Je suis une Sorcière
L’inquiétant aveu de Rosaleen Norton de Sydney
une adoratrice de puissances anciennes et sombres
par Dave Barnes
in Australian Post du 20 décembre 1956
La maison à trois étages avec combles était grande ouverte comme d’habitude
et il n’y avait personne aux environs - sauf les chats.
Il y a plus de quatre ans nous étions venus interviewer la célèbre artiste
utilisant la transe, l’auto-hypnotisme et représente la Magie Noire : Rosaleen
Norton.
Elle nous avait donné cette interview dans la pénombre, l’odeur humide d’un
sous-sol. Aujourd’hui nous voulions à nouveau lui parler. Nous avons pénétré
dans le vestibule désert et frappé à la première porte que nous avons vue.
Personne n’a répondu.
Puis un téléphone s’est mis à sonner, quelque part dans les étages.
Une femme est arrivée d’un coin sombre du vestibule et s’est dirigée vers
l’escalier. Elle a pointé un doigt vers le haut, sans dire un mot quand nous lui
avons demandé si Norton vivait toujours ici
L’escalier semblait devenir de plus en plus raide et de plus en plus étroit au
fur et à mesure que nous montions. Le passage jusqu’aux combles était à
demi-bloqué par une sorte de grande armoire avec un chat endormi au-dessus.
Nous avons trouvé la porte de Rosaleen Norton et frappé. Debout sur le palier
poussiéreux, nous avons entendu un mouvement à l’intérieur. Puis il y a eu un
long silence. Nous avons à nouveau frappé à la porte.
Nous avions commencé à actionner la poignée lorsque quelqu’un à l’intérieur l’a
abaissée. La porte s’est ouverte avec un craquement et Rosaleen Norton est
apparue. Tout ce qu’on pouvait voir, c’était son visage ressemblant à masque
avec ses sourcils très courbés.
« Je vais vous parler.» a-t-elle dit « entrez ! ».
Nous étions surpris qu’elle ait deviné le but de notre présence, jusqu’à ce
qu’on ait réalisé qu’elle avait probablement dû voir notre photographe derrière
nous.
Elle nous a regardés un long moment avec ses yeux étranges (pour une raison ou
une autre ils semblent inclinées vers le haut - peut-être est-ce dû à son
maquillage.)
Puis elle a dit d’un ton neutre qu’elle était malade et fatiguée de toutes les
bêtises qui étaient écrites à son sujet.
Il y a quatre ans Mlle Norton nous avait dit qu’elle était une sorcière. A cette
époque il y avait un grand brouhaha autour de son nouveau livre : « The Art of
Rosaleen Norton » dont les 1000 exemplaires vendus à £ 8, 8 s’étaient tous
écoulés.
L’intérêt de Sydney pour Rosaleen a été suivi par un scandale à Melbourne
lorsque Mlle Norton y a exposé certaines de ses œuvres.
Des citoyens en colère se sont plaints à la police parce qu’ils trouvaient
certaines œuvres obscènes, mais un magistrat a décidé que ses travaux n’étaient
pas indécents et il lui a accordé des dommages et intérêts.
Depuis cette époque, on a souvent parlé d’elle lorsqu’il était question de Magie
Noire. Nous avons pensé que ce serait bien de commencer l’interview en parlant
d’une jeune fille qui avait été accusée de vagabondage il y a quelques mois.
Cette demoiselle avait dit au tribunal que tous ses ennuis avaient commencé
quand elle s’était essayée à la magie noire avec « Rowie la Sorcière. »
Rosaleen Norton avait une réponse à cette question. Elle a dit qu’elle n’avait
jamais rencontré cette demoiselle et qu’elle ne l’avait jamais initiée à la
sorcellerie, pas plus qu’elle n’avait pratiqué de cérémonie magique en sa
présence.
