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Avec l’Aide de la
Haute Magie
Chapitre V – L’Aide de la Lune
par Gerald Gardner
version française
Tof
&
Xavier
Ils ont chevauché toute la nuit, sans s’arrêter ni se reposer, ni manger,
jusqu’à l’aube. C’était deux jours après la pleine lune et jusqu’à présent
Thur n’avait jamais apprécié combien il était important que cet « astre
secondaire » soit favorablement dans un thème astral. Il savait que dans le
sien la lune était favorable et il regardait la dame argentée pour qu’elle
l’aide dans cette situation terrible.
Elle fut là pour lui. Elle s’est levée claire et brillante avec splendeur et
même si elle apparaissait plus tard tous les soirs, elle était guidée par une
loi immuable et sa ponctualité ne fut pas entravée par les nuages. Elle les a
guidés sur la route, sur les chemins d’herbes, dans les champs et les forêts
où sa lumière pouvait pénétrer dans les branches qui se balançaient alors
qu’elle n’aurait pu le faire un mois plus tard lorsque le feuillage des arbres
serait plus dense. Toujours vers le sud ouest, elle les a guidés toute leur
semaine de fuite, sans jamais briser la promesse de cette première nuit, quand
à l'aube, elle les conduit dans une épaisse forêt où ils étaient en sécurité
et ils descendirent de cheval.
« Nous devons rester ici jusqu’à la nuit » a déclaré Thur. « Hey, Vada ... »
et il passa son bras autour d’elle, car au moment où elle a mis pieds à terre
ses genoux se sont dérobés sous elle de fatigue et sans cela elle serait
tombée. « Hey, ma fille, appuies-toi sur moi. Nous t’en avons trop demandé.
Allons ! Courage ! Nous n’avons plus grand grand-chose à faire avant de nous
reposer et manger. Jan, attrape-la et aide-la. Aide-la à se coucher quelques
instants, je dois d’abord vérifier que tout est tranquille autour de nous.
Viens avec moi, Olaf » et Thur est retourné au bord de la route, où il a
choisi un endroit d’où il pouvait voir la route sur près de deux kilomètres
dans les deux sens tout en étant lui-même dissimulé. « L’un d’entre nous doit
toujours être ici à surveiller » a-t-il dit.
« Pourquoi ? » a demandé Olaf. « Si nous sommes dans les bois, personne ne
peut nous voir.
- On voit bien que tu n’as jamais été soldat » a dit Thur en riant. « Un
soldat veut toujours savoir qui le poursuit ! Je ne crains pas les hommes en
armes mais s’ils envoient des forestiers, ils suivront notre piste là où nous
avons quitté la route et ils tomberont sur nous sans que nous nous y
attendions. Ou, si c’est un shérif avec ses archers à cheval, ils ont toujours
des chiens pisteurs avec eux, et ils pourraient nous suivre partout. Mais ce
que je crains le plus, ce sont coursiers envoyé devant nous sur notre route
pour monter les gens contre nous. Alors, fait le gué ici, Olaf, bien caché, si
tu vois l’un d’entre eux dis-le moi, nous devrons fuir rapidement. Je vais te
laisser maintenant. »
Il est donc retourné auprès de Jan et Vada, qui a essayé de se lever à son
approche mais elle s’est effondrée à nouveau dans ses bras en disant avec un
sourire ironique: « Si je peux avoir quelque chose à manger, tout ira bien, »
ce qui fit glousser Jan agacé par sa propre négligence. Vada avait chevauché à
ses côtés toute la nuit, elle était resté muette mais recherchait tacitement
sa compagnie et il n’a pas vu sa détresse de plus en plus grande, pas plus
qu’elle ne lui en a parlé, sachant qu’ils étaient en danger. Bien que Jan ai
été distrait et concentré sur lui-même, il se montrait bienveillant pour
l’humanité dans son ensemble, à l’exception de Fitz-Urse.
« Je ne suis qu’un imbécile » a-t-il dit à Thur. « J’ai oublié qu’elle n’était
qu’une femme.
- Son esprit pourra faire face à tout les dangers, mais son corps est mort de
faim, nous aurions dû y penser. »
Jan s’est précipité vers Vada et la porta à moitié en lui murmurant des
paroles d’encouragement tout en se reprochant son manque de compréhension.
