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Avec l’Aide de la
Haute Magie
Chapitre IV – La Sorcière
par Gerald Gardner
version française
Tof
&
Xavier
Ils ont perdu leur chemin, l’ont retrouvé, puis perdu à
nouveau et erré dans les terres céréalières fertiles, les champs de moutarde
et de garance. En fin d’après midi ils sont arrivés au bord du lac. Il
s’étendait aussi loin qu’ils pouvaient voir dans ce plat pays. Ses eaux
étaient bleues comme le ciel au-dessus, il brillait dans la lumière du soleil.
Le bord de l’eau était bordé de gros bosquets de saules dans leur robe de
printemps de couleurs violet et vert. Il régnait un immense silence, un calme
profond planait sur tout, un silence comme ils n’en n’avaient jamais vécu.
« C’est le lac, sans aucun doute » a déclaré Olaf.
« Peut-être. Mais que fait-on maintenant? On nage? » a demandé Thur.
Olaf a pointé son doigt vers la gauche. Ils ont suivi la direction qu’il
indiquait et ils ont vu un chemin étroit entouré d’eau. Ils n’avaient d’autre
choix que de s’y risquer. Estimant que le chemin était assez sûr, ils ont
avancé avec une plus grande confiance, franchi la bande de terre et atteint
les champs de l’autre côté.
« Jusqu’ici tout va bien ... mais où est Wanda? » a demandé Thur en regardant
aux alentours. Le mauvais chemin qui les attendait semblait s’arrêter au
niveau d’un groupe de saules. Olaf a suggéré qu’ils avancent et qu’il grimpe
dans les branches et d’en haut il pourra voir où aller. Cela fait, il a dit
qu’il y avait un groupe de cabanes deux champs plus loin, il n’y avait qu’à
suivre le chemin et ensuite il y avait encore plus d’eau.
« Allons-y, il n’y a rien d’autre à faire » a dit Thur.
Après quelques minutes ils sont arrivés aux cabanes dont l’apparence excitait
beaucoup leur curiosité. Les gens avaient un aspect sauvage et on voyait bien
qu’ils souffraient de pauvreté et que leur vie était misérable. Ils étaient
épuisés et presque morts de faim et ils les regardaient derrières leurs
cheveux emmêlés ou épiaient par les trous dans les huttes qui servaient de
fenêtres. Ils semblaient avoir peur des étrangers car ils étaient sauvages. Un
bouquet de feuilles sur la porte d’une des cabanes, un peu plus grande que les
autres, proclamait qu’il s’agissait d’une auberge. Ils ont mis pied à terre et
y sont entré heureux de s’éloigner des gens qui étaient à l’extérieur.
L’aubergiste les regardait d’un air maussade et attendaient sans parler. Thur
a commandé de la bière, expliquant qu’ils s’étaient perdus, qu’ils étaient des
étrangers dans ces régions et se rendaient en ville pour affaires.
La bière leur fut apportée et servie à la table rudimentaire où ils s’étaient
assis.
« Est-ce qu’on arrive en ville en continuant sur cette route ou doit-on
revenir sur nos pas et prendre un autre chemin? » a demandé Thur poliment.
« Oui, suivez le chemin. Il rejoint la route à trois kilomètres d’ici. »
- Quel est le nom de votre hameau, mon ami? » a demandé à nouveau.
« Wanda, Maitre » fut sa courte réponse.
Thur étudiait l’homme en buvant sa bière. Son mutisme extrême semble être
causé par un problème qui occupait son esprit plus que par une répugnance à
parler : Il pouvait à peine penser à autre chose que ce qui le préoccupait et
s’acquitter de sa tâche : Après plusieurs tentatives infructueuses pour le
faire parler et obtenir de lui des informations, un morne silence était tombé.
Le désespoir de Jan l’a conduit à ce qui s’est avéré être une brillante
intuition. Il a demandé :
« Et où est la patronne?
- Morte » a grogné l’homme. « Ça fait cinq ans.
