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Avec l’Aide de la Haute Magie
Chapitre X – Œuvrer Ensemble
par Gerald
Gardner  version française Tof  & Xavier


Ce fut le quatrième jour après leur retour que Thur dit à Morven: « Les cieux sont favorables, et on s’approche de l’aube du jour de Mercure. Cette nuit, lorsqu’Alice sera partie, nous commencerons notre travail. Repose-toi aujourd’hui, sois tranquille et prépare-toi, c’est aussi ce que je ferai. »
Ainsi, toute la journée, Morven est restée couchée dans l’herbe longue au bord du fleuve à regarder les hirondelles raser la surface de l’eau pour attraper des insectes trop petits pour qu’on puisse les voir, et les martinets rejoindre et quitter leurs nids sous les toits. L’air était de plus en plus chargé par l’odeur du trèfle et le bourdonnement d’un essaim d’abeilles. Morven, semblait oisive mais récoltait en fait des plantes aquatiques. Elle les assemblait en une longue corde qu’elle tressait. Elle y mit des nœuds aux deux extrémités ainsi qu’à certains intervalles sur toute sa longueur.
Impatiente, elle avait l’impression qu’Alice ne partirait jamais, tant elle s’attardait sous un prétexte ou un autre. En vérité, Alice était très heureuse de la présence de la jeune fille et c’est avec joie qu’elle aurait emménagé dans la maison, mais finalement elle s’en est allée et Thur et Morven se sont précipités à l’étage. Thur et Smid avaient construit une chambre à l’extrémité ouest de la maison avec de grosses planches en chêne et une porte solide fixée avec une barre de fer. Ainsi, entre les deux chambres à coucher il y avait un grand espace. C’est là que le cercle devait être préparé. Thur et Morven examinaient cet espace.
« Ça fera parfaitement l’affaire, » a-t-il affirmé. Avec une patience infinie, ils sont allés chercher une grande baignoire et l’ont monté avec difficulté dans l’escalier en colimaçon.
Pendant ce temps l’eau avait été mise à chauffer sur le feu au rez-de-chaussée puis ils l’ont monté à l’étage et rempli à moitié la baignoire. Thur immergé dans la vapeur qui montait de la baignoire a exorcisé le bain : « Je t’exorcise, O créature d’eau, pour que tu chasses de toi toutes les impuretés et malpropreté des esprits du monde des fantasmes de sorte qu’ils ne puissent me faire de mal, par la vertu de Dieu Tout-Puissant, qui règne depuis les siècles des siècles. Amen.
« Mertalia, Musalia, Dophalia, Onemalia, Zitanseia, Goldaphaira, Dedulsaira, Ghevialaira, Gheminaiea, Gegropheira, Cedani, Gilthar, Godieb, Ezoiil, Musil, Grassil, Tamen, Puri, Godu, Hoznoth, Astachoth, Tzabaoth, Adonai, Agla, On, El, Tetragrammaton, Shema, Ariston, Anaphaxeton, Segilaton, Primarouton. » Et il s’est déshabillé et s’est lavé soigneusement, invitant Morven à faire de même. Elle lui obéit et il versa de l’eau sur lui-même et puis sur elle en disant : « Purge moi, O Seigneur, avec l’hysope pour que je sois propre. Lave-moi, et je serai plus blanc que neige. »
Lorsque Morven fut sortie du bain, Thur a pris le sel et l’a bénit, en disant : « Que la bénédiction du Père Tout-Puissant soit sur cette créature de sel. Que toute malignité et entrave en soit expulsées, que tout bien puisse y pénétrer. C’est pourquoi je te bénis et je t’invoque pour que tu puisses m’aider. »
Versant le sel exorcisé dans le bain, ils sont tous deux entrés dans le bain et se sont lavés à nouveau en disant : « Imanel, Arnamon, Imato, Memeon, Hectacon, Muobii, Paltellon, Decaion, Yamenton, Yaron, Tatonon, Vaphoron, Gardon, Existon, Zagveron, Momerton, Zarmesiton, Tileion, Tixmion. »
Morven, en sortant de l’eau lui a demandé gaiement : « Savez-vous pourquoi la magie et la sorcellerie sont mieux que ce qu’enseigne l’Église, Thur ?
- Non, je ne sais pas, » a-t-il dit.
« Parce qu’elles enseignent la propreté du corps, alors que la Mère Église persécute pour la même raison.  
- Il est vrai que tous les saints aiment la crasse, comme en témoigne Simon le Stylite. La propreté à une odeur diabolique. Il ne faut pas chercher bien loin. De nombreux ecclésiastiques pratiquent l’art magique et ceux qui ne le pratiquent pas en ont entendu parler. Ils savent que l’accent est mis sur la propreté du corps avant d’entrer dans le cercle et ainsi ils pensent que les souillures doivent être sacrées parce que la magie et la sorcellerie sont impies. »
Morven a émit une sorte de grognement. « Avez-vous jamais entendu parler de l’histoire de Becket ? On raconte que l’Angleterre ne savait pas combien un saint l’était avant de lui enlever son maillot de corps, il était à ce point plein de poux que le vêtement est parti tout seul.
