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Avec l’Aide de la Haute Magie
Chapitre XI – Magie Musicale
par Gerald
Gardner  version française Tof  & Xavier

  
Thur et Morven étaient à nouveau dans le triple cercle au jour et l’heure de Mercure. Le travail de cette nuit était de faire des talismans pour la protection. Le brasier rougeoyait. Sur la table il y avait les plumes et l’encre consacrées, des peaux de grenouilles séchées, la cire d’abeille, les herbes et épices, le goupillon et l’eau consacrée, le burin et le couteau à manche blanc. Prenant les bougies qui avaient été préparées, Thur les a mise en place, allumées et exorcisée ainsi : « Je t’exorcise, Ô créature de feu, au nom du Seigneur souverain et éternel, par son nom ineffable qui est Yod He Vau He. Par le nom de pouvoir El, afin que tu puisses éclairer le cœur de tous les esprits que nous appellerons dans ce cercle, afin qu’ils puissent apparaître devant nous sans fraude ni tromperie, par celui qui a créé toutes choses. Amen. » Il a ensuite récité les trois psaumes de David déjà cités puis cette invocation : « Adonaï, très puissant, El, très fort, Agla, très saint. Très juste, Azoth, le début et la fin. Vous qui avez créé toutes les choses dans votre sagesse. Vous qui avez choisi Abraham, votre fidèle serviteur et à qui vous avez promis que sa descendance sera bénie et se multipliera, comme les étoiles dans le ciel, dans toutes les nations de la terre. Vous qui êtes apparu à Moïse, votre serviteur, au sein du buisson ardent et que vous avez fait marcher à pied sec à dans la mer Rouge et à qui vous avez donné la Loi sur le Mont Sinaï. Vous qui avez accordé à Salomon ces pentacles par votre grande miséricorde, pour la préservation de l'âme et du corps, nous implorons et supplions humblement votre sainte majesté, faites que ces pentacles puissent être consacrés par votre pouvoir et préparé de façon telle qu’ils puissent obtenir vertu et force contre tous les esprits et les créatures adverses, grâce à vous, O très saint Adonaï, dont le royaume demeure et se perpétue à jamais et sans fin. Amen. »
Morven était tellement renforcée par cette invocation impressionnante qu’elle sentait le pouvoir grandir et grossir en elle et elle savait donc que ce qu’elle faisait allait vraiment protéger son utilisateur. Prenant un morceau de cire consacrée, elle l’a fait réchauffer dans le brasier. Avec dextérité elle a façonné un petit personnage, en utilisant le couteau à manche blanc qui avait été chauffé, elle a gravé les détails. Une fois que tout fut prêt, elle a coupé le sommet de la tête. Avec la pointe du couteau, elle a tracé les caractères magiques, comme si elle les inscrivait sur le cerveau lui-même. Ces symboles sont devenus ainsi une partie de l’organisme du porteur, la connaissance de cette protection contre le danger devenant ainsi une partie de sa mentalité et l’instinct d’autoprotection s’accroissait et devenait cent fois plus grande, l’ingéniosité en matière d’évasion s’accroissait et une perception accrue des dangers jaillissait du centre même de son cerveau.
Elle a replacé le haut du crane et a gravé d’autres symboles (insistant sur la nécessité de prudence et de vigilance) dessus. Au total, elle a préparé quatre poupées exactement de la même manière.
Pendant que Morven était occupée à cette tache, Thur traçait des signes kabbalistiques sur les peaux de grenouille. Quand il eut fini, il regarda Morven. « Nous avons besoin de cheveux de quelqu’un de bien disposé. Je suis bien disposé donc voici donc un cheveu de ma tête pour toi, Morven, mais je pense que pour les autres et pour moi, nous aurons besoin des tiens. » En disant cela il arraché des cheveux rouge d’or de sa tête et ramollissant les têtes de cire dans le brasier, il a fixé un cheveu dans chacune des figurines et son cheveux dans la figurine représentant Morven. Puis il les a toutes aspergées et encensées, en prononçant le sort d’invisibilité. « Melatron, Metakh, Beroth, Noth, Venibbeth, Mach, et vous tous. Je te conjure Ô figurine de cire, par le Dieu vivant et par la vertu de ces caractères et de ces mots, afin que tu détournes les yeux de tous les spectateurs et rende invisible celui qui te porte à chaque fois qu’il t’aura avec lui. »
Puis, chaque statuette a été enveloppée dans une peau de grenouille comme s’il s’agissait d’un vêtement et placée soigneusement de côté.
Morven le regardait avec envie et étonnement. « Cela peut aider, » a-t-elle dit, « au moins ils ne feront pas de mal, mais mon cœur m’inquiète. »
« Ne sois pas si grave, mon enfant, ne m’as-tu pas dit que c’était nos propres peurs qui nous mettaient en danger ?
- Oui je sais mais je crains que face au danger mes pouvoirs échouent, je doute comme jamais  avant.
