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Avec l’Aide de la
Haute Magie
Chapitre XV - Charger les Pentacles
par Gerald Gardner
version française
Tof
&
Xavier
Morven était couchée sur l’herbe à une dizaine de mètres du chemin forestier.
Près d’elle sa petite jument mangeait en toute quiétude un carré d’herbe.
C’était un animal docile, Morven y était très attachée et à chaque instant
elle lui murmurait des paroles apaisantes pour l’aider à effacer le souvenir
de la frayeur que la jument et sa cavalière avait connue ce matin
Blottie dans un nid de feuilles mortes, Morven avait dormi paisiblement et
profondément pendant quelques heures. L’endroit était isolé et ombragé et elle
sentait les rayons du soleil traverser les arbres et toucher ses paupières.
Cela l’a réveillée et elle est restée là, couchée, les bras croisés derrière
la tête, à repenser à ses expériences récentes.
« Les talismans ont fonctionné, » songea-t-elle « nous avons passé sans
problèmes ni question les portes de la ville, et, ressemblant à des fermiers,
pourquoi les gens devraient nous prendre pour autre chose ? En général les
gens ont mauvaise mémoire. Si un homme a l’apparence adaptée et qu’il se
comporte comme il faut, est-ce que les talismans lui donnent la confiance
nécessaire ? Peut être ... et pourtant, le danger réside dans les propos
d’Hildegarde. Elle est intelligente et sait que s’il y a des soupçons, elle
sera la première à être arrêtée et soumise à la question. Tout d’abord à cause
de son mari, puis au sujet de ses fils. Elle devrait donc tenir sa langue,
colère ou pas, elle sait bien que certaines tortures délient tôt ou tard
toutes les langues. Nous devons donc nous dépêcher d’agir car les rumeurs
peuvent trahir les rencontres dans la forêt. »
Elle se leva et débarrassa ses vêtements des brindilles qui s’y étaient
accrochées. Elle marcha ensuite sous les arbres jusqu’à une clairière où il y
avait une mare, sombre et propre avec un fond en galets. Le soleil se
reflétait sur une partie de ses eaux brunâtres et calmes, des saules pleureurs
y projetaient aussi leurs ombres par endroit. Sa jument l’avait suivie et en
claquant des doigts elle a fait signe de boire à l’animal. Les ondulations
s’élargissant autour du museau de la jument semblaient lui faire signe, Morven
a glissé hors de sa robe et l’a lavée aussi bien qu’elle a pu sans utiliser de
savon, et elle l’accrocha à un buisson pour qu’elle sèche.
Puis elle s’est plongée dans la mare et s’est lavée en frottant avec énergie
jusqu’à ce que les traces de suie aient disparues. Elle a fait trois fois le
tour de la mare en nageant, ses cheveux roux-or flottaient autour de ses
épaules. Ensuite, sortant de l’eau elle s’est couchée sur l’herbe sèche,
secouant ses cheveux pour en chasser les gouttes, aidée par le soleil et le
vent.
Au milieu de la clairière il avait un bouleau argenté isolé et elle sentait
une sorte d’affinité entre cet arbre et elle. Non seulement ils partageaient
une certaine grâce, mais ils semblaient tous les deux venir d’un autre monde,
ils avaient une beauté éthérée qui, tout en faisant le bonheur de l’œil,
allait au-delà de la satisfaction purement physique et provoquait une émotion
presque douloureuse... la perfection de la délicatesse.
Le chant du rossignol a cette même qualité de perfection et de beauté dans le
domaine de la musique. C’est le mystère de la féerie, l'apothéose de
l’imperceptible, un sentiment de péril, indéfinissable mais séduisant, tapit
dans des chemins étrange où réside une telle beauté.
Le souffle de la douce brise à travers les branches du bouleau les faisait se
balancer, chaque feuille fragile vibrait sous la lueur du soleil et les tons
plus sombres de l’écorce tachetée semblaient être faits de bronze et d’argent.
L’arbre était non seulement vivant et dansant, mais il chantait pendant qu’il
dansait, un acte d’adoration, obéissant à une loi et pratiquant un rituel
ancien, qui remontait jusqu’aux premiers matins du monde.
Attirée par le bouleau argenté, Morven a fait une grande ronde autour de
l’arbre et s’est mise à danser, remplie de la joie violente d’être seule et
d’être sa propre maîtresse pour la première fois depuis des mois. Pourtant, il
n’y avait rien de bachique dans sa célébration, c’était plus une suite de
postures où son jeune corps se penchait et se balançaient en suivant le
rythme de l’arbre. Elle balançait lentement ses bras comme s’ils étaient des
branches et ses pieds suivaient un pas complexe, comme si elle tissait un
charme dirigé vers la dryade du bouleau.
Elle n’a pas chanté, se contentant de fredonner doucement, la tête en arrière
et la gorge courbée comme la faucille de la lune, le soleil la douchant d’une
multitude de tons de rose et de perle, et le vent jouant dans ses cheveux
lumineux.