- Petit Miracle, le Roi Henry l’appelait « ce prêtre turbulent » et il demandait à ce qu’il soit déplacé. Il a du être affligé par cette chemise. » a dit Thur en riant.
Morven a dit : « Dans ma ville natale les gens parlaient beaucoup de la Vallée de la Sainteté.
- Je n’en ai jamais entendu parler.
- C’est une histoire sur un abbé et ses moines. Personne n’était aussi saint qu’eux dans toute l’Égypte. Ils lisaient des livres pieux, sans jamais parler ni entre eux ni avec le monde extérieur, de peur d’offenser Dieu, ils ne mangeaient que des herbes, vivant dans l’inconfort, priant tout le temps, ne se lavant jamais, ils portaient un vêtement jusqu’à ce qu’il tombe en lambeau et parte de lui-même comme celui de Becket. Ils sont célèbres dans tout le monde civilisé pour leur savoir et leur sainte austérité.
- bref, un nid de Becket.
- Ne m’interrompez-pas avec votre légèreté, Thur Peterson. Il y a eu une grande pénurie d’eau. Le saint abbé a prié pour que ça s’arrange, et voilà ... en réponse un grand fleuve d’eau pure est apparu par miracle dans ce lieu désert. Alors toute la communauté fut tentée par le démon et ils prièrent leur abbé de fabriquer une baignoire pour qu’ils puissent nettoyer leurs corps. »
Morven s’est interrompue pour secouer ses cheveux et Thur a demandé : « Et alors ?
- Ne soyez pas impatient, je peigne mes cheveux. Bon, ils ont fabriqué la baignoire, les moines se sont baignés et les eaux indignées ont reculé jusqu’à ce qu’il ne reste plus une seule goutte. Ni les prières, ni les larmes, ni les flagellations, ni les lamentations, ni les processions, ni de riches présents, ni de nombreuses bougies, ni les promesses d’amendement n’ont pu arranger les choses. Et tout le monde s’étonnait. Ils ont fait contrition et détruit le bain inique, et alors les eaux ont jailli à nouveau !
- Et tout le monde en a témoigné, il n’y a pas le moindre doute.
- Il y avait une pauvre femme à Hurstforth qui avait été vue en train de laver sa robe à un cours d'eau. Elle avait retourné sa poche et la lavait pour la nettoyer, comme le ferait n’importe quelle femme. Quelqu’un l’a observé et dénoncé. Ce n’était pas une sorcière ni quelqu’un de notre fraternité, mais aucun bon chrétien n’aurait lavé une chose qui n’est pas visible... ce doit être pour plaire au diable, a-ton dit et ils l’ont brûlé sur le bûcher pour cela.
- Assez ! » s’écria Thur. « Ces histoires me rendent malades et me tourmentent. Mais vous n’en voyez pas la raison cachée ? On ne peut entrer dans un cercle magique avant que son corps n’ai été purifié de toutes les saletés et sans aucun vêtement ou dans un vêtement totalement immaculé. La saleté est donc sainte, et vivre une vie de saleté perpétuelle est une formalité pour atteindre la sainteté éternelle. »
Morven, qui ne pouvait comprendre cela émit un nouveau grognement. « C’est la même chose lorsqu’il s’agit de soigner. Une sorcière commencera par nettoyer une plaie ou une blessure, puis y appliquera une pommade avec une plante médicinale et fera un pansement avec un linge propre. Un prêtre y appliquera un vieil os d’un saint, un os qui a touché de la même façon des centaines d’autres plaies purulentes et fera un pansement avec un vieux chiffon sale. Puis ils grimacent, mais en secret, et se demandent comment une sorcière peut guérir des centaines de malades alors que l’Église n’en guérit qu’un et encore, plus par hasard que grâce à son savoir. Les gens le savent et vont chez la sorcière avec leurs maux et non pas à l’Église, c’est pourquoi les prêtres chassent et persécutent les sorcières.  
- Oui, c’est une rivalité qui ne prendra fin qu’avec la disparition de l’une ou de l’autre. »
Le silence s’est abattu sur eux pendant lequel Morven a brossé  ses cheveux avec une énergie sauvage, tirant violemment sur chaque mèche comme si elle garrotait un maniaque s’apprêtant à partir à la chasse aux sorcières.
« Es-tu préparée Morven ? » a demandé Thur. Il se tenait là, parfumé et couvert de la tête aux pieds de l’une des robes de lin blanc qu’il avait rapporté de Londres. Il ressemblait à un prêtre. Morven se tenait là, son corps rose parfumée et vif à cause de l’eau et du frottement énergique. Elle tenait un couteau dans chaque main, l’athamé à manche noir et celui avec le manche blanc.
L’espace entre les deux chambres avait été arrangé pour le rituel. La veille il avait été balayé et dépoussiéré, il était ainsi exempt du moindre grain de poussière et pendant que Thur s’occupait de sélectionner et programmer les travaux à accomplir cette nuit-là. Morven a passé rapidement un nouveau coup de chiffon humide sur le plancher. Une fois fini elle s’est lavé les mains et a rejoint Thur. Ensemble ils ont solennellement parfumé l’endroit.