Jetant un regard vers son visage, plus blanc que jamais sous la lumière
blafarde, il vit des larmes sur ses joues luisantes, la compassion des hommes
l’avait tellement émue et soulagée, elle n’était pas habituée à la pitié, elle
ne pouvait pas retenir ses larmes. En progressant de la sorte ils sont arrivés
à une toute petite clairière entourée de grands arbres et de buissons. Au
centre il y avait une mare forestière à côté de laquelle poussait un if et le
sol était recouvert de feuilles oranges de hêtre séchées que le vent avait
fait tourbillonner et entassé.
« Nous ne pourrions pas avoir mieux que cela » a déclaré Thur, et si nous
faisons un feu de bois sec sous cet if, il dissimulera notre fumée. Vada peut
se reposer ici pendant que nous préparons à manger. » Il la posa doucement sur
un tas de feuilles et elle resta les yeux fermés, les paupières douloureuse et
laissa couler ses larmes. Elle cherchait à dissimuler, à elle-même et à ses
camarades, sa faiblesse qui lui était venue si brusquement et elle refoulait
ses sanglots qui secouaient sa poitrine. Elle ne comprenait pas ce qui
provoquait tout cela, sans voir qu’il s’agissait des effets de l’excitation,
la peur et l’appréhension car elle savait très bien ce qui l’attendait si elle
était capturée. Tout cela agissait sur son esprit et son corps et la privait
de sa maîtrise d’elle même, mais pas de son courage.
Ce n’est pas qu’elle doutait de ces étrangers. Elle avait une confiance
implicite dans leur volonté de la défendre au péril de leur vie, mais s’ils
étaient rattrapés et arrêtés, ils partageraient inévitablement son sort. C’est
ce qui la secoua de terreur et un accès de peur la saisit, elle ne pouvait
même plus rester debout. Si les hommes n’avaient pas été très occupés avec
leurs chevaux, à ramasser du bois pour le feu et déballer la nourriture ils
auraient vu dans quel état elle était.
L’esprit agité de Vada ne pouvait rien voir à part le visage blanc de sa mère,
puis maintenant le vent de côté qui poussait les flammes, et une épaisse fumée
qui s’élevait autour d’elle. Couchée dans la forêt, avec des chants d’oiseaux
à l’aube, son corps frémissant ressentait la morsure de la chaleur du bûcher
et elle se tordait en agonisant. Elle reprit contact avec la réalité en
enfouissant son visage dans les feuilles fraîches et parfumées. « Oh, Janicot,
grand Dieu, aie pitié de moi ! » dit-elle en sanglotant. « Accorde-moi
l’oubli. Oh, Dieu dans le ciel, aie pitié de ma mère. Donnes-lui le bonheur et
la tranquillité d’esprit. Réconforte-la, bénis-la, et garde-la toujours sous
Ta protection et dans Ton amour. »
La bouffée d’horreur a passé, apaisée ou peut-être exorcisé par la prière.
Elle a peut-être perdu connaissance pendant quelques instants car elle restait
immobile et silencieuse et quand Thur vint à elle, elle semblait dormir.
Il lui a parlé doucement en lui touchant l'épaule. « Venez, Vada, nous avons
du feu et de quoi manger. Laissez-moi vous aider à vous lever. »
Elle s’est laissée faire et afficha même un sourire furtif sur son visage.
Elle était quelque peu émerveillée, jusqu’à présent les hommes n’avaient eu
pour elle que du désir et de la cruauté, et eux ne voulaient rien d’elles, ils
étaient juste respectueux et bons pour elle. Elle avait l’impression d’être un
condamné à mort qui avait atteint un sanctuaire.
« Merci, mon ami, vous êtes bon » a-t-elle murmuré en se rapprochant du feu
avec lui. Il l’a installée dans un endroit abrité, l’aube était froide et
triste et ils ont tous regardé Thur partager un petit pain et couper un
morceau de saucisse chaude avec son poignard et le lui donner.
« Quand avez-vous mangé pour la dernière fois, Vada ? » a demandé sèchement
Jan parce qu’il était encore fâché contre lui-même.
Elle a souri, sachant que la sécheresse de son ton ne lui était pas destinée.