Nous avons demandé: « Croyez-vous vraiment que vous êtes une sorcière ? »
Stupéfaite elle a demandé. « Etes-vous sérieux ? »
« Oui. Croyez-vous être une sorcière? »
« Bien sûr que j’en suis une. Je suis une sorcière et c’est comme ça ! »
Pas de sang ou d’orgies dans les sombres rituels de Rosaleen
(C’est une drôle de sensation d’entendre quelqu’un admettre pratiquer la
sorcellerie. Un sentiment de vivre une sorte de rêve éveillé. Après tout, en
réalité une sorcière ça n’existe pas ?)
Question suivante : Quand avez-vous découvert que vous étiez une sorcière ? »
Elle n’a eu aucune hésitation. « J’étais très jeune. Vers 12 ou 13 ans.»
Nous avons insisté : « Comment l’avez-vous su ? »
Rosaleen Norton a éludé la question en répondant : «. J’ai découvert que j’étais
différente de la plupart des autres enfants. » (Nous devions avoir l’air quelque
peu incrédules, car elle a souri, puis elle a poursuivi), « je n’étais pas
différente de tous les autres enfants, vous savez ».
Nous : « Diriez-vous que vous êtes née sorcière ou simplement que vous avez
acquis l’attitude d’une sorcière par association ou contagion ? »
Elle a dit: « Je suis née sorcière. »
Nous: « Où avez-vous appris tous ces rituel de sorcellerie et qui vous a
enseigné la pratique ? »
Elle a dit: « Si vous êtes une sorcière, personne n’a à vous l’apprendre. Dans
mon cas c’est venu tout naturellement et personne n’a eu à me l’apprendre. »
Puis pour la première fois l’ambiance fut oppressante dans la pièce. Nous
avons remarqué que les rideaux noirs semblaient cacher presque toute la lumière
du soleil. Et l’air. Les combles semblaient soudain presque aussi sombres et
humides que le sous-sol quatre ans plus tôt.
Un personnage gigantesque observait
Rosaleen Norton s’est assise sur un divan long et bas et elle a commencé à
parler du bien et du mal, de ce qui est juste et de ce qui est injuste.
Un personnage peint gigantesque – c’était peut-être le dieu Pan – cornu et avec
des sabots - souriait du haut de son perchoir à l’extrémité de la pièce Les
masques sur les murs lorgnaient et regardaient avec leurs expressions
cauchemardesques et écoutaient et appréciaient la conversation.
Bien et mal, juste et injuste, étaient des termes relatifs avec Melle Norton. Ce
qui était « mal » pour une personne pouvait être bien pour une autre.
« C’est trop compliqué pour essayer de l’expliquer en quelques mots, » a-t-elle
dit. « C’est comme d’essayer d’expliquer l’algèbre en une seule leçon. »
Dans cette pièce, la sorcellerie de Mlle Norton semblait très très loin de
celle des voyants qui lisent dans les lignes de la main ou dans les feuilles de
thé.
Elle est entrée dans une description longue et obscure sur les états de transe –
qu’elle affirme pouvoir induire à volonté et elle a parsemé son discours de
références au psychanalyste Jung.
Nous l’avons interrompue avec une question et elle a dit: « Un état de transe
est différent d’une transe hypnotique. La profondeur de la transe doit varier,
en fonction de ce que l’on souhaite faire. Et vous devez contrôler ces états de
transe. »
Elle ne pouvait pas dire combien il y avait de sorcières à Sydney et elle a
admis qu’il pouvait en avoir bien plus que celles qu’elle connaissait.
Il était possible qu’il y ait de nombreuses sorcières qui pratiquaient leur
sorcellerie tranquillement sans qu’on le sache ou sans rechercher la publicité.
Mlle Norton connaît personnellement environ 30 sorcières et sorciers à Sydney.
Nous avons mentionné un homme que nous avions vu en ville et elle a dit que
c’était un sorcier qui pratiquait son art en différents endroits.
