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Haute Magie
Chapitre XIX – Des Châteaux et des
Terres
par Gerald Gardner
version française
Tof
&
Xavier
Les rayons de la pleine lune avaient du mal à percer la brume marine alors que
Jan, Thur et Olaf répartissaient leurs hommes dans plusieurs petits bateaux de
pêche. Olaf a été envoyé avec dix archers, ils devaient se placer près de la
barbacane et stopper toute personne entrant ou sortant du château, et aussi
(mais il ne le savait pas) faire en sorte que si l’attaque échoue un des
Bonder puisse survivre et perpétue la lignée. Tous les hommes valides de la
confrérie venant de la forêt étaient là, avec les six hommes de Jan et des
pêcheurs, qui étaient aussi membre du culte des sorcières et qui étaient de
bons grimpeurs.
Jan et Thur ne se faisait aucune illusion, s’ils échouaient il n’y avait que
très peu de chance qu’il y ait des survivants dans leur camps. Mais ils
avaient de bonnes chances de réussir s’ils parvenaient à ne pas se faire
remarquer.
Leur plan était bien préparé. Fitz-Urse, sa femme et Ruad, leur second fils
avaient quitté le château à cheval avec vingt hommes d’armes et de quelques
serviteurs. Il se disait qu’ils n’allaient pas revenir avant plusieurs jours.
Cela signifiait qu’il ne resterait pas plus de trente combattants et une
vingtaine de serviteurs au château. Ils savaient qu’il y aurait parmi eux au
moins six hommes qui monteraient la garde dans la barbacane et qui seraient
donc incapables d’aider leurs compagnons du château, à condition de parvenir à
prendre le contrôle du pont-levis avant que l’alarme ne soit donnée.
Evan Œufs de Mouette était dans son petit bateau avec son épouse et leurs
enfants et une partie de leurs biens. Il est sorti et s’est tourné vers Thur
et a dit : «. Je suis là, montrez-moi l’or. »
Thur lui a montré les vingt-cinq pièces, puis les a remis dans une petite
bourse. « Au sommet du rocher, » a-t-il dit.
Evan grogna. « Un homme va risquer sa vie pour pouvoir se chercher une
nouvelles demeure et de nouveaux compagnons.
- C’est toi qui l’a décidé, » lui a répondu Thur.
Evan grogna plus fort que jamais. « Allons-y, » et il est sorti du petit
bateau d’un air maussade.
Les autres bateaux le suivirent avec un bruit sourd et ils furent bientôt à
l’entrée de la grotte. Il avait une sorte de plage pour débarquer, taillée
dans le roc et quelques anneaux pour amarrer les bateaux. Evan a désigné
quelques bateaux échoués sur le sable à l’intérieur de la grotte. « Les
bateaux de Fitz-Urse, » grogna-t-il. Silencieusement, ils ont amarré leurs
bateaux et ont débarqué. Evan les a conduits jusqu’à des marches taillées dans
le roc et menant à une crête aboutissant à un espace mesurant environ six
mètres de large sur quinze de long au dessus de la mer. Au dessus la falaise
se perdait dans la brume.
« La falaise est juste au-dessus, » dit Evan. « Là haut ils ont un grand
treuil. Ils portent les choses jusque là avant de les hisser et c’est pareil
pour l’équipage des bateaux. Ils font pareil pour descendre, » grogna-t-il
presque pour lui-même. « Ils pensent qu’il n’est pas possible de grimper
là-haut, mais comment des hommes auraient-il pu monter la première pierre s’il
n’avait pas moyen de monter avant que le pont ait été construit ? »
Il les a conduits à l’extrémité de la plate-forme où le rebord continuait un
peu, puis s’arrêtait brusquement. Ils entendaient la mer rugir leurs pieds.
Evan déroula une corde qu’il portait sur les épaules, elle avait une boucle à
une extrémité. Il a accroché cette boucle à une roche et a désescaladé le
rocher jusqu’à quasiment disparaître de leur vue sur une corniche ayant à
peine la largeur de son pied. Les autres l’ont suivi avec prudence. Quand ils
l’eurent rejoint, Evan s’est déplacé vers la droite, la corniche était étroite
et glissante, mais il y avait des prises pour s’agripper, il a ainsi continué
jusqu’en haut. Puis la voie était bloquée par une masse de roche en saillie
mais une corde en descendait. Evan s’est hissé avec la facilité d’un grimpeur
chevronné, et même s’il y avait des prises pour les mains et les pieds, les
autres avaient du mal à le suivre et avançaient avec lenteur.