- Oh. »
Thur a cependant vu une lueur d’intelligence dans l’œil de l’homme, le voile
qui lui obscurcissait l’esprit et lui plombait le moral semblait se lever et
il a poursuivi rapidement. « As-tu jamais pensé à prendre une autre ... un
homme jeune et vigoureux comme toi » a-t-il insinué.
« C’est clairement contre la nature humaine » a déclaré l’aubergiste.
« Quoi? Prendre une autre femme?
- Non, Maître, vivre seul."
- Eh bien, votre remède n’est pas à chercher bien loin.
- Mais elle ne voudra pas ... elle est seule ... loin de tout être vivant ...
C’est contre nature, n’est-ce pas, monsieur? »
A ce moment Olaf s’est levé et est sortit.
« Pourquoi, c’est une sorcière? » a demandé Thur en plaisantant alors que Jan
regardait les yeux écarquillés d’admiration pour son habileté:
L’hôte a sauté, cracha de dégoût et s’est signé.
« A Dieu ne plaise » a répondu l’aubergiste. « Ne parlez pas de telles
abominations, Maître.
- Je plaisantais monsieur, » s’excusa Thur mais l’aubergiste n’en a pas tenu
compte.
« Que peut-on faire? Ça fait des années qu’aucun prêtre n’est plus venu ici.
Ça ne peut que croître et s’envenimer?
- Quoi? » a demandé froidement Thur.
« La Sorcellerie! » Encore une fois, il a craché et s’est signé. « Ce n’est
qu’hier qu’un prêtre est venu. Il a parlé au gens du péché des sorcières et il
a dit qu’il reviendrait. »
Thur n’arrivait pas à avancer, il a essayé une autre approche.
« Eh bien, elle ne veut pas de vous?
- Non, c’est clairement contre nature.
- Demandez à nouveau, monsieur.
- J’ai déjà demandé sept fois.
« Vous savez ce que disent les saintes Écritures ... « Avant d’avoir demandé
soixante-dix fois sept », a dit Thur de façon désinvolte.
« Soixante-dix fois sept... soixante-dix fois sept, répéta l’aubergiste. «
C’'est clairement contre nature. Heh! » Et avec ce grognement lugubre il est
retourné dans ses ténèbres.
Pendant ce temps Olaf s’apaisait devant la porte fermée et regardait autour de
lui. Une fillette et un enfant plus petit jouaient dans une mare d’eau boueuse
où flottaient des copeaux d’écorce. Il s’est dirigé vers eux. La demoiselle
regardait en direction d’Olaf sous ses cheveux ébouriffés, elle avait remarqué
ses boucles blondes et ses beaux vêtements. Olaf gonfla ses joues et souffla
fortement, faisant des vagues minuscules sur l’eau. La petite barque était
secouée et l’enfant poussa des cris de joie en battant des mains et la
demoiselle sourit.
« Je vais vous montrer quelque chose d’encore mieux » a proposé Olaf, « allez
me chercher une branche et une feuille. »
L’enfant a détalé et est revenue avec un rameau feuillu qu’elle avait arraché
à un buisson voisin. Olaf a cassé une brindille, y a fixé une feuille en la
perçant en deux endroits et habilement a fixé la brindille sur un des morceaux
d’écorce avec l’aide de son poignard. Il a ensuite mis le tout à l’eau, un
petit bateau avec une voile et un mât.
« Oh, oh » a dit l’enfant émerveillé et à nouveau la fillette sourit, mais
elle semblait trop timide pour parler. Olaf a réfléchi sur la façon de lui
délier la langue et il s’est souvenu de deux petits pains qui lui avaient été
donnés ce matin par l’hôtesse à l’auberge. Il les tira de sa poche et vit avec
pitié l’avidité dans les yeux des deux enfants.
Silencieusement, il les leur donna et les regarda manger. « Il y a une vieille
femme chez moi dans notre village. Elle a un chat noir et chevauche un manche
à balai. Les hommes disent que c’est une sorcière. Quand elle est dans la rue
on crie tous : ‘Sorcière! Sorcière!’ et quand les grands ne sont pas là, on
lui jette des pierres. »
La dernière miette de pain fut dévorée, et la fillette avait retrouvé sa
langue, toute réticence était oubliée et alors que la plus petite retournait à
son bateau l’autre s’est mise à parler de ce sujet fascinant : « Nous aussi
avons une sorcière, enfin, les femmes disent que c’en est une, mais on en
parle pas aux hommes. »
« Est-elle vieille? » a demandé Olaf, les yeux écarquillés.
