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Voici le texte
d’une conférence donnée par Gerald Gardner sur l’Ile de Man au dernier trimestre
1952.
Sorcières
par Gerald
Gardner version française
Tof

J’ai
été invité par Sir Alexander Cannon à prononcer quelques paroles sur les
sorcières. Or, comme l’a dit Joad, tout dépend de ce que vous entendez par
sorcière. Le dictionnaire dit qu’une sorcière est une vieille femme qui a
fait un pacte avec le diable et qui voyage dans les airs sur un manche à
balai.
Je vous dirais ce que j’en pense en quelques mots, c'est-à-dire ce que
l’agriculteur a déclaré dans la vieille histoire quand il a vu une girafe :
« Un tel animal n’existe pas. » Aucune sorcière n’a jamais volé dans les
airs, en tout cas pas avant l’invention des avions et elles n’ont jamais
fait de pacte avec le diable ou avec quelqu’un d’autre. Il y a eu des
sorcières à toutes les époques et dans tous les pays, c’est-à-dire qu’il y
avait des femmes et des hommes qui avaient une certaine connaissance des
philtres, des remèdes, des charmes, des potions d’amour, des sorts et des
poisons. Avoir une connaissance des poisons ne signifie pas nécessairement
que vous les utilisez, mais si vous savez comment sont fabriqués des
remèdes, vous devez savoir lesquels sont inoffensifs et lesquels doivent
être traités avec beaucoup de précautions et ne pas en donner avec excès,
voilà ce qu’est la connaissance des poisons. On a aussi dit que ces
personnes affirmaient, ou qu’on disait-elles, qu’elles étaient en
communication avec le monde des esprits, les morts et parfois avec les
petits Dieux.
A certaines périodes de l’histoire les Sorcières étaient très appréciées, à
d’autres elles furent persécutées. Dans la Bible, nous avons l’histoire de
la pauvre Sorcière d’Endor qui était persécutée et travaillait en secret
quand toutes les autres avaient été bannies du pays. Nous avons aussi Houlda
la Sorcière qui vivait à Jérusalem, elles était honorée et consultée par le
roi sur des questions très importantes. Certaines sorcières étaient des gens
simples, certaines étaient très instruites, certaines étaient autodidactes,
certaines avaient hérité d’une longue tradition d’enseignement occulte, d’un
type peut-être primitif, mais peut-être très répandu. Ce savoir est
peut-être passé de Madagascar aux Antilles et en Amérique. Je suis un
anthropologue et il est clair qu’un travail d’anthropologue consiste à
enquêter sur ce que les gens font et ce qu’ils croient et non pas ce que
d’autres personnes ou les moralistes disent qu’ils devraient faire et
croire. Vous devez lire tout ce que les autres ont dit sur le sujet sur
lequel vous faites des recherches, mais vous devez chercher à vérifier ce
qui est dit et ne pas accepter aveuglément ce qui est dit sans qu’aucune
preuve ne soit fournie surtout si cela va à l’encontre des preuves que vous
êtes parvenu à réunir. Voilà la méthode que j’ai adoptée. Je pense que l’on
peut diviser les écrits sérieux sur la Sorcellerie en trois catégories. Il y
a tout d’abord les premiers livres écrits ou inspirés par l’Eglise, qui
disent que les sorcières étaient des personnes abominables. Beaucoup plus
tard il y a eu de nombreux livres prouvant que les sorcières n’ont jamais
existé. Plus récemment de nombreux livres savants et fort pertinents écrits
par le professeur Murray, Christina Hole, Arne Runeburg, et Penthorne Hughes
ont prouvé qu’elles existaient. Ils l’ont prouvé en citant de nombreux
écrits anciens et modernes. Mais si Christina Hole et M. Penthorne Hughes
disent tous deux qu’ils connaissent des Sorcières qui vivent en Angleterre
aujourd’hui, il ne semble pas qu’ils aient demandé à ces Sorcières leur avis
sur le sujet. Et s’ils l’ont fait, leurs écrits ne le montrent pas. Je sais
bien que les Sorcières ne vous diront pas grand-chose à cause de leurs vœux
de secret et même s’il y a des choses qu’elles ne veulent pas révéler, elles
ne cachent pas, par exemple, qu’il y a autant d’hommes que de femmes dans le
Culte des Sorcières, mais comme la coutume veut que l’on parle de Sorcières,
j’utiliserais ce mot pour parler des personnes des deux sexes. Dans la
Sorcellerie, la femme a le dessus. Elle est la prêtresse, l’homme n’est que
le prêtre d’une ancienne religion datant apparemment de l’âge de pierre et
ayant étrangement survécu même si c’est dans une forme altérée.