« Les cieux sont propices, » a-t-il murmuré avec satisfaction. « La lune est sous le signe d’Ariel et elle est croissante, le ciel est clair et serein. »
Pendant ce temps Morven a planté son athamé dans une fente dans le plancher, elle y a accroché la corde qu’elle avait tressé ce matin et fixé un morceau de charbon de bois sur cette corde à 1M70 de la première boucle. Elle a ainsi tracé un cercle en laissant une entrée au Nord Nord-Ouest. Elle a ensuite placé le charbon dans la boucle suivante, quinze cm plus près du centre, et tracé un second cercle et plaçant le charbon à 1M35 du centre, elle a tracé le troisième cercle, le cercle intérieur mesurant ainsi 2M70 de diamètre. Le cercle extérieur a ensuite été divisé en quatre parties selon les directions de la boussole. Commençant à l’est, Thur a écrit Agial en hébreu, au sud il a tracé Tzabaoth, à l’ouest JHVH (qu’en français on peut rendre par « Jéhovah ») et Adghy au nord. Entre chaque point de la boussole, il a tracé un pentacle c’est-à-dire une étoile à cinq branches.
Morven a ensuite pris l’athamé et, avec sa pointe, a repassé sur tout ce qu’il avait dessiné au charbon, pendant ce temps Thur a placé un brasier à l’extrémité Est dans le petit cercle. Il l’a allumé puis il a placé une table devant avec son centre au milieu du brasier. Il a ensuite placé les différents objets pour la consécration, dont la baguette et la corde qu’il avait utilisée pour marquer le cercle. Deux tabourets furent placés devant la table. Lentement, les nuages de fumées se sont élevés du brasier. Le triple cercle était maintenant achevé et il a fermé la porte avec deux pentacles, l’un dans le troisième cercle et le second dans l’espace entre le second et le troisième.
Tout était prêt. Thur se tenait au centre, face à l’est, grand et solennel, sa robe immaculée lui donnant un air de majesté. A côté de lui se tenait Morven, sereine comme une statue d’albâtre. En joignant les mains devant lui, Thur se mit à réciter clairement à voix basse le psaume 102 qui commence par :

Seigneur, entendez ma prière
Et que mon cri parvienne jusqu’à Vous
Ne me cachez pas Votre visage
Le jour où je suis en détresse
Le jour où j’appelle, écoutez-moi
Venez vite, répondez-moi.

Et une fois terminé, il a continué avec le psaume 14, puis le psaume 6 et a terminé avec le psaume 67.
Quand les mots impressionnants ont cessé, il y eut un moment de silence avant que Thur prenne sur la table un récipient en laiton, vernis à l’intérieur et l’extérieur, avec un couvercle percé de trous et une poignée. Il le rempli d’eau clair de source tirée d’une cruche. Puis il prit le sel et dit d’une voix ferme et sonore :
« Tzabaoth, Messiach, Emanuel, Elohim, Eibor, Yod, He, Vau, He Tzabaoth, Messiach, Emanuel, Elohim, Eibor, Yod, He, Vau, He! O Dieu, qui êtes la vérité et la lumière, daignez bénir et sanctifier cette créature de sel, pour nous servir d’aide, de protection et d’assistance dans cette expérience et opération de l’art. Et qu’elle soit pour nous un secours. »
Avec cette prière il a jeté le sel dans l’eau, puis il a pris des plantes, de la verveine, de la menthe, du basilic, du romarin et de l’hysope, neuf en tout, qui avait été ramassées à l’heure et au jour de Mercure lors de la lune croissante et liées avec un cordon tressé par une jeune fille... Morven. Il les a baignées dans l’eau et attrapant le couteau à manche blanc, il a gravé sur le goupillon ces caractères :



d'un côté et de l’autre :

Lorsque ce fut fait, il a parlé à Morven pour la première fois : « Après cette cérémonie, nous pouvons maintenant utiliser cette eau dans le goupillon lorsque cela sera nécessaire, sachant que tout ce que nous aspergerons avec sera sanctifié par son pouvoir de chasser tous les fantômes et de les priver de la capacité de nous gêner ou nous ennuyer. Avec cette eau, nous allons faire nos préparatifs de l’art. »
Morven inclina la tête en signe d’assentiment mais elle resta silencieuse. Elle était si émerveillée, si profondément impressionnée par la solennité de l’occasion et par ce qu’elle avait entendu dire qu’elle n’osait pas utiliser sa voix de peur d’entacher le charme. Thur semblait loin d’elle, dans un royaume de mystère où elle ne pouvait le suivre.
Sa seconde opération était de faire la plume. Il prit une plume sur la table, une plume arrachée à l’aile droite d’un oiseau mâle encore en vie et il lui a donné forme avec le couteau à manche blanc. L’exhortation fut :  
«Aural, Hanlii, Thamcii, Tilinos, Athamas, Zianor, Auonai! Bannis de cette plume tout mensonge ou erreur, de sorte qu’elle ait la vertu et l’efficacité d’écrire ce que je désire. »
Sur le brasier, il a jeté une poignée d’herbes sèches et avec le même couteau il a taillé la plume, puis l’a aspergée sur le brasier dans le nuage de parfum qui émanait des herbes, puis il l’a enveloppé dans un linge blanc neuf en lin et l’a posé de côté. De même, avec leurs invocations et prières appropriées, il a consacré les cordes et les a rangées dans la toile de lin.