« Pas si vielle que ça... pas plus... pas plus de cent ans. Elle vit dans la
hutte près de l’eau, à un jet de flèche d’ici et elle n’est pas d’ici. Son
mari l’a amenée ici il y a trois ans, mais il est mort deux semaines plus tard
et elle vit seule ici.
- C’est une véritable sorcière? »
La fillette haussa les épaules. « Peut-être. Les femmes la détestent.
- Et toi?
- Non, elle est gentille et guérit les malades. Plusieurs fois des hommes
l’ont demandée en mariage mais elle n’a jamais accepté. John Landlord voulait
l’épouser, mais elle ne voulait pas.
- A-t-elle tué quelqu’un?
- Non, juste son mari. » Elle lui a raconté qu’un prêtre était venu la veille
pour demander s’il y avait une sorcière ici et il a dit à tout le monde que
c’était un pécher que de se mêler de sorcellerie et que les sorcières devaient
être attrapées et brûlées. Les hommes niaient obstinément qu’il y ait sorcière
ici, mais ils ont aussi dit au prêtre qu’il y en avait beaucoup dans le
village voisin.
« Et il y en a? » Olaf a demandé hors d’haleine.
« Non, je ne sais pas. La femme s’appelle Vada. Elle ne fait pas de mal, mais
les femmes disent qu’elle a ensorcelé les hommes et disent qu’elle est pire
qu’une sorcière. Je ne sais pas. »
Olaf a aussi appris... que le prêtre avait passé son chemin, insatisfait par
son enquête et avait promis de revenir rapidement. A ce moment une tête
ébouriffée est sortie de l’une des huttes, et une voix a crié: « Maud! »
La fillette a dire : « Ma mère appelle, » et en attrapant l’enfant par la main
elle l’a emmené dans la maison sans tenir compte de ses protestations, mais il
tenait toujours le petit bateau serré dans sa main. Olaf a ri et les salua
jusqu’à ce qu'ils disparaissent dans leur maison misérable.
« Pauvres petits, » a-t-il dit à haute voix, puis il a repoussé les idées
noires qui l’affligeaient, il s’est tourné et est retourné dans l’auberge.
Thur leva les yeux quand il entra et voyant son grand sourire (ce n’était pas
le petit sourire qu’Olaf affichait habituellement lorsque tout allait bien
pour lui) il su qu’il avait l’information dont ils avaient besoin. Thur s’est
levé instantanément et a terminé sa de bière et dit : « Viens, Jan, il se fait
tard. »
Il a payé la note et laissé un pourboire, mais même la vue de l’argent n’a pas
déridé l’aubergiste. « Le chemin pour la ville, mon ami?
- Suivez le chemin vers la gauche, mes maîtres, pendant environ douze
kilomètres à travers champs.
- Merci beaucoup, mon ami et que la chance vous assiste. Souvenez-vous ...
- Oui, soixante-dix fois sept. C’est vraiment beaucoup ... clairement contre
nature. » Et il a recommencé à grogner et a refermé la porte derrière eux en
secouant la tête.
« Je n’ai jamais vu un homme aussi troublé par l'amour », a dit Thur avec
compassion, puis, se tournant brusquement vers Olaf, « Eh bien, mon garçon?
- Elle habite là-bas, en bord de l'eau.
- Tu en es sûr?
- Sans aucun doute c’est bien elle et c’est aussi la femme qui a pris le cœur
de notre hôte.
- Je le pensais aussi, mais je n’ai pu obtenir de renseignement. C’est bien,
Olaf. »
Ils montèrent en selle et firent faire demi-tour aux chevaux mais l’aubergiste
est réapparu en agitant les bras.