- Viens, mon enfant, ne désespère jamais, tu as du pouvoir, mais tu dois apprendre à le concentrer. Souviens-toi, c’est la chose la plus difficile à faire que de se concentrer quand un être cher est en danger, mais on peut le faire.
- Vous pensez que j’ai du pouvoir, ça me donne de l’espoir, Thur. »
Mais elle pensait tout le temps : « Est-ce que je ne suis pas en train de le sauver, et c’est la Dame de Keyes qui est si belle qui en profitera. Son pouvoir c’est la beauté, moi aussi je suis belle, mais à quoi ça sert s’il ne me regarde jamais ? »
Elle soupira puis a dit. « Il y a quelqu’un à la porte, Thur. » Thur a mis la main à son oreille : un grattement venait d’en bas. « Des amis » a-t-il répondu laconiquement. Elle a enfilé en vitesse sa robe en descendant les marches et revint bientôt avec Jan et Olaf. La seule présence de Jan lui a embrumé l’esprit. Pourquoi était-il venu justement à ce moment ? Elle lui sourit, mais lui l’a à peine remarquée. Olaf la salua chaleureusement, lui serrant la main dans les siennes. « Pourquoi, Morven, comment ... comment ... » a-t-il dit timidement.
« Nous vous attendions depuis un moment » a dit Thur
Morven qui s’apprêtait à aller préparer le souper, s’est rapprochée légèrement pour écouter la conversation.
« Nous n’osions pas, » a dit Olaf « même maintenant, nous sommes ici plus par hasard que grâce à un plan minutieusement préparé, mais mère est allée passer la nuit chez un voisin et quelqu’un devait venir vous voir, alors nous avons couru le risque.
- Qu’a-t-elle dit au sujet de votre longue absence ? » a demandé Thur.
« Que n’a-t-elle pas dit devrait-on dire plutôt ? » a dit Jan.
« Elle va vous faire disparaître sous terre lorsqu’elle vous attrapera, Thur » l’averti Olaf.
« Qu’elle m’attrape d’abord, » a dit Thur « Comment avez-vous justifié votre absence ? 
- Nous étions en train de rentrer à la maison avec vous lorsque vous avez été appelé au chevet de votre frère mourant et comme il y avait des voleurs et qu’il n’était pas sûr de voyager seul, nous y sommes allés avec vous, » a dit Jan. « et elle a dit qu’elle ne savait pas que vous aviez un frère, elle ne nous a donc pas cru. »
Morven ayant fini de préparer le souper est allée au jardin, mais Olaf lui a courut après et l’a presque poussée à l’intérieur, elle avait vraiment peur d’être confrontée à Jan et de lire de l’indifférence dans ses yeux.
« Regarde, Jan, voila notre sorcière ... ce miracle de beauté nous n’avions pas vu lorsque nous chevauchions dans les eaux de Wanda. » Olaf avait perdu sa timidité et retrouvé sa langue.
Jan regardait mais son esprit ne voyait que la beauté sombre et irradiante qui l’avait séduite. Morven le savait, mais il s’est incliné poliment en disant combien il était heureux de la voir en si bonne santé ... l’indifférence de Jan lui faisait mal, elle savait que s’il avait été en face de la Dame de Lord Jocelyn de Keyes il serait devenu tout rouge et aurait été incapable de prononcer le moindre mot.
Elle s’est détournée et a dit à Olaf des mots dont elle n’était pas consciente tant elle était prise par un effroi irrépressible. « Thur, je ... nous ... étions en train de parler de pouvoir.
- Venez souper, goutez cette tourte » a dit Thur en coupant de grosses parts.
- Ne parlez plus de pouvoir » a dit Jan avec véhémence, la bouche pleine. « Olaf n’ira plus jamais dans ce maudit triangle, mon cœur s’affole lorsque je pense que je l’ai presque tué.
- Ah, » rétorqua Thur, « tu abandonnes ?
- Abandonner, » a dit Jan, surpris. « Abandonner ! »
Morven le regardait à travers la table, ses yeux chatoyants semblaient grandir et être deux fois plus grands.
Jan remarqua leur feu et sa lèvre supérieure s’est levée laissant voir ses dents. « Non, » a-t-il protesté. « Jamais, tant que je serai en vie. »
Tout le monde a entendu le soupir de soulagement de Morven. Jan a bu une bonne lampée de bière et reposé son verre bruyamment puis il a dit avec force : « Mais pas avec mon frère, je suis seul et tu es avec moi, mais pas Olaf.
- Et Morven ? » a demandé Thur.
« Morven ...?
- Ne nous a-t-on pas demandé de la chercher?