Il était tard et Thur a réalisé que Morven était blanche et avait l’air épuisée. Il a levé la séance pour cette nuit car il ne pouvait pas en faire plus sans le burin, qui devait être fait au jour et à l’heure de Vénus. « Tu es fatiguée, ma petite Morven. Vas au lit et dors. » Il l’embrassa sur le front et s’occupa de ranger tout ce qui avait servi pour leur travail de cette nuit.
Après quelques heures, Morven a été tirée d’un profond sommeil par un martèlement fort et continu sur sa porte, suivi par une grande agitation. Elle a ouvert les yeux avec réticence et à croisé le regard d’Alice Chad. « Mon enfant, il est sept heures et tu dors comme une morte. Qu’est-ce qui t’arrives ? Mon maître m’a dit de te laisser dormir, mais tu dois manger et ton repas t’attend. »
Morven souriait à Alice qui prenait si bien soin d’elle et bâilla. « Je viens, bonne Alice. Je me suis couchée tard hier soir. Votre maître a parlé et nous n’avons pas remarqué comme le temps passait.
- Oh, lui! » a dit Alice en reniflant « pendant qu’il est assis à lire et discuter toute la nuit, sans se soucier des mortels, tu devrais dormir mon enfant, tu n’es pas encore très solide. »
Morven a ri de façon rassurante. « J’irai bientôt mieux grâce à vos bon soin, Alice. J’arrive. »
Alice a redescendu les marches en  secouant la tête. Ce n’était pas naturel, non, c’était un péché que les gens restent assis à discuter après que la nuit soit tombée. Est-ce que le bon Dieu n’a pas prévu la nuit pour que les hommes et les animaux se reposent ? Pourquoi, sinon, est-ce qu’il y a la nuit ? Pourquoi est-ce que quelqu’un qui craint Dieu comme son bien-aimé Thur Peterson se comporte de la sorte ? Et en plus ils ont parlé! De quoi ont-ils pu parler pour en oublier de dormir ? Boire, oui, ou comploter, ou encore pour faire de la sorcellerie. Ces sombres agissements ont besoin de la nuit pour cacher leur noirceur, mais s’il doit y avoir une créature de la lumière c’est bien Thur et sa nièce encore plus ... cette petite fille, sa précieuse nièce!
Alice Chad adorait le médecin, selon elle il ne pouvait rien faire de mal. Alice pensait à lui inconsciemment jour et nuit avec plaisir et émerveillement. Ses sentiments pour lui étaient un véritable mystère pour elle. Il lui inspirait une grande crainte à cause de son grand savoir mais elle savait surtout qu’elle voulait le servir et qu’elle aimait ça. Elle était si désintéressée dans sa dévotion que la critique était rare, mais Alice croyait fermement que Morven devrait dormir la nuit et de ne pas rester éveillée à discuter. Elle allait essayer de rassembler tout son courage et lui en parler.
Quelques minutes plus tard Thur est apparu comme d’habitude, suivie par Morven, et ils se sont assis pour déjeuner ensemble. Thur avait l’habitude d’étudier tard dans la nuit, mais Morven n’était pas un oiseau de nuit, et lorsqu’elle avait eut l’occasion d’assister aux sabbats, elle avait pu se permettre de dormir le lendemain. Maintenant, sous le regard soucieux d’Alice Chad en permanence sur elle, elle devait paraître normalement éveillée et elle avait envie de bailler. Elle a fait tant d’effort pour s’en empêcher qu’elle en avait mal à la gorge. Thur semblait être absorbé par ses pensées et le repas était triste parce que la présence de la servante les empêchait d’aborder des sujets dont ils avant tant envie de parler.
Morven mangeait lentement du pain et du miel sous le regard affectueux et possessif d’Alice. Un pot en terre de lait frais était à côté d’elle et régulièrement Alice le rapprochait un peu plus de façon suggestive de Morven. Morven ne savait pas si elle devait rire ou pleurer devant son exaspération. Elle avait conquis Alice et elle ne pouvait échapper aux conséquences de cette conquête. Alice était à ce point subjuguée qu’elle ne pouvait plus supporter de perdre Morven de vue. Ainsi elles étaient liées l’une à l’autre, dans un cercle magique dont il était impossible de s’échapper. Morven aimait aussi beaucoup Alice et appréciait les soins jaloux que lui prodiguait une personne de son sexe, c’était quelque chose de nouveau pour elle mais l’enchantement avait ses inconvénients et elle devait y réfléchir solennellement.
Finalement Morven a dit : « Les paroles que vous avez prononcées sont d’une rare beauté, mon oncle!
- Hum ? » a murmuré Thur distraitement.
« Comme des cloches solennelles qui résonnent dans ma tête. Je n’ai jamais rien entendu de semblable. ‘Que le Seigneur nous bénisse et nous garde et qu’il fasse briller sur nous son visage, qu’il se penche vers nous, qu’il apporte la paix sur toutes les nations.’ Voilà bien vos paroles ?
- Tu as une bonne mémoire mon enfant » a dit Thur en souriant.