Soudain, elle s’arrêta. Une conscience extérieure atteint son esprit. Elle
savait qu’elle n’était pas seule et elle savait que c’étant Jan qui la
regardait. Elle a fait comme si elle ne s’était rendue compte de rien mais
elle est allée tranquillement récupérer ses vêtements et s’est rhabillée.
Quant à Jan, il avait rencontré quelques difficultés à rattraper son cheval
qui s’était échappé de la ferme. Quand il eut réussi, Morven était loin, hors
de vue, mais il savait à peu près dans quelle direction elle était allée.
Pourtant, elle n’avait pas suivi exactement le chemin qu’il pensait, il lui a
fallu des heures de recherches patientes, mais enfin il avait aperçu ses bras
levés lorsqu’elle accomplissait cette danse païenne autour de l’arbre. Jan
était inquiet, pas uniquement pour la sécurité de Morven, mais il craignait
aussi le mécontentement inévitable de Thur. Ainsi il était resté caché à la
regarder pendant qu’elle dansait, vérifiant qu’aucun danger n’approchait. Il
ne l’espionnait pas même s’il se demandait si c’était la lueur de la lune ou
l’éclat du soleil qui mettait le mieux en valeur la perfection du corps nu de
la sorcière et il lui était impossible de se décider car chacun mettait en
avant un aspect différent de sa beauté.
Jan sentait que ce qu’il faisait là était mal... pourtant, son désir de
continuer à profiter de ce spectacle merveilleux était très grand, il hésitait
entre la tentation de satisfaire le désir et sa volonté ferme de ne pas céder
surtout qu’il avait vraiment craint de ne pas parvenir à rattraper Morven ...
et, pendant qu’il regardait, elle a cessé de danser, il savait qu’elle avait
remarqué sa présence.
Au grand soulagement de Jan, elle n’a pas essayé de découvrir sa cachette,
mais elle est tranquillement allée chercher ses vêtements et s’est habillée,
puis elle est montée sur sa petite jument et s’en est allée comme si elle
n’avait pas eu conscience de la présence de Jan ... une manœuvre subtile qui
permettrait à Jan de la suivre et de la rattraper à nouveau dans des
conditions moins gênantes pour eux deux.
Jan a attendu un certain temps, jusqu’à ce que la jument et sa cavalière
soient hors de vue puis il est remonté lui aussi sur son cheval et a suivi
Morven de loin, il a fait en sorte de la rattraper progressivement leur
laissant à tout les deux le temps de se ressaisir. Dans son cas, c’était plus
facile que cela ne l’était pour elle, car savoir que Jan pouvait avoir assisté
à sa danse avait fait cesser brusquement chez Morven le grand plaisir trouvé
dans les joies simples de la vie et elle se trouvait à nouveau confrontés aux
dures réalités de la vie. Elle pensait à nouveau à son amour pour lui, aux
sentiments qu’il éprouvait pour la dame de Londres et sa déception quand Jan
avait dit qu’il était déçu qu’elle ne soit pas une femme laide, vieille et
méchante. Est-ce qu’un homme avait déjà nourri un tel ressentiment contre une
fille avant ? A cette pensée, elle s’est mise à rire de façon diabolique,
effrayant une pie qui s’est envolé de l’arbre. Pourtant, c’était comme ça,
elle devait ravaler son ressentiment.
Jan Bonder ne pensait pas aux femmes et même son amour incroyablement
romantique le mettait mal à l’aise. C’était plus de l’amour chevaleresque pour
une étoile hors d’atteinte. Sa femme serait pour lui un moyen d’atteindre un
but et non pas l’élue de son cœur. Il sera plaisant avec elle et il
l’appréciera même et ils auront de nombreux fils robustes... et s’ils ne
pouvaient avoir que des filles, elles pourraient représenter un atout pour Jan
qui les mariera avec les héritiers de grandes familles, et là enfin ce petit
presque paysan pourra devenir l’un des seigneurs les plus puissant
d’Angleterre et, une fois rétabli dans ses droits, toute sa vie sera consacrée
à empêcher la répétition du cataclysme qui était tombé sur son grand-père.
