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Un Mariage de Sorcières
in Witchcraft N°2 (1971) version française
Tof et Neph

A
l’extérieur, avec la brise du soir qui soufflait contre la voiture et
les réverbères londoniens qui l’éclairaient, il aurait été facile de se
moquer de l’idée de la sorcellerie au 20ème siècle, de considérer tout
ce qui allait se passer comme une grosse plaisanterie. Mais une fois à
l’intérieur, devant la table cérémonielle et entouré d’épées rouillées
et de poignards à manche noir appartenant à des sorcières décédées
depuis longtemps, à respirer l’encens qui remplissait l’air et en
regardant sans le vouloir le fouet à multiple lanières posé sur la
table, l’amusement que j’avais ressenti tout d’abord a laissé
place à un profond malaise. Nous allions à un mariage mais ce devait
être un mariage un peu différent. C’était une cérémonie sorcière,
conduite par l’homme qui, en Grande-Bretagne en tout cas, est considéré
comme « le Roi des Sorcières ». Nous étions dans un appartement en
entresol sous un immeuble du centre de Londres, c’est là que vivait le
« Roi » des Sorcières, Alex Sanders, un homme qui croit pouvoir
retracer son ascendance sorcière jusqu’au 14ème siècle. Le salon avait
été vidé de son mobilier et préparé pour le mariage. Nous avions de
l’avance, et en attendant l’arrivée des invités, nous avions étudié
soigneusement les objets préparés avec soin et qui formaient une partie
essentielle de chaque cérémonie sorcière. Une grande partie des
outils cérémoniels posés devant nous date de l’époque où être une
sorcière était une activité relativement dangereuse. Etre soit pendu,
écartelé ou brûlé sur le bûcher, était la punition normale pour ceux
qui étaient accusés de pratiquer la sorcellerie - et à cette époque,
vous étiez coupable jusqu’à ce que vous prouviez que vous étiez
innocent. Pour se débarrasser d’une voisine mal considérée il suffisait
souvent de la désigner. Un « test » courant pour celle qui était
accusée consistait à l’attacher et à la jeter dans l’étang du village.
Si elle flottait, elle était coupable, si elle coulait, elle était
innocente. C’est plutôt désagréable dans les deux cas. De nos jours,
la sorcellerie est largement pratiquée en Grande-Bretagne et en Europe,
sans que la loi ne s’en mêle. Mais ce n’est qu’en 1951 que l’ancienne
loi, condamnant les sorcières à être brûlées sur le bûcher, a été
abrogée. Nous pouvions entendre les invités arriver dehors dans le
couloir. Je regardais de plus près les chandeliers décorés en cuivre
qui servaient d’autel quand, du coin de l’œil, j’ai vu le premier
invité arriver comme si de rien n’était. Je l’ai regardé - et sous le
choc j’ai ouvert de grands yeux. Il était complètement nu ! Un
autre mouvement à la porte a à nouveau attiré mon attention. Une femme
est entrée dans la pièce. Elle aussi était nue. Et ce n’est pas tout !
Dans ses mains en coupe, elle tenait un certain nombre de bibelots que,
je l’ai appris plus tard, elle voulait qu’ils soient bénis.
Elle s’est dirigée vers la table où je me tenais et a
commencé à les poser. Elle a levé les yeux et a souri. « Bonjour, »
a-t-elle dit, « toi aussi tu es une sorcière ? ». Avant que je puisse
lui répondre, une bague lui a échappé, elle est tombée par terre et a
rebondi à mes pieds avant de disparaître sous la table. « Oh zut »
a-t-elle dit avant de se mettre à quatre pattes et de ramper à sa
recherche. Devais-je me mettre moi aussi à quatre pattes et l’aider ?
C’est ce qu’aurait probablement fait un gentleman, mais je ne me
sentais pas l’âme d’un gentleman. Je devais m’éloigner. En
contournant sa croupe toute blanche qui dépassait de la table, je me
suis rapidement dirigé vers la porte. Dans le couloir, mes yeux ont
rencontré un certain nombre de personnes de tous âges qui se
déshabillaient et suspendaient gaiement leurs vêtements à tout ce
qu’ils pouvaient trouver. Pas moyen de s'échapper d'ici. Quoi qu’il
arrive, j’allais devoir aller jusqu’au bout. En prenant sur moi,
j’ai fait demi-tour et je suis retourné dans mon coin, me faufilant
derrière un fauteuil et j’ai essayé de faire comme si j’étais coutumier
des lieux. De plus en plus de gens entraient dans la pièce. Un autre
homme nu s’est mis à réarranger les objets sur la table. Il a pris le
chandelier et a cherché un endroit pour le mettre. Résolu à me rendre
utile, j’ai tendu la main. Il a failli me le passer puis s’est arrêté.