« Non, maître, » a éclaté Alice qui n’était plus en mesure de retenir son envie de dire ce qu’elle pensait. « Ce type de savoir n’est pas pour une jeune fille, et il ne faut pas l’empêcher de se coucher pour écouter de telles choses. C’est à nos bons prêtres et non pas vous, Maître Peterson, de lui parler de Dieu et des nations. Et en plus jusqu’à pas d’heure ! Alors qu’elle devrait dormir comme tout bon chrétien. Elle n’est pas un grand homme, inutile de l’ennuyer avec de telles choses... c’est une ménagère qui est en train de se remettre d’une très grave maladie, elle a failli mourir.
- Que la peste emporte cette femme! » s’est dit Thur, plus concerné par l’amitié d’Alice que par son inimitié, mais il a dit: « J’entends et je constate ta sagesse, bonne Alice. Retire-toi, Morven, vas au jardin parmi les papillons et les abeilles et tient la mort à distance. »
Plus tard, quand Alice était allée au marché, il a rejoint Morven et ils se sont assis ensemble sur la rive herbeuse et ont discuté à voix basse.
« Il y a une entrave après l’autre » grommela Thur avec impatience. « A peine ai-je obtenu l’aide dont j’ai besoin que je dois composer avec les indiscrets au cœur de ma maison. » Vexé, il a ri. « Alice sera un dragon qui te défendra, Morven. Au diable l’idée que le jour a été fait pour travailler et la nuit pour dormir. Ceux qui dorment le jour ne sont pas nécessairement des adeptes du mal. Ô liberté! » Il a jeté ses bras au-dessus de sa tête, comme si elle éclatait à causes d’obligations intolérables.
Morven le calma avec des paroles tranquillisantes, l’assurant que tout irait bien et lui demandant de ne pas aggraver la situation en blessant Alice, qui n’avait que bonté et tendresse pour eux deux. Il ne devait pas faire germer l’antagonisme dans un cœur fidèle, par une contradiction et une répudiation absurdes, mais acquiescer à tout ce qu’elle disait. « Elle se lassera rapidement car rien ne lasse plus l’esprit qu’un agrément total, » a dit Morven « je vais dormir là où je pourrais pour avoir des forces pour le travail nocturne. »
Cette nuit-là ils ont dormi en paix, mais le lendemain c’était le jour de Vénus et encore une fois Morven et Thur ont préparé l’eau pour se purifier. Une fois cela accompli, ils ont tracé le triple cercle exactement de la même façon que la fois précédente. Leur travail était maintenant de faire le burin, un outil des plus importants.
Thur récita à nouveau les mêmes psaumes de David, puis, jetant les herbes dans le brasier, il a attendu que les nuages d’encens s’élèvent puis il a pris une alêne de graveur l’a purifiée sur les braises et, avec le couteau à manche blanc, un outil dont l’usage est différent de celui de l’athamé avec lequel la sorcière contrôle les esprits et pratique la magie, il a sculpté ces caractères :

sur le manche du poinçon, qui allait devenir le burin.
L’invocation a suivi, solennelle et imposante : « Asphiel, Asophiel, Asophiel! Pentagrammaton, Athanatos, Eheieh, Asher, Eheieh! Qadosch, Qadosch, Qadosch! » et il a prié: « Ô Dieu éternel, mon père, bénissez cet instrument préparé en votre honneur afin qu’il ne me serve que pour une utilisation et un but bénéfique et pour votre gloire. Amen. »
Il l’a encensé et aspergé puis l’a posé de coté, enveloppé dans le tissu de lin et ce fut la fin de leur travail de la nuit car avant de continuer, ils devaient attendre le jour et l’heure de Mercure. Les progrès étaient lents et il y avait beaucoup à faire, beaucoup à préparer avant de pouvoir commencer le grand œuvre et aider Jan.
Alors que Morven aidait Thur à effacer les caractères kabbalistiques sur le sol, elle lui demanda sobrement: « Que sont ces noms aux sonorités étranges que vous invoquez ? 
- Ce sont les noms des anges et des grands esprits, mais leur origine est enveloppée de mystère. Certains sont égyptiens, d’autres sont encore plus anciens et remontent aux chaldéens et aux phéniciens, d’autres encore sont hébreux. Tout ce que nous savons avec certitude, c’est que ce sont des mots de pouvoir. J’ai réfléchi à leur significations pendant de nombreuses années et je suis parfois tenté de croire qu’ils n’en ont pas, mais, comme ils retentissent comme des coups de gongs et nous lient tous et qu’ainsi tout ceux qui les entendent sont pris dans une sorte de grand filet, tous ont les mêmes sentiments, les mêmes pensées, les mêmes désirs, jusqu’à ce que la force de chacun soit aspirée, comme un nuage d’encens qui s’envole vers le ciel, et s’unit à la volonté concentrée du mage et forme un grand pivot sur lequel tourne la roue du cercle et toutes ses potentialités. Suis-je confus, Morven ?