- C'est vrai, » a convenu Jan qui a continué de mauvaise grâce : « Quel espoir avons-nous ? Je pensais qu’on allait avoir une puissante sorcière vieille, pleine de malices et de perversions qui aurait pu envoûter Fitz-Urse et les siens pour qu’ils connaissent la mort et la damnation, mais qu’avons-nous trouvé ? Une femme terrorisée et affamée qui se révèle être une jeune fille... inoffensive... inutile ... »
A nouveau les yeux gris-verts de Morven ont grandi. Un feu s’y est allumé, sa lèvre s’est soulevée. « Moi, inutile ? Inoffensive ? » Elle a envoyé un regard surpris et sournois vers Thur. « Je peux au moins jouer de la harpe. »
La remarque semblait si inconsidérée que Jan l’ignora et continua : « Oui, inoffensive, Morven. Si tu avais de la malice dans ton cœur et de la force dans ton esprit, tu les as bien gardés cachés, je ne les ai pas vues.
- Tu ne les as pas vus ? » a-t-elle dit en criant. En un éclair, elle fut à la table et s’est jeté sur lui à l’improviste alors qu’il était assis. Elle s’est mise sur les genoux de Jan, plaçant ses bras autour de son cou, elle l’a embrassé à pleine bouche, puis, se redressant, les bras encore sur ses épaules, elle l’a regardé les yeux baissés.
« C’est comme ça qu’a agi Dalila pour renverser le colosse Samson, » a dit en riant Thur.
« Tu veux dire que tu vas agir de la sorte contre Fitz-Urse ... te faufiler dans son château, jouer de la harpe, le maîtriser de la sorte et nous le livrer ? C’est une merveilleuse idée, » a dit Jan tout surpris. Il a mis une main de chaque côté de la taille étroite de Morven pour la maintenir en équilibre sur ses genoux inexpérimentés et il l’a regardé avec bienveillance : « C’est ça ton votre plan ?
-  Les dieux sont bons pour nous. Je veux dire, le Christ et tous les saints, » a dit Thur.
Olaf s’est esclaffé : « Même les grands dieux et les saint ne peuvent faire d’un sot un savant. »
Morven s’est levée lentement, les ignorants superbement. « Oui ... si besoin est » a-t-elle murmuré d’un ton morne : « Je vais faire encore plus pour que tu parviennes à tes fins, Jan.
- Merci Morven. »
Le silence se fit, tout le monde l’a senti… à part Jan. Pour briser ce silence Olaf a exprimé sa pensée. « Qu’est-ce que c’est que toute cette histoire avec Fitz-Urse, pourquoi est-il venu jusqu’ici ?
- Oh, il vient souvent ici pour voir son écuyer, c’est son domaine, après tout.
- Assez de tous ces commérages sur Fitz Urse, ses impôts et de ses affaires » s’est écriée Morven. « Nous n’avons pas à avoir peur de lui, car il ne s’agira que de le rabaisser comme Samson. »
Les hommes ont hoché la tête perplexe et Morven a continué : C’est là-dessus que nous devons nous concentrer, d’autant plus qu’Alice m’a dit avant de s’en aller qu’il était reparti avec son écuyer et la moitié de ses hommes.
- Voici la voix de la sagesse, » a admis Thur avec admiration. « Parlez, Ô Sorcière de Wanda, car il semblerait que ta belle tête contienne un grand savoir.
- J’ai découvert que certains membres du Culte des Sorcières vivent dans la forêt à côté et il se dit que certains d’entre eux sont des gars robustes qui ne craignent pas de se battre. J’ai peut-être le pouvoir de les placer à notre service, si seulement je pouvais les atteindre.
- Combien sont-ils ? » a demandé Jan avec impatience.
« Ils doivent être dans les cinquante, je n’en suis pas certaine. » a répondu Morven.
« Mais qui sont-ils ? Que font-ils? » a demandé Olaf.
« Les adeptes de l’Ancienne Foi sont partout. On en a fait des chrétiens par la force (en tout cas extérieurement), mais dans leur cœur ils aiment les anciens dieux et ils les servent, de diverses manières, lorsque l’appel arrive.
- N’avais-je pas dit qu’elle avait du pouvoir ? » a demandé Thur fièrement. « Le pouvoir de réfléchir et de planifier judicieusement dans l’intérêt de notre cause ? Ô Bartzebal, nous te devons beaucoup ? »
Voyant qu’elle avait capté l’attention de Jan, Morven s’est hâté : « Si demain je mets des vêtements d’homme et que je pars avec toi et Olaf, est-ce que ta mère m’hébergerai pour la nuit ? Ainsi je pourrais rencontrer ta mère, Jan, et à l’aube je partirai en disant que Thur m’avait dit de venir le retrouver à un moment et un lieu précis. J’ai entendu dire que ceux du Culte des Sorcières se retrouvent à la colline Ste Catherine, et que ce n’est qu’à une lieue de la ferme de ta mère.
- Et tu pourrais ainsi nous aider,  ce serait une aubaine, » a dit Thur. « Mais vont-ils vous aider ?
- Je ne peux qu’essayer, » a-t-elle répondu.  
« Alors je vais te retrouver dans la forêt, là où la fourche principale de la Stour traverse la piste. Olaf va te montrer l’endroit, tu ne dois pas aller seule en ville, je vais apporter tes vêtements de femme avec moi. Qu’en dis-tu, Jan ? »
Mais Jan regardait tristement, il doutait. « Notre mère ... » il hésitait et regardait Olaf mal à l’aise.