Puis il y a eu un autre rebord plus large et plus facile que le premier, ce
rebord menait lui aussi à une fissure dans la roche, elle faisait à peine
soixante centimètres de large. En s’aidant d’une corde qui pendait et en
poussant des épaules et des genoux contre les parois, ils progressaient
lentement. En arrivant au sommet un péril encore pire les attendait, ils
devaient ramper lentement et patiemment le long d’une corniche étroite
au-dessus de laquelle s’avançait la falaise, ainsi ils ne pouvaient ni se
redresser ni trouver de bonnes prises et pour encore empirer les choses ce
rebord penchait vers le bas. Il était impossible de fixer une corde et la mer
frappait la roche avec fureur une centaine de mètres plus bas.
Un homme juste derrière Jan a glissé, il est resté suspendu un instant par les
mains, puis est tombé en poussant un cri dans l’obscurité. « Faites attentions
bandes de fous ou vous êtes perdu ! » a dit Evan Œufs de Mouette. Mais après
un virage, la corniche s’est faite plus large puis il y a eu une nouvelle
fissure dans la roche mais une corde était fixée et elle était franchement la
bienvenue. Haletant et le souffle court, Thur et Jan sont arrivés jusqu’en
haut, mais non sans avoir entendu deux autres cris et le choc des corps
arrivant en bas.
« Que Dieu ait pitié de leurs pauvres âmes, » a dit Jan en se signant
pieusement.
Evan, l’air maussade regardait les hommes qui apparaissaient. Lorsque le
dernier est arrivé, il a dit : « J’ai rempli ma mission, donnez-moi mon dû. »
En silence, Thur lui a remis la bourse. Evan la soupesa dans sa main et sans
un mot il a empoigné la corde et disparu.
Jan et Thur ont regardé autour d’eux avec curiosité. Ils étaient sur une
petite plate-forme d’environ trois mètres de large et neuf mètres de long.
Devant eux il y avait un très grand treuil et une potence, un chemin
conduisait à un mur d’environ six mètres de haut avec une petite tour dotée
d’une porte sur le côté.
Thur souffla. « J’ai bien l’impression qu’il s’agit là d’un vestige de
l’ancien château et non de l’œuvre des Normands. »
Ils se sont rapprochés et Thur a collé son oreille contre la porte. Satisfait,
il est retourné à la plate-forme où il y avait le treuil et a aidé un homme
grand et robuste à se mettre sur pied. « Smid, est-ce que tu peux ouvrir cette
porte pour moi ? »
Smid, encore essoufflé, a examiné la porte comme quelqu’un du métier, il l’a
jaugé avec prudence puis il l’a secouée. « Je pense qu’elle est fixée par une
barre et des verrous en haut et en bas. »
Tous écoutaient attentivement, il n’y avait aucun bruit de l’intérieur.
« Fitz-Urse pense que personne ne peut arriver par ici sans employer le
treuil, il n’a donc pas jugé bon de mettre une sentinelle ici et Bartzebal
nous a dit que nous pourrions venir de cette manière et tuer en son nom, alors
j’ai tout risqué en partant du principe qu’il n’y aurait personne ici, »
murmura Thur. « S’il y avait eu quelqu’un nous n’aurions eu d’autres choix que
de revenir par la voie périlleuse que nous avons pris avec Evan. Nous verrons
bientôt si Bartzebal était sincère avec nous. »
Pendant ce temps, Smid a tiré une grosse vrille de sa poche et a percé
méthodiquement un cercle de trous dans la porte. La vrille traversait le bois
sans faire de bruit. Il a ensuite relié ces trous avec une petite scie et il
pu enlever un gros morceau de la porte. Smid, en insérant son bras, débloqua
la barre, puis en s’aidant d’un outil réussit à tirer les verrous du haut et
du bas. La porte grinça en s’ouvrant et le groupe a débouché dans une grande
cour.
A leur droite il y avait un grand bâtiment, sans doute le logis seigneurial.
Comme le seigneur était absent, seules les servantes devaient être là, il n’y
avait pas urgence. A gauche il y avait les écuries. Vers le mur d’enceinte il
y avait un long bâtiment pas très haut d’où venait de gros ronflements et une
odeur qui laissait penser qu’il s’agissait de la cuisine, il n’y avait donc là
non plus aucune urgence. Il y avait un bâtiment plus grand, sans doute, le
casernement, puis une tour ronde et les dépendances et les dépôts. Ensuite il
y avait les tours jumelles du corps de garde. A droite il y avait un nouveau
un pan de mur et une énorme tour ronde, le donjon, là le mur rejoignait le
logis et complétait le cercle.