« Il y a deux jours que j’ai mangé mon dernier bout de pain et je n’ai plus de
farine. Depuis... » Elle a fait un geste expressif de la main qu’elle a gardé
ouverte, sa paume tournée vers le bas... plus rien que de l’herbe. »
« de l’herbe ! » Même en parlant Thur remarquait la grâce de son geste, mais a
dit d’un ton bourru: « Pourquoi ne l’avez-vous pas dit ? Nous avons de la
nourriture en abondance. »
« Je n’y avais pas pensé, » répondit-elle simplement.
« Donnez-lui de la bière » a dit Jan à la hâte, « cela va la raviver.
- Non, laisses-la manger d’abord, pauvre âme », a dit Thur. « La bière dans un
ventre vide c’est une calamité » et ils ont tous ri de bon cœur.
Ils ont fait un repas serein et après avoir mangé, ils se sont couchés pour
dormir la plus grande partie de la journée, les hommes ont monté la garde à
tour de rôle. Personne n’arrivait près d’eux et lorsque l’obscurité est
tombée, ils sont sorti du bois et repris leur route à travers champs le long
des haies jusqu’à ce que la lune se lève, poursuivant toujours en direction du
sud-ouest, en évitant tous les villages et hameaux. Cela les a obligé à faire
de nombreux détours, car là où les terres étaient déboisées, elles étaient
habitées et il ne leur était plus possible de chevaucher pendant des
kilomètres sans rencontrer d’habitations comme ils avaient pu le faire avant.
La nourriture et le repos avaient déjà bien réconforté Vada, et cette nuit,
elle n’a plus montré aucune des faiblesses qui avaient troublé sa nuit
précédente. Elle est restée à côté de Jan, lui parlant un peu d’elle-même de
temps à autre.
« Votre vie a été difficile, » a observé Jan en la regardant et il s’étonna de
constater que cela faisait rougir ses joues décharnées. Il avait envie de lui
demander à son âge, mais il se contenta de penser qu’elle avait à peu près
quarante ans.
« Très dure » a-t-elle convenu. « La plupart d’entre nous souffre de la faim
plus de la moitié de l’année.
- Oui » acquiesça-t-il avec amertume, « même si la récolte est bonne, cela
n’est pas suffisant lorsque les mains avides de l’Eglise nous arrache trois
fois son dû. On pouvait être heureux si elle se contentait de sa dîme. Vous
avez donc souvent faim, Vada ?
- Parfois, oui, mais vous savez comment c’est. Parfois on peut attraper un
lièvre... Je sais poser un collet ... mais lorsque les vents froids les
chassent sous terre, ils semblent avoir disparu de la surface de la terre.
- Et personne ne vous aide ?
- John Landlord voulait m’épouser. Il m’offrait de la farine et de la viande,
mais je ne pouvais pas les prendre et toujours lui dire non. C’est un homme
bon, mais ...
- C’est contre nature ! »
Elle s’est mise à rire, puis cria d’étonnement : « Que m’avez-vous fait ? Vous
m’avez fait rire, je n’ai plus ri depuis la mort de ma mère il y a trois
ans. »
Jan a gardé le silence alors qu’un accès de mélancolie semblait tomber sur
Vada, mais bientôt elle reprit le dessus et lui posa quelques questions sur
lui. Il lui a parlé de sa vie à la ferme, lui a raconté comment son grand-père
avait été attaqué, mais il ne lui a dit rien de ses ambitions, mais c’est elle
qui en a parlé et s’est écriée : « Si j’avais été à ta place, je ne pourrais
pas trouver le repos avant d’avoir repris ce qu’ils ont volés.
- je pense exactement la même chose que vous, » a-t-il admis.
Mais ce matin, tout en se reposant, assis à côté de leur feu au cœur d’une
autre forêt, Vada leur a parlé un peu plus d’elle-même en répondant à Thur qui
voulait savoir si elle était originaire de Wanda. « Pas du tout. Je suis née à
Hurstwyck à cinquante lieues plus au nord, près de la mer. Mon père et les
siens était des marins et il a vécu longtemps là-bas. Ma mère était une
étrangère. Mon père s’est noyé en mer lorsque son navire a sombré lors d’une
tempête. Il était capitaine.