« Chat échaudé craint l’eau froide, » s’est dit Morven. « Même si mon aide
peut le protéger de tous ses ennemis, ça ne sera que par des méthodes qu’il ne
peut comprendre et qu’il n’aime pas, car il veut suivre des voies que lui seul
connaît. Alors pourquoi me tourmenter avec ce sentiment blessant d’être
ignorée ? Jan ne m’aime pas, il me remarque à peine et il doute de l’aide que
je peux lui apporter, il doute même parfois de Thur. Il ne réalise pas que les
hommes armés et robustes peuvent naître de l’imagination. Il les a désirés, et
maintenant j’ai eu pour lui les hommes. Les armures et les épées vont suivre
d’une façon ou d’une autre, je le sais, tout comme leur entrainement fera que
ces paysans se transforment en soldats, ceux que désire tant Jan… mais il ne
peut pas le voir ni comprendre le fil qui relie ses rêves, comme un fil relie
ensemble les perles d’un collier. Il peut par contre être déçu que je ne sois
pas une vieille sorcière qui peut semer des dents de dragon et en faire
naitre, par miracle comme il le pense, des hommes bien armés qui l’aideront
dans son combat. »
Elle recommença à rêver. Avait-elle si peu de force qu’elle ne pouvait pas
surmonter une fantaisie capricieuse pour un homme qui ne voulait manifestement
pas d’elle ? Etait-ce que son orgueil était si grand ? Est-ce que ce n’était
pas plutôt sa vanité qui souffrait, car sa beauté, même si elle faisait
tourner la tête des autres hommes, ne pouvait pas aussi asservir Jan, aveugler
ses ambitions et en faire un amoureux transi ? Elle devrait avoir honte
d’avoir un désir aussi dérisoire, une veulerie aussi misérable. Morven
subissait l’escourge de l’amour.
A un virage Morven a réalisé qu’elle était arrivée au point de rendez-vous où
Thur l’attendait sous un arbre. Le cheval et son cavalier étaient si immobiles
qu’ils auraient pu être des statues de bronze. C’était un cavalier magnifique,
vêtu de vêtements bistres bien coupés adaptés à la monte (car Thur était un
dandy qui prenait soin de son apparence), la tête découverte sous la forte
lumière du soleil, cela faisait un tableau majestueux.
Il la cherchait dans la direction opposée, car elle était arrivée par l’autre
côté du lieu du rendez-vous, elle l’a donc vu de profil. Elle a remarqué son
front haut et beau encadré d’une abondante chevelure blonde, presque blanche,
son nez assez fort et la pureté des lignes de sa bouche et de son menton.
Comme elle était heureuse de le revoir, il lui semblait que ça faisait une
éternité qu’elle ne l’avait plus vu et pourtant ils ne s’étaient séparés qu’il
y a à peine un jour et demi. A peine avait-il remarqué sa présence que Morven
avait posé sa tête sur l’épaule de Thur. « Ô Thur, comme vous m’avez manqué, »
murmura-t-elle. Il a mis son bras autour de ses épaules. L’amour qu’elle
portait à Jan l’a fait encore plus souffrir, elle s’est mise à pleurer parce
que Jan avait presque ruiné ses efforts pour lui venir en aide par son
opposition morose et son manque de foi en elle.
« Pourquoi ces larmes, Morven ? » a dit Thur, levant le menton de Morven avec
son index pour la regarder en face. « Est-ce que quelque chose s’est mal passé
? Pourquoi les garçons ne sont-ils pas avec toi ?
- Ce n’est rien, Thur. Jan n’est pas loin et à part Maîtresse Hildegarde tout
va bien.
- Alors, pourquoi ces larmes ?
- Parce qu’à part vous, tous les hommes sont des bons à rien.
- Oh, » a dit Thur intrigué puis il lui a souri avec tendresse. « Alors plus
de larmes chère enfant.
- Vous m’avez tant manqué, » soupira-t-elle.
- Toi aussi tu m’as manquée... plus que tu ne peux l’imaginer, mais maintenant
tout ça c’est du passé. »
Ils sont tous deux remontés à cheval et sont rentré à la maison. En chemin
elle lui a raconté tout ce qui s’était passé et le succès de leur mission.
« Voilà de bien bonnes nouvelles Morven, mais je n’aime guère ce que tu me dis
sur Hildegarde, elle sait que tout commérage va surtout nuire à ses propres
fils et à elle-même, mais elle a la langue bien pendue. Nous devons agir avant
qu’elle ne nous mette en danger. Et les frères, est-ce qu’ils t’ont accepté ?
- Oui, ils nous ont bien accueilli et ont accepté Jan comme chef.
- Et comment Jan s’est comporté ?
- Très bien... un véritable petit seigneur.
- Oui, Jan est parfait pour ça... et toi Morven ?
- Jan a déjà tout prévu de sa vie future, Thur, il nous l’a dit lui-même, il a
prévu non seulement sa propre vie mais aussi la nôtre, celle d’Olaf et la
mienne. Il va chercher à se marier avec la fille de l’homme le plus puissant
auquel il pourra s’adresser et qui l’acceptera comme gendre. Olaf deviendra
son capitaine et moi je devrai épouser Olaf. »
Thur l’a fixée, remarquant ses paupières rougies, il en connaissait la raison.
« Quelle est cette folie ? » demanda-t-il avec colère.
« Pas une folie, mais un plan auquel il a mûrement réfléchi. Il est inutile de
froncer les sourcils, Thur. Il ne changera pas d’avis !
- Mais, » a explosé Thur indigné devant ce qui lui semblait être une
monstrueuse ingratitude, « Le jeune coquin! Est-il aveugle ?