« Oui, notre mère ... » a dit Olaf. Morven ne pouvait s’empêcher de rire.
« Vous voulez dire que je ne serais pas la bienvenue ?  
- Non » a affirmé Olaf, et Jan a précisé en riant. « En effet, notre mère aurait raison de la patience de tous les saints du ciel, moi ça fait bien longtemps que je suis à bout !
- Moi aussi » a dit Olaf, « encore une tempête à la maison comme la dernière fois et je pars vivre en forêt. Est-ce que les tiens m’accueilleraient, Morven?
- Non, mon garçon, nous parlons de choses sérieuses, » le gronda Thur.
« J’étais tout à fait sérieux » a répondu Olaf, qui tout à coup semblait plus vieux et plus résolu.
Thur regarda Morven qui a demandé : « Est-ce que votre mère monte à cheval ?
- Non, » a répondu Jan « Si elle en faisait elle serait plus sage. »
Morven sourit. « Il y a plus d’une façon de réagir face à une musaraigne, donc disons que tu vas aller avec moi à la colline Ste Catherine (comme on l’appelle maintenant même si elle est plus connue sous le nom de colline de Kerewiden) et que j’essaie d’y passer la nuit.
- Merci, » a dit Jan, « mais comme nous sommes venus ici avec des chariots de ferme, nous devons repartir avec eux. Nous nous en irons donc à l’aube, » et il se leva emportant son assiette vide. Tous ont suivi son exemple et la table fut débarrassée puis, ils se sont assis autour du feu, bien conscient du travail effectué. Thur est allé chercher la harpe dans un coin et un tabouret et a demandé à Morven : « Joue et chante pour nous, mon enfant. »
C’est avec plaisir qu’elle a accordé l’instrument et comme elle passait ses doigts sur les cordes, des ondulations mélodiques en sont sortis, suivies de quelques accords maladroits qui avaient en eux la douceur des sistres agités par les prêtresses dans les anciens temples d’Isis, des sons qui avaient toute la magie en eux, puis Morven a commencé à chanter :

Sous un arbre, elle dansait seule
Le croissant de lune haut dans le ciel
Veillait et déversait une étendue d’argent
Sur l’imitation et la sainteté.
 
Ses gestes avaient une forme sacrée,
Son sourire toute sainteté.
Ses cheveux rouge d’or rouge tombaient en drapé
Sa silhouette était de toute beauté.
Elle se balançait et son corps courbé
Elle montait et descendait,
Comme sa piété et sa ferveur
L’ardeur de sa passion brillait.
 
Son âme était partie en quête
Une quête antique et tragique.
Elle a utilisée toutes ses compétences et son enthousiasme
Pour faire naitre une pensée.
 
Elle est venue, dépourvue de richesse et de rang
Pour danser sous un arbre.
Boudé par les gens, une paria solitaire,
C’était une sorcière heureuse.

Avant que le son de sa voix ne soit éteint, ils ont entendu des coups contre la porte. « Ouvrez, ouvrez, au nom de la loi. »   
Le sergent Byles était resté pour veiller sur le château et la ville pendant que l’Ecuyer était absent. Il était autant digne de confiance que n’importe quel membre de la bande de vilains autour de lui. Il n’y avait pas d’attaque à craindre, une grande partie de la campagne environnante appartenait à l’Église et les barons du sud étaient des hommes paisibles. Les voleurs en maraude étaient peu nombreux et les défenses de la ville s’étaient déjà montrées efficaces contre les attaques. L’absence de l’Ecuyer Walter a permis à Byles de mettre en place un système qu’il avait élaboré depuis longtemps. Depuis qu’il avait vu Morven en montant la garde, elle lui avait enflammé les sangs et à cause d’elle il ne trouvait plus ni repos ni sommeil. Il avait essayé plusieurs fois de parler avec elle au marché ou ailleurs, mais elle ne sortait pas de la maison sans Dame Alice. Il n’osait pas s’en prendre aux femmes sur le marché, l’Ecuyer Walter jugeait ses hommes avec une poigne de fer. Il ne voulait pas qu’il y ait de problème avec les femmes de la ville sous peine d’être marqué au fer rouge et d’être mis au pilori. Byles bouillait, mais maintenant son temps était venu, il était prêt et mûr pour atteindre son but. Il avait bu, pas beaucoup, mais assez pour se donner du courage. Toute la journée il avait réfléchi à son plan. Une fois la nuit tombée il a placé des hommes sûrs pour surveiller et discuter avec cinq compères qui feraient ce qu’il leur dirait de faire.