- Vous deviez être jeune à l’époque ? »
Elle a hoché la tête en souriant de son petit sourire, elle était heureuse
qu’il s’intéresse à elle. « Nous vivions bien. Ma mère avait l’ancien savoir
de son peuple. Elle connaissait les simples et les remèdes. Les gens malades
venaient la voir à des kilomètres à la ronde. C’était une prêtresse de
l’ancienne foi, elle venait d’au-delà des mers.
- De l’Est » a complété Thur.
Encore une fois, elle a hoché la tête en le regardant intensément. « Il y a
bien longtemps, du pays où il fait toujours beau.
- Hm, » murmura Thur en y réfléchissant longuement.
« Que savez-vous de cela, Thur ? » demanda-t-elle.
Mais Thur semblait être plongé dans ses pensées et ne donna aucune réponse.
« Je suis certaine que vous savez quelque chose » insista-t-elle, ses grand
yeux d’ambre le questionnaient, « mais c’est confus. J’ai tout d’abord cru que
vous étiez un espion venu pour me piéger.
« Je sais quelque chose, mais pas grand chose; » a répondu Thur « et
uniquement en théorie, mais j’ai été au Sabbat en Espagne. Dis-mois Vada: et
vous ?
- Ma mère m’y a emmené pour la première fois quand j’avais cinq ans: La
rencontre avait lieu près de la ville et tous y allaient à l'époque.
- Comment y alliez-vous ? Sur un balai ? » s’écria vivement Olaf, en regardant
Jan.
- En marchant. Comme j’étais fière dans la nouvelle robe que ma mère avait
faite et brodée et comme j’ai pleuré quand elle me l’a enlevée et que nous
avons toutes deux enfourché un manche à balai comme un cheval-bâton pour
chevaucher nues au milieu de l’assemblée.
- Et ensuite ? » a demandé sèchement Jan, incapable de savoir s’il approuvait
ou non tout cela.
« Tous riaient et battaient des mains en me voyant. Puis le Prêtre Principal,
dont il est interdit de prononcer le nom, mais dont les sots et les prêtres
disent que c’est le Diable, s’est mis à rire lui aussi quand j’ai été portée
devant lui, il a dit : « Que vais-je faire avec une petite fille comme ça ? »
Jan était maintenant totalement atterré. « Le Diable vous a parlé ?
« N’étiez-vous pas terrorisée ? » a demandé Olaf se souvenant de sa propre
expérience bien moins effrayante.
Vada renversa sa tête en arrière et montra un véritable amusement : « Non, il
m’a pris sur ses genoux avec bonté et a mis une main sous mes pieds et l’autre
sur ma tête, en disant:« Ma jolie petite, jure d’être fidèle aux anciens
dieux, qui sont amour, bonté, gentillesse et plaisir, et j’ai bafouillé, ‘Oui,
Maître’, sur quoi tout le monde a ri et applaudi plus fort que jamais, alors
moi aussi j’ai ri et applaudi... et il a ri à nouveau.
- Et vous n’aviez pas peur ? Vraiment Vada ? » a demandé Olaf.
« Les enfants ne connaissent pas la peur, Olaf. J’étais émerveillée. Je savais
bien que le masque de bouc et le déguisement poilu n’étaient pas vrai, mais
l’étrangeté, la torche allumée entre ses cornes et le pouvoir qui émanait de
lui m’effrayaient un peu, mais me ravissait encore plus. Ma mère m’avait parlé
de fées et d’animaux qui étaient partiellement humains ou qui parlaient comme
des hommes et un des contes parlait d’un chat qui portait des grandes bottes
et qui avec sa ruse a aidé son maître à épouser une princesse. Tous les
enfants rêvent d’animaux qui leurs parlent. Je sentais que mon rêve était
devenu réalité. »
Jan sourit, comme à un souvenir d’enfant et insista : « Et puis ? »
« Le dieu s’est assis sur un trône de pierre. De nombreux prêtres et
prêtresses se sont assemblés autour de lui et des rites étranges mais vraiment
merveilleux furent pratiqués. Nous avons festoyé et chanté, il y avait
beaucoup de musique. Ils m’ont pris avec eux et on a dansé dans de grands
cercles et moi aussi j’ai dansé avec eux et j’étais si heureuse que je pensais
être au paradis. Ensuite j’y suis toujours allée avec ma mère. Beaucoup de
gens venaient de loin et tous étaient les bienvenus, car nous étions tous
frères. Nous faisions tous des choses laides et belles car on savait qu’il
fallait les faire si nous voulions avoir la santé, le bonheur et de bonnes
récoltes.