- Non. Voulez-vous dire que lorsque deux ou trois personnes sont réunies, en particulier si elles ont un même objectif, toutes leurs pensées s’entrelacent et contribuent ainsi à faire s’accomplir l’objet pour lequel ils se sont rassemblés et que ces mots qui retentissent, même s’ils n’ont pas de signification intrinsèques, par la répétition de certains sons, puis en passant à un autre son qui est répété, martèlent l’esprit et se façonnent selon la volonté du mage, c’est bien ça ? Ainsi, il ne doit pas avoir d’autre pensée que le but qu’il cherche à atteindre et ainsi il peut capter le pouvoir de ceux qui font appel à lui. »
Thur a hoché la tête mais il a ajouté à la hâte : « N’oublie pas que je suis un novice dans l’art, je ne fais qu’exprimer ce que je pense de ces incantations. »
Quand le jour de Mercure revint, ils se retrouvèrent une fois encore dans le triple cercle. Thur récita à nouveau les trois psaumes, qui semblaient à chaque fois plus merveilleux à Morven à mesure qu’elle les écoutait avec plus d’attention et les comprenait de mieux en mieux.  
Il avait besoin de cire pour fabriquer l’épée magique, et cette cire allait être la cire d’abeilles fraiche que Morven avait récoltée vers midi. Elle s’était montrée très habile dans la manipulation des abeilles qu’elle ne craignait pas du tout. Les abeilles semblaient l’apprécier.
Tenant la cire dans sa main droite, Thur a invoqué : « Exabor, Hetabor, Sittacibor, Adonai, Onxo, Zomen, Menor, Asmodiel, Ascobai, Conamas, Papuendos, Osiandos, Spiacent, Damnath, Eneres, Golades, Telantes, Cophi, Zades! Anges de Dieu soyez présents, car je vous invoque dans mon travail pour que, par vous, il trouve la vertu. Amen. »
Il a fait une pause et exorcisé comme cela : « Je t’exorcise toi, Ô créature de cire, pour que, par le saint nom de Dieu et de ses saints anges, tu reçoives la bénédiction, afin que tu puisses être sanctifié et béni pour obtenir la vertu que nous désirons, par le très saint nom, Adonaï. Amen. »
Priant de la sorte, il a aspergé et encensé la cire et l’a enveloppé dans un tissu de lin blanc. De la même manière, il a consacré un acide puissant qui sera utilisé pour la gravure sur l’acier trempé de l’épée. Quand ce fut fait et l’a mis de côté. Morven a pris sur la table un encrier en terre, cuit à l’heure et au jour de Mercure, et le donna à Thur. Avec le burin, il a gravé sur sa base ces noms sacrés en caractères hébraïques : Yod He Vau He, Matatron, Iah, Iah, Iah, Qadosch, Elohim, Zabaoth. Il l’a rempli avec de l’encre et l’a exorcisé : « Je t’exorcise, O créature d’encre, par Anaireton, par Simoulator et par le nom d’Adonaï, par la vertu de qui toutes choses sont faites, pour que tu sois pour moi une aide et un secours dans toutes les choses que je souhaite effectuer avec ton aide. » Il l’a aspergé et encensé puis l’a rangé avec la cire.
Le travail de cette nuit-là était achevé. Ils ont nettoyé toutes les traces de leurs activités et sont allés se coucher.
Il restait encore le grand événement, la création de l’épée magique. Il s’agissait d’une lame ordinaire, une épée courte qu’il avait achetée à Londres, lorsque, pensant être incapable d’aider les frères Bonder, il avait formé le dessin de recevoir des conseils en passant par Olaf, comme nous l’avons vu dans le premier chapitre de ce livre. Cette tentative était plus du spiritisme qu’une véritable pratique de l’art magique. Olaf s’était révélé être un bon médium par qui les conseils nécessaires avaient transmis. On leur avait ordonné « Cherchez la Sorcière de Wanda » et celle-ci lui avait fourni l’athamé et le couteau à manche blanc, qui devaient leur permettre d’atteindre le but souhaité.
L’achat de chaque objet séparément ne pouvait les mettre en danger, c’était la possession de l’ensemble de ces objets qui pouvait constituer une menace. Toute personne avec un certain savoir, les voyant tous sur une table, saura immédiatement à quelles fins ils seront utilisés. La rumeur voulait que monseigneur l’abbé s’intéressait à l’art magique, mais d’une façon acceptée par l’Église. Ce qui se savait en ville était presque immédiatement su à l’abbaye, et un commérage de moine pourrait mettre l’abbé sur sa piste. Thur était convaincu qu’il n’aurait pas été plus dangereux de tracer son cercle, réciter ses psaumes, invoquer ses anges et exorciser ses instruments au milieu de la place du marché que d’acheter les objets nécessaires dans sa ville. Il était donc allé les chercher à Londres.
Thur pensait à ces difficultés du passé pendant qu’ils préparaient le triple cercle à l’heure et au jour de Mercure pour la fabrication de l’épée magique. Baigné et parfumé en accord symbolique avec la nature de cette arme, Thur et Morven étaient nus comme l’épée tirée de son fourreau. Après que les psaumes aient été récités, Thur a pris l’épée, nettoyée et polie, et avec le burin il a gravé le nom de pouvoir Elohim Gibur sur le manche. Dans la chaleur du brasier, il ramolli la cire consacrée, l’a appliqué contre la lame et a gravé cette cire avec le burin, il a écrit Yod He Vau He, Adonai, Eheieh, Yauai. Il a tourné la lame, y a appliqué de la cire et inscrit Elohim Gibur. Tous ces mots avaient été écrits en hébreu. Puis, en utilisant l’acide qu’ils avaient consacré, il a gravé en profondeur tous ces mots dans la lame trempé.