Au château, il avait dit à son adjoint qu’il allait patrouiller en ville, à la recherche de hors-la-loi qui pourraient s’y infiltrer puisque l’Ecuyer Walter était parti avec la moitié de la petite garnison. Pour donner le change, il avait fouillé une demi-douzaine de maisons, sans rien trouver si ce n’est de la mauvaise humeur et quelques chopes de bière. Enfin il est arrivé à la maison de Thur et tonnait à la porte en criant : « Ouvrez, ouvrez, au nom de la loi.
- Mais c’est la maison de Thur, le médecin » a objecté un de ses hommes. « Un homme important auquel il ne vaut mieux pas se frotter.
- Assez, » a rugit Byles « est-ce que mes ordres ne sont pas suffisant ? Toque, je dis. »
Morven entre-temps avait posé sa harpe et courut à l’escalier en faisant signe aux frères Bonder de la suivre. Thur s’attardait, le temps de jeter deux chopes dans une armoire avant de se rendre dans la boutique. « Entrez, entrez, » a-t-il dit en déverrouillant lentement la porte. « Qu’est ce qu’il y a Byles ? » a-t-il demandé.  
« Les ordres Maitre Médecin. Des ordres de chercher.
- Chercher quoi ?
- N’y voyez pas offense, il y a eu des problèmes et il se dit que des mécréants sont arrivés en ville.
- Tu crois que je cache des criminels ? » a dit Thur en fronçant les sourcils, il avait l’air de menacer Byles.
« Non, bon maître. N’y voyez pas offense, mais le devoir c’est le devoir, votre maison est à l’extrémité de la ville et des larrons auraient pu y pénétrer à votre insu.
- Et j’en serais responsable puisque le maitre de maison est responsable de ce qui se passe chez lui, » grommela Thur en cherchant à trouver une solution à son problème, Byles avait bien le droit de fouiller. « Ah, très bien, cherchez puisque vous le devez. »
Morven et les Bonder étaient dans la chambre à coucher du Thur. Le mur du pignon avait quatre pieds de haut et était surmonté d’une lourde poutre qui soutenait les poutres du toit. Morven a délogé deux très grands clous et les a montré à Jan et Olaf que l’une des extrémités du mur était mobile. A l’intérieur il y avait une cache avec les instruments magiques, des parchemins et les poupées de cire qu’ils venaient de faire. Elle en a pris deux et en a donné une à chacun des frères quelque peu étonnés. « Tenez, prenez-les et portez-les toujours sur vous, ils vous protégeront. Faufilez-vous là-dedans, ça va sur toute la longueur du mur, poussez les outils devant vous. C’est un peu étroit, mais vous pourrez y caser. »
L’un derrière l’autre les Bonder ont rampé derrière le mur, Jan poussait les objets devant lui. Quand ils furent en sécurité dans la cache, Morven a remis en place la trappe dans le mur ainsi que les grands clous qui la bloquaient puis elle est retournée dans la pièce du bas. Elle a descendu les marches dans sa robe verte décolletée qui glissait sur ses épaules et ses cheveux roux brillaient dans l’escalier de pierre grise éclairé par deux lampes vacillantes. Lentement, elle leva sa main droite et recoiffa ses cheveux en arrière, un signe convenu entre elle et Thur signifiant qu’Olaf et Jan étaient en sécurité. Soulagé, Thur s’est tourné vers Byles et a lu dans ses yeux qui fixaient la jeune fille, la raison secrète de sa visite. Dans le silence tendu Morven a senti la cause de la perturbation, elle était consciente à la fois de la colère et l’impuissance de Thur et de son inquiétude pour elle et pour les frères Bonder. Byles a fait un geste, un geste de conciliation et de salutation : « Bonsoir maîtresse, » a-t-il dit poliment, en passant le bout de sa langue sur le bord de ses lèvres.
Morven inclina la tête pour saluer et se déplaça lentement dans la pièce et s’assit en reprenant sa harpe. Byles l’a suivi du regard avec les yeux d’un loup affamé.
Thur regardait Byles comme s’il l’aurait étranglé avec joie, il avait vraiment envie de lui serrer le cou. « Byles, » a-t-il dit d’un ton qui a fait sursauter Byles. « Vous êtes venus pour chercher ? Allez-y alors, cherchez, toutes mes portes vous sont ouvertes. » Il se tenait au centre de la pièce pendant que les autres faisaient semblant de fouiller les armoires et les dépendances. « Quoi, vous ne trouvez rien ? » a-t-il dit. « Vous pouvez encore fouiller le premier étage » en réfléchissant à toutes les possibilités. Allaient-ils voir les cercles magiques, feraient-ils le lien entre ces cercles et Morven ? Il n’était par assez armé pour lutter contre six hommes en armes. Il était l’unique protection de Morven. S’il les attaquait ou s’ils s’en prenaient à lui, il serait tué et tous les hommes pourraient alors s’en prendre à elle. Il y avait de forte chance que Byles emmène Morven ou même qu’il la tue et dans ce cas Jan et Olaf allaient périr misérablement bloqué dans leur petite cachette. Plus personne ne parlait, les six hommes en armes ne savaient plus trop que faire, ils ne voulaient pas fouiller l’étage, il ne pouvait pas y avoir de criminels. Morven assise, s’accouda contre la harpe, le regard perdu dans le vide alors que tout le monde la regardait. Byles ne savait que dire. Il souhaitait que quelqu’un d’autre provoque la querelle.