« Désolé, » s’est-il excusé, « vous n’avez pas le droit de le faire. »
Ce qui n’a pas arrangé la confiance que j’avais en moi et qui
disparaissait au fur et à mesure que le temps passait, je me suis
coincé encore plus loin dans le coin. Puis les autres invités, en
tenue de circonstance, sont arrivés dans la pièce. Certains, y compris
les deux couples qui allaient se marier - car il s’agissait d'un
mariage double – portaient des vêtements légers, fluides en raison de
la présence de personnes étrangères au groupe. Les autres étaient nus. Les
lumières sont éteintes, le seul éclairage vient des trois bougies sur
l’autel, elles mettent les corps en évidence dans la semi-obscurité et
font briller les épées et les poignards accrochés aux murs. A côté de
l’autel, de l’encens se consume sur un charbon ardant. Prenant son
athamé, le poignard à manche noir, l’outil principal de toutes les
sorcières, Alex Sanders, en tant que Grand Prêtre de son coven, le
tient au-dessus de sa tête et trace un cercle dans les airs tout en
marmonnant des incantations, les yeux fermés. Il a maintenant purifié
l’espace et créé un « cône de pouvoir ». Contre les quatre murs de
la pièce, il y a quatre hommes nus et immobiles, ils représentent les
éléments terre, air, feu et eau. On considère que le cinquième élément,
l’esprit qui donne la vie aux quatre autres, est dans le pouvoir qui
est appelé. C’est dans ce champ de pouvoir que les mariages seront
célébrés. Les couples prennent place à l'intérieur de l’espace
consacré, face aux bougies tremblotantes. Chaque coven de 13
sorcières est dirigé par un Grand Prêtre et une Grande Prêtresse. La
présence des deux est nécessaire pour les mariages. Se tournant
maintenant vers la Prêtresse, Sanders, agenouillé, embrasse ses pieds
puis l’embrasse le long de son corps nu jusqu’à atteindre ses lèvres,
tout en appelant les esprits pour qu’ils assistent à cet acte d’amour
symbolique. Puis il se tourne vers les couples, leur lit le
texte de la Cérémonie de Handfasting tiré du Livre des Ombres. C’est
l’équivalent des vœux de mariage chrétien. Dans le Livre des Ombres, se
trouve les rites et rituels de la sorcellerie qui remontent à
l’antiquité. C’est pratiquement une Bible de la sorcellerie britannique. En
vieil anglais, Sanders leur dit qu’il n’y a pas de pouvoir plus
puissant que l’amour et que rien ne peut le briser. Il fait appel aux
éléments, ainsi qu’au soleil, à la lune et aux étoiles, pour qu’ils
assistent aux mariages. Les quatre époux sont couronnés d’une guirlande
de fleurs et, par la suite, en un acte symbolisant d’illumination, les
jeunes époux se tiennent par la main et sautent par-dessus des bougies.
Une coupe de vin passe parmi les invités. Soudain, une guitare
commence à jouer. Tous les présents s’attrapent par les mains pour
former une chaîne et commencent à tourner. Le rythme de la musique
accélère et la chaîne humaine accélère elle aussi, elle se tord et
tourne en formant des motifs complexes. Ils suscitent collectivement «
le cône du pouvoir » qui assistera aux mariages et leur donnera de la
force. Puis la musique s’arrête brusquement, laissant place au
silence, les présents sont debout, nus et épuisés. C’est comme si, avec
la fin de la musique, une autre force encore plus puissante avait
quitté la pièce.
Le Roi des Sorcières parle de Sorcellerie Pour
une personne comme moi, sans contacts préalables, l’idée que la
sorcellerie puisse exister est quelque peu irréelle. Pourtant, en
Grande-Bretagne - même au centre de Londres – elle fait plus
qu’exister, elle prospère et est acceptée par une variété
impressionnante de personnes. J’étais fortement déconcerté car,
lorsque je racontais que je devais aller à un mariage de Sorcières, ou
que j’y avais assisté, les gens me répondaient : « Sorcellerie ? Je
ferais attention si j’étais toi, tu n’as pas intérêt à te frotter à
leur côté sombre. J’espère que ce ne sont pas des sorcières noires ? Après
le mariage, assis dans un coin tranquille dans le pub du coin, j’ai
posé quelques questions sur la sorcellerie à Alex Sanders : Q : Pour
la plupart des gens, le mot « sorcière » évoque l’idée d’une vieille
femme sur un manche à balai. Pourtant, d’après ce que j’ai vu, cela
semble être plus une religion qu’autre chose. C’est bien ça ? R :
C’est une religion, oui. Pour nous il existe certains pouvoirs
supérieurs et nous essayons de communiquer avec eux en développant des
capacités inhérentes à chacun d’entre nous. L’idée de la
sorcière/vieille femme est un concept qui vient directement des
persécutions religieuses au cours des siècles. Toute religion fera tout
ce qu’elle peut pour rabaisser ce qui menace de la dépasser, c’est un
fait historique. En anglais le mot « Witch » (sorcière) vient d’un mot
Anglo-Saxon signifiant « le sage » - et c’est ce qu’est une sorcière :
quelqu’un qui sait. Q: Mais est-ce que les sorcières de 1971 affirment utiliser la magie contre leurs semblables ? R:
Pour commencer, nous n’utilisons pas la magie contre qui que ce soit.