A certains époques l’Eglise a ignoré les sorcières, mais quand la papauté
fut solidement implantée, les Prêtres du Culte furent traités comme des
rivaux que l’on déteste (et c’était bien le cas) et ils furent persécutés.
Les puritains ont repris ce travail avec joie et ils ont pratiquement réussi
dans cette tâche.
Dans le cadre de cette tentative pour faire disparaitre les Sorcières,
toutes sortes d’idées fausses ont été propagées pour que quand on parle de
Sorcière on pense à une vieille femme crasseuse sur un manche à balai au
lieu des belles jeunes femmes qui dansaient au clair de lune et qui
horrifiaient tant l’Eglise. Plus tard, ils ont dit que les Sorcières étaient
très vieilles, mais que le diable les faisait paraître jeunes par magie.
Mais si on se penche sur l’âge des victimes de la chasse aux sorcières on
peut lire par exemple « brûlées deux jeunes sorcières âgées de 15 et 16 ».
Quand ils ont brûlé la pauvre Margaret Ine Quane à Castletown en 1617, ils
ont brûlé son jeune fils avec elle, avec pour seule accusation d’être son
fils. Une Mme Holt a été pendue en Angleterre en 1722, il me semble, sa
fille de neuf ans a été pendue avec elle, sans procès ni jugement. Ils
savaient que les enfants étaient généralement initiés très jeunes, alors
elle devait être une sorcière. Cela prouve, je pense, le mensonge qu’est
l’histoire de la vieille sorcière, il y avait des sorcières de tout âge,
mais les plus âgées et les plus fatiguées étaient plus faciles à arrêter et
bien sûr, de nombreuses femmes sont mortes juste parce qu’elles étaient
seules et que ces vieilles femmes avaient mauvais caractère et qu’elles
dérangeaient leurs voisins. En plus, une femme, même jeune, qui a eu le
visage lacéré par le fouet, le fer chauffé au rouge et subi la question,
n’est pas au mieux de sa forme et fait peut-être plus que son âge.
Comme je l’ai dit, toute vieille femme qui parlait toute seule ou qui avait
un animal de compagnie risquait d’être accusée, torturée, à moitié noyée, au
grand amusement des spectateurs et souvent elle confessait tout. Une
demi-heure sur le bûcher valait mieux que des semaines de tortures
continues, c’est comme ça qu’on a vraiment commencé à croire à l’histoire de
la vieille sorcière.
Au moins neuf millions de personnes sont mortes sous la torture d’une
manière ou d’une autre, la plupart ont été brûlées. Les rares qui ont
survécu sont passées dans la clandestinité et la dernière chose qu’elles
veulent faire est d’en sortir. J’ai demandé à la première sorcière que j’ai
connue : « Pourquoi garder secret tout ce merveilleux savoir, il n’y a plus
de persécution de nos jours » et elle m’a répondu : « Il n’y a plus de
persécution ? Si l’on savait ce que je suis, à chaque fois qu’un poulet
meurt, à chaque fois qu’un enfant tombe malade dans le village, on me
blâmerait, la Sorcellerie ne paie pas pour les fenêtres cassées. » C’était
une femme très instruite, la sorcellerie est aujourd'hui pratiquement une
société secrète propre à quelques familles. A l’époque des bûchers on ne
pouvait pratiquement faire confiance qu’à ses propres enfants et ainsi
l’ancien savoir n’a été transmis qu’à un très petit nombre de personnes et
ce savoir devait être presque uniquement mémorisé.