Un des hommes s’est mis à bâiller. « C’est un travail qui donne soif » a-t-il commenté.
« Oui » l’a soutenu un de ses compagnons.
« Oui, oui, ce travail donne  soif, » ajouta un troisième.
Thur a jeté un peu d’argent sur la table. « Tenez, allez donc boire un verre à la taverne. »
Les hommes se sont emparés de l’argent et se dirigeaient vers la rue quand Byles s’est interposé : « Non, mes ordres étaient de rester et surveiller, la ville est en danger et cette maison risque fort d’être attaquée. Les ordres sont les ordres, Maitre Médecin. »
Thur a vu là une opportunité. « Dans ce cas, » a-t-il dit en allant vers l’armoire pour en sortir des pichets et une grande cruche qu’il posa sur la table non sans y avoir versé discrètement un petit paquet de poudre. « Le tonneau est dans la cuisine, allez tirer des bières et buvez un coup. »
Mais Byles le regardait de façon insistante. Il a prit le pichet et l’a renversé. La poudre en est tombée. « Vos pichets sont bien poussiéreux, Maître Médecin. Va le laver avant de tirer la bière » dit-il à l’un de ses hommes.
Thur réfléchit rapidement, les hommes se pressaient autour de la bière. Il a appelé : « Morven, va chercher ton manteau. »
« Que faites-vous maintenant, Maître Médecin ? » dit Byles en protestant de façon menaçante.
« Ma nièce est en danger. Je l’emmène au château pour la mettre sous la protection de la Dame Upmere qui a déjà eu des bontés pour moi. Envoyez un de vos hommes avec moi, si vous craignez que je ne revienne pas.
- Pas si vite, » reprit Byles, grognon. « Mon maître est parti avec Fitz-Urse en me laissant le commandement. Le jeune maîtresse est suffisamment en sécurité ici ... nous veillerons à ce qu’il ne lui arrive rien, » a dit Byles en regardant d’un air malveillant.
La voix de Morven brisa le silence. « Je ne suis pas en danger, mon bon oncle. »
Thur était sur le qui vive. Il voulait dire à Morven de quitter la maison en courant à son signal. Il avait une chance de pouvoir les tenir en respect jusqu’à ce qu’elle atteigne la maison d’un voisin, mais il devait d’abord atteindre son épée et il ne voyait pas comment avertir Morven. Les hommes sont revenus avec le pichet de bière et l’ont posé sur la table en en renversant un peu, chacun fut servi et ils se sont mis à boire.
« A votre santé, maîtresse. Thur, vous avez de la chance, une telle beauté qui égaye votre maison lugubre. »
Morven a souri et passé ses doigts sur les cordes de la harpe.
« Il vous arrive de chanter, douce maîtresse ?
- Oui, quand le cœur m’en dit.
- Vous savez aussi raconter des histoires, maîtresse ? » a demandé l’un des hommes. « Des histoires de sorcières, de lutins, de loups-garous, vous voyez ?
- Non, je ne connais pas d’histoire de sorcières, un chrétien ne raconte pas ce genre d’histoire. On ne parle pas de ces choses ici, c’est une maison honnête, monsieur. Et vous, vous en connaissez ?
- Moi ? Les saints l’interdisent » a-t-il répondu en vitesse.
A ce moment quelqu’un a frappé à la porte. Thur est allé ouvrir. Quel que soit l’intrus, il ne pouvait pas bien aggraver la situation. Deux moines se tenaient là, les Frères Stephen et Hobden. Thur a accueilli le premier avec un grand soulagement : « Frère Stephen, vous êtes vraiment le bienvenu et vous de même, Frère Hobden. Stephen, il y a ici des gens qui fouillent ma maison... Byles est venu voir ma nièce avec de mauvaises intentions, sous prétexte de rechercher des hors la loi en ville. Il a de mauvaises pensées, ça ne fait aucun doute. Si vous la conduisez en sécurité je les tiendrai à l’œil aussi longtemps qu’il y aura de la vie est en moi.
- Les saints nous sont favorables ! » s’écria Hobden.
« Est-ce que la fille est si séduisante ?
- C’est ma nièce, mon Frère, » a dit Thur.
- Oui, oui, » a grommelé Hobden avec aigreur.
Lorsque Morven les a vus entrer, ce fut la première fois qu’elle prit plaisir à voir un ecclésiastique. Elle jouait le rôle de jeune fille à la perfection, posant la harpe de côté et elle s’est levée poliment en baissant les yeux, les mains jointes devant elle.
Elle avait une telle apparence de joie et d’espoir que l’aigreur et le mécontentement d’Hobden ont encore augmenté. Byles l’a regardée avec convoitise. Lorsqu’il a vu Hobden il a souri avec soulagement, mais quand il a reconnu Stephen son sourire s’est métamorphosé en grognement.