« Pas dans ce sens, Maitres! A gauche ... à gauche ... vous retournez sur vos
pas. »
Thur s’est retourné et a agité la main de façon rassurante en disant : « Nous
allons tout d’abord au bord de l’eau, voir un ami et le propriétaire retourna
dans son auberge. Après avoir chevauché sur une courte distance, Olaf a parlé
de sa rencontre avec les enfants et répété ce que la fillette lui avait
révélé.
« Tu as raison d’être sûr de toi, mais je n’aime pas cette histoire de la
visite du prêtre. Nous n’avons pas de temps à perdre. Cette ordure pourrait
revenir à tout moment et il ne viendra pas seul. Une chasse aux sorcières bien
trop proche pour être plaisante. »
Ils arrivèrent bientôt à la cabane, une cabane misérable construit avec des
pierres maintenues ensemble par du mortier de boue, posée à côté du lac au
milieu de terres défrichées. Une femme était en train de creuser la terre avec
une pelle en bois. Elle était mince et active et quand elle releva la tête ils
ont vu un visage maigre auquel ils étaient incapable de donner un âge à part
qu’elle devait avoir moins de quarante ans, sa peau avait la transparence
qu’avait celle de ceux qui avaient connu une longue maladie ou souffert
gravement de la faim. Elle les a regardés de ses grands yeux couleur ambre
profondément enfoncés. Ses cils étaient épais, longs, soyeux et très fournis,
ils étaient presque repoussants sur ce visage ravagé, mais ses sourcils
étaient minces et délicatement arqué contrastant avec la blancheur de son
front.
Ses cheveux étaient tirés en arrière et rassemblé dans un filet de sorte que
pas une mèche ne s’échappait. Son corps était souple et ses mouvements
gracieux sous son vêtement grossier qui ressemblait à un sac. Ses pieds
étaient nus, blancs et bien proportionné lorsqu’ils marchaient sur la terre
noire, mais la femme était maigre au-delà de tout ce que les hommes avaient pu
voir auparavant.
Voilà celle qu’ils avaient cherchée si ardemment, un objet de compassion qui
grandissait dans leur cœur quand ils la regardaient. Ses grands yeux sont
devenus encore plus grands et on pouvait y lire la peur. Elle était si
différente de ce qu’ils avaient pensé que pour un instant ils ne savaient plus
que faire. Thur était abasourdi, son esprit se perdait en conjectures.
Qu’est-ce qui les avait poussé à chercher cette femme? Avait-il été le jouet
d’un esprit diabolique?
« Vous avez raté votre chemin, messieurs. Celui-ci ne mène nulle part. Allez!
Retournez sur vos pas d’environ deux jets de flèches. » La voix, tendue et
inquiète, était musicale et avait des éléments d’une beauté encore plus
grande.
Thur se ressaisit vivement, se concentrant (avec effort) sur leur affaire,
mais Jan et Olaf regardaient toujours incrédule.
« Bonjour, madame » dit Thur, avec une douce courtoisie. « Avec votre
permission, nous aimerions vous parler, nous sommes venus de loin pour vous
trouver.
- Monsieur, j’évite les étrangers » répondit-elle, appuyée sur sa bêche,
regardant tour à tour le visage des trois inconnus. « Je vous remercie »,
a-t-elle ajouté.
« Votre nom est Vada? » a demandé Olaf en se souvenant comment la fillette
l’avait appelée.
La bouche de la femme était si exsangue, ses lèvres presque invisibles, mais
elles s’ouvrirent dans un sourire sombre, révélant de petites dents blanches.
« Oui, mon beau garçon. Que me voulez-vous? »
« Nous demandons votre aide, Vada » a déclaré Thur.
« De l’aide? » a-t-elle répondue en écho. « Quelle aide puis-je apporter à des
gens comme vous? » Et ses yeux regardaient leurs beaux habits, puis sont passé
involontairement à ses propres pieds nus.
« Maîtresse! Connaissez-vous Tolède?
- Tolède? » a-t-elle répondu avec curiosité. « C’est dans un pays étranger.
Maître, je n’ai jamais été à l’étranger.
- Mais peut-être en avez-vous entendu parlé? » a poursuivi Thur, « Ab hur, ab
hus.
