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Roi des Sorcières - le Monde d'Alex Sanders
Une Enfance Magique
par J.Jones version
française
Tof

Si cela n’avait dépendu que d’Alex Sanders son contact
avec la sorcellerie aurait cessé à ce moment mais les circonstances familiales
ont fait qu’il soit en contact avec sa grand-mère presque tous les jours et bien
vite il s’intéressa de plus en plus à l’enseignement secret jusqu’à se laisser
accaparer totalement. Alex apprenait facilement – il avait été capable de lire
dès l’âge de trois ans, il n’était jamais complètement pris par son travail
scolaire ainsi il n’a pas eu de difficulté à rester parmi les meilleurs de sa
classe. Après l'école, quand il avait terminé d’éplucher les pommes de terre et
fait les courses pour sa mère, il demandait à aller chez sa grand-mère pour y
apprendre le gallois. Hannah sa mère ne le parlait malheureusement pas elle-même
et était heureuse que son fils fût si désireux de parler une seconde langue.
Alex apprenait bien le gallois mais seulement pendant une demi-heure à chaque
fois. Ensuite on sortait les accessoires de sorcières et le garçon apprenait la
signification de chaque objet, les symboles runiques datant de plusieurs
milliers d’années, à l’époque où les devins jetaient les baguettes en l’air et
prédisaient l’avenir en fonction du dessin qu’elles formaient, les inscriptions
tracées sur le couteau des sorcières – l’homme agenouillé, la femme agenouillée,
le touché des seins nus, la flèche allant de la roue de vie à la lame pointue,
prête à frapper lorsque son propriétaire le demande, le fouet miniature, un
substitut inoffensif pour l’arme avec laquelle les membres étaient flagellés
autrefois, parfois jusqu’à la mort et le cristal scintillant, qui le fascinait
plus que tout.
Il a appris par cœur les chants dans une langue morte depuis longtemps et que
personne ne comprend plus. A la fin de la leçon il prenait un bol en laiton
d’eau qu’il obscurcissait avec de l’encre, il s’accroupissait par terre éclairé
à la lumière du feu, le bol devant lui. Au début, il ne pouvait voir que le
reflet vacillant des braises, mais sa grand-mère le poussait à être patient « ça
va venir » disait-elle avec confiance, et c’est ce qui est arrivé. Un jour,
longtemps après avoir perdu tout espoir de voir quelque chose, ce qui se
réfléchissait dans le bol a semblé se brouiller. Lorsque cela s’est éclairci, sa
mère était dans l’encre et le regardait. Elle était couchée sur un lit et à côté
de sa jambe, tachée de sang, il y avait un bébé nouveau-né dont le cordon
ombilical n’était pas coupé. Trois mois plus tard Hannah Sanders a donné
naissance à son quatrième enfant, Patricia.
Les visions ne se limitaient pas toujours au bol. Un jour où Alex jouait dans la
cour de récréation, tout à coup un autre garçon lui a semblé avoir une image
double, comme s’il y avait un problème de mise au point, et dans l’image la plus
ténue la jambe gauche du garçon était plâtrée.
« Tu vas te casser la jambe » a dit Alex. Le garçon, qui était plus grand
qu’Alex, n’a pas apprécié cette remarque et l’a frappé presque tout de suite
après. Quelques semaines plus tard, il est tombé d’une balançoire et s’est cassé
la jambe gauche.
Après cet épisode Alex veillait à tenir sa langue lorsque ses amis
apparaissaient dans ses visions. Une fois, par exemple, une « vision » est
apparue dans son esprit, il s’agissait de la mère d’un de ses camarades de
classe, elle était emmenée à l’hôpital en ambulance, mais il n’en savait pas
assez pour la prévenir. Peu de temps après elle a été opérée de l’appendicite.
Une autre fois il a vu un homme aux cheveux blancs qu’il n’avait jamais
rencontré. Quelques semaines plus tard, lui et deux amis, Alan et David, sont
allés dans une usine de boissons gazeuses de la région. Ils ont escaladé un mur
à l’arrière. Ils ont rampé sur un toit à forte pente et sont tombés dans la cour
intérieure où les caisses étaient empilées prêtes à être livrées. Les trois
garçons ont chacun saisi une bouteille et sont repartis en empruntant le même
chemin qu’à l’aller. Une fois dans la rue, David a dit à Alex de retourner dans
l’usine pour chercher une autre bouteille. Mais cette fois Alex a été moins
prudent et il a perdu l’équilibre sur le toit, s’est écrasé au travers d’une
verrière et s’est entaillé la jambe. Il est remonté sur le toit avec difficultés
et il est arrivé jusqu’au sommet du mur mais il a ensuite commencé à se sentir
faible. Deux jeunes gens passaient à proximité et Alex les a appelés à l’aide.
