Ensorcelé (3ème partie)
par J.Jones
version française Tof
Alex a alors montré aux invités leur chambre puis ils sont tous retournés à la salle de bal vêtus de robes de chambre exotiques. L’éclairage habituel a été remplacé par un éclairage coloré (qu’on qualifierait aujourd’hui du psychédélique). Des arcs en ciel se déplaçaient au plafond, et se reflétaient dans de grands miroirs accrochés le long des murs. Alors qu’Alex apportait des verres aux filles, ses amis les plus proches allaient en ville pour recueillir deux ou trois vagabonds pour leur offrir un repas et beaucoup de boissons. La proposition était rarement refusée.
Alors que la fête continuait les participants ont retiré leurs robes de chambre ainsi que leurs autres vêtements jusqu’à être totalement nus. C’est ce qu’ont vu les vagabonds ahuris. Ravitaillés en alcools et nourritures, plus qu’ils n’en avaient vu depuis des années, ils ont mis de côté leurs scrupules et ils n’étaient plus en état lorsque les choses sont allées encore plus loin.
Un par un, les vagabonds furent conduits dans les salles de bains à l’étage où, observés par un public nu et à moitié ivre, on leur a dit de se déshabiller et de prendre un bain. Plus les étrangers étaient sales, plus leurs vêtements et les corps étaient dégoûtants, plus c’était excitant. Les invités bien nourris haletaient devant les pitoyables carcasses humaines exposées devant leurs yeux. Maintenant les vagabonds dégrisés commençaient à comprendre comment ils avaient été utilisés. Ils protestaient rarement, mais ils prenaient conscience de leur propre dégradation, peut-être pour la première fois. Silencieusement, ils se rhabillaient et se sauvaient aussi vite que possible.
Pour ranimer la fête moribonde, Alex demandait à ses amis de retourner dans la salle de bal où, sous les lumières désormais tamisées, il mettait en place un autel pour adorer le diable. En laissant les autres démarrer la cérémonie, il plaçait une grande tapisserie sur la longue table sur laquelle la nourriture avait été placée et y posait des vases de fleurs. Puis la danse du diable commençait, les participants se laissant aller de plus en plus jusqu’à ce qu’une jeune fille monte sur l’autel et se couche pour être adorée par les autres. Invariablement, son partenaire se joignait à elle et, poussés par la foule excitée, ils consommaient leur passion sous les applaudissements.
Alex applaudissait comme les autres et essayait de toujours repousser la honte qu’il éprouvait à cause de sa mauvaise utilisation de la sorcellerie. Quand les invités s’en étaient allés se coucher, il apportait son athamé, traçait un cercle de sorcières et chantait les invocations qui pouvaient lui apporter la paix. Il priait le grand dieu de lui envoyer quelqu’un à aimer, quelqu’un qui l’aime en retour, mais pas une flamme de bougie ne scintillait, pas de souffle venant de l’extérieur ne perturbait la fumée de l’encens.
Que serait-il arrivé si Ron avait entendu parler de ce qui se passait réellement lors de ces fêtes ? Il y avait un risque qu’il l’apprenne, même si elle était ténue. Il n’est jamais allé à Riversdale sans y être invité, ne voulant pas qu’Alex se sente son obligé, et aucun des amis d’Alex ne fréquentait les milieux d’affaires qu’appréciait Ron. Une pension était versée régulièrement sur le compte d’Alex, le premier de chaque mois, s’il dépensait plus, ce qui arrivait fréquemment dans les premiers mois, il n’avait qu’à téléphoner à Maud ou Ron pour recevoir rapidement un chèque. Toutes les factures liées à la vie courante étaient envoyées directement au bureau de Ron.
La fortune soudaine d’Alex n’est pas restée totalement inaperçue. Il racontait tout simplement qu’il avait hérité d’une fortune. En fait, en plus de la générosité désintéressée de Ron, il était couvert de cadeaux venant d’hommes dotés de plus d’argent et de sensualité que le commun des mortels. Les déviants et les pervers sollicitaient ses faveurs. L’un d’entre eux lui a offert une maison bâtie d’après les plans d’une villa italienne, plusieurs autres lui ont offert des bijoux de valeur.
Mais maintenant, pour la première fois de sa vie, Alex connaissait la dépression et il implorait parfois la consolation de sa religion. Il prenait ses cartes de tarot où des lettres et des symboles hébraïques avaient été tracés et il les étalait par terre en face de lui pour voir l’avenir. Encore et encore les cartes montraient la douleur et la mort qui survenaient devant lui, mais il ne recevait nulle indication quant aux dates, lieux ou personnes. En désespoir de cause, il rangeait ses cartes et sortait en quête de nouvelles distractions.
(à suivre)