- Non, il n’a d’yeux que pour la belle de Londres. Il l’a vue, et il n’a plus
vue qu’elle, et depuis il ne me voit plus. Contentons-nous de ça Thur et n’en
parlons plus.
Thur était soucieux. « Je vais te le faire revenir, je te le promets.
- Vous n’allez pas faire ça Thur.
- Le jeune arriviste! Il n’a pas encore atteint son but et il pose déjà ses
conditions. Je vais devoir m’entretenir avec Maitre Jan. Quelle plaie !
Qu’a-t-il prévu pour moi ? Vais-je devoir porter un bonnet et des clochettes
et m’assoir à ses pieds ?
- Thur, soyez raisonnable, c’est sa vie qu’il organise, de quel droit vous ou
moi devrions lui dire de ce qu’il doit faire ? »
Thur s’agitait sur sa selle. « Ne t’a-t-il jamais vraiment regardée ? Il a
bien dû te voir la nuit dernière ? »
Elle baissa les yeux en se mordant les lèvres.
« Et cela n’a rien changé en lui ?
- Non, pourquoi est ce que cela aurait dû changer quelque chose ?
- Que Dieu nous aide, qu’est-ce qui lui arrive ? Qu’est ce qui lui manque ? »
En dépit de son chagrin Morven a éclaté d’un rire si joyeux qu’il a fait
disparaitre l’exaspération de Thur et soulagé, il a retrouvé sa bonne humeur.
Morven en avait parlé parce qu’elle voulait qu’il cesse d’y penser une fois
pour toute, il avait bien trop envie que Morven épouse Jan... Maintenant elle
savait que même s’il n’en parlait plus, cette idée ne sortira pas de sa tête,
mais d’avoir obtenu son silence sur le sujet été déjà une victoire, d’où son
rire, qui était tout à fait sincère. « Est-ce que vivre longtemps avec
Hildegarde ne dégouterait pas n’importe quel homme de s’intéresser aux femmes
?
C’était maintenant au tour de Thur de rire. « En effet. Pauvre femme, elle a
connu de grands malheurs. »
- Parce que lorsque Hugh est parti ils étaient fâchés ?
- Il y a de ça... elle l’a chassé, même si elle l’aimait beaucoup et il est
mort.
- Il aurait mieux fait de la maîtriser au lieu de s’éloigner d’elle.
- Je le lui ai dit très souvent, il était comme Olaf, il détestait les
disputes même s’il était un excellent soldat. Mais cela montre clairement que
nous devons commencer tout de suite, faire en sorte que tous nos talismans
soient prêts et entrer dans le grand cercle dès que possible car qui peut dire
pendant combien de temps Hildegarde saura tenir sa langue ?
- Oui, » et ils chevauchèrent en silence.
Puis Thur s’est remis à parler : « Frère Stephen est revenu la nuit dernière,
nous avons parlé jusqu’à tard dans la nuit.
- De quoi ?
- De presque tout. Il ne restera pas toujours un obscur frère, le clerc d’un
abbé jouisseur, dans une campagne perdue anglaise.
- Pourquoi perd-il son temps ici ? N’était-il pas à Paris ... comme le disent
les ragots ?
- Oui, il avait une école de théologie et il va y retourner cela ne fait aucun
doute, bien que certains disent que ses élèves ont été taxés d’hérésie. Je ne
sais pas ce qu’il cherche, mais il n’est pas ici pour rien. »
Le lendemain était un mardi, Thur et Morven se sont préparé à faire
quelques-uns des talismans, sigils et pentacles dont ils auraient besoin dans
le grand cercle.
Bien que ces noms soient souvent utilisés indifféremment les uns pour les
autres, il y a une grande différence entre eux. Un sigil est un dessin sur
parchemin ou une médaille faite dans le but de contrôler un esprit
particulier, généralement pour l’appeler dans le cercle et il porte son propre
glyphe particulier. La connaissance de ces glyphes est l’un des grands secrets
que doit maitriser le mage, car un esprit s’efforcera toujours de faire en
sorte que son glyphe particulier demeure caché pour éviter que des mortels
aient un pouvoir sur lui. Si un esprit lui est particulièrement favorable, un
mage peut faire usage de ce sigil comme talisman mais ce n’est pas courant.
Quand un sigil est tracé sur papier ou un parchemin, on dit souvent que c’est
un sceau alors que si un talisman ou un pentacle est dessiné sur un parchemin,
ce n’est pas un sceau, la différence étant qu’un sigil (ou un sceau)
appartient à un esprit particulier, lors de l’expérience de Jan il s’agissait
de Bartzebal, alors qu’un talisman ou un pentacle appartient soit à un être
humain ou d’une manière générale, à tous les esprits gouvernants, comme Mars,
Saturne ou Vénus, selon le cas.
Un pentacle est aussi une médaille utilisée pour évoquer un esprit et
l’assujettir, c’est aussi une figure représentant une étoile à cinq branches.
