Rembourser le Diable  (2nde partie)

par J.Jones
version française Tof

Alex lui a dit une fois de plus qu’il n’avait pas l’intention de l’installer Riversdale, maintenant ou plus tard. « Si tu étais capable de te taire et de te contenter de t’occuper de la décoration tu serais plus qu’un bienfait», a-t-il ajouté.

Elle lui a dit de s’en aller et de ne plus jamais revenir. Alex l’a prise au mot. Insensible à ses larmes et à sa rage, il a posé la bouteille de vin non ouverte devant elle et lui dit qu’il en avait fini avec elle. Blessant, il a ajouté qu’il aurait pu se payer un certain nombre de filles avec ce qu’il avait dépensé pour elle et cela aurait été plus agréable.

Quand il est arrivé chez lui le téléphone sonnait, mais il n’a pas décroché car ce pouvait être Ruth. Le téléphone a recommencé à sonner deux ou trois fois au cours de la soirée. Le lendemain matin il fut réveillé par la police et invité à faire une déposition. La logeuse de Ruth l’avait trouvée affalée sur une chaise dans sa toute petite cuisine à côté d’elle la bouteille de vin était à moitié vide, le gaz s’échappaient de sa gazinière. Elle était morte.

Alex a parlé de la querelle et a dit qu’il n’avait pas répondu au téléphone. L’enquêteur a suggéré qu’elle avait entendu d’autres résidents entrer dans la maison et qu’elle avait pensé qu’Alex avait été l’un d’eux, surtout qu’elle avait probablement essayé de lui téléphoner et qu’elle n’y avait pas eu de réponse. En mettant en scène un suicide dramatique elle aurait pu vouloir faire peur à Alex pour que leur histoire redémarre. Mais le plan n’a pas fonctionné et le suicide a réussi.

Alex est sorti du bureau sans pouvoir faire face aux regards de mépris de ceux qui avaient entendu son témoignage. Sans lui, Ruth n’aurait pas renoncé à son emploi. Sans lui, elle ne se serait pas saoulée. Sans lui, elle serait encore en vie. Même son blindage d’égoïsme ne pouvait le soustraire aux reproches qu’il savait avoir mérités.

De temps à autre Alex passait voir sa sœur Joan, mais leur relation n’était plus ce qu’elle avait été. Elle avait épousé Eric, un ancien major du régiment des Green Howards qui travaillait maintenant pour la Manchester Corporation. Tous les deux avaient eu du mal à s’installer. Alex avait offert de les aider, quelques milliers de livres auraient fait toute la différence pour le confort de sa sœur et pour lui ce n’était rien. Mais elle ne voulait pas en entendre parler. Elle lui conseillait vivement de renoncer à sa vie de perdition.

« Je ne crois pas à toutes ces absurdités que tu appelles sorcellerie, mais je crois que tu es lié avec le diable. Pourquoi ? Il suffit de te regarder ! Tu n’as que vingt-huit ans et tu as l’air d’en avoir quarante. Retourne au travail, Alex, je t’aiderai. »

« Tu veux m’aider ? » a-t-il demandé en ricanant, en comparant son pull et sa jupe de prêt à porter avec son costume de prix.

Il rendait également visite à sa mère mais rarement car il n’était pas le bien venu. Elle ignorait comment il en était arrivé là, mais elle savait que ce n’était pas par des moyens honnêtes et Alex n’a rien fait pour la rassurer. Il méprisait la maison misérable de sa famille et leur auto-satisfaction qui lui semblait tout à fait injustifiée. Ses jeunes frères avaient été apprentis dans l’entreprise de carrelage qui avait employé son père ce qui amenait une certaine stabilité à la maison mais leurs salaires étaient bas. Alex aimait se montrer avec ses costumes voyants et ses bagues en diamant et cela l’irritait que ses parents refusent l’argent et les cadeaux qu’il souhaitait leur offrir. Sa mère ne cachait pas son dégoût pour son mode de vie et lui a dit plusieurs fois qu’elle aimerait qu’il change. Comme Alex la méprisait car elle avait accepté les déficiences de son père tout en refusant les siennes, sa mère lui a répondu avec dignité que l’alcoolisme est une maladie alors que la luxure est un vice.

Lorsque le rejet par sa famille devenait trop lourd à porter, Alex allait visiter la salle égyptienne du musée municipal de Manchester et s’asseyait à côté de la petite prêtresse momifiée que sa grand-mère l’avait emmené voir lorsqu’il était un enfant. Là, à côté de la figure ridée, il ressentait la même pitié confuse qui l’avait agité si longtemps et il oubliait pendant quelques heures son égoïsme dérisoire.

L'une des femmes qui vivait à Riversdale à cette époque était fascinée par les couteaux et épées sorcières qu’il avait rassemblés et bien qu’elle ne croyait ni à la sorcellerie ni à l’occulte, elle a accepté d’être initiée afin de pouvoir s’asseoir avec lui dans le cercle pour l’aider à créer du pouvoir. Nuit après nuit, elle a participé aux rituels, elle a répété les chants runiques qu’on exigeait d’elle sans résultat, jusqu’à ce qu’un soir, elle ait entendu le son d’une explosion.

« Cela ressemblait à un coup de feu » a-t-elle dit. « Il n’y a personne dans la maison à part nous n’est-ce pas ? »

(à suivre)


 

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Le Cercle de la Pierre Sorcière Wica, Wicca et Sorcellerie