Le Temps du Châtiment (4ème partie)
par J.Jones
version française Tof
Quelques jours plus tard, le jeune homme est revenu et a demandé si Alex acceptait de l’accompagner chez des amis qui pourraient peut être l’aider. « ce sont de fervents chrétiens, des évangélistes, mais ils sont désireux d’obéir aux enseignements de l’Ancien Testament et parler avec les anges et ils seraient prêts à utiliser la sorcellerie y parvenir. »
Bill et Eunice se sont avérés être des croisés du renouveau de christianisme et alors que Bill était prêt à invoquer des dieux étrangers, sa femme était réticente. Elle estimait que cela désobéissait à l’enseignement du Christ.
« Mais les apôtres eux-mêmes disaient : « Recherchez vos dons » lui a dit Alex, « et dans la liste de ces dons il y avait celui de parler avec les anges. Refuserais-tu à ton époux le droit d’obéir, juste parce que tu es pieuse ? »
Elle a admis avoir des préjugés, mais elle a demandé des précisions avant de s’engager plus. Alex lui a expliqué qu’il avait maîtrisé le système de magie d’Abra-Melin qui, tout en étant proche de la sorcellerie, était différent puisqu’il pouvait être pratiqué par des non-sorcières, et les messages pouvaient provenir d’ailleurs que de ce monde.
Finalement il a été convenu que les trois, avec le fils âgé de douze ans du couple, coopéreraient pour faire de la magie. Ils savaient que la préparation prendrait des mois avant même de pouvoir commencer la cérémonie. Ils devaient fabriquer des épées cérémonielles avec une garde en cuivre, des encensoirs et des tuniques diaphanes et ils devaient se préparer en étudiant les symboles qui les aideraient à interpréter les messages qu’ils pourraient recevoir.
Nuit après nuit, Alex se précipitait chez ses amis après le travail pour leur enseigner ce qu’ils avaient à savoir et les former, mais il voulait aussi trouver le moyen d’en savoir plus sur la science sorcière. Il voulait aller au-delà de ce que lui avait enseigné sa grand-mère pour pouvoir combiner sorcellerie et magie ce qui les rendraient toutes deux plus efficaces. Il a dit à Bill ce qu’il pensait et celui-ci lui a conseillé d’aller à la bibliothèque Rylands à Manchester. « J’ai entendu dire qu’ils ont d’anciens manuscrits inestimables et qu’ils ont même un exemplaire des Clavicules de Salomon. Ne s’agit-il pas d’une sorte de manuel pour sorcières ? » a-t-il demandé.
Alex a confirmé que Les Clavicules de Salomon était l’un des rares livres de base de la sorcellerie ayant traversé les siècles en restant quasiment dans sa forme originale et il a admis qu’il ne savait pas qu’il en existait des exemplaires ailleurs qu’au British Museum.
Le lendemain, Alex a été convoqué au bureau de son directeur et on lui a dit qu’on n’avait plus besoin de ses services.
« Je n’ai rien à redire à votre travail », lui a dit son patron. « Mais on m’a dit que vous êtes une sorcière et que vous n’hésitez pas à en parler. »
Bien que son Livre des Ombres l’autorise à nier qu’il était une sorcière, Alex estima que son travail avait rempli sa mission qui était de lui donner le temps et l’argent pour se remettre à flot sans avoir recours à la sorcellerie noire. Il a avoué qu’il était une sorcière et il a décidé de quitter la société à la fin de la semaine. Déterminé à ne pas être contraint de vivre sur ses économies, il a commencé à chercher immédiatement un nouvel emploi. Ce soir là, dans les offres d’emploi du journal il est tombé sur une annonce « Grand bibliothèque de la ville recherche aide bibliothécaire. Contacter la Bibliothèque John Rylands à Manchester. »
Alex a tout de suite rédigé sa lettre de motivation et deux jours plus tard il a été convoqué à un entretien. Dès qu’il est entré dans le bâtiment, il s’est senti chez lui. Construit comme mémorial à un marchand de coton du Lancashire, fervent chrétien, la bibliothèque était un monument de pierre et de bois. Alors qu’au premier regard le bâtiment ressemblait à une église, un regard plus attentif permettait de reconnaître la marque d’un maçon formé à la sorcellerie. Si l’on regardait au dessus des piliers il y avait des sculptures avec des visages de diables, de chats, de démons, de lutins et de dragons cachés dans les coins et les cavités. Dans la salle où a eu lieu l’entretien, Alex a eu du mal à ne pas focaliser son attention sur les magnifiques papyrus et les factures d’achat d’esclaves en provenance d’Egypte.
Les salaires, a expliqué le bibliothécaire, étaient très bas, seulement huit livres par semaine, ce qui, en 1963, était le salaire le plus bas possible. Alex lui a dit que l’argent n’avait pas d’importance, il aimait les livres et voulait en prendre soin. Le bibliothécaire l’a regardé avec curiosité, il était surpris et heureux d’avoir trouvé un homme qui, bien que modestement vêtu, pouvait dédaigner l’argent pour l’amour des livres. Il a été engagé sur le champs.
Pour Alex, aller travailler c’était comme se rendre dans un temple. Vêtu de son unique beau costume, il s’est présenté dans la salle principale le lundi matin. On lui a fait faire le tour de la bibliothèque et on lui a dit quels livres et quels manuscrits épousseter, comment les gérer et comment s’occuper des reliures en cuir. Chaque jour dès la première heure il devait épousseter les casiers à manuscrits et les meubles à l’étage principal, puis il devait passer au sous-sol où, dans un dédale de tunnels, tous éclairés et subdivisés en tunnels plus petits, il pourrait commencer son travail secret, récolter la connaissance qu’il recherchait.
Il ne lui a fallu que quelques jours pour trouver la section égyptienne. Dès lors, peu de livres étaient dépoussiérés parce qu’Alex remplissait carnets après carnets de détails de rituels, d’invocations et de plans. Le jour où il a trouvé les Clavicules de Salomon, il a oublié d’aller déjeuner, il était trop absorbé par les chants, nombre d’entre eux avaient été utilisés par sa grand-mère lors de ses esbats et sabbats. Les autres livres étaient négligés, il était totalement absorbé par les Clavicules car elles regroupaient les connaissances qu'il avait et celles qu’il espérait trouver. Mais il se demandait comment il pourrait réussir à le recopier entièrement - il lui faudrait des années pour dessiner les nombreux pentacles et les symboles hébreux compliqués.
C’est Bill qui a proposé une solution risquée : si on peut emprunter le livre, il s’arrangerait pour avoir fait des photocopies de chaque page. Mais quand Alex a essayé de cacher le livre sous sa veste, il avait l’air tellement coupable qu’il savait qu’il se ferait prendre avant d’avoir atteint la sortie. Il a décidé de démonter le livre, d’emprunter quelques pages à la fois et de cacher le reste du livre derrières d’autres ouvrages pour que personne ne découvre son état.
La première fois qu’il a quitté la bibliothèque avec un petit rouleau de ces précieuses pages caché sous sa veste, il pensait qu’il allait sentir la main du gardien se poser sur son épaule à chaque pas qu’il faisait. Bill les a emmenées au travail et les a fait copier et Alex les a rapportées à la bibliothèque pour les échanger contre une nouvelle série. Finalement, l’emprunt quotidien de pages du manuscrit est presque devenu routinier.
Plus tard, il a regretté sa nonchalance. S’il avait pris la peine d’utiliser ses pouvoirs de voyance, il aurait entrevu les difficultés à venir.