Il devrait toujours être tracé et utilisé avec une pointe dirigée vers le haut
et jamais avec deux pointes dirigées vers le haut. Selon leur nature, certains
pentacles peuvent portés en dehors du cercle et porté pour qu’ils portent
chance, comme le pentacle de Vénus pour l’amour, celui de Jupiter pour le
succès et la prospérité. Un pentacle de Saturne va lui favoriser ses qualités
de fermeté, de persévérance et de loyauté, mais il ne pourra être porté que
par une personne née sous l’influence de Saturne, s’il était porté par
quelqu’un d’autre cela entraînerait des catastrophes. Un soldat aurait intérêt
à porter un pentacle de Mars quel que soit le signe sous le quel il est né
alors que pour un marchand il pourrait conduire à des querelles, le marchand
aurait lui plus intérêt à porter un pentacle de Mercure.
Alors qu’une médaille, comme celle qui est décrite plus haut est parfois
appelée un talisman, ce nom devrait plutôt être réservé aux objets faits tout
spécialement pour son propriétaire, avec l’intention expresse de lui apporter
le succès dans un cas précis et ce talisman sera fait conformément à
l’horoscope de son propriétaire. Ils sont généralement fabriqués par un
expert, au jour et à l’heure liés au but recherché, avec la protection, la
sécurité, la prospérité, le gain et le succès fermement fixé dans son esprit.
Le talisman est ensuite consacré avec des formules magiques. D’une certaine
façon, Morven et Thur avaient fait les leurs.
Baignés et consacrés, les deux ont préparé leur petit cercle à minuit le lundi
suivant le retour de Morven, afin de commencer les travaux au jour et l’heure
de Mars, c’est-à-dire entre minuit et une heure le mardi matin, le jour de
Mars (chaque planète gouverne la première, huitième, quinzième et
vingt-deuxième heures de sa journée), comme aux autres heures il pourrait y
avoir des intrusions qui pourraient mener à une dénonciation pour sorcellerie,
ainsi, minuit est le moment le plus sûr pour cette opération).
Thur a placé une petite table au centre, elle servira à la fois d’autel et
d’établi. A côté il y avait un brasier de charbon de bois. Morven était
chargée d’alimenter ce brasier pour qu’il atteigne une forte température, elle
sera aussi son assistante, un peu comme un servant de messe pour un prêtre.
Elle aura pourtant un rôle beaucoup plus important à jouer dans le rituel
proprement dit, elle devra se concentrer fortement sur le travail à faire, de
faire de son mieux pour faciliter la tâche de Thur et ainsi la force de leurs
concentrations mêlées renforcera le travail. Cette concentration de la volonté
sur l’objet du rituel ne devait absolument pas être distraite. Tout ce qui
était utilisé devait avoir été fait avec cet objectif en vue, ainsi tout ce
qui était utilisé rappelait au cerveau du mage, la raison du travail. C’est
pourquoi Thur était symboliquement vêtu d’une tunique de lin blanc pur,
symbolisant la lumière, la force et la pureté. Il était aussi important que ce
vêtement n’ai ni couleur ni motif qui pourraient détourner l’esprit de
l’utilisateur ou de son assistante. Pour la même raison Morven était nue, ce
qui symbolisait la pureté immaculée et le magnétisme naturel du corps humain
pouvait circuler sans entraves et soutenir le mage. Il n’y avait pour lui là
nulle tentation ni distraction dans cette beauté sans parures, car un mage
doit être à l'abri de tels obstacles avant de pouvoir devenir un mage, car
s’il ne peut pas, en toute occasion, empêcher son esprit de vagabonder, il
connaîtra inévitablement l’échec dans ses entreprises. La nudité est une force
supplémentaire pour lui car elle prouve la force de sa volonté et la puissance
de sa maîtrise de soi. Ainsi un mage doit toujours pratiquer avec une femme
nue jusqu’à ce que la nudité ne signifie plus rien pour lui, de peur qu’un
esprit mauvais ou malicieux n’apparaisse ainsi et détourne son esprit au
moment critique et ainsi ruine son travail.
Tout au long de la pratique de la haute magie, ou de l’art magique comme on
l’appelle souvent, l’accent est mis sur la pureté et la force, et à travers la
pureté, la force de volonté et la maîtrise de soi. Sans cela, nul homme ne
peut devenir un mage, même si par la tromperie et la mystification, il peut
devenir un grand illusionniste, mais avec ces qualités, même à un faible
degré, il peut aller loin sur la route dans sa quête dans les mystères cachés,
car par une autodiscipline stricte, la maîtrise de soi peut être étendu et
renforcé presque sans limite, et par la patience et l’exercice rigoureux la
volonté peut devenir un facteur dominant et le mage obtiendra une telle
puissance que rien ne pourra résister à son impact. Ainsi, un grand mage
devrait aussi être un grand homme. Par l’habitude de la maîtrise de soi qui
est l’essence de la magie, il parvient à l’abstinence, qui à son tour lui
procure santé et vigueur. L’habitude de la foi est essentielle à la réussite
dans l’art, la foi en Dieu et en sa bonté, la foi dans la vertu, la foi
absolue dans le rituel qu’il accomplit, dans son efficacité et dans le succès
de son objet, par le rituel, et enfin, la foi suprême en lui-même, d’abord
comme un serviteur de Dieu, et ensuite dans son pouvoir comme mage. Une telle
foi est en soi un élément de purification de chaque vie.