Tout ce qui était écrit était très dangereux, si des écrits étaient trouvés
non seulement vous, mais aussi toutes vos relations, amis et serviteurs
pouvaient être torturés, car il est bien connu : « tu ne peux pas être une
sorcière solitaire ». Tout le monde avait en tête « Ne trahis jamais
personne, ne fais jamais rien qui pourrait causer des ennuis à un membre du
culte, si tu es arrêté, si tu ne peux pas supporter la torture, avoue
quelque chose qui les mènera sur une fausse piste, quelque chose qui te
mènera à une mort rapide si c’est possible et détruis tout ce qui pourrait
t’incriminer au premier signe de danger. Il en a résulté que bien que les
choses soient souvent écrites de nos jours, une grande partie des rituels a
été perdue et ceux que nous avons sont incomplets et différentes personnes
ont apparemment comblé les manques afin de rendre les rites praticables. Ces
transmissions, copies et interpolations successives ont sans doute préservé
l’esprit des rites, mais ont au minimum modifié la langue et éventuellement
les rites eux-mêmes, et il est au-delà de leurs compétences ou des miennes
de déterminer ce qui est original et ce qui a été ajouté. Pour savoir en
quoi consistaient ces connaissances, il m’a fallu prêter de grands serments
et je les respecte. Je ne peux en parler qu’en termes généraux. Ce sont de
toutes évidences ce qui reste d’une ancienne religion préchrétienne d’un
type chamanique. Ils avaient des rites religieux pour le bien de l’Ame des
défunts pour leur assurer une place convenable dans l’autre monde et faire
qu’ils se réincarnent dans leur propre tribu ou dans le culte, au bon
moment, car la seule chose qu’ils semblaient craindre était de renaître chez
des étrangers. Et je peux le comprendre, je ne voudrais pas être réincarné
derrière le rideau de fer ou dans une tribu en Afrique.
Ils avaient aussi des rites pour que leurs récoltes soient bonnes, pour
avoir de nombreuses naissances dans leur bétail et leurs familles et faire
que la tribu (ou le Culte) soit forte. En d’autres termes ils
accomplissaient des rites de fertilité. La plupart des gens s’énervent
lorsque je dis cela, mais pour moi il n’y a rien de mal à faire quelque
chose en privé, pour le bien public, même si ce n’est pas tout à fait
orthodoxe.
De nombreuses personnes essaient de me faire dire que les Sorcières
utilisaient des crânes, des os, des yeux de grenouilles et toutes sortes de
choses horribles. Tout ce que je peux dire, c’est que je n’en ai jamais vu
ou entendu dire que ces choses sont utilisées. Pour être exact, je pense
qu’autrefois ils utilisaient parfois un crâne et des os croisés pour
représenter la Mort et l’au-delà, mais de nos jours la Grande Prêtresse se
tient avec les bras croisés pour représenter le crâne et les os, puis elle
écarte ses bras pour représenter le pentacle de la renaissance. A l’époque
d’Henry VII et d’Henry VIII, tous les portraits comprenaient un crâne,
c’était la mode à l’époque, et à l’époque les sorcières étaient elles aussi
à la mode. Les diseuses de bonne aventure, les astrologues et ceux qui
vendaient des charmes se devaient d’avoir des crânes exposés dans leur
officine et ils le faisaient, mais peu d’entre eux étaient des sorcières
initiées, il ne s’agissait que de commerce. Si une sorcière disait la bonne
aventure, elle se devait de le faire comme les autres le faisaient.