Nous lui avons demandé si elle pratiquait souvent l’autohypnose. Elle a lancé un
regard rapide à « l’autel » dans le coin de la pièce. Avant qu’elle ne puisse
répondre à notre question, nous avons demandé: « Qu’est ce que c’est censé être
? »
Elle nous a dit. « C’est l’Autel Sud, utilisé dans certains rituels. » Puis elle
a désigné quelque chose que nous n’avions pas remarqué l’Autel Nord, dans le
coin opposé.
Elle nous a dit que dans les derniers temps elle n’avait pas beaucoup pratiqué
la transe auto-induite. Mais qu’elle avait développé ses pouvoirs de perception
au cours des deux dernières années.
Nous avons compris qu’elle ne pensait aux sens normaux de la perception – le
goût, la vue, et ainsi de suite. Elle pensait à quelque chose de bien plus
étrange que ça.
« Croyez-vous en Dieu ? »
Elle a toujours un lien particulier avec les chats et peut leur parler, mais
elle ne prévoit pas beaucoup l’avenir.
Nous: « Pouvez-vous hypnotiser d’autres personnes ? »
Elle : « Oui, mais je ne l’ai pas fait récemment et je ne le fais pas beaucoup.»
Nous avons demandé quel était le but de la Magie Noire et quelle était la
différence avec la Magie Blanche.
Elle a dit : « Je ne connais personne qui sépare la Magie Noire de la Magie
Blanche, car il s’agit d’une seule et même chose. Il ne s’agit que de la façon
dont on fait quelque chose et la Magie Blanche n’est qu’une phase de la Magie
Noire, ou alors la Magie Noire n’est qu’une phase de la Magie Blanche. »
Nous avons demandé : « Si vos normes du bien et du mal sont différentes de
celles des autres, vous devez vous-même être différente des autres personnes,
n’est-ce pas ? »
Elle a dit : « C’est une évidence, je vous ai dit ce que j’étais, ou bien ?
»
Nous : « Croyez-vous en Dieu ? »
Elle a dit : « Tout peut arriver dans l’infini. Je crois en de nombreux dieux,
Bouddha et même le Dieu chrétien. »
Nous: « Vous n’êtes tout de même pas chrétienne. »
Elle a dit : « Humm difficilement, ou alors le serais-je ? »
Il y a eu un long silence après ça. Mlle Norton a secoué sa cigarette. Elle
s’apprêtait à jeter sa cendre par terre et a changé d’avis et l’a déposée sur
une petite table.
Notre photographe a commencé à gigoter dans la pénombre. Il a dégluti plusieurs
fois, puis il s’est emmêlé avec ses appareils. Il semblait affecté par
l’atmosphère mystérieuse.
Nous avons à nouveau regardé Rosaleen Norton. Elle avait remarqué notre trouble,
elle souriait et expira de la fumée par les narines. Ses yeux, pour la première
fois, dansaient d’intérêt et d’excitation.
Nous avons à nouveau regardé le photographe. Il avait l’air étrange. Puis notre
regard est retourné vers la femme. Elle avait un grand sourire.
Nous n’allions pas lui faire plaisir en lui demandant ce qui se passait.
Rapidement et à voix haute nous avons demandé au photographe s’il était prêt à
prendre des photos.
Il émergea en une seconde ou deux et tout de suite il sembla aller mieux,
(dehors, plus tard, il nous a dit qu’il n’avait rien ressenti d’étrange, que
nous avions dû tout imaginer.) Nous avons recommencé à poser des questions à
Mlle Norton.
Elle nous a dit être née à Dunedin en Nouvelle Zélande il y a 38 ans et qu’elle
était venue en Australie alors qu’elle n’était encore qu’une enfant. Elle a dit
qu’elle avait été mariée, mais qu’elle n’avait pas eu d’enfants.
Elle a critiqué certaines des histoires écrites à son sujet. Nous avons demandé:
« Vous ont-elles causé du tort avec le public? »
« Oh, non, je n’ai pas de soucis avec le public ... mais ... »
« Mais quoi ? »
« Les histoires racontées sont souvent fausses et sont ridicules pour ceux qui
s’y entendent dans ces choses là. »
Nous avons dit: « Nous avons écrit l’une des premières histoires à votre sujet.
