Ensorcelé (2nde partie)
par J.Jones
version française Tof
A la grande joie d’Alex, Ron a décidé d’acquérir la demeure, et dès que les formalités légales eurent été accomplies, il a dit à Alex qu’il pourrait vivre dans cette maison pour le reste de sa vie et qu’il recevrait une rente régulière.
« Choisissez les meubles et envoyez-moi les factures » a-t-il dit.
Pensivement Maud a demandé si Alex ne voudrait pas vivre avec eux à Fallowfield et se servir de Riversdale comme maison de week-end pour ses amis, mais son mari a hoché la tête. « Le garçon veut être indépendant, ma chère. »
Alex s’en ait voulu de la façon dont il les avait utilisés. Ils croyaient qu’ils avaient été désignés pour le traiter comme un fils de substitution, alors que lui pensait avoir manipulé leur volonté grâce à la sorcellerie noire. Mais il mit ses doutes de côté, ils en avaient pour leur argent, se disait-il, ils prenaient plaisir à son plaisir. Que pouvaient-ils faire de leur argent ? Ils approchaient la cinquantaine et avaient l’air vieux pour leur age.
Loin d’être sans le sou, Alex avait maintenant autant d’agent qu’il le souhaitait, il n’avait qu’à avoir envie de quelque chose pour que son bienfaiteur lui donne un chèque ou des espèces pour l’acheter. Chaque jour Alex faisait du shopping, il allait dans les salles de ventes et il achetait des meubles d’époque pour équiper sa maison. Il s’adressait à un certain nombre de spécialistes pour le conseiller en matière de goût et de design. Plusieurs milliers de livres furent dépensés pour restaurer l’escalier en acajou massif de Riversdale, pour décorer ses seize chambres à coucher et repeindre l’extérieur de la demeure.
Dans sa penderie il y avait dix-sept costumes sur mesure et il fallait deux jours à une domestique pour astiquer la collection d’argenterie géorgienne et cirer les meubles anciens. La vie était devenue bien plus gaie. Chaque matin, il allait en ville où il était membre de presque tous les clubs. Inévitablement, il buvait sur place et il rentrait chez lui le soir après avoir bu plus d’une bouteille d’eau de vie.
Après quelques mois de cette vie cela a perdu une grande partie de son charme. Il voulait passer plus de temps dans la maison où son bienfaiteur avait mis tant d’argent. Ron était heureux de la nouvelle vie d’Alex, surtout pour le bien que cela avait fait à Maud. Depuis le décès de leur fils elle avait cessé de fréquenter d’autres personnes et elle devenait agoraphobe. Les médecins lui avaient assuré qu’elle n’avait rien de physique, mais Ron était terrifié à l’idée de la perdre comme il avait perdu son fils. Depuis qu’Alex était entré dans leur vie, elle était une tout autre femme. Toute sa vie tournait autour d’Alex, même si elle ne le voyait qu’une ou deux fois par semaine. Pour Ron c’était un miracle d’entendre à nouveau des rires dans la maison et d’attendre chaque nouveau jour avec impatience. Peu importe l’argent qu’il avait dépensé pour Alex, le résultat valait bien chaque centime dépensé. Une salle de bal ? Oui, il devrait en avoir une et le meilleur architecte du quartier fut chargé de transformer la salle de billard.
Lorsque la fête d’inauguration eut lieu, la pièce était exactement comme elle était apparue dans les visions d’Alex. Les piliers qui soutenaient le plafond étaient tous drapés de tentures en soie de couleurs différentes, un bar a été construit à une extrémité de la salle et au milieu du parquet on avait peint un grand cercle magique orné des symboles cabalistiques inspirés de ceux des anciens Hébreux. La grande vie était devenue réalité, les démons avaient accompli leur oeuvre.
L’argent amenant l’argent, maintenant qu’Alex avait tout ce qu’il voulait et plus encore, les principales agences photographiques lui demandaient régulièrement de poser pour elles. Sous le nom de Paul Dallas, il portait les dernières tenues à la mode et posait accompagné de très belles femmes. Il est devenu la coqueluche de la jet-set de Manchester. Lorsque ses compagnons ont entendu dire qu’il se mêlait de magie - il restait pourtant discret- ils ont insisté pour qu’il leur fasse des amulettes et des porte-bonheur.
Alex appréciait beaucoup ses pouvoirs et sa popularité. Il fréquentait surtout des hommes qu’il avait rencontrés dans les clubs de Manchester – des médecins, des acteurs, des hommes d’affaires et des entrepreneurs, l’argent était leur seul point commun. Les femmes qu’il fréquentait étaient des filles à papa, des artistes de music hall, des ouvrières, des dactylos et des call-girls occasionnelles. Avec autant d’amis il n’avait aucun souci pour remplir sa salle de bal quand il organisait une fête. Des traiteurs et des extras étaient engagés pour fournir et servir à manger et à boire car Alex savait par expérience qu’il n’aurait eu que peu d’intimité s’il avait eu des domestiques en permanence. A minuit, lorsque le personnel était parti il passait le mot pour se débarrasser des « autres », ceux en qui il ne pouvait faire confiance et partager ses secrets. A la fin il ne restait plus que dix ou douze couples.
(à suivre)