Lorsque ce travail fut accompli il se tourna vers Morven. Elle, tenant son athamé dans sa main droite en a placé la pointe sur la lame de l’épée et l’a maintenue là pour communiquer plus de pouvoir pendant que Thur cria d’une voix forte : « Je te conjure, O épée, par les noms Abrahach, Abroath, Abracadabra, Yod He Vau He, pour que tu me serves de force et de défense dans toutes mes opérations magiques contre tous mes ennemis, visibles et invisibles. je te conjure à nouveau par le nom Shaderai Tout-Puissant, et par les noms Qadosch, Qadosch, Qadosch, Adonaï, Elohim, Tzabaoth, Emanuel, Azoth. Sagesse, Chemin, Vie, Vérité, Chef, Discours, Mot, Splendeur, Lumière, Soleil, Gloire, Vertu. Par ces noms et par les autres noms, je te conjure, Ô épée afin que tu me serves de protection dans toutes les adversités. Amen. »
Thur l’a aspergée d'eau consacrée et Morven l’a encensée. Encore une fois Thur a prononcé une conjuration: « Je te conjure, Ô épée d’acier, par Dieu tout-puissant, par les vertus du ciel, des étoiles, des anges qui les président, pour que tu reçoives une vertu permettant d’atteindre sans tromperie le but que je désire, en toutes choses où je t’utiliserais, par Dieu, le créateur des âges et l’empereur des anges. Amen. »
Morven l’a parfumée avec le parfum de l’art et Thur a récité : « En vertu de Dani, Zumech, Agalmaturod, Gadiel, Pani, Caneloas, Merod, Gamedoi, Baldoi, Metrator, anges très saints, soyez présent pour garder cette épée. »
Il l’enveloppa dans un linge propre et la mit de côté puis ils ont continué avec la consécration de la serpe.
Il fallait de la lumière pour le grand cercle et comme rien de non consacré ne pouvait être utilisé, Morven avait fait un certain nombre de bougies à l’heure et au jour de Mercure alors que la lune était croissante, chaque bougie pesant une demie-livre. C’est aussi elle qui a fait les mèches qui doivent être faits à la main par une jeune fille. Pour cette consécration de la lumière, il y avait trois nouveaux psaumes. Le premier, le psaume 150 qui commence par :
Louez l’Eternel! Louez Dieu dans son sanctuaire!
Louez-le dans l’étendue, où éclate sa puissance!
et se termine par :
Que tout ce qui respire loue l’Eternel!
Louez l’Eternel!
Puis il y a eu le psaume 103 et le Psaume 108 qui se termine par :
Que celui qui est sage prenne garde à ces choses,
Et qu’il soit attentif aux bontés de l’Eternel.
Thur a ensuite pris le burin, et sur chaque bougie il a gravé des signes en priant : « Ô Seigneur, Dieu qui gouvernez toutes choses, par votre grande puissance, accordez-moi, à moi pauvre pécheur, la compréhension et la connaissance de ne faire que ce qui vous est agréable. Accordez-moi le pouvoir de craindre, d’adorer, d’aimer, de louer et de vous rendre grâce avec une foi véritable et sincère et une parfaite charité. Faites Ô Seigneur, que votre grâce ne me quitte pas avant que je ne meure et que j’aille au purgatoire, Ô Seigneur de mon âme. Amen. »
Puis il a dit : « Ô créature de cire, en vertu de celui qui est vérité pure, par lui seul qui par sa parole a créé toutes choses. Que tu chasses de toi tous les fantômes, toute perversion et toute tromperie de l’ennemi et que la vertu, la vérité et le pouvoir de Dieu entrent en toi pour que tu puisses donner de la lumière et chasser loin de nous toute crainte et de terreur. »
Puis il les a aspergés et encensés et les a enveloppés dans un tissu propre et les mit de côté. Thur, de la même façon, avec l’aide du pouvoir que lui donnait Morven en tant que sorcière (aujourd’hui nous dirions plutôt comme médium), a consacré chaque objet, même s’il était petit ou insignifiant, qui allait être utilisé dans le grand cercle.
Car, pour aider cette concentration extrême de l’esprit qui sera nécessaire, il était essentiel que tout ce qu’il devrait utiliser ait déjà la volonté magique dirigé en lui, de sorte que lors de la grande nuit tout concourt à orienter sa volonté vers ce but unique.
Quand tout fut terminé, Thur, qui avait déjà béni tant d’objets lors de cette nuit, a aussi béni Morven en disant: « Va te coucher, chère enfant. Dors et que tous les anges te gardent et te protègent de tout danger, dans cette vie et dans la vie à venir. »
Thur pensait à ces difficultés du passé pendant qu’ils préparaient le triple cercle à l’heure et au jour de Mercure pour la fabrication de l’épée magique. Baigné et parfumé en accord symbolique avec la nature de cette arme, Thur et Morven étaient nus comme l’épée tirée de son fourreau. Après que les psaumes aient été récités, Thur a pris l’épée, nettoyée et polie, et avec le burin il a gravé le nom de pouvoir Elohim Gibur sur le manche. Dans la chaleur du brasier, il ramolli la cire consacrée, l’a appliqué contre la lame et a gravé cette cire avec le burin, il a écrit Yod He Vau He, Adonai, Eheieh, Yauai. Il a tourné la lame, y a appliqué de la cire et inscrit Elohim Gibur. Tous ces mots avaient été écrits en hébreu. Puis, en utilisant l’acide qu’ils avaient consacré, il a gravé en profondeur tous ces mots dans la lame trempé.