- Oh, que dites-vous » elle haletait, reculant d’un pas en regardant
désespérément par dessus son épaule. « Je ne comprends aucune langue
étrangères.
- Pourtant, je pense que vous savez quelque chose. Hetem Emen.
- Je ne sais pas. Je ne sais pas! » gémit-elle. « Partez messieurs, passez
votre chemin. Je ne peux pas vous aider. Je ne peux même rien faire pour
moi. » Son ton était désespéré, elle avait peur. « Vous ne connaissez pas ces
gens. Ils espionnent et parlent. Vous m’avez fait du tort en venant ici, ma
vie est déjà assez dure. Je n’ose pas ...
- Non, ma pauvre amie. Nous ne vous voulons aucun mal » s’est interposé
doucement Thur. « Nous vous voulons du bien. »
Mais elle semblait presque désemparée. « Vous ne savez pas ce qu’est ma vie. »
Sa voix était dure et sèche, pleine de tensions. « Je n’ose même pas avoir un
balai et je dois balayer mon sol avec une branche car ils observent et
murmurent. Comment puis-je aider les autres alors que je ne peux même pas
m’aider moi-même?
- Chère Maîtresse, calmez-vous. Écoutez, je vous en prie. Nous aimerions que
vous veniez avec nous. Je suis un homme vieillissant, je vis dans une ville
éloignée. J’ai une bonne maison et une servante. Venez avec moi et vous y
vivrez en tout honneur. J’ai besoin de quelqu’un comme vous pour s’occuper de
mes herbes et de mon jardin, pour m’aider à préparer mes simples et mes
potions. Vous connaissez ces travaux? »
Elle hocha la tête, bercée par la voix douce de Thur, son esprit se calmait
malgré ses tourments.
Olaf, qui seul était resté sur son cheval, se pencha maintenant sur sa selle.
« Hâtez-vous! Je vois un groupe d’hommes ... armés d’arcs » et bien qu’il
parlait à voix basse, Vada a entendu.
« Partez, partez! » a-t-elle crié. « Vous voyez le mal vous m’avez déjà
fait. »
Thur posa une main ferme sur son bras. « Calmez-vous, Maîtresse. » Ce n’est
pas nous qui vous ferons du mal, le mal a déjà était fait la dernière fois
quand ils sont venus chercher s’il n’y avait pas de sorcière. Ils sont revenus
pour vous. Hâtez-vous, vous ne pouvez pas rester ici ou alors vous allez
périr. Venez avec nous et vous trouverez sécurité et confort. Faites-moi
confiance et je ne vous trahirais jamais. »
Il y avait tant de conviction dans sa voix qu’à nouveau elle s’est arrêtée.
Elle a regardé Jan, qui était resté silencieux : « Est-ce qu’il vous aide?
- Oui maîtresse, il m’aide beaucoup et je vous prie de m’aider également, » a
répondu Jan.
Olaf a insisté. « Les gens quittent le forêt et viennent par ici. Certains ont
des torches.
- Décidez-vous maintenant! » l’a exhortée Thur.
« Venez, Maîtresse, il n’y a rien dont vous ayez besoin dans la cabane? Sinon,
faites-vite! » Jan était remonté en selle. « Mettez votre pied sur ma botte et
montez devant moi!
- Ils viennent pour de bon » averti Olaf. « Thur, hâtez-vous pour l’amour de
Dieu.
- Maîtresse, Maîtresse, vous scellez votre destin par ce retard. Pensez à ce
qu’il sera! » s’est écrié Thur.
Tout à coup, Vada saisi la bêche et se précipita dans un coin du jardin et a
commencé à creuser frénétiquement. Le terrain était dur et les coups de pelle
maladroits. Thur a couru à elle. « Venez » a-t-il dit, « Je vous achèterais
tout ce qu’il faut.
- Les deux couteaux de ma mère ! » dit-elle en haletant.
Thur compris en un éclair. L’instant d’après son épée à la main et il était
près d’elle et creusait lui aussi. « L’un à un manche blanc et l’autre un
manche noir ? »
Elle hocha la tête. Ils avaient déterré une boîte grossière faite dans une
chute de bûche de bois. Dedans il y avait les couteaux à manche noir et blanc
que Thur cherchait depuis vingt cinq ans. Ils étaient enveloppés dans un linge
blanc et Vada les serra contra sa poitrine.