L’étude scrupuleuse pendant de longues heures penché sur des manuscrits
complexes, la répétition patiente de rites obscurs jusqu’au succès, indiquent
de grandes qualités d’esprit. Le fait qu’aucun mage ne peut œuvrer pour lui et
pour son propre avancement, ou œuvrer pour un autre uniquement à des fins
maléfiques, impose une certaine rectitude de conduite de sa part. S’il a
l’impression de descendre de son piédestal pour aider et être un bienfaiteur
pour les autres grâce à son art, ou s’il l’utilise à des fins maléfiques, dans
l’esprit médiéval la réaction sur lui-même sera proportionnelle à l’ampleur et
l’injustice de son succès et sa punition pour avoir corrompu son art sera très
grande.
Ainsi, par toutes les lois de son art, chez un mage ces qualités sont
développées à leur maximum. En effet on pout dire que sans un certain nombre
de qualités altruistes un homme ne pourra jamais devenir un mage. Il y a eu de
nombreux charlatans qui ont affirmé être mage en utilisant l’hypnotisme ou la
tromperie, ils ont utilisé la crédulité de milliers de personnes. Il est
possible qu’ils aient des pouvoirs de clairvoyance dont ils ont abusé à leur
seul profit. Ce sont ces filous et ces voleurs qui ont apporté le discrédit à
l’Art, ils ont ensuite souffert pour cela.
On se moque aujourd’hui du mage et de ses prétentions, on le représente soit
comme un charlatan ou soit comme un vieux fou gâteux et portant ils sont très
proches de ceux qui étaient les scientifiques de leur temps, ceux qui nous ont
donné l’alcool, mais pas la bombe atomique.
Quatre autres brasiers avaient été placés autour du cercle. Sur l’établi il y
avait l’athamé, l’épée magique, le burin et le goupillon ainsi que divers
objets dont ils auraient besoin pour leurs travaux, quatre disques de fer
d’environ 6 cm de diamètre déjà purifié par le feu avaient déjà été préparés.
Il y avait des textes écrits, de la corde, du tissu noir et une escourge.
Devant l’établi il y avait deux tabourets. Le cercle intérieur, de 2 mètres 15
de diamètre avait déjà été tracé sur le sol. Autour il y avait un double
cercle de 2 mètres 50 de diamètre, des noms de pouvoir avaient été tracés
entre les deux cercles extérieurs. Thur a pris l’épée magique et a retracé
tous les cercles avec la pointe de son épée, car le cercle peint n’a aucun
pouvoir de protection, la protection vient de l’énergie de l’épée magique ou
de l’athamé. Il ne servait que de guide à Thur pour tracer parfaitement le
cercle.
Le cercle tracé, Thur a récité les psaumes appropriés et a commencé à faire
les talismans et les pentacles. Le fer est le métal de Mars, l’esprit de la
guerre sous lequel était né Jan, et comme c’était à des fins militaires, Thur
a proposé d’invoquer l’esprit Bartzebal pour qu’il aide Jan. Prenant l’un des
disques de fer Thur a tracé un cercle dessus avec le burin, à l'intérieur de
ce cercle il a gratté les caractères mystiques de Mars et autour il a écrit en
hébreu les noms Edimiel, Banzachhiaheschiel et Ithurel, cela pour invoquer les
esprits de Mars en général.
Sur le second disque, il gravé un triangle équilatéral surmonté d’un pentacle
dans le cercle. Dans ce triangle il a tracé un petit triangle inversé avec un
grand vau et autour il a tracé le nom Eloh. Entre le cercle et le bord il a
écrit en hébreu : « Qui est aussi grand que Dieu ? » Ce pentacle a pour but de
provoquer la guerre, la colère, la discorde et de renverser des ennemis.
Dans le troisième pentacle, le cercle a été divisé en quatre parties égales
avec un pentagramme au-dessus. Au centre il y avait le mot Agla Ihvh répété
deux fois. Au-dessus et en-dessous il a écrit El. Tout était en hébreu, comme
l’étaient également le texte écrit autour du cercle : « Le Seigneur est ma
droite et il est blessera même les rois au jour de sa colère. » C’était pour
donner du pouvoir lors de la guerre et pour apporter la victoire.
Dans le quatrième cercle il y avait, écrit avec les lettres de l'écriture
secrète Malachite, les mots : « Elohim Quibor, Dieu m’a protégé. » En dehors
du cercle avait été écrit en hébreu un extrait du Psaume XXXVII, 15 : « Leurs
épées perceront leur propre cœur et leurs arcs se briseront. » Ce pentacle
avait pour but de donner de la force et du courage lors des combats ainsi que
la victoire finale. Sur la face opposée de chacun de ces pentacles était gravé
le sceau de Bartzebal.
