il s’en était servi. Eclairés par mille feux, les décombres d’une maison bombardée apparaissaient à l’horizon et en face d’elle un petit groupe de personnes était conduit par un membre de la sécurité civile. Les enfants pleuraient, il y en avait un qui avait un bandage de fortune à la tête. Puis on a entendu le sifflement des bombes qui tombaient : le groupe terrifié a hurlé et a été pulvérisé parmi les décombres.
Alex est retourné à la cave, ébranlé par la véracité de sa prophétie, mais soulagé d’en avoir été le témoin et non la victime. Voir l’avenir a commencé à perdre de son attrait car la vision avait été plus effrayante que la réalité. Il a pourtant persisté à essayer de voir de qui la mort avait été annoncée. Les trois personnes qu’il aimait le plus étaient sa grand-mère, sa mère et sa sœur Joan, si seulement il avait pu être certain que ce n’était pas l’une d’entre elles il aurait été tranquillisé.
Sa grand-mère a survécu au blitz, mais les locaux du menuisier pour lequel il travaillait avaient été détruits et Alex a dû trouver un autre emploi. Il a été engagé par une entreprise de chimie et une nouvelle vision s’est réalisée. Après avoir travaillé dans les laboratoires pendant un certain temps, il a été muté à l’usine de fabrication de pansements adhésifs. Là, dominant l’atelier, il y avait le calendrier gigantesque qui ressemblait à la machine à essorer du cristal. Alex avait peur de l’approcher, il était convaincu que c’était son bras qu’il avait vu mutilé, mais son travail impliquait de se tenir derrière le calendrier et guider les matériaux. Jour angoissant après jour angoissant il a gardé cette fonction et un jour il a entendu le cri prévu : il a couru jusqu’à machine et a vu le bras de son compagnon happé entre les rouleaux.
A cette époque, Alex a commencé à s’intéresser aux filles, sa grand-mère l’ayant remarqué, a décidé qu’il était prêt pour les initiations aux second et troisième degrés. Elle lui avait déjà beaucoup parlé de sexe, de maîtrise de soi et des moyens utilisés par les sorcières pour utiliser les impulsions de sorte que la force du sexe puisse être utilisée de façon positive pour créer du pouvoir. « Implosion » voilà le terme qu’elle utilisait, l’antithèse de la masturbation.
Lors de la nuit de la cérémonie d’initiation, elle a sorti un nouveau vêtement qu’elle avait fait pour Alex. Ils se sont baignés avant d'entrer dans le cercle. A la lueur des deux bougies sur l’autel, un écritoire sur lequel avaient été placés les outils, elle s’est couchée par terre et a fait venir le garçon à elle jusqu’à ce que leurs corps nus se touchent. Puis ils ont été unis. Il n’y a pas eu de gestes d’affection ou de passion. Ce n’était qu’un rituel et Alex n’a pas ressenti la moindre répugnance à perdre sa virginité avec une femme de soixante-quatre ans. Puis elle a ouvert une bouteille de vin et, dans ses habits neufs, Alex a versé une libation à la déesse de la lune et bu à son avenir en tant que sorcière.
Quelques mois plus tard Mary Bibby est morte. Sa fille a récupéré ses biens et fut un peu surprise par la collection bizarre de vieilles choses qu’elle a trouvées dans le vieux coffre. Alex a demandé s’il pouvait les avoir en souvenir de sa grand-mère, ce que sa mère a accepté. Consciente de la tristesse de l’enfant à cause de la mort de sa grand-mère, elle espérait que l’épée, le cristal, les bols en cuivre et l’encensoir le réconforteraient, mais elle a refusé de lui laisser le chaudron en fer ou plutôt le seau à charbon comme elle l’appelait. Il n’y avait rien d’autre qui puisse laisser penser que la grand-mère d’Alex avait été sorcière. Alex avait brûlé son Livre des Ombres tout de suite après sa mort et avait brisé en milles morceaux son manche à balai où étaient gravés des symboles phalliques.
Une grande partie de sa vie avait été occupée à étudier la sorcellerie avec sa grand-mère, Alex était maintenant face à une impasse. Quand il a essayé de faire de la magie pour faire revenir sa grand-mère, même pour un court instant, il a essuyé un échec total. Il n’avait que peu d’occasions d’être seul car il partageait sa chambre avec ses trois frères et il y en avait toujours un qui traînait avec lui. Même sa clairvoyance l’a abandonné et il a commencé à penser qu’elle n’avait jamais réellement existé, mais qu’elle avait été projetée sur lui par sa grand-mère. Avait-il tout imaginé ? Tout ce qu’elle lui avait dit sur la sorcellerie et les pouvoirs surnaturels ? Il a lu et relu son Livre des Ombres et il a décidé qu’il était impossible qu’une femme sans instruction ait pu écrire ce texte, ni exposer une telle philosophie.
Après s’être remis de son chagrin il a commencé à admettre qu’il serait impuissant jusqu’à ce qu’il trouve une autre sorcière avec qui pratiquer, s’il y en avait encore une en vie. Seul, il n’osait pas conjurer les esprits ou faire descendre le pouvoir de la lune, en sachant que la loi des sorcières interdit de pratiquer seul. Il n’avait pas réalisé que sa grand-mère pratiquait seule jusqu’à ce qu’il découvre qu’elle était une sorcière. Alex était encore très jeune et très peu sûr de lui. Tout ce qu’il pouvait faire était d’observer et attendre que quelqu’un lui fasse un signe qu’il pourrait reconnaître.