Beaucoup d’autres personnes ont essayé de me faire dire qu’elles pratiquent
la Messe Noire. D’après ce que j’ai compris, une Messe Noire est une parodie
blasphématoire de la Messe Catholique Romaine qui doit être dite par un
Prêtre Catholique, en général défroqué, qui consacre l’hostie et le vin
(transforme les éléments en chair et en sang) puis les profane, faisant tout
à l’envers.
La première chose que je veux dire très clairement, c’est qu’il y a une
différence entre la Sorcellerie et ce que certains appellent la Magie Noire.
La première différence est que la véritable sorcellerie (pas celle de
l’herboriste de village ou de la diseuse de bonne aventure) est une religion
avec ses propres Dieux et ses propres rites religieux. D’autre part, la
sorcière croit que le pouvoir réside avec elle et que c’est en développant
ses propres pouvoirs, en d’autres termes en se mettant en condition
elle-même et d’autres membres du Culte que la Sorcière peut faire des choses
et cela suppose qu’elle avait déjà un certain pouvoir au début ou qu’elle
soit une sorte de médium. On a dit que le processus de conditionnement est
une sorte de yoga, il s’agit d’agir sur le corps matériel pour agir sur le
corps non matériel. Il n’est pas question de faire un pacte ou un accord
avec qui que ce soit ou d’obtenir une aide extérieure, à l’exception de
celle d’autres membres du Culte et certaines de leurs pratiques sont très
similaires au spiritisme.
Leurs objectifs principaux étaient d’apporter la prospérité à la tribu ou au
Culte, de guérir et il y avait aussi, bien sûr, le côté religieux, afin
d’assurer une vie heureuse après la mort. La Sorcellerie est, ou devrait
être, employée au profit des autres. Il est bien sûr possible d’en faire
mauvais usage, les automobiles peuvent être utilisées pour vous transporter
rapidement d’un lieu à un autre mais elles peuvent aussi être utilisées pour
vous écraser, même si ceux qui ont construit ces voitures ne les ont pas
faites dans ce but. La Goétie d’un autre côté consiste à invoquer des
esprits, bons, mauvais ou neutres et leur dire de faire des choses. Ces
pratiques sont généralement basées sur l’hypothèse que le Roi Salomon
connaissait les mots de pouvoir et les rites pour appeler les esprits et les
démons et les faire travailler pour lui. Ce n’est pas une religion, bien
qu’il faille agir en se basant sur la connaissance des noms secrets de Dieu,
auquel les esprits doivent obéir, presque toujours au bénéfice de celui qui
invoque, soit directement, soit parce que quelqu’un lui verse des sommes
importantes pour faire quelque chose. La Goétie est généralement pratiquée
au détriment d’autres personnes, les avantages habituellement recherchés
étant l’argent, le pouvoir, l’amour des femmes et le savoir. Un sorcier
travaille généralement seul ou avec un compagnon (qui peut être n’importe
qui) qui n’est là que pour tendre les objets nécessaires et entretenir les
feux. Il commande et essaie de forcer les esprits à apparaître par des
menaces. Seuls ceux qui sont invoqués sont censés venir, contrairement au
spiritisme où l’on tente tout simplement de communiquer avec les esprits qui
veulent bien venir. Il se tient au centre d’un cercle immense et compliqué,
protégé par les noms de Dieu et des signes cabalistiques, parce qu’il croit
que les puissances qu’il invoque sont très dangereuses, si ce n’est
maléfiques et il n’ose pas quitter ce cercle avant d’avoir pratiqué un
bannissement élaboré réalisé pour évacuer toutes les influences. Le cercle
des sorcières est simple et il est surtout là pour contenir le pouvoir
généré et l’empêcher de se dissiper. La Sorcière peut entrer et sortir
librement du Cercle puisqu’elle n’invoque rien de maléfique ou de dangereux.
Enfin, l’Eglise et les puritains, qui détestaient les Sorcières car elles
pratiquaient une religion rivale alors qu’elle ne se préoccupait ou
persécutait que rarement les sorciers. Beaucoup d’hommes d’Eglise
pratiquaient la Goétie même si pour lui donner un air de respectabilité, ils
y mêlaient parfois de l’astrologie, mais c’était normal puisque le Sorcier
devait tenir compte des heures, des jours et des saisons.