Thur rangea son épée, prit Vada par la main et, la saisissant par la taille,
l’a fit monter devant de Jan, puis sauta sur son propre cheval.
« Par où va-t-on ? » a dit Jan à l’oreille de Vada.
« Tu nous guides, Jan » a crié Thur « baissez-vous !
- Droit devant. Suivez la rive, a indiqué Vada.
De nombreuses voix leur ont crié d’arrêter. Deux flèches ont sifflé au dessus
de leur tête alors que les chevaux excités se sont mis à galoper comme des
fous, ils étaient bien reposés et fougueux. Heureusement aussi, seuls deux des
hommes avaient encordé leurs arcs. Deux autres flèches ont sifflé ... l’une
s’est plantée à l’arrière de la selle de Jan, l’autre a failli frôler cuisse
d’Olaf. Il a fallu une demi-minute à ceux qui avaient des arcs pour les
encorder, puis vint le whirr vicieux ... whirr ... kaplock ... kaplock des
flèches, suivi par un whizz plus profond d’un trait d’arbalète. Ils ont galopé
avec leurs têtes touchant presque l’encolure du cheval. Jan courait le plus de
risques car il était juste derrière Vada et leurs poursuivants le prenaient
pour cible. La pluie de flèches était continue, mais ils y ont échappé,
c’était un vrai miracle ... ou était-ce que la plupart des archers voulaient
manquer leurs cibles?
Puis ils sont arrivés à l’endroit où le lac coupait leur route, courbés devant
eux, Thur gémit de consternation, Olaf sifflait, Jan grinçait des dents.
« Tout droit à travers les roseaux » souffla Vada. « Ce n’est pas profond, on
ne court aucun risque. »
Témérairement Jan passa le premier. Son cheval s’est enfoncé dans l’eau
jusqu’aux sangles de sa selle, mais il réussi à retrouver son équilibre et
marcher sur le fond de l’eau, suivi par les autres. Les roseaux les gênaient
et ralentissaient leur progression et ils devaient forcer le passage alors que
les flèches sifflaient de façon horrible au dessus de leur tête. Jan avait un
drôle de sentiment, il pensait qu’un mauvais tireur aurait pu être plus
dangereux qu’un bon. Très vite ils furent au-delà des roseaux et si l’eau
était plus profonde, ce qui obligeait les chevaux à nager, les saules
formaient un écran qu’ils appréciaient beaucoup. Les poursuivants déconcertés
se tenaient sur le rivage, criant leur fureur et souhaitant mort et damnation
à ceux qui leur échappaient.
Maintenant les pourchassés étaient hors de portée, l’eau devenait moins
profonde et la terre se trouvait seulement à quatre cent mètres devant eux,
bordée par une autre ceinture de saules. Ces quelques centaines de mètres ne
présentaient pas de grandes difficultés et les chevaux avaient pieds. En
sortant de l’eau Thur s’est retourné et a vu avec satisfaction qu’il ne
pouvait plus voir leurs poursuivants sur la rive. Mouillés et mal à l’aise,
mais en sécurité, ils chevauchèrent côte à côte.
Vada dit : « On traverse deux champs et nous sommes sur la route de la ville.
- Oui madame, que doit on faire? Nous comptons sur vous pour nous guider » a
déclaré Thur.
« Quand nous atteindrons la route nous seront à six kilomètres en amont du
point où les autres chemins se rejoignent. Ils suivront car ils savent que
nous ne pouvons pas emprunter d’autre chemin, mais comme ils n’ont pas de
chevaux, ils doivent faire demi-tour et prendre l’autre route.
- C’est bien. Nous avons alors une avance de six kilomètres. A quelle distance
se trouve la ville?
- Environ douze kilomètres.
- Si nous nous rendons en ville dans cette tenue cela fera beaucoup parler » a
dit Jan
« C’est hors de question » a dit Vada rapidement. « Vous êtes tous mouillés,
avec une jeune mendiante elle aussi trempée et elle a les pieds nus, nous
risquons d’être arrêtés et interrogés.