Thur observa tout avec les yeux d’un soldat. Il a rapidement placé six hommes
devant la cuisine avec des ordres stricts : ils ne devaient rien faire avant
d’entendre des cris de luttes ailleurs, à ce moment ils devaient entrer et
tuer tous ceux qu’ils rencontraient. Ils devaient ensuite rejoindre les autres
combattants. Vingt hommes furent postés devant le casernement avec les mêmes
ordres, attendre et ne rien faire. Il a posté six autres hommes devant le
logis seigneurial avec ordre de tuer tous ceux qui sortirait mais de ne rien
faire d’autre. Il a ignoré le donjon : « Il n’y a jamais personne là-dedans,
sauf en cas de guerre, » a-t-il murmuré. Il a conduit les trente hommes
derniers à la guérite. Il savait qu’il y aurait là des hommes en armes montant
la garde et aucun de ses hommes n’avaient d’armure mais s’ils en avaient eu,
ils n’auraient pas pu escalader les falaises.
Il y avait une porte dans chacune des tours jumelles mais heureusement elles
n’étaient pas fermées. Thur suivi de la moitié des hommes s’est dirigé vers
une des portes, Smid le forgeron, avec les autres, vers l’autre et ils ont
jeté simultanément un œil dans les salles de gardes des tours. Une torche
accrochée à un mur éclairant mal, révéla deux hommes assis à une table en
train de jouer aux dés en regardant vaguement du côté du treuil, de la herse
et du pont-levis. Des ronflements montraient que d’autres gardes dormaient par
terre. Au dessus de leur tête on entendait des bruits de pas, la sentinelle
sur le toit allait et venait, cherchant à se réchauffer.
Thur, suivi d’un homme, s’est glissé silencieusement dans sa salle de garde,
Smid, suivi d’un autre homme, a fait de même. Un des joueurs de dés a remarqué
quelque chose : « Qui va là ? » a-t-il crié, puis il a vu des hommes entrer
dans la pièce. Il saisit une épée et un bouclier posés sur la table et s’est
précipité en criant « Trahison. » Thur a joué de l’épée montrant toute sa
dextérité, les gardes se défendaient comme ils pouvaient. Les hommes d’armes
étaient quatre fois moins nombreux que les hommes de Thur. En plus ils étaient
étourdis par le sommeil, mais c’étaient des soldats entraînés au maniement des
armes et ils avaient des armures. Mais ils avaient enlevé leurs casques pour
dormir et n’avaient pas eu le temps de les remettre. Les hommes criaient et se
battaient avec acharnement. Les coups pleuvaient, on voyait bien que les
gardes savaient comment manier leurs armes. Thur a vu Smid au sol la gorge
tranchée, dans la lumière vacillante de la torche son sang semblait noir comme
de l’encre.
Thur se battait comme un enragé. Bientôt les combats furent terminés, mais
seuls douze de ses trente hommes étaient encore debout. Certains étaient
blessés et gémissaient d’autres étaient couchés par terre et ne bougeaient
plus. Thur était hors d’haleine et avant qu’il puisse reprendre son souffle il
y a eu des bruits de pas précipités et un homme en armure arrivait des
escaliers, il a empalé un des hommes encore debout avec sa pique. C’était la
sentinelle du toit qui avait été averti par les bruits dans la pièce du bas.
Plusieurs épées se sont tournées vers lui, il a dégagé sa pique pour la
planter dans un autre assaillant. Quelqu’un s’est alors saisi de la pique
avant que la sentinelle n’ai pu la retirer. Un autre a attrapé le bras de la
sentinelle par derrière, il y a eu une lutte acharnée, la sentinelle fut
touchée et mise hors d’état de nuire. Tout était calme à nouveau, on entendait
plus que les gémissements des blessés. Thur écoutait attentivement les bruits
étouffés de cris dans le casernement. Il savait que les hommes de Jan
luttaient eux aussi. Mais il y avait un autre bruit qui l'inquiétait. La
sentinelle du toit avait alarmé la sentinelle de la barbacane avant de
descendre et les gardes criaient pour demander ce qui se passait. Il fallait à
tous prix les empêcher de se joindre à la lutte avant que les hommes de Jan
aient vaincu toute opposition dans le château. Thur regarda par la lucarne.
Deux arches de pierre traversaient l’abîme. Un pont en bois avait été
construit sur ces arches sur environ douze mètres à partir des terres et un
pont-levis permettait de passer de ce pont au château. Par chance le pont
était levé.