Mais on disait que l’apprenti sorcier qui n’aurait pas le savoir ou le
pouvoir nécessaire s’adonnait parfois à la Magie Noire ce qui impliquait de
faire appel aux puissances du mal et faire un pacte avec elles, mais il est
difficile à croire que quelqu’un ait été assez fou pour cela. Comme je le
dis dans mon livre à paraitre il y a des preuves montrant que de tels pactes
étaient faits sur l’Ile de Man. L’Eglise ne tolérait pas cette magie et
persécutait ceux qui s’y adonnaient. Elle les accusait des même crimes que
les Sorcières et les torturait jusqu’à ce qu’ils les avouent. Le Sorcier
avait une grande connaissance de la Kabbale Hébraïque, mais ça n’allait pas
beaucoup plus loin. La Sorcière elle avait de grandes connaissances, sa
religion et ses pratiques remontaient presque à l’Age de Pierre. J’ai
demandé à la première sorcière que j’ai connue pourquoi elles utilisaient la
main gauche là où l’on devait utiliser la droite et pourquoi elles avaient
des bougies noires et des crucifix renversés sur l’Autel. Personnellement je
n’en ai jamais vu ou entendu dire qu’une Sorcière en avait utilisés et les
sorcières ont ri lorsque je les ai questionnées à ce sujet. Tout d’abord il
est difficile d’imaginer qu’un prêtre catholique soit membre du Culte et en
plus si vous ne croyez pas que les éléments sont consacrés comme il se doit
il n’est pas possible de les profaner. Les sorcières n’ont pas de crucifix,
inversé ou non lors de leurs réunions, elles ne font pas de geste
spécialement de la main gauche ni rien à l’envers. S’il n’y a pas d’ampoule
électrique, elles utilisent des bougies placées autour du Cercle pour
s’éclairer, mais elles sont blanches et viennent de chez l’épicier.
Les Sorcières ne croient pas à la Messe, alors pourquoi devraient-elles la
parodier ? Quelqu’un a-t-il déjà entendu dire que quelqu’un perd son temps à
parodier une cérémonie Hindoue ou Musulmane ? Lors des réunions de
Sorcières, elles ont leurs propres rites religieux à accomplir. Ensuite il y
a un petit repas puis une danse. Elles n’ont pas de temps à perdre pour un
non-sens blasphématoire. Je ne dis pas la Messe Noire n’a jamais été
pratiquée, en février on m’a dit à Rome qu’il y en avait assez
régulièrement, mais je n’avais pas de devises étrangères à gâcher pour cela,
mais les gens qui sont censés y officier sont les prêtres et assurément pas
des sorcières. En tout cas pas des Sorcières comme je l’entends,
c’est-à-dire initiées aux Anciens Savoirs. Ils peuvent dire la bonne
aventure ou vendre des philtres et des charmes entre deux Messes Noires,
mais franchement je n’en sais pas plus à leur sujet.