- La fille a raison » a dit Thur. « Que pouvons-nous faire, Vada? Tu connais
la région?
- Autant que je peux marcher. A un kilomètre et demi de la ville il y a une
route conduisant vers l’ouest. Nous devons chevaucher vite et loin jusqu’à ce
qu’on arrive à nouveau à la forêt. Je ne sais pas où c’est... et nous devons
voyager de nuit.
- Peste soit de ce plat pays! » s’est exclamé Thur.
« Je ne devrais pas craindre les hommes de Wanda, mais il y avait deux moines
parmi eux, et ils ne vont pas renoncer à leur chasse aux sorcières avant
d’avoir trouvé une victime » leur a dit sombrement Olaf.
« Des moines, tu dis? » a demandé Thur en fronçant les sourcils d’un air
consterné. « L’affaire se corse. Ils vont ameuter le pays contre nous et
propager cette histoire de hameau à hameau ... et obtenir de l’aide dans tous
les foyers religieux.
- Mais pour le moment ils sont à pieds et à six kilomètres derrière nous » a
dit Jan en essayant de se rassurer.
« Oui, mais ce sont des chasseurs et ils peuvent marcher à un rythme soutenu »
leur a dit amèrement Vada.
A ce moment Jan s’est hâté de diriger son cheval vers le bord de la route et
ils ont chevauché dans la prairie. La ville s’étendait devant eux, une vue
belle et plaisante à la lumière du soir.
Thur leur a montré un groupe de peupliers qui poussait à même pas cent mètres
de la route à leur gauche. « Allez vous abriter tous les trois sous les arbres
jusqu’à ce que je revienne. Là vous serez bien caché. Je vais en ville pour
acheter de quoi boire et manger et des vêtements d’homme pour Vada. Si je ne
suis pas revenu dans une heure, repartez sans moi. Olaf! Descends de cheval et
laisses Jan prendre ton cheval pendant que tu te caches dans un fossé et
surveilles pour voir si ces vermines n’arrivent pas, mais je ne pense pas
qu’ils puissent être là en moins d’une heure et demie. Ils se sont épuisés en
tirant très mal, en courant et en criant.
- Thur, laisse-moi y aller » supplia Jan.
« Non, je suis discret et j’ai plus d’expérience. »
Ce disant, il s’est éloigné rapidement tandis qu’Olaf cherchait un endroit sûr
pour faire le guet. Jan et Vada trottant lentement jusqu’aux peupliers en
conduisant le cheval d’Olaf. Ils sont descendu de cheval et se sont assit sous
les arbres, adossés contre un tronc abattu. Le silence se fit entre eux, Jan
cherchait en vain quelque chose à dire. Il craignait que Vada prenne ombrage
de son silence, mais plus il y pensait moins il trouvait quoi dire, jusqu’à ce
qu’il entende un petit soupir et qu’en tournant la tête il constate que Vada
s’était endormie. Même dans son sommeil on voyait encore qu’elle avait connue
privations et souffrances. Jan détourna les yeux parce que ce qu’il voyait
n’était pas agréable et elle s’est mise à pousser des gémissements qui le
chagrinaient. Il fut soulagé quand Thur fut de retour, trottant vers eux avec
Olaf qui le suivait en courant.
Vada se réveilla lentement : « Vous n’êtes même pas resté absent une heure,
Thur » a dit Jan. Il a remarqué que Thur était de très bonne humeur et avait
trouvé un quatrième cheval qu’il menait par la bride et sur lequel il avait
placé ses achats. Il jeta un paquet au pied de Vada. « Voila madame, passez
derrière les buissons et enfilez ces vêtements. Oui il n’y a pas dans toute
l’Angleterre d’homme plus rapide que moi pour faire des achats! » Lorsque Vada
eut disparu, Thur a commencé à transférer ses biens sur le nouveau cheval. «
La pauvre Nan elle n’a eu aucun repos » a-t-il dit « et elle appréciera de
porter quelqu’un de plus léger que moi. Cette jument est fraîche et dispos et
je l’aime bien.