C’est tout ce dont il se souvenait, jusqu’à ce qu’il se soit réveillé et que
l’homme aux cheveux blancs de sa vision soit penché sur lui. Il était médecin et
suturait sa plaie.
Alex Sanders croyait de plus en plus en la sorcellerie, et chaque expérience de
voyance renforçait encore cette croyance mais cela ne lui semblait pas
incompatible avec sa participation régulière à l’école du dimanche. Sa
grand-mère lui avait expliqué qu’il n’y avait qu’un seul Dieu, mais qu’il était
connu sous différents noms. Il lui était aussi facile d’accepter que la Vierge
Marie fût la déesse de la lune sous une autre apparence.
Les héros d’enfance d’Alex avaient une autre saveur lorsque sa grand-mère lui
racontait leur histoire. Il y avait Robin des Bois, avant il n’était que le chef
de sa bande, mais maintenant, il se révélait sous son rôle véritable de sorcière
qui utilisait ses pouvoirs pour envoyer de l’argent là où on en avait vraiment
besoin et pour échapper à ses poursuivants. Et Jeanne d’Arc, qui était vraiment
la Reine Sorcière de France et elle l’affirmait sans vergogne par sa tenue à une
époque où les sorcières étaient les seules femmes qui portaient des vêtements
masculins. Alex était terrorisé lorsqu’il a entendu pour la première fois dire
qu’elle avait péri sur le bûcher mais il avait aussi appris que les sorcières
condamnées étaient généralement aidées par leurs compagnons en liberté. Si on
n’avait pas pu leur faire parvenir clandestinement des drogues comme la
belladone ou la digitale en prison, les sorcières dans la foule autour du bûcher
utilisaient leurs pouvoirs pour hypnotiser la victime et étouffer ses douleurs
quand les flammes l’atteignaient.
Les philtres d’amour, les porte-bonheurs, les remèdes de grand-mères furent tous
assimilés par l’enfant enchanté. C'est à peine s’il avait vu un brin d’herbe
dans son monde de béton, mais il avait appris à reconnaître le thym sauvage, le
romarin et le mouron dans un livre dans lequel sa grand-mère avait pressé des
feuilles, des fougères et des fleurs au cours de sa jeunesse au pied de Snowdon.
Enfant elle avait était membre d’un coven de quatre sorcières qui allaient
toutes très régulièrement à la messe car ceux qui manquaient une messe sans
raisons réellement valables étaient ostracisés par leurs voisins. La nuit, le
coven avait l’habitude de monter jusqu’à un petit lac sur la colline. Ce lac
était réputé avoir appartenu à des sorcières depuis le moyen-age. Des pierres
dans l’eau permettaient de se rendre à la petite île au centre de laquelle il y
avait le cercle où elles pratiquaient leurs rituels et dans les eaux noires
elles étudiaient la réflexion de la lune et conjuraient le futur.
A neuf ans, Alex fut autorisé à prendre part à sa première cérémonie de pleine
lune. La grand-mère n’a eu aucune difficulté à convaincre sa mère de se séparer
de lui pour la nuit, car elle était très contente des progrès qu’Alex avait
faits en gallois et était reconnaissante à sa mère de lui enseigner cette
langue.
Alors que la lune se levait, la grand-mère a ouvert les rideaux de la cuisine
pour y laisser sa lumière pénétrer. Elle avait réduit le feu avec du petit
charbon pour atténuer son éclat et elle conduisait maintenant Alex au centre du
cercle. L’air était chargé de la fumée de l’encens qui brûlait dans quatre bols
placés à intervalles réguliers autour du périmètre du cercle. Elle lui a tendu
un athamé qui sera dorénavant le sien et lui a dit qu’elle allait le consacrer.
Le garçon devait se coucher sur le dos, le poignard sur sa poitrine nue, puis
elle s’est couchée sur lui en murmurant des incantations qu’il n’avait jamais
entendues avant. Il se sentait bizarre, son corps nu serré contre elle, mais
elle était extrêmement sérieuse et il croyait déjà fermement en sa magie. Quand
ils se sont relevés, elle l’a emmené dehors dans la cour où elle lui a dit de
diriger son athamé vers la lune et de répéter les paroles du rituel. C’était sa
première cérémonie où l’on avait fait « descendre la lune ».