Et le mot magie est trompeur. Nous sommes nés avec certains pouvoirs,
mais très peu d’entre nous apprennent à les utiliser. La Sorcellerie se
concentre sur le développement de ces pouvoirs. Il y a aujourd’hui
plusieurs religions qui ont une base très proche de la sorcellerie, et
la sorcellerie est certainement la plus ancienne des religions. Dans
l’Antiquité les égyptiens étaient les plus grands magiciens de tous les
temps. Q : Vous ne prétendez pas avoir des pouvoirs magiques ? R
: Que sont des pouvoirs « magiques » ? Pour un esprit non entraîné, les
activités d’un esprit entraîné pourraient bien être considérées comme «
magiques », vous ne pensez pas? Moi, par exemple, je possède le don de
guérir, pas dans tous les cas, mais assez pour ne laisser aucune place
au doute. Des savants m’ont testé et ils ont été forcés d’admettre
qu’ils ne trouvaient pas de supercherie, j’ai aussi le don de la
clairvoyance. Je peux voir à la fois le passé et l’avenir, mais
ce n’est pas toujours volontaire. Plusieurs fois j’ai vu des choses qui
se sont réalisées. Les projections astrales sont un autre domaine dans
lequel j’ai souvent été testé, il s’agit de quitter son corps et de
projeter son esprit vers un endroit éloigné, puis de revenir et
raconter ce que l’on a vu là-bas. C’est quelque chose qui est
relativement difficile à simuler. Q : Revenons-en au mariage auquel nous venons d’assister, quel est le but de la nudité ? R
: La plupart des cérémonies sorcières se pratiquent nu. On nous
enseigne que les vêtements gènent notre communication avec l’esprit.
Personnellement, je n’y crois pas. L’esprit peut pénétrer n’importe
quoi, mais la nudité sert à mettre tous les esprits sur le même plan,
ce qui est vital si vous voulez que votre coven réussisse. Q : Je
remarque que sur plusieurs objets liés à la sorcellerie il y a des
étoiles à cinq branches qui ressemblent beaucoup à l’Etoile de David
Juive. Y a-t-il un lien ? R : Pas directement. Ce symbole est l’un
des plus anciens connus par l’homme, il existait bien avant la religion
juive. Il s’agit en fait de deux triangles, l’un pointant vers le ciel
et l’autre vers la terre. Q : Est-ce que les couples mariés lors
d’une cérémonie sorcière se marient aussi civilement, ou
considérez-vous que votre mariage est suffisant ? R : Pour nous, un
mariage célébré selon nos rites est obligatoire, mais comme nous ne
voulons pas causer de problèmes et que nous ne voulons pas perturber
les amis ou les parents du couple marié, nous pensons que cela ne nous
fait pas de mal de respecter la loi du pays. Tant qu’il s’agit d’un
mariage civil, bien sûr. Se marier dans une église serait
blasphématoire. Q : L’acte de sauter par-dessus la bougie après le
mariage apporte symboliquement la légèreté, le rire et l’amour au
couple. Est-ce que la sorcellerie fait quelque chose pour que le couple
trouve cela ? R: Bien sûr. Il est tenu pour acquis que les deux qui
se marient sont intelligents et qu’ils recherchent des dons. Mais s’ils
n’y parviennent pas, au bout d’un an et un jour après leur mariage, ou
à chaque intervalle d’un an et un jour à partir de cette date, tout ce
qu’ils ont à faire est de revenir à l’endroit où ils se sont mariés,
puis de se retourner et de s’éloigner l’un de l’autre. Il n’est
pas nécessaire que quelqu’un d’autre soit présent ou que des paroles
soient prononcées. C’est un acte simple qui ne nécessite que la
coopération des deux parties.
* * *
Cette
interview s’est terminée ainsi me laissant avec des pensées
contradictoires. Dans l’intimité et la sécurité de ce pub, on est
beaucoup moins enclin à imaginer des choses. Mais quittez votre
environnement habituel et, avec l’esprit ouvert et réceptif, entrez
dans un monde fermé et même étranger. Pourriez-vous prédire comment vous allez réagir ?
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