- Comment es-tu tombé sur elle? » lui a demandé Olaf.
« Un coup de chance, il y avait une foire aux chevaux à cinq minutes à pied de
la porte de la ville. Il vaut mieux naître chanceux que riche ... qui vient
par ici? »
Une personne soignée vêtue de brun roux s’approcha d’eux, tenant deux couteaux
contre sa poitrine.
« Ces couteaux sont notre bien le plus précieux, Vada, nous ne pouvons rien
faire sans eux », dit gravement Thur. « Pourtant, ils sont très dangereux pour
toi et s’il étaient trouvés en ta possession ils scelleraient ton destin.
Vas-tu me les confier?
- Oui bien sûr » a-t-elle répondu avec empressement.
Thur les prit toujours enveloppés dans le tissu blanc et dit Olaf de détacher
son manteau de la selle. Quand ce fut fait, il enveloppa le couteau dans les
plis du manteau et le remis en place en l’attachant solidement.
« Je te remercie, Vada. Ta confiance est bien placée. Maintenant, toi, Olaf,
écoutes, et obéis sans poser de questions. Je te confie ces couteaux,
ramène-les en toute sécurité dans ma maison puis rends-les à Vada. C’est une
charge solennelle mon garçon et si nous sommes poursuivis, tu dois fuir et les
mettre en sécurité. Ce n’est qu’après que tu pourras revenir pour voir si tu
peux nous aider. Ces couteaux ont des marques sur la poignée et la lame qui
hurlent ‘magie!’ aux oreilles de ceux qui nous cherchent et ce serait le
bûcher pour nous tous si on les trouvait sur nous. Sans eux, nous pouvons
passer pour des voyageurs pacifiques. Il est donc de ton devoir de ne pas
laisser ces preuves tomber entre leurs mains, mais d’apporter ces couteaux en
toute sécurité chez moi. Vas-tu le faire fidèlement?
- Que Dieu m’en soit témoin » a répondu solennellement Olaf.
« Bon. Nous avons perdu un temps précieux. Allons maintenant. Il y a encore
deux bonnes heures avant la tombée de la nuit. »
Ils sont montés sur leurs chevaux et étaient sur le point de quitter l’abri
des peupliers quand ils ont entendu un bruit de voix venir de la route. En
attendant, ils ont vu une foule en haillons et aux pieds lourds avancer dans
le crépuscule. Il y avait deux moines parmi eux marchant de chaque côté de
John Landlord qu’ils semblaient surveiller.
« Ils s’éloignent » souffla Thur. « Quelle chance que nous soyons encore
cachés. »
Landlord semblait les suivre à contre cœur et les moines avaient quelque
difficulté à le faire se hâter. Tout cela à cause de leurs exhortations
acerbes à se montrer un bon fils de la Sainte Église en aidant à tuer de façon
vraiment barbare la femme qu’il aimait. Par son refus obstiné il retardait le
cortège et attirait sur lui toute l’attention. Peut-être que John Landlord
n’était-il pas aussi bête qu’il en avait l’air.
« Pauvre homme! Que vont-ils faire de lui? » murmura Vada, en se tordant les
mains.
«Pas grand-chose » ricana Thur doucement. « Je défie le pape lui-même et toute
l'assemblée des cardinaux d’obtenir un mot sensé de sa part.
- Je n’ai pas eu cette impression.
- Oh, vous avez un pouvoir que Sa Sainteté n’a pas » a dit Thur en souriant
puis ils se turent, regardant passer le cortège sans que personne ne jette
même un coup d’œil vers là où ils étaient cachés.
Thur détacha son manteau et le jeta à Olaf. « Enroule-le sur ta tête et cache
ton costume vert », a-t-il commandé, et comme Olaf obéissait Jan s’est dépêché
d’enlever son capuchon bleu. Puis ils sortirent avec précaution de leur abri
et menèrent leurs chevaux au petit galop pendant un peu moins d’un kilomètre.
Personne ne les suivait et atteignant la route principale ils ont galopé aussi
vite que le pouvaient leurs chevaux.
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