Mes croyances peuvent choquer certaines personnes. Je crois qu’il y avait
dans les temps primitifs des gens de petite taille, probablement assez
proches des Finnois et des Lapons contemporains, qui avaient une religion
Chamanique et qui avaient le don de double vue. Ils étaient répartis dans
toute l’Europe, lentement ils ont été remplacés par des races plus grandes,
mais quelques-uns se sont exilés vers des lieux où il n’y avait presque pas
de nourriture. Ceux des races plus grandes allaient les consulter à cause de
leurs pouvoirs magiques. Et certains d’entre eux se sont mariés avec des
personnes des races plus grandes et leur ont enseigné leurs secrets et leur
religion. Ou plus probablement une sorte de religion a émergé chez les
Celtes faisant entrer les anciens Dieux de la chasse et de la fertilité dans
le Panthéon Celtique, séparé tout d’abord, puis lentement, ils ont été
identifiés les uns avec les autres, donnant à un Dieu unique les attributs
des deux Dieux. Je ne peux pas vous donner leurs noms, parce qu’il s’agit
d’un grand secrets, mais laissez-moi vous assurer qu’ils ne sont ni le
diable ni des démons. Ce sont tout simplement des représentations des
premières aspirations de l’homme primitif. La mort et la résurrection dans
des circonstances heureuses (ou en d’autres termes la réincarnation), la
fertilité, la chance, une bonne chasse etc. Il me semble que c’est aussi, en
gros, ce à quoi aspire le chrétien moyen, peut-être dans une forme plus
matérielle. Les Sorcières ne pensent pas que ces Dieux sont tout-puissants
car le destin est plus grand que les Dieux, mais dans la mesure de leurs
pouvoirs, ils aideront l’homme, si l’homme les aide en s’adonnant à des
rites, des danses et assez bizarrement ils ne veulent pas de sacrifice ou de
rétribution en échange. Je suppose qu’à l’époque le Druidisme était la
religion principale et il est possible que la religion sorcière ait été
méprisée parce que non conformiste, en particulier au sujet des sacrifices
humains, etc, et de toute façon, elle concernait ces gens petits et mauvais
qui vivaient dans des grottes et non pas les gens respectables, dont les
prêtresses étaient trop libres, pratiquaient le spiritisme et la divination,
vendaient des charmes et des philtres mais tout ceci n’ est que conjecture
de ma part.
Lorsque le christianisme est arrivé, les sorcières furent jugées encore
moins fréquentables et elles sont devenues plus secrètes. Les conciles des
débuts de l’Eglise Chrétienne étaient pleins de dénonciations de ces cultes
liés à Diane et aux fées, des païens des lieux retirés et souvenez-vous, la
Cornouailles, la Grande Bretagne et de grandes parties des campagnes
françaises et basques étaient encore païennes au douzième siècle. Dans
d’autres régions, le petit peuple fut chassé lentement, ils restaient
fidèles à leur ancienne foi et devenaient mendiants et voleurs, les
privations ont fait que leurs enfants étaient plus petits encore. Ils
trouvaient de l’embauche dans des fermes isolées et travaillaient en échange
d’un peu de nourriture. Ils étaient farouches et nus et en général ils
s’enfuyaient si le fermier tentait de leur faire porter des vêtements. Ces
gens ne faisaient pas partie de ceux qui étaient initiés, mais ils
possédaient quelques-unes des anciennes connaissances. Sur l’île de Man, ils
enseignaient la clairvoyance en échange de petites rétributions.
Lorsque le Pape a soudain prêché une croisade contre eux il les a qualifiés
de Sorcières et d’Hérétiques et ordonna de tous les exterminer. Ils étaient
un peu comme les gitans et les étameurs deux cents ans plus tôt, quasiment
une race à part avec sa propre langue, ses propres lois et ses coutumes. Le
droit écossais est catégorique à ce sujet, ainsi la bigamie était un crime
punissable de mort pour tout Ecossais mais pas pour les gitans et les
étameurs et les gens de ce genre qui ont leurs propres lois et coutumes
bestiales. Puis le Pape a tout à coup dit que toutes les Sorcières étaient
des hérétiques et que tous les hérétiques étaient des Sorcières et qu’il
fallait les exterminer.
Ces gens petits étaient en fait des voisins peu sympathiques, mais si vous
les traitiez bien et si vous leur donniez de la nourriture et des petits
cadeaux, ils pouvaient vous apporter leur aide lorsque vous en aviez besoin.
Ainsi, au Pont des Fées, je pense qu’il est très probable que lorsque les
défenseurs furent sur le point de perdre, les petits hommes locaux sont
arrivés à leur secours et ont attaqué l’ennemi par le côté ou leur ont
décoché des flèches empoisonnées, une attaque soudaine et inattendue qui a
conduit à la défaite des assaillants. A Bornéo j’ai vu des hommes tués par
des flèches lancées par une sarbacane pas plus grosse ni plus grande qu’une
fine aiguille à tricoter. Quand ces dards ont volé autour de moi, je suis
parti sans demander mon reste.