Lorsque ce travail fut accompli il se tourna vers Morven. Elle, tenant son athamé dans sa main droite en a placé la pointe sur la lame de l’épée et l’a maintenue là pour communiquer plus de pouvoir pendant que Thur cria d’une voix forte : « Je te conjure, O épée, par les noms Abrahach, Abroath, Abracadabra, Yod He Vau He, pour que tu me serves de force et de défense dans toutes mes opérations magiques contre tous mes ennemis, visibles et invisibles. je te conjure à nouveau par le nom Shaderai Tout-Puissant, et par les noms Qadosch, Qadosch, Qadosch, Adonaï, Elohim, Tzabaoth, Emanuel, Azoth. Sagesse, Chemin, Vie, Vérité, Chef, Discours, Mot, Splendeur, Lumière, Soleil, Gloire, Vertu. Par ces noms et par les autres noms, je te conjure, Ô épée afin que tu me serves de protection dans toutes les adversités. Amen. »
Thur l’a aspergée d'eau consacrée et Morven l’a encensée. Encore une fois Thur a prononcé une conjuration: « Je te conjure, Ô épée d’acier, par Dieu tout-puissant, par les vertus du ciel, des étoiles, des anges qui les président, pour que tu reçoives une vertu permettant d’atteindre sans tromperie le but que je désire, en toutes choses où je t’utiliserais, par Dieu, le créateur des âges et l’empereur des anges. Amen. »
Morven l’a parfumée avec le parfum de l’art et Thur a récité : « En vertu de Dani, Zumech, Agalmaturod, Gadiel, Pani, Caneloas, Merod, Gamedoi, Baldoi, Metrator, anges très saints, soyez présent pour garder cette épée. »
Il l’enveloppa dans un linge propre et la mit de côté puis ils ont continué avec la consécration de la serpe.
Il fallait de la lumière pour le grand cercle et comme rien de non consacré ne pouvait être utilisé, Morven avait fait un certain nombre de bougies à l’heure et au jour de Mercure alors que la lune était croissante, chaque bougie pesant une demie-livre. C’est aussi elle qui a fait les mèches qui doivent être faits à la main par une jeune fille. Pour cette consécration de la lumière, il y avait trois nouveaux psaumes. Le premier, le psaume 150 qui commence par :
Louez l’Eternel! Louez Dieu dans son sanctuaire!
Louez-le dans l’étendue, où éclate sa puissance!
et se termine par :
Que tout ce qui respire loue l’Eternel!
Louez l’Eternel!
Puis il y a eu le psaume 103 et le Psaume 108 qui se termine par :
Que celui qui est sage prenne garde à ces choses,
Et qu’il soit attentif aux bontés de l’Eternel.
Thur a ensuite pris le burin, et sur chaque bougie il a gravé des signes en priant : « Ô Seigneur, Dieu qui gouvernez toutes choses, par votre grande puissance, accordez-moi, à moi pauvre pécheur, la compréhension et la connaissance de ne faire que ce qui vous est agréable. Accordez-moi le pouvoir de craindre, d’adorer, d’aimer, de louer et de vous rendre grâce avec une foi véritable et sincère et une parfaite charité. Faites Ô Seigneur, que votre grâce ne me quitte pas avant que je ne meure et que j’aille au purgatoire, Ô Seigneur de mon âme. Amen. »
Puis il a dit : « Ô créature de cire, en vertu de celui qui est vérité pure, par lui seul qui par sa parole a créé toutes choses. Que tu chasses de toi tous les fantômes, toute perversion et toute tromperie de l’ennemi et que la vertu, la vérité et le pouvoir de Dieu entrent en toi pour que tu puisses donner de la lumière et chasser loin de nous toute crainte et de terreur. »
Puis il les a aspergés et encensés et les a enveloppés dans un tissu propre et les mit de côté. Thur, de la même façon, avec l’aide du pouvoir que lui donnait Morven en tant que sorcière (aujourd’hui nous dirions plutôt comme médium), a consacré chaque objet, même s’il était petit ou insignifiant, qui allait être utilisé dans le grand cercle.
Car, pour aider cette concentration extrême de l’esprit qui sera nécessaire, il était essentiel que tout ce qu’il devrait utiliser ait déjà la volonté magique dirigé en lui, de sorte que lors de la grande nuit tout concourt à orienter sa volonté vers ce but unique.
Quand tout fut terminé, Thur, qui avait déjà béni tant d’objets lors de cette nuit, a aussi béni Morven en disant: « Va te coucher, chère enfant. Dors et que tous les anges te gardent et te protègent de tout danger, dans cette vie et dans la vie à venir. »

 

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Dans la joie nous nous sommes réunis, dans la joie nous nous séparons et dans la joie nous nous retrouverons!