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Avec l’Aide de la
Haute Magie
Chapitre VI – Ils Quittent la Forêt
par Gerald Gardner
version française
Tof
&
Xavier
C’est ainsi que passèrent deux nuits pénibles.
Le troisième matin de leur aventure, ils se sont cachés dans l’une de ces
cachettes accueillantes dans les bois. Leurs chevaux étaient fatigués, car ils
avaient chevauché longtemps la nuit précédente. Il était environ huit heures
ce matin et ils s’étaient bien nourris de lapins rôtis sur un beau feu. Ils
étaient maintenant repus et fatigués. Ils se sont vautrés sur un lit de thym,
se prélassant au soleil, avec la symphonie de la forêt dans leurs oreilles.
« Je ne demande pas plus que cela de la vie » a dit Olaf en se couchant sur le
dos pour regarder le ciel.
« Oui, c’est une magnifique journée de congés », a convenu Jan, « et mère
aurait beaucoup à en dire. »
Vada regardait ceux qui parlaient, elle semblait sur le point de dire quelque
chose, puis elle se ravisa.
Jan lui sourit. « Pourquoi les femmes rouspètent-elles toujours ? » a-t-il
demandé.
« Est-ce que ta mère rouspète ? » s’enquit-elle.
Jan a hoché la tête Thur s’en est mêlé : « Normalement non. Il n’y avait pas
de fille plus belle et plus charmante lorsqu’elle a épousé votre père, il
avait bien de la chance.
- Trop de travaux aigrissent une femme » a dit Vada « Sans l’aide d’un homme
pendant toutes ces années ...
- C’est pour ça que je veux retrouver notre héritage » l’interrompit
brusquement Jan, « mais elle essaie vraiment de m’en dissuader. C’est ce qui
cause la moitié de nos disputes, je ne cherche que son bien être, mais elle
n’en veut pas.
- Parce qu’elle a peur pour toi et Olaf et parce que tu cherches à lui faire
avoir une vie étrange qu’elle n’apprécierait pas.
- Vada comprend cela », a dit Thur. « L'Église lui offre une vie de
contentement et de travaux pénibles et comme elle est pieuse, elle obéit. Son
père ayant toujours vécu ainsi elle ne connaît pas de vie meilleure. Ton père
n’était pas un seigneur quand il l’a courtisée et épousée, mais un homme
d’arme un peu rustre avec peu d’argent dans sa poche. Comment peut-elle
comprendre ton malaise et ton ambition, Jan ?
- Mais j’aimerais qu’elle cesse de rouspéter, » a maintenu Jan obstinément,
« et quant à mes projets, ce sont les miens et je vais continuer.
- Je n’aime pas les disputes, mais elle doit avoir une bonne raison. Pendant
que nous nous reposons tranquillement, elle travaille à notre place pour nous
nourrir l’hiver prochain. J’aimerai pouvoir être à deux endroits à la fois...
ici, où je suis bien et là-bas pour aider ma mère. »
Ils ont ri et Olaf a roulé pour se coucher sur le ventre et observer un
insecte dans le thym et a ajouté: « Mais je jure par tous les saints, je
travaillerai deux fois plus dur, non, trois fois, quand je serai de retour.
- Mais ce n’est pas pour tout de suite » ajouta Thur alors que Vada souriait
aux trois hommes.
« Bon » a ajouté Thur en riant franchement, « ce sera tant pis pour toi quand
tu t’y mettras. »
Les deux garçons ont acquiescé et Olaf dit en haussant les épaules : « mais
pourquoi devons-nous attendre, Thur ?
- Pour notre sécurité. Réfléchis ! Nous avons commis le crime le plus grave
contre l'Église ... nous avons empêché son action et apporté aide et réconfort
à celle qu’elle considère comme une sorcière et qu’elle ne cessera jamais de
poursuivre. Le mot sera passé dans toute l’Angleterre chrétienne d’abbaye à
abbaye et ses messagers voyageront rapidement et directement, alors que nous
devons