Il réfléchit un moment. Si seulement il pouvait les attirer ici ! Mettant ses
mains en porte-voix autour de sa bouche, il a crié : « Au secours ! Venez
ici ! Les hommes sont ivres et se battent ! »
Deux hommes avec des hallebardes se sont précipité sur le pont de bois et ont
demandé : « Qui appelle ? Abaissez le pont ! » mais les hommes de Thur étaient
déjà à la manœuvre et le pont-levis descendit lentement alors que deux autres
hommes rejoignaient les deux hallebardiers avec fureur. Thur savait qu’ils se
demandaient pourquoi on les appelait eux plutôt que la garnison. Thur appela à
nouveau à l’aide.
« Qui appelle ? » ont-ils répondu. « Montrez-vous !
- Venez vite ! » hurla Thur.
« Mais qui êtes-vous ? » fut leur réponse et les hommes ont commencé à se
retirer vers la barbacane en disant : « Le problème semble réglé maintenant,
nous reviendrons demain matin lorsque nous pourrons vous voir."
Thur jura, mais il semblait que les hommes n’étaient pas encore totalement
rassurés, ils sont retourné vers le château tout en discutant. Thur a dit :
« On ne va pas arriver à les attirer ici. Il ne doit pas y avoir beaucoup
d’hommes là-bas, mais chacun d’eux pourrait me coûter dix vies avant que nous
arrivions à nous emparer de la barbacane. » Il a fait signe à ses hommes de
prendre les arbalètes sur les murs et ils les ont rapidement encordées. A
cette distance il était impossible de les manquer. Les flèches sifflèrent dans
l’air et trois hommes sont tombés avec des carreaux plantés dans le visage et
les autres se sont précipités dans la barbacane en criant « Trahison ! » puis
ils ont claqué la porte derrière eux.
« Le reste peut attendre, » s’est dit Thur et il a ordonné de lever le
pont-levis. Pendant ce temps Jan, Wat et Stammers ont conduit leur troupe dans
le casernement, éclairé uniquement par une lampe vacillante, mais ils
s’étaient munis de torches. Le combat tenait plus du massacre que d’une lutte.
Les Saxons avaient enduré des années d’oppression et la plupart des Normands
furent abattus avant d’avoir pu atteindre leurs armes, ou, pour la plupart,
avant d’être réellement réveillés et beaucoup sont morts dans leur lit, sans
jamais se réveiller. Des cris leur annonçaient qu’il s’était passé la même
chose à la cuisine.
A ce moment il y a eu un grand tumulte dans la cour, Jan se précipita vers la
porte. Un grand homme avec une longue épée et accompagné de deux écuyers avec
des flambeaux émergea à la porte du logis. Il s’agissait de Fulk Fitz-Urse, le
fils aîné de Fitz-Urse dont Thur pensait qu’il était au loin. « Qu’est-ce que
c’est ? Qu’est ce qui se passe ? » Hurla-t-il de sa grosse voix. « Vous voulez
vous battre espèce de vermine ? Calmez-vous ou je vous fouette tous. » Il
était en colère et hurlait des menaces en direction du casernement mais alors
que Jan regardait, un carreau d’arbalète est apparu sous le menton de Fulk,
ses genoux se sont pliés et il est tombé à plat ventre sur les pierres avec
fracas. Presque simultanément, ses écuyers ont chancelé et se sont eux aussi
effondrés. Les hommes placés devant la porte du logis avaient obéi aux ordres
et leur ont tiré dans le cou, par derrière, les tuant sur le coup. Ainsi, au
moment où Thur a atteint la cour, plus un seul membre de la garnison n’était
encore en vie, à l’exception de quelques domestiques, tous Saxons et un prêtre
itinérant qui se trouvait là par hasard pour passer la nuit.
« Le château est à nous ! » a dit triomphalement Jan.
« Pas tout à fait, » a dit Thur, « écoute ». Il y a eu un craquement venant du
côté de la porte. Ils se sont précipités vers elle en courant malgré leur
fatigue. Le bruit venait de la barbacane. « Ils descendent le pont-levis, » a
dit Thur. « Ils vont chercher de l’aide. Je me demande où ils vont aller ? Ils
ne vont probablement envoyer qu’un seul homme. Si c’est bien ça, Olaf va s’en
occuper. Thur se demandait combien d’ennemis il pouvait bien rester. Deux
hommes pourraient en arrêter cinquante dans ces escaliers étroits. "
« N’y a-t-il rien à faire » a demandé Jan.