Thur a dit : « Mes bons Frères, j’ai été affligé par la mort de mon frère et ma nièce est venue vivre avec moi pour s’occuper de la maison. Chère Morven, vas tirer quelques bières fraîches pour les Frères Stephen et Hobden. »
Elle sourit et obéit. Un silence pesant est tombé. Normalement Hobden aurait bu et bavardé avec les soldats, mais Stephen n’était ni un ivrogne, ni un libertin et la plupart des moines avait peur de lui, non seulement parce qu’il était le clerc du seigneur abbé et qu’ils s’appréciaient beaucoup, mais aussi parce qu’il inspirait le respect et la peur. Il se comportait avec une dignité et une autorité que personne n’osait remettre en question. Il avait un grand savoir et se mêlait régulièrement des problèmes de laxisme. Hobden s’assit lourdement et se mis à boire en silence. Stephen resta debout, regardant le sergent Byles, se demandant pourquoi Dieu avait-il fait de tels hommes.
« Asseyez-vous, mon Frère, » a dit Byles d’un air maussade parce qu’il ne pouvait plus supporter son regard inquisiteur.  
- Bonsoir, Byles. Je ne pensais pas vous trouver ici en l’absence de l’Ecuyer, il me semble que les habitants du village seraient mieux gardés si vous étiez à votre poste. »
Byles se détourna en murmurant quelque chose à propos d’étrangers et de son devoir de les rechercher. « Vous savez aussi bien que moi ce que vous a amené ici, » a dit Stephen puis comme si l’affaire ne présentait plus aucun intérêt, il s’est détourné lorsque Morven est entrée et l’a débarrassée du pichet.
« Merci, mon frère » dit-elle en soufflant et elle est allé à l’armoire où étaient rangées les chopes, elle les remplit avec grâce et les porta aux deux invités. Byles la regardait sournoisement en essayant de concilier dans son esprit embrouillé, la mine qu’elle avait maintenant avec la malice avec laquelle elle s’en été tirée juste avant.
Elle s’est assise et a reprit sa harpe et a laissé courir ses doigts sur les cordes.
« Une chanson, une chanson, » a scandé l’un des soldats vautré sur son tabouret.
« Non, » a croassé Hobden, résolu à gâcher le plaisir des autres s’il ne pouvait pas s’amuser lui-même. « Les chansons sont profanes. Chantez-nous un hymne sacré ou ne chantez pas du tout. » Il s’est penché sur son tabouret, serrant ses genoux, son humeur était massacrante alors que Stephen le regardait avec un sourire moqueur.
Morven ne connaissait aucun hymne religieux mais avait peur de l’admettre. « Chantez votre cantique préféré mon Frère, » murmura-t-elle docilement en se penchant en avant pour scruter son visage maussade. Alors Hobden a commencé à chanter, très mal, il n’y avait ni rime ni rythme mais Morven s’efforça de l’accompagner. Le vacarme était épouvantable, puis ça s’arrêta. Du regard chacun accusait l’autre d’en avoir été responsable.
« Arrêtons les cantiques ou nous allons devenir fou, » s'écria Byles avec sagesse « Jouez pour nous, maîtresse, jouez ! »
Morven s’est exécutée. Elle a commencé par une ballade populaire qu’appréciaient tous les saltimbanques, puis, sans s'arrêter, elle est passée à un autre morceau moins connu puis à un troisième.
Thur et Stephen ont discuté à voix basse jusqu’à ce que le Frère constate que son compagnon était peu à peu absorbé par la musique tout comme les hommes d’armes. Ils étaient silencieux maintenant, ils écoutaient la musique en buvant et Stephen, qui n’avait pas du tout l’oreille musicale (pour lui toutes les musiques se ressemblaient), tout en n’écoutant pas, semblait tout aussi absorbé par l’interprétation de Morven.
Thur était stupéfait par sa compétence, elle semblait faire parler la harpe. Il admettait que sa musique s’était améliorée depuis sa première tentative. Avec chaque moment qui passait, elle avait plus d’assurance comme si elle n’avait pu jouer depuis des années et qu’elle pouvait à nouveau s’exprimer avec joie et exaltation. Insensiblement elle s’était éloignée de la ballade et semblait improviser : un rythme régulier et monotone et pourtant incroyablement doux. Le cœur de Thur se serrait à nouveau devant sa beauté, la blancheur de son visage contrastait avec la lumière dans ses cheveux et le vert-gris avec des éclats d’or de ses yeux qui brûlaient d’une étrange intensité.
Le battement régulier a continué. Tous les hommes étaient fascinés, ils regardaient ses mains, ses bras, courbés et minces comme des cous de cygnes au crépuscule. Elle avait de vraies mains de musicien, belles et agiles, habiles mais artistiques et sensibles, avec de grands doigts souples et écartés. La musique pulsait, d’une douceur infinie et pourtant incroyablement excitante, à mesure que le tempo s’accélérait.