Après avoir fini de les graver, il les a à nouveau purifiés dans la fumée de
l’encens qui s’élevait des herbes et épices que Morven avait jetées dans le
brasier central. Chaque planète a ses différents encens appropriés. Pour Mars,
ils ont utilisé de l’euphorbe, du bdellium, de l’ammoniac, de la pierrite et
du soufre. Pour augmenter l’affinité, le brasier qui était utilisé pour
chauffer était nourri avec du bois d’aubépine et de rosier sauvage.
Cette question de l’encens est de la plus haute importance lors du rituel,
comme l’est la nature de l’esprit. Non seulement cela influence l’esprit
évoqué, mais aussi tous les objets environnants, il pèse sur l'air et le mage
le respire, il l’inhale profondément dans ses poumons, faisant de lui quelque
chose de la nature de l’esprit. Le parfum et la densité attirent et appellent
l’esprit évoqué, en partie parce qu’ils sont de sa nature et en partie aussi à
cause du plaisir qu’ils lui procurent. C’est grâce à sa densité qu’il obtient
les moyens de bâtir un corps et ainsi de se matérialiser. Lorsque tout a été
encensé et purifié, Thur a pris trois morceau de corde et a fait trois fois le
tour de chaque disque et a fait trois nœuds puis il a enveloppé chaque disque
dans un tissu noir et les a placé dans l’ordre sur le côté ouest du cercle, il
les a aspergé d’eau consacrée pour les baptiser et a dit : « Je te consacre
ici, O créature de Mars et du fer, Bartzebal. » Puis il a mis chaque disque de
cuivre dans la fumée de l’encens en disant : « Par le feu et l’eau, je te
consacre. Tu es lui et il est toi, en pensée, en sentiment et en apparence,
comme je te lie, je le lie, comme je te détache, je le détache. Par le nom
sacré Abracadabra. Amen. Je te consacre dans le but particulier d’apporter la
victoire à Jan Bonder, pour obtenir vengeance sur Fitz-Urse et reprendre
toutes les terres volées par Fitz-Urse à son grand-père, Sir Edgar Bonder. »
A partir de là la table fut utilisée comme autel. Sur l’autel Thur a
maintenant placé les quatre pentacles, il a répété sur eux les paroles qu’il
venait de prononcer, les paroles de consécration et de bénédiction. Il a
ensuite annoncé solennellement, d’une voix forte et claire, que tous ces
objectifs se réaliseraient. Toujours en utilisant le même ton ferme et clair,
il a déclaré : « Tout a été préparé et est prêt pour charger ces pentacles de
pouvoir. Je vous appelle vous les esprits de la nature de Mars et je vous
commande de venir. »
Les moments critiques du rituel approchaient. Thur a pris l’épée magique,
Morven a pris son athamé et alors qu’ils plaçaient la pointe de leurs armes
sur le premier pentacle Thur a récité lentement et avec la plus grande
intensité possible : « Adonaï, très puisant, El très fort, Agla très saint, Oh
très juste, Azoth, le commencement et la fin, toi qui dans ta sagesse a créé
toutes choses, toi qui as accordé à Salomon, ton serviteur, ces pentacles par
ta grande miséricorde pour la préservation de l’âme et du corps, nous
implorons et supplions très humblement ta sainte majesté afin que ces
pentacles puissent être consacrés par ta puissance et de manière telle qu’ils
puissent obtenir la vertu et la force contre tous les esprits, par toi, Ô très
sainte Adonaï, dont le royaume, l’empire et la principauté sont sans fin.
Amen. »
Avec la pointe de son épée Thur a tracé dans l’air au-dessus du premier
pentacle les symboles gravés sur son disque.