Thur a réfléchi. « Vas avec tous les hommes et cherchez toute la paille des
écuries, faites en des bottes, prenez tout le bois, l’huile et la graisse que
vous pouvez trouver, ramassez le jonc sur le sol dans le logis s’il n’y en a
pas assez et apportez des torches. »
Quand tout fut fait comme Thur l’avait ordonné, la porte fut ouverte en grand,
le pont-levis est tombé avec fracas, les hommes se sont élancé avec de grosses
bottes de paille qu’ils ont empilées contre la porte menant aux tours jumelles
de la barbacane. On y a rajouté du bois enflammé et l’huile. Des carreaux
d’arbalète furent envoyés vers les hommes portant la paille, mais les bottes
de paille les protégeaient et dès que la paille fut en feu, la fumée faisait
qu’il était impossible de viser. Les hommes de Thur n’ont donc pas subit
beaucoup de dommages. Avec l’huile et la graisse le feu brulait bien et la
fumée tourbillonnait jusqu’au ciel, Thur et Jan pouvaient imaginer qu’ils
voyaient Bartzebal exulter dans les flammes et la fumée. Des hommes se sont
approchés avec des piques et des seaux d’eau pour contenir le brasier contre
les portes et empêcher qu’il ne se propage vers le pont. Protégés par la fumée
d’autres hommes ont amené des poutres avec lesquels ils ont facilement enfoncé
les portes partiellement calcinées. L’eau a rapidement éteint ce qui restait
des feux mais la fumée tourbillonnait toujours vers le ciel quand les hommes
ont monté l’escalier avec prudence. Personne n’a opposé de résistance, dès que
les portes avaient été brisées la fumée s’était engouffrée dans une cheminée
et lorsque les hommes de Thur sont arrivés, ils sont tombés sur quatre hommes
qui suffoquaient à cause de la fumée. La porte extérieure était ouverte et le
pont-levis baissé. Un messager avaient été envoyé pour demander des secours
mais il était tombé sur Olaf et sa troupe et il fut immédiatement tué. Thur
pouvait enfin respirer, le château était à eux, au moins jusqu’au retour de
Fitz-Urse.
Le lendemain, en interrogeant les serviteurs effrayés, ils ont appris que Fitz-Urse
ne devrait pas revenir avant plusieurs jours. Ils se sont donc préparés à
soutenir un siège. Ils sont allés chercher des provisions au village de
pêcheurs dont les habitants avaient juré de garder le secret. Comme certains
des leurs étaient impliqués dans l’affaire, Thur se dit qu’ils allaient tenir
parole.
Les portes brûlées de la barbacane furent réparées et Olaf a été envoyé vers
Morven avec de bonnes nouvelles et pour instruction de se réfugier dans la
forêt à Deerleap, avec les forestiers. Car, comme l’a dit Thur : « Si on
découvre que je suis dans le château, ou que j’ai joué un rôle dans son
attaque, les Normands ne manqueront pas de se venger sur ma maison. »
Puis Thur s’est occupé de soigner les blessés des deux camps.
Le lendemain ils n’ont fait que se préparer à la contre attaque. En inspectant
les lieux ils ont constaté qu’il y avait sur place un bon stock de vivres et
d’armes. De la vaisselle en argent était rangée dans les armoires du logis
seigneurial. Il y avait aussi beaucoup de pièces de monnaies en cuivre, en
argent et même quelques une en or. Thur s’est rué dessus : « Il me les faut
pour récupérer ma maison, » a-t-il dit au grand damne de ses compagnons. Ils
avaient tous beaucoup souffert, tout le butin devait être pour eux, ont-ils
protesté. Si le médecin voulait de l’or, pourquoi n’en faisait-il pas ? Il est
bien connu que tous les mages font ça tout le temps ? Il y a eu une grosse
discussion et beaucoup d’insatisfaits mais le fait indéniable que les frères
Bonder et Thur avaient un rang élevé dans la fraternité a eu un grand poids
dans la balance et finalement Thur a obtenu ce qu’il voulait après avoir
promis qu’il ne réclamerait rien de plus. « Je ne voudrais pas perdre ma
maison, » a dit Thur.
« Mais pourquoi ? » a demandé Jan. « Vous allez vivre ici dans le château avec
Olaf et Morven. Vous serez mon grand vizir, comme disent les païens et vous me
donnerez des conseils sur la façon dont je régirais le domaine. Si je régis le
château maintenant, je ne vois pas comment je peux gouverner la région tant
que Fitz-Urse et ses enfants sont encore en vie.
- Je pense que nous devons à nouveau demander à Bartzebal ce que nous devons
faire, » a dit Thur. « Si seulement je pouvais retourner en ville et rapporter
les outils de l’art et les manuscrits, mais je ne vais pas quitter le château
avant que nous sachions où se trouve Fitz- Urse, je pourrais alors m’en
prendre directement à lui.
- On peut aller les chercher à tout moment, » a dit Jan, « mais on ne pourrait
pas en faire grand-chose sans Morven."