Lorsque le pape Innocent à soudainement prêché une croisade pour que tous
les sorcières et les hérétiques soient exterminés, en disant que toutes les
sorcières étaient des hérétiques et tous les hérétiques étaient coupables de
sorcellerie, le petit peuple était une cible facile et ils furent massacrés
en grand nombre, tout comme les sangs-mêlés, ceux que j’appelle les
Sorcières. Il est significatif qu’ils vivaient souvent dans les parties les
plus élevées du pays. Une des premières victimes, Lady Alice Kytler, de
Kilkenney, dirigeait apparemment depuis de nombreuses années un Coven,
célébrant les rites sans s’en cacher, l’évêque d’Ossery l’a fait arrêter et
mener au Tribunal, mais il semble qu’on ait conclu qu’il n’y aucun crime à
adorer les Anciens Dieux et à pratiquer la sorcellerie et elle a été
acquittée. L’évêque, renforcé par une seconde bulle papale, a attaqué à
nouveau, cette fois les nobles s’en sont mêlés et on enlevé Lady Alice
Kytler par la force et l’on emmenée clandestinement en Angleterre. Pensant
que les tribunaux l’avaient spolié, l’évêque s’est vengé en faisant
flageller et torturer tous ses serviteurs et amis qu’il a pu attraper.
Apparemment sans aucun jugement, par une sorte de lynchage ecclésiastique.
Mais le Pape et les Evêques étaient tout-puissants. Une condamnation pour
sorcellerie signifiait perdre tous ses biens au profit de l’Eglise et les
informateurs recevaient une riche rétribution. Neuf millions de personnes
ont été torturées à mort et ce qui subsistait du Culte est passé à la
clandestinité. Je pense qu’il n’y a que peu de chance qu’un petit culte
religieux s’il n’avait été que religieux ait pu survivre à une telle
persécution sévère et de longue durée. Il est vrai que les Juifs l’ont fait,
mais ils étaient des millions et ils n’ont pas été exterminés dès qu’ils
étaient attrapés. Je pense que l’explication est que les sorcières avaient
un secret et comme nous avons redécouvert plusieurs de ces méthodes
auxquelles nous avons donné des noms bien compliqués mais pour la sorcière
tout cela n’est que de la magie. La première loi est qu’il ne faut jamais
rien dire ou faire qui puisse causer un problème quelconque ou mettre en
lumière un frère ou une sœur, mais en signe de bonne volonté j’ai montré en
confidence au Dr Cannon une lettre datée du 29 septembre 1952 me racontant
une petite rencontre de Sorcières en août dernier. Elles ont tracé le
Cercle, fait la danse de fertilité rituelle sur des balais et pratiqué les
rites. Cette lettre mentionne aussi qu’elles ont essayé différents charmes
qui semblent avoir fonctionné aussi qu’un remède merveilleux. Je connaissais
l’état du patient et j’étais présent lorsque ce sort a été jeté en mars
dernier, il y a tout juste six mois. Comme je l’ai dit, un anthropologue se
doit d’observer et noter ce que font et croient les gens eh bien cette année
ces personnes ont pratiqué la Sorcellerie et ils croient qu’ils ont réussi à
accomplir ce qu’ils voulaient.
On ne peut pas dire que la guérison ne s’est faite que parce que le patient
y croyait, car c’est en pratiquant les charmes de sorcellerie qu’une foi
intense a été suscitée. Personne ne dira que les gens guérissent à Lourdes
uniquement par ce qu’ils y croient. J’ai été à Lourdes, je n’ai vu qu’une
seule guérison, mais j’ai revu le malade le lendemain et son état était
encore pire qu’avant. Je ne dis qu’il n’y a là-bas jamais de guérisons
définitives, je dis juste que je n’en ai pas vu une seule. Je ne dis pas que
les guérisons causées par les sorcières sont permanentes, on ne pourra pas
dire cela avant cinquante ans. Tout ce que je peux dire c’est que ces gens
ont essayé un remède très ancien et qu’il semble avoir fonctionné.