Thur regardait et écoutait avec le même silence que tous les autres, sauf Stephen qui semblait insensible, perdu dans ses propres pensées, mais regardait tout de même Morven.
« Que passe-t-il ? » se demandait Thur. Les doigts à l’extrémité rose lui faisaient penser à de petites vagues blanches qui sautaient sur le sable jaune. Est-ce que ce battement lancinant, était celui des sabots d’un cheval qui galopait au loin ? Non, c’est le battement d’un cœur, le battement constant de son propre cœur qui battait au rythme de la vibration de ces cordes, mais bien plus vite qu’un cœur ne doit battre normalement. Une pensée quelque peu terrifiante. Il a lancé un coup d’œil autour de lui et a vu avec un frisson dans le dos que cela faisait le même effet aux autres... leurs visages avaient tous viré au rouges, presque violet et leurs yeux sortaient de leurs orbites. Tous sauf Stephen profondément plongé dans ses propres problèmes. Il semblait maintenant que Morven ait pris conscience de l’état de Thur, ses yeux l’avertissaient. Mais de  quoi ? « Taisez-vous, restez immobile, » un message semblait marteler dans son cerveau, mais il était immobile comme un mort. Que voulait-elle dire ? Le battement augmentait progressivement toujours plus insistant, jusqu’à ce que les cordes semblent au bord de la rupture et les auditeurs à la limite de l’asphyxie. Thur a cessé de regarder Morven pour se pencher sur les autres. Ils étaient tous toujours fascinés par le mouvement des bras blancs. Elle était splendide avec ses épaules d’un ivoire brillant et sa belle chevelure rougeoyante. Elle était des plus désirables. Le battement s’est poursuivi, battant dans son cerveau et son cœur, il sentait qu’il battait plus vite que ne le devrait un cœur, en suivant exactement le rythme de la musique. Mais il était médecin et savait qu’un cœur ne doit battre aussi vite que ça. Est-ce qu’il s’agissait là des vagues de la passion ? Il aurait été heureux de rester assis pour toujours à l’écouter jouer pour lui. Il voulait être le seul à en profiter. La rage l’étouffait, il avait un besoin irrépressible de se lever et de faire sortir les autres de la maison afin de pouvoir rester seul avec elle.
Les yeux de Morven ont à nouveau captés ceux de Thur, lui disant : « Restez tranquille. » Puis, il a remarqué que Frère Stephen regardait. Il attendait que quelque chose se produise. Il avait réalisé qu’elle leur faisait quelque chose et Morven regardait aussi et attendait. Le battement s’accéléra légèrement et Thur réalisa que son cœur faisait de même en battant toujours plus rapidement. Il fit mine de se lever mais Morven fronça les sourcils tout comme Stephen et il se rassit.
Morven faisait des choses étranges qui les rendaient tous fous et Frère Stephen le savait ! La musique s’accéléra à nouveau, se transformant en une sorte de grondement et qui a affolé son cœur.
Soudain Hobden s’est penché en avant et a envoyé son gros poing entre les yeux de Byles en hurlant : « Cesse de la regarder avec ce regard pervers, espèce de singe poilu ». En même temps l’un des soldats a envoyé sa chope à la tête d’un autre à l’autre bout de la pièce. Il a atteint sa cible. Puis ce fut le chaos. Thur et Stephen se sont contentés d’observer. Morven est allée dans un coin avec sa harpe toujours en jouant, d’un air triomphant. Tout le monde avait une épée ou un bâton à la main, tapant furieusement, se ruant sauvagement les uns sur les autres, les armes levées pour frapper sans réussir à se faire vraiment mal. Ils sont tous allés dans la boutique où ils ont fait pas mal de dégâts avant de déboucher dans la ruelle. Byles bondissait comme un chat échaudé. Ils s’insultaient les uns les autres dans une rage toujours plus forte, et continuaient à se taper dessus, Frère Hobden tapant tout aussi fort que les autres.
Thur et Stephen se sont précipités vers la porte donnant sur la rue, regardant dans l’obscurité. Peu à peu le tumulte s’est calmé et les combattants à bout de souffle se regardèrent avec étonnement, grâce à leurs bonnes armures ils ne se sont pas fait très mal.  
Morven tout en continuant à jouer est allée à la porte pour regarder elle aussi. Elle jouait maintenant un air apaisant, calme et pacifique, comme un baume pour l’esprit et elle termina par un accord doux. Thur la regardait en silence.
Frère Stephen parlait avec conviction : « Ça c’est un savoir secret de sorcières, le savoir est utile. Ils ne reviendront pas, je vous souhaite une bonne nuit, » et il est sorti dans l’obscurité. Thur a refermé la porte pendant que Morven reposait la harpe et courait à l’étage pour libérer les deux frères.

 

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Dans la joie nous nous sommes réunis, dans la joie nous nous séparons et dans la joie nous nous retrouverons!