- Oui, » répondit Thur. « Nous y repenserons lorsque Morven pourra venir ici
en toute sécurité. »
Ils ont réussi à se procurer de nombreuses provisions et des volontaires parmi
les pêcheurs et les blessés pouvant encore marcher ont été renvoyés chez eux.
Le lendemain, Olaf était de retour, accompagné de Morven. Il leur a aussi
appris que Fitz-Urse n’était pas très loin derrière lui. Morven avait insisté
pour l’accompagner. Elle n’avait pas de chez elle alors que là elle avait une
chance de se battre et un siège serait une expérience merveilleuse, a-t-elle
insisté. Comme elle était là, ils ne pouvaient que lui permettre d’accéder au
château car s’ils l’avaient renvoyée, elle aurait couru le risque de tomber
entre les mains de Fitz-Urse. Jan a été ravi qu’elle soit là mais il avait
terriblement peur pour elle. Thur se précipita vers Morven et l’envoya soigner
les blessés. Puis il dit à Jan : « Si le pire arrive, tu l’emmèneras au pied
de la falaise avec quelques hommes et, de nuit, vous vous éloignerez dans les
bateaux de Fitz-Urse, alors que moi et Olaf nous résisterons, car vous devez
élever d’autres Bonder pour continuer le combat. Rattrape-la mon garçon,
parle-lui comme il faut et le prêtre itinérant pourra vous unir cette nuit.
- Mais ! » s’étrangla Jan
« Il n’y a pas de mais ! C’est ton devoir vis-à-vis de ta famille et en plus
sa présence est un danger, au moins pour elle. De plus en plus je suis
convaincu par notre mission. Nous ne faisons pas la guerre pour la gloire et
la célébrité.
- Mais, » a dit Jan, « N’aurais-je pas gagné la célébrité, si j’arrive à
reprendre toutes les terres qui ont été volées à mon grand-père ?
- Oui, oui, » a dit Thur. « La célébrité et la gloire et une mort illustre
peuvent être de grandes choses, pour vous, mais je pense à Morven. Si elle est
capturée elle risque le bûcher et personnellement je n’ai aucune envie qu’on
me tranche la gorge. Ici je suis ton général. Mon but est de faire de toi le
seigneur de ces terres et des châteaux, alors je m’occupe de la stratégie et
tu obéis à mes ordres. Maintenant retire-toi et vas parler à Morven. »
Donc, après discussion (car Thur refusa obstinément de dévoiler ses plans),
Jan s’en est allé rejoindre Morven, qui après s’être occupée des blessés,
s’était éloignée. Il la trouva rapidement dans le boudoir de l’épouse de Fitz-Urse.
Elle n’avait jamais vu une telle pièce depuis son enfance à Hurstwyck. La
tapisserie, les coussins moelleux, les canapés (car Fitz- Urse avait le gout
du luxe depuis son passage en terre sainte), la vue magnifique depuis les
fenêtres, tout cela rappelait son enfance à Morven et cela lui a fait penser à
sa mère. Elle leva les yeux quand Jan arriva sans s’annoncer. Ce n’était pas
un amoureux galant, il la regarda timidement et dit : « Morven, Thur dit que
nous devrions aller chez le prêtre et nous marier.
- Oh, vraiment ? Maître Thur a l’habitude de donner des ordres, mais n’ai-je
pas mon mot à dire dans cette affaire ? Est-il mon seigneur pour me donner en
mariage ou me vendre, sans mon consentement ? »
Jan sembla confus et triste. La jeune fille posa sa main sur son épaule.
« Jan, tu n’es qu’un enfant gâté. »
Jan l’a regarda pendant une minute sans mot dire. Lui, qui avait pris d’assaut
un château ! Il eut une idée. Thur a dit un jour : « Les femmes et les
châteaux c’est à peu près la même chose. » Il la saisit dans ses bras et colla
ses lèvres contre les siennes, elle s’est débattu quelques secondes puis elle
a rendu les armes. Il n’a pas compris comment mais ils se sont retrouvés tous
les deux, couchés sur un grand divan, enlacés et Morven avait blotti sa tête
sur son épaule.
« Dis-moi, mon amour, comment m’aimes-tu ?
- Plus que toute autre chose, » a-t-il répondu « Plus que tout au monde, plus
que les châteaux et les terres. Je t’aime depuis l’autre nuit à Deerleap, mais
fou comme je l’étais je ne m’en suis pas rendu compte.
- Mais qu’en est-il de votre Irlandaise, cette Dame de Jocelyn Keyes ? »
a-t-elle demandé avec malice.