Bien que la magie, la sorcellerie et l’affinité de plus en plus grande qui
s’était formée entre sa grand-mère et lui avait remplie la plus grande partie de
son enfance, Alex était généralement capable de mener une vie toute différente à
la maison. Il était très proche de sa sœur Joan qui était de deux ans sa
cadette, bien souvent il avait envie de lui raconter ses secrets, mais il n’en
avait guère le temps ou l’intimité nécessaire. A un moment il se levait à cinq
heures tous les matins pour aller à la boulangerie locale, où une nouvelle
machine à trancher le pain avait des problèmes de dents. Les six premiers pains
de la journée étaient déformés et Alex pouvait les acheter pour très peu cher.
Les rivalités entres garçons allaient parfois à l’encontre des promesses qu’il
avait faites à sa grand-mère. Quand un camarade de classe s’était vanté d’une
rapière espagnole que son père avait achetée, Alex n’a pas pu s’empêcher de
parler des épées de sa grand-mère.
« Allez, tu racontes des mensonges ! » s’est moqué son camarade de classe. Alex
était trop petit et chétif pour se battre, il a donc accompagné son ami jusqu’à
la maison de sa grand-mère, il lui dit de se taire et l’a emmené dans la
cuisine. Il savait comment ouvrir le double-verrouillage du coffre. Alors qu’il
faisait tourner la clé, sa grand-mère est entrée. Elle était dans la pièce qui
donnait sur la rue et les avait vus venir. Elle lui a envoyé une claque sur la
tête qui a fait tinter ses oreilles.
« Plus jamais tu n’emmèneras de copains ici, tu m’entends ? »
Alex a hoché la tête en silence et quand son compagnon eut disparu, sa
grand-mère lui a fait promettre de ne jamais ouvrir le coffre sans son
autorisation.
Alex n’a pas oublié, mais peu de temps après les élèves de son école devaient
jouer une pièce de théâtre et il fallait trouver une épée de cérémonie. Alex a
immédiatement dit à l’instituteur qui s’occupait de la pièce, un instituteur
qu’il aimait beaucoup, qu’il en avait une. « Elle est en or et il a des rubis
énormes dessus, je vais la rapporter » a-t-il proposé.
Sa grand-mère fut horrifiée et elle lui dit qu’il était hors de question qu’il
l’emprunte. Même si l’épée n’était que dorée et les « rubis » n’étaient que du
verre coloré, c’était un objet consacré qui ne devait pas être manipulé par une
non sorcière.
Grondé, Alex est allé à l’école le lendemain et a expliqué toute l’histoire à
l’instituteur : « Je suis une sorcière, vous voyez, et les non sorcières ne sont
pas autorisés à utiliser de telles armes. » L’instituteur a rejeté sa tête en
arrière et a éclaté de rire. Par la suite Alex ne l’a plus jamais vraiment
apprécié.
Maintenant qu’il avait son propre athamé, il a commencé à prendre part à des
rituels dans le cercle où sa grand-mère guérissait les maladies de voisins qui
le lui avaient demandé. Puis il a entamé la prochaine étape de sa formation, il
a commencé à faire sa propre copie du Livre des Ombres, le manuel de sorcellerie
contenant les chants basiques, les recettes et les instructions pour différents
rites magiques. Presque inchangé au fil des ans, le livre avait été recopié à la
main par toutes les sorcières afin qu’en cas d’arrestation, à l’époque des
persécutions, un livre ne puisse impliquer une autre sorcière.
Alex a soigneusement recopié dans un cahier d’exercices chaque mot du livre en
lambeaux de sa grand-mère, et lui promit que, quand elle mourra, il détruira son
livre et ne conservera que ce qu’il avait écrit lui-même.
Il s’agissait là d’un développement majeur dans la formation sorcière d’Alex,
c’est à ce moment que de nouveaux pouvoirs sont apparus. Au lieu de regarder
dans un bol d’encre, il avait désormais le droit d’utiliser le cristal de sa
grand-mère.
« Ne le touche pas, tu vas le brouiller » avait-elle grondé, la première fois
qu’il avait essayé. « Assieds-toi dans une position détendue et ferme à moitié
les yeux. Maintenant, dis-moi ce que tu vois. »
Alex regardait choqué et surpris. Il y avait des avions qui tombaient du ciel et
s’écrasaient sur des maisons. Le mur latéral d’une maison avait été détruit et
l’on pouvait voir l’intérieur de deux appartements. Des flammes léchaient les
bâtiments, les gens qui semblaient épouvantés couraient comme des fous dans les
rues en portant leurs enfants qui criaient. Cinq ans plus tard, en 1940, il a vu
à nouveau la même scène.
Il avait maintenant son propre nom de sorcière, Verbius, et il appelait sa
grand-mère par le sien, Medea. Il s’en était parfois servi lorsque son frère et
ses sœurs étaient présents et il avait du prétendre que c’était un surnom. Il
aimait beaucoup sa grand-mère, il aimait sa mère et son père, mais sa grand-mère
était quelqu’un de très spécial.