Cette cérémonie, avec la pointe des armes, l’invocation ci-dessus et la
consécration avec le traçage des symboles dans les airs, a été répété sans
variation d’aucune sorte sur chaque pentacle à tour de rôle. Quand tout cela
fut accompli, avec une égale intensité dirigée vers eux, Thur a pris chacun de
ces disques à tout de rôle dans sa main gauche et il l’a frappé trois fois
avec le plat de son épée. Il a repris ensuite le premier pentacle dans sa main
gauche et avec l’épée dressée dans sa main droite, il a fait le tour du
cercle, tendant le disque voilé aux quatre directions, ouest, nord, est et
sud. Il a recommencé ensuite avec le second disque puis avec le troisième en
respectant la même procédure sans s’en écarter. Il plaçait chaque fois le
pentacle sur le sol, cette fois au sud, en répétant la précédente consécration
avec le feu et l’eau, en ajoutant :
« Ô, créatures de fer et de Mars, doublement consacrées, approchez des portes
du sud. » Il a encore une fois fait le tour du cercle. Puis, prenant le
premier pentacle, il l’a soigneusement déballés, sans enlever le voile, mais
en laissant le disque couvert avec les extrémités du tissu qui pendaient. Il
l’a frappé une fois avec l’épée puis il l’a tenu le bras tendu pendant qu’il
élevait son épée au-dessus. Il a frappé trois fois du pied droit et a
dit : « Tu ne peux pas passer de la dissimulation à la manifestation si ce
n’est par la vertu du nom Alhim. Avant toutes les choses il y a le chaos et
les ténèbres, je suis celui dont le nom est ténèbres. Je suis l’exorciste au
cœur de l’exorcisme. Manifestez-vous par moi. Il a refait à nouveau le tour du
cercle et a nouveau enveloppé le pentacle et l’a remplacé sur l’autel, en
répétant la cérémonie avec les autres pentacles. Quand tous les pentacles
furent réunis sur l’autel, Thur a encore une fois partiellement dévoilé le
premier pentacle et appelé Morven d’un geste, elle tenait son athamé
au-dessus, lui tenait son épée de la même manière, il dit : « Par tous les
pouvoirs et rites, je vous conjure de rendre ce pentacle irrésistible, Ô
Seigneur Adonaï. » Lorsque cela a été répété sur chacun des pentacles, il a re-voilé
les pentacles et les a portés au nord où il les a placés sur le sol. Il a
ouvert chaque voile complètement, en disant : « Tu ne peux pas passer de la
dissimulation à la manifestation que par le nom JHV (Jéhovah). »
Il les a re-voilés pour les passer au sud où il les a placés sur le sol puis
il a entièrement retiré les voiles de chaque pentacle mais en laissant les
liens. Une fois cela fait il a invoqué : « Ô Bartzebal, tu es resté trop
longtemps dans les ténèbres. Quitte la nuit et cherche le jour. Comme la
lumière est cachée dans les ténèbres, tu peux donc te manifester ici, tu dois
donc te manifester et passer de la dissimulation à la manifestation. »
Les mots « tu dois donc te manifester » ont été prononcés avec un tel degré de
volonté concentrée que le visage bronzé de Thur a pris une teinte presque
verdâtre, tant était grand l’effort de concentration qu’il avait fait.
En le recouvrant il a pris les pentacles par terre et il les a replacés sur
l’autel, invoquant à nouveau il les a dirigés à tour de rôle vers le ciel, en
disant : « Je conjure sur toi pouvoir et puissance irrésistible, par les
pouvoirs de Dani, Zemuch, Agatmaturod, Eodiel, Pani, Caneloas, Merod, Gamodi,
Baldoi, Metrator. »
Il a ensuite reposé son épée et pris l’escourge et a frappé les chaque
pentacle tour à tour en disant : « Par et au nom d’Elohim, j’invoque en toi le
pouvoir de Mars et les pouvoirs de la guerre, » et il a détaché les cordes qui
liaient les pentacles.
Pendant qu’il disait cela au dessus du premier des pentacles, un froid a saisi
Morven. Elle se présentait comme sorcière et croyait en la sorcellerie, il y
avait là une manifestation de pouvoir qu’elle n’avait jamais vue, car le
pentacle brillait d’une rougeur sombre, infiniment menaçante et terrible. Dans
sa petite circonférence il semblait y avoir toutes les cruautés, duretés et
débauches de la guerre.
Sur chaque pentacle tour à tour, alors qu’il invoquait, il y a mis toute la
puissance de sa force mentale hautement entrainée, de sorte qu’elle y infuse
avec le même feu rouge qui couvait et Thur a réalisé que ses prières avaient
été exaucées, la consécration était un succès.
Après un moment de pause, comme s’il devait rassembler ses facultés qui
avaient été menée jusqu’à leur point de rupture, Thur s’est levé et pria ainsi
: « Je te remercie, Ô Seigneur des Armées, pour la faveur que tu m’as
manifestée. » Toujours debout, le visage dirigé vers le ciel, il avait l’air
réellement inspiré. Puis il s’est détendu, se laissant tomber sur un des
tabourets devant l’autel. Sa tête est retombée sur sa poitrine, toute son
attitude exprimait l’épuisement physique, il haletait rapidement. Morven le
regardait avec sollicitude sans rien dire car elle n’osait pas parler. Il
allait maintenant suffisamment mieux pour faire un signe vers l’autel où
reposaient les pentacles. Comprenant son signe, Morven a enveloppé les
pentacles fraichement consacrés dans un linge propre et les a mis avec
d’autres objets dans le coffre. Puis elle a rangé le coffre dans sa cachette
et elle a rassemblé les outils qu’ils avaient utilisés en jetant des coups
d’œil à Thur qui était toujours assis sur son tabouret et dont le vêtement
retroussé laissait voir ses jambes et ses pieds nus, il avait posé ses mains
entre ses genoux.
Morven et Thur avaient accompli un travail parfait.
Soudain elle a ressenti un sentiment de bonheur et de contentement, un
sentiment de paix comme elle n’en avait jamais connu.
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