« Oh ne me parle pas d’elle, elle n’est qu’une torche vacillante comparée aux
étoiles du ciel. Ô, Morven, ce nom n’est-il pas exquis et charmant, Morven, ce
nom a une sonorité magique. »
Ils sont encore resté ainsi un certain temps, il lui caressait tendrement les
bras et les épaules. « Bon alors c’est réglé, » a-t-il dit. « Je vais aller
voir le prêtre et nous nous marions ce soir ? »
Elle s’est soulevée. « Pour la première fois depuis que je te connais, tu veux
aller vite. Pourquoi toute cette précipitation ?
- Fitz-Urse, » a-t-il marmonné. « Il va arriver cette nuit ou demain et nous
devrons défendre un siège.
- Donc voilà, » a-t-elle dit en riant. « Je dois d’abord me marier selon le
bon vouloir de Maitre Thur et à une date qui convienne à Fitz-Urse. Viens Jan,
emmène-moi en haut du donjon pour que nous puissions voir si Fitz-Urse arrive.
Tu pourras ainsi me forcer à t’épouser, sans même que je puisse changer de
vêtements. »
Jan l’a regardée, elle s’était changée, elle ne portait plus les vêtements
d’hommes qu’elle avait enfilés pour monter à cheval. Elle portait maintenant
une jupe verte en serge, un chemisier blanc avec des bretelles qui ne
voulaient jamais rester en place. Avec ses bras nus et ses épaules, son visage
semblable à une fleur et ses cheveux roux or, elle était merveilleuse, divine,
pensait-il. Mais elle l’a tiré par le bras.
« Viens. Allons. Viens. »
Mais Jan marmonna: « Nous ne pouvons pas aller au sommet du donjon.
- Pourquoi ? » a-t-elle demandé. « Est-ce Maître Thur l’a interdit, ou alors
est-ce Fitz-Urse ? Ils semblent diriger toute ma vie aujourd'hui.
- Non, ce n’est pas ça. On n’arrive pas à trouver la clé, viens voir, » et il
l’entraîna dans la cour et lui montra.
Le seul accès au donjon se faisait par un escalier étroit en pierres d’à peine
soixante centimètres de large. Il courait sur l’extérieur de la tour, se
terminant par une petite plate-forme et une petite porte renforcée par des
plaques de fer à bien neuf mètres au-dessus de la cour. « Smid, le forgeron
est mort, » a dit Jan. « Il aurait pu nous ouvrir la porte. Il y a si peu de
place devant la porte, les hommes craignent d’être déséquilibré et de tomber
s’ils envoient des grands coups de marteau pour l’enfoncer. S’ils tombent,
c’est la mort assurée. Nous ne pouvons pas la brûler à cause du fer et nous ne
voyons pas comment entrer avant d’avoir trouvé un bon forgeron. Dis-moi belle
sorcière, tu n’as pas un sort pour charmer les serrures aussi bien que tu
charmes le cœur des hommes ?
- Hélas non, » a-t-elle dit. « Mais est-ce que cela ne va pas poser problème
si vous ne pouvez pas l’utiliser en cas de siège ?
- Si justement, » a-t-il admis avec tristesse, « mais Thur a un plan, il pense
pouvoir remporter la victoire et sauver des vies. Il dit que nous ne luttons
pas pour la gloire mais pour notre vie, avant que Fitz-Urse puisse trouver de
l’aide. Nous devons donc toujours faire ce qu’il dit, car c’est un soldat et
il a l’habitude des embuscades et les stratagèmes.
- Alors tu ne connais pas ses plans ?
- Non, il ne dira rien. Mais dis moi mon cœur, dois-je demander au prêtre de
venir cette nuit ?
- Jan, je ne sais pas quoi dire, je n’aime pas les prêtres. Mais Thur et Dame
Alice m’ont dit que tous les chrétiens n’étaient pas cruels. Donc oui, cette
nuit si tu le veux mon amour. »
Et ce soir-là, dans la petite chapelle du château, le Père Mathew, le prêtre
itinérant a dit les paroles pour les unir, Thur, Olaf et Simon Pipeadder
étaient leurs témoins.
Le lendemain matin, un éclaireur est arrivé au galop pour annoncer qu’un
groupe de cavaliers approchait et peu après ils furent visibles du château.
Thur avait fait tout ce qu’il a pu pour qu’on ignore que le château avait
changé de maitre et il semblait qu’il ai réussi, puisque les cavaliers
arrivaient apparemment sans craindre de danger. En interrogeant les serviteurs
ils ont appris quelle était la procédure habituelle lorsque leur seigneur
approchait.