- Est-ce que tous les habitants de la ville y allaient ? » a demandé Thur.
« Oui, tous, même les bourgeois et les nobles. Certains portaient des masques
et ne prenaient pas part aux rites, ils restaient à part et festoyaient et
dansaient entre eux, bien que bon nombre parmi les plus jeunes se joignaient à
nos danses. Mais lorsque notre seigneur Sir Mortimer est mort, tout a changé.
Sa femme avait toujours été une femme dure et froide et elle aimait beaucoup
les prêtres. Elle ne venait jamais à nos réunions. Elle a fondé un couvent et
un monastère pour sauver de l’enfer l’âme de son seigneur et elle a forcé sa
fille (qui était toujours celle qui s’amusait le plus lors de nos rencontres),
en la battant, à entrer au couvent, où elle a grandi, froide et irascible
comme sa mère.
- Il y a eu des persécutions ? » a demandé Thur.
« Oui. Les deux curés, ceux qui conduisaient la danse lors de nos réunions,
ont été amenés devant le seigneur évêque. Puis de nombreux marins sont venus à
Hurstwyck, ils venaient de ports étrangers et il y a aussi eu des commerçants
avec leurs épouses qui venaient d’Allemagne. C’étaient des dévots de la Mère
Eglise et ils ont déclaré que nos réunions étaient un péché mortel.
- Mais vous faisiez vraiment en sorte que les cultures se développent bien et
venir le beau temps ? » a demandé Olaf.
« A quoi auraient pu servir nos rites si ce n’est faire tomber la pluie
lorsqu’on en avait besoin et que le temps soit beau pour la récolte ? Quand le
soleil était au plus bas, nous avions une Danse de la Roue où tous dansaient
dans un cercle avec des torches pour montrer au soleil comment revenir,
vaincre l’hiver, monter haut dans le ciel et faire revenir l’été.
Il revenait toujours et les récoltes étaient bonnes. Nous ne voulions que la
convivialité et la fraternité avec tous, riches et pauvres, en toute
simplicité, car comment peut-on mépriser celui avec qui on a dansé nu la
veille ? Mais peu à peu tout a changé. Le noble méprisait le commerçant et le
commerçant méprisait ceux qui étaient moins riches et prospères que lui même
les plus pauvres parmi ceux qui vivaient en ville se sont mis à mépriser ceux
qui vivaient à la campagne et n’allaient jamais à l’église, allant jusqu’à les
traiter de troupeau. Nous, qui n’avions pas beaucoup d’argent, n’en n’avions
pas besoin. Quand un homme allait se marier, les frères se rassemblent et lui
bâtissaient une maison, oui, et lui fournissaient tout ce qui est nécessaire.
Mais quand le mépris a pris le pas sur l’amour, l’aide est devenu plus rare ou
alors il fallait payer. De plus en plus, on avait besoin d’argent.
L’Eglise s’est développée, et avec elle il y a eu toujours plus d’impôts et de
taxes et on entendait partout ‘Repentez-vous et abandonnez les mauvaises
voies.’ Puis l’Eglise a propagé des mensonges, racontant que lors de nos fêtes
nous mangions des bébés non baptisés, de sorte qu’à chaque fois qu’une pauvre
âme était enceinte, elle était harcelée pour qu’elle s’empresse de porter le
bébé au prêtre pour le faire baptiser Comme elle avait peur, il lui soutirait
de l’argent, toujours plus d’argent, avec la promesse qu’en plus elle
n’accepterait jamais que son mari fréquente nos réunions. C’est pourquoi il y
avait toujours moins de monde à nos rencontres.
- C’est bien leur genre, » a dit Jan « Qu’en pensez-vous, Thur ? »
Thur n’a pas répondu immédiatement. Il a dû réfléchir quelques instants avant
de répondre, puis il a dit : « Il me semble que la Sainte Église est gonflée
d’orgueil et de richesses. Elle a volé les riches et les pauvres dans son
avidité de pouvoir, elle a détruit l’amour, que prêchait et enseignait son
Maître et l’a remplacé par la peur de l’amour.
- Vous avez bien résumé ma pensée » a répondu Vada.
« La concision est la substance de toute chose et elle parle plus facilement à
la compréhension, lui dit-il doucement.