Le reportage était-il inexact? »
« Non, il était fidèle. »
« Vous ne vouliez tout de même pas que nous édulcorions le reportage pour en
faire une jolie histoire pour les lecteurs, ou bien ? »
Elle a dit : « Certainement pas. Mais quand je fais quelque chose pour rigoler,
je m’attends à ce que cela soit relaté comme une plaisanterie et non comme
quelque chose de sérieux. »
Nous pouvions sentir que l’ambiance se tendait mais nous avions une autre
question sur le feu. « Est-ce que tous ces rituels et rites de Magie Noires sont
sérieux ? »
Elle a répondu : « Absolument, »
Question : « Qu’en retirez-vous ? »
Réponse : « Tout ce que vous voulez. »
Question : « Des orgies et tout ça ? »
Réponse (après une longue pause) : « Si vous vous mettez dans cet esprit et que
vous avez suffisamment de pouvoir, ça sera ça. »
Nous avons demandé : « Est-ce que la Magie Noire est un aphrodisiaque pour les
orgies sexuelles ? »
Elle a dit : « Je suppose que vous pourriez la prendre pour cela si c’était ce
que vous recherchiez. Vous voyez, elle peut être utilisée dans n’importe quel
but. »
Nous avons demandé: « Avez-vous déjà assisté à des cérémonies au cours
desquelles on a fait couler le sang en sacrifice ? »
Elle a répliqué : « Non, et je n’ai jamais bu non plus de sang de
chauve-souris »
Nous avons dit: « Aimeriez-vous changer ? »
Mlle Norton : « A quoi pensez-vous et que voulez-vous que je change ? »
« Aimeriez-vous ne plus être une sorcière ? »
« Comment pourrais-je ne plus être une sorcière ? Je n’ai aucun contrôle sur
cela. »
Nous avons demandé : « Miss Norton êtes-vous heureuse ? »
Elle a ri et a fait se balancer le long porte-cigarette qu’elle avait à la
bouche et nous avons reconnu le sourire sur son visage, c’était exactement le
même que celui d’un masque sur le mur.
Elle riait bruyamment en disant : « Je suis parfaitement heureuse, c’est vrai,
je le suis. »
Elle fut très heureuse de poser pour le photographe mais elle a bien insisté
pour que nous comprenions bien que le chapeau de sorcière sur une étagère
poussiéreuse ne faisait pas partie de sa véritable tenue rituelle.
Nous avons dit : « nous vous avons vue à Darlinghurst après votre acquittement
et vous sembliez terriblement excitée .... Vous sautiez presque en marchant et
vous ne pouviez pas rester immobile ... . Vous alliez et veniez en parlant aux
gens .... Vous parliez très rapidement. Pensez-vous que c’était une réaction
normale dans cette situation ? »
Rosaleen a dit : « Oh oui, j’étais excitée, vous l’auriez été également,
n’est-ce pas ? »
Elle n’avait pas l’air heureuse quand nous lui avons dit « non. »
Le photographe a encore fait quelques photos, puis nous avons commencé à parler
de la vie de Rosaleen Norton. Elle a dit qu’elle pensait pouvoir écrire une
histoire sur sa vie.
Nous avons convenu que c’était tout à fait possible, mais nous n’avions pas eu
le temps de poser d’autres questions. Nous nous apprêtions à partir.
Nous avions à moitié descendu les marches quand nous avons entendu la porte de
Mlle Norton s’ouvrir à nouveau. Un chat tout maigre en est sorti et nous a
dépassés en courant. Nous l’avons regardé sortir de la maison tout en nous
disant que ses yeux nous faisaient penser à ceux de Miss Norton.
D’un coup nous avons fait demi-tour. La porte était fermée. Nous avons frappé…
Pas de réponse.
Nous sommes alors partis rapidement tout en pariant que si Rosaleen Norton
écrivait l’histoire de sa vie cela vaudra le coup de la lire.