Alors qu’ils s’approchaient de la barbacane, ils ont fait sonner une corne,
les ponts-levis intérieurs et extérieurs furent baissés et les portes ont été
ouvertes et des hommes dans les armures prises aux anciens défenseurs du
château sont apparus sur les remparts. Fitz-Urse est passé le premier sur les
ponts, suivi par dame Ellenora, puis de leur fils Rual et ensuite des hommes
en armes et des serviteurs.
Fitz-Urse était dans la cour avant de remarquer qu’il se passait quelque chose
d’étrange. Puis il a hurlé « Jehan. » Sa femme et ses cavaliers le suivaient
et il criait toujours « Jehan et Fulk, » lorsque son dernier homme a passé les
portes de la barbacane. Puis il y a eu un signal et la herse de la barbacane
est tombée lourdement, coupant ainsi toute retraite aux arrivants, et une
seconde plus tard, la herse du château s’écrasa sur un homme et son cheval et
les coupa littéralement en deux. Puis Jan, en armure, a crié d’une fenêtre
dans la guérite : « Rends-toi, Fitz-Urse. »
Fitz-Urse a tiré la bride de son cheval et l’a forcé à se retourner, cherchant
à voir d’où venait la voix étrange. « Qui es-tu, toi le coq qui chante si fort
dans mon propre château ? Montre-toi et je vais te couper les oreilles.
- Je suis Jan de la famille Bonder, j’ai reconquis le château de mon
grand-père. »
Fitz-Urse un peu perdu regardait la herse qui séparait sa troupe en deux. Puis
il fit avancer son cheval au centre de la cour et l’a fait tourner, il
regardait avec étonnement. « Mais qui es-tu au nom du diable ?
- Je suis Jan Bonder, fils de Hugues et petit-fils de Sir Edgar, que ton père
a si vilement assassiné, » reçu-t-il comme réponse.
Fitz-Urse regardait avec étonnement tout autour de lui, constatant que les
archers se tenaient prêts à tirer de la guérite et devant le casernement, Fitz-Urse
se gratta la tête. Puis, soudain, saisissant la bride de son épouse il cria :
« A moi, » et il s’élança vers le donjon. Les chevaux glissaient sur le
dallage. Ensuite Jan a vu que certains hommes de Fitz-Urse se sont précipité
au niveau du donjon pendant que les autres se plaçaient en cercle autour de
leur chef, leurs lances pointées vers l’extérieur. Puis il a vu Dame Ellenora
Dame qui tenait ses jupes à deux mains, elle tenait aussi une grosse clef et
se précipitait vers les marches suivie de plusieurs hommes.
Puis la voix de Thur se fit entendre dans le casernement. « Tirez, tirez
rapidement, s’ils parviennent à y entrer nous ne pourrons jamais les en
déloger. » Rapidement une volée de flèches s’est abattue sur les Normand mais
semble-t-il sans atteindre Dame Ellenora. Certains Normands sur les marches
armaient leur arbalète et commençaient à riposter.
Puis elle a atteint la porte de fer et se tourna pour insérer la clef dans la
serrure. Mais son dos était une cible bien trop belle. Deux flèches l’ont
atteinte. Elle chancela un instant puis lâcha la clef qui tomba au milieu de
la cour. Puis Dame Ellenora est tombée à la renverse en faisant un bruit sourd
en atterrissant sur les pierres. Jan ferma les yeux avec horreur, puis les
rouvrit lorsque qu’un « Ahha » sourd se fit entendre et il a vu Thur qui se
précipitait hors du casernement pour saisir la clef et retourner immédiatement
à l’abri alors que deux hommes de Fitz-Urse se précipitaient, leurs lances
pointées vers lui. Quelques flèches ont ricoché sur leur armure. Jan a vu
Morven apparaitre comme un éclair et un couteau tourbillonner dans les airs.
Il atteint un homme en pleine face ce qui lui a fait faire une embardée de
côté avant de s’écrouler. Son pied étant resté dans l’étrier, son cheval l’a
trainé sur les pierres de la cour. Thur avait presque atteint la porte, quand
Jan a vu avec horreur une longue lance sortir de sa poitrine. Une pluie de
flèche s’abattit alors sur l’homme qui venait d’atteindre Thur et il tomba
mort. Jan compris alors que Fitz-Urse et ses hommes ne résistaient même plus
sous les flèches. Derrière lui des bruits lui a indiquaient que les hommes
pris au piège entre la guérite et la barbacane étaient massacrés avec des
pierres et des flèches.
Mais tout ce qu’il pouvait voir, c’était le corps de Thur étendu dans une mare
de sang sur les pierres et Morven couchée sur le corps, qui pleurait toutes
les larmes de son corps.
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