« La peur ! Voilà la substance du problème ici. Le seigneur du manoir
craignait l’Eglise et craignait de laisser un de nos frères avoir des terres
où vivre, de sorte que lui et les siens étaient exclus et affamés. Nombre
furent ceux qui ont été tentés de chercher de l’aide à l’Abbaye. On leur
prêtait de l’argent et ils devenaient esclaves de l’Eglise. Tout homme peut
gagner les faveurs de l’Eglise en portant une accusation de sorcellerie, peu
importe contre qui. Il y a ainsi eu de nombreuses injustices, de nombreuses
rancunes et de nombreux vols. Plus d’un noble ou riche marchand a été
dépouillé de tout ce qu’il possédait et a dû renoncer à la vie qu’il avait et
ses biens étaient partagés entre l’accusateur et le persécuteur ... mais la
Mère Eglise obtenait toujours les neuf dixièmes du butin. Mère Eglise !» Elle
cracha son mépris.
« Nous avons donc déclinés et nos rencontres sont devenues incroyablement
dangereuses et donc de plus en plus secrètes. Puis les marins ont apporté la
peste à Hurstwyck. Beaucoup sont morts, beaucoup sont devenus fous de peur et
ont attrapé encore plus facilement la peste. Ma mère s’est occupé des malades
nuit et jour, sans jamais se reposer. Elle en a guérit beaucoup, et, pendant
qu’elle soignait les malade... ils l’ont emmenée. » Il y a eu un long blanc
avant qu’elle ne rajoute d’une vois si faible qu’ils l’ont à peine entendue :
« Elle est morte.
- De la peste ? » a demandé Jan.
« Non, le feu. Mère l’Eglise l’a prise, ma mère, et ils m’ont forcée à
regarder la brûler : Deux moines me tenait entre eux, pendant qu’un me faisait
garder les yeux ouvert... avec des épingles. »
Il y a eu un silence attristé et à ce moment les premiers rayons du soleil
levant ont traversés la forêt éclairant les arbres autour d’eux c’était d’une
beauté indicible. Pourtant, ils frissonnaient, le contraste entre la beauté de
ce moment et l’obscurité des actes horribles dont l’homme se rendait coupable
était trop effroyable.
« Et vous ? » a enfin osé Olaf.
« Ils m’ont épargnée car je n’avais alors pas encore seize ans, mais ils m’ont
mis à la question.
- Ils ...» Jan faiblissait.
Elle hocha la tête. « Oui, mais je n’ai pas parlé et ils m’ont emmenée en
ville et jetée en prison. Il y avait de nombreux malheureux et ils nous
auraient tous brûlé tôt ou tard et nous attendions ce destin pendant quelques
semaines. Puis, une nuit, un frère de notre foi est venu, il me connaissait.
Son nom était Peter. Il y avait une petite fenêtre avec un barreau en fer à
travers laquelle nous avons parlé. Il a promis de revenir la nuit suivante.
J’étais très maigre et en poussant et en tirant, ce qui m’a arraché mes
vêtements (et beaucoup de peau) il a réussi à me tirer à travers les barreaux.
Nous avons chevauché toute la nuit en nous cachant la journée comme nous le
faisons maintenant et Peter m’a amenée avec lui à Wanda. Mais lui aussi a
attrapé la peste, il est tombé malade et il est mort.
- C’était il y a longtemps ? » a demandé Jan.
« Il me semble que ça c’est passé il y a très longtemps, mais en réalité ...
seulement trois ans. »
Jan a ouvert tout grands les yeux et son visage s’est empourpré, mais elle
s’est tue dignement et personne n’osa dire quoi que ce soit.
Lorsqu’ils reprirent leur conversation c’était pour parler de leur voyage et
des perspectives d’évasion. « Ils doivent être très perplexe, » a dit Thur. «
Personne ne nous a vu depuis que nous avons réussi à fuir. Nous avons disparu
sans laisser de trace.
- Le diable a aidé notre fuite et nous a envoyé en enfer » a déclaré Olaf.
« C’est ce qu’ils vont dire, sans aucun doute » a dit Jan en haussant les
épaules avec mépris « et l’histoire sera répétée par chaque moine aviné dans
chaque monastère d’Angleterre. »
Et c’est bien ce qui s’est passé.
retour
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