« Qu’est-ce qui se serait passé » lui a-t-il demandé une fois, « si je n’avais
pas interrompu ton rituel ce jour-là ? M’aurais-tu laissé rester une
non-sorcière ? »
Elle ne savait pas, pour elle l’arrivée imprévue d’Alex ce jour-là avait été
l’œuvre du destin. Aucune de ses trois filles n’avaient découvert son secret et
même sa propre mère ne savait pas qu’elle avait été la fille d’une sorcière.
La grand-mère était fière de son élève compétent, il avait maîtrisé les rituels,
il savait comment tracer le cercle magique, comment invoquer le pouvoir pour
œuvrer avec lui, comment évoquer des esprits enfants avec lesquels il pourrait
jouer. Elle avait compris cela depuis longtemps et souriait avec indulgence,
mais la nécessité d’une intégrité absolue qu’elle professait l’avait réellement
marquée. Elle l’avait averti que s’il abusait du pouvoir, s’il l’utilisait à des
fins égoïstes, au préjudice d’autrui, cela le détruirait.
Mais à cette époque pour Alex c’était quelque peu exaspérant. Il rêvait de
richesses, de grandir de quelques cm de plus, d’être aussi grand que les autres
garçons de son âge. Il n’appréciait pas toujours son don de voyance qui s’était
développé rapidement. Il savait à l’avance lorsque ses parents allaient se
disputer. Au bord des larmes, il cachait sa tête dans son oreiller et attendait
avec impatience - plus vite la dispute commencera, plus vite elle sera terminée.
Sa grand-mère ne perdait pas de temps à le plaindre et lui disait de penser au
bien qu’il pouvait faire. Sans révéler à ses voisins qu’elle était une sorcière,
elle faisait en sorte de guérir leurs maladies, qu’elles soient physiques ou
mentales.
« Si je peux aider les autres, pourquoi ne pourrais-je pas m’aider moi-même? »
lui a demandé un jour Alex. Elle l’a renvoyé à son Livre des Ombres et dit de se
plier aux règles basiques concernant les demandes, ne jamais ordonner; être
reconnaissant pour ce que l’on obtient, même si ce n’est pas exactement ce que
l’on voulait.
Mais, comme cela s’était déjà produit, pour une fois Alex savait exactement ce
qu’il voulait. Il a fait une série d’incantations, et rêvait d’une magnifique
paire de bottes brunes. Trois jours plus tard, sur le chemin de l'école, il a vu
un magnifique vélo d’occasion à vendre pour quinze shillings. Mais il n’avait
même pas un shilling et encore moins quinze, et sa mère, qui considérait qu’une
dette était presque du vol, se refusait à essayer d’emprunter de l’argent. Le
lendemain, Alex a entendu dire qu’un marchand de journaux était à la recherche
d’un livreur. Alex a obtenu l’autorisation de sa mère de se proposer pour ce
poste : l’employeur achètera le vélo et pendant les trente prochaines semaines
il retiendra six pence par semaine au salaire d’Alex. Alex pourra économiser ce
qui reste de sa paie pour les bottes brunes. Même pas trois semaines plus tard
il a vu les bottes dont il rêvait dans une boutique de seconde main - elle
coûtaient trois shillings !
Comme Alex avait maintenant un emploi, il a été dispensé de la punition infligée
par son père, qui sanctionnait ses enfants en les obligeant à rester debout à
côté de la table pendant deux ou trois heures. La bêtise pouvait être aussi
légère que d’avoir fait du bruit pendant que le père écoutait un concert
symphonique à la radio. Maintenant qu’Alex était salarié, sa mère a demandé à ce
qu’il soit dispensé d’un tel traitement.
Alex eut onze ans, on lui a proposé une bourse de la William Hulmes Grammar
School, mais il n’a jamais songé à utiliser la magie pour que ses parents
l’acceptent. Il y avait déjà un cinquième enfant dans la famille et bien que
Alex rêvait d’être un médecin il était hors de question qu’il aille au lycée,
même s’il était une sorcière. Son père travaillait alors dans une entreprise de
carrelage, mais ils avaient dû quitter la maison de Chorlton et louaient une
maison grande et vieille au 23 Virgil Street à Old Trafford. Les temps étaient
durs, Alex lui-même traversait une période sombre, toutes ses visions parlaient
de tristesse et de solitude, il n’y avait personne vers qui il pouvait se
tourner. Quand il a demandé à sa grand-mère de les interpréter, elle s’y est
refusée. C’était son avenir, personne ne pouvait le lire pour lui.
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