J’ai aussi mes propres théories. Je pense que certaines personnes ont une
méthode qui développe certains centres nerveux, ou chakra si vous voulez,
dans leur corps. Par cette méthode elles peuvent faire agir certaines
forces. Je pense que c’est quelque chose que n’importe qui peut apprendre
s’il en a la capacité naturelle, mais il faut d’abord en avoir la capacité.
Je pense que cette capacité est généralement héréditaire. L’Eglise et les
puritains le savaient bien et c’est pourquoi ils ont brûlé les jeunes
enfants avec leurs mères, en essayant d’exterminer ce pouvoir et sa
connaissance. Je pense que ce n’était pas qu’une manifestation de cruauté
barbare, je pense qu’ils avaient une raison d’agir ainsi mais leur raison
était mauvaise.
Je ne pense pas que ce pouvoir est ce que j’appellerais surnaturel, il est
tout simplement inhabituel et la méthode pour développer ce pouvoir est un
secret qui ne vous est enseigné que lorsque vous êtes initié dans le Culte
des Sorcières.
Je ne dis pas que seules les Sorcières possèdent ce savoir. A la base
quelqu’un doit l’avoir découvert et l’avoir trouvé intéressant puis l’avoir
pratiqué avec d’autres jusqu’à ce qu’ils s’y habituent et obtiennent ainsi
des résultats, ce qu’une personne peut découvrir par hasard, une autre le
peut également.
Un homme nommé Hughs a une théorie intéressante disant que cette méthode a
été développée par les Prêtres en Egypte, de là elle est allée en Grèce, par
les Mystères D’Eleusis, de là elle est passée à Rome, puis en
Grande-Bretagne et la France, et aux sorcières. Par une autre voie elle a
aussi remonté le Nil à travers l’Afrique, jusqu’aux sorciers d’Afrique
Occidentale puis aux Antilles et en Amérique ce qui est devenu le Vaudou.
C’est une théorie fascinante même si je ne vois pas pourquoi cette méthode
n’a pas pu être découverte de façon indépendante en différents endroits.
D’autre part rien n’est impossible, les gens prennent ce qui les intéresse
et les superstitions voyagent loin. En Malaisie, les gens croient que les
hommes peuvent être protégés magiquement des balles et que seule une balle
en argent ou en or pourra les tuer.
C’est historique, on disait que le vicomte Claverhouse (Bonny Dundee) était
à l’épreuve des balles. De nombreuses personnes ont dit avoir vu des balles
rebondir sur son manteau lors des combats. Quelqu’un a alors essayé de lui
tirer dessus avec une balle en argent et les médecins ont dit : «
L’opération a été un grand succès, le patient est mort ». Mon travail est
d’observer, lorsque j’étais en Amérique j’ai essayé d’assister à des séances
Vaudou, mais j’ai échoué. Si M. Hughs a raison les Docteurs d’Afrique
Occidentale connaissent et utilisent le secret. J’espère pouvoir aller
là-bas cet hiver et parvenir à le découvrir. Personnellement, je ne crois
pas pour l’instant qu’ils m’accepteront parmi eux ou qu’ils me diront
quelque chose mais on ne risque rien à essayer. J’ai au moins l’avantage de
savoir ce que je cherche.
Si ce sujet vous intéresse je rajouterai que j’ai écrit un livre qui, je
l’espère, sortira sous peu. On y trouvera bien plus que le peu que j’ai pu
dire ce soir, jusqu’à présent je n’avais pas le droit de publier quoi que ce
soit de véridique. C’était donc sous forme de fiction que j’en parlais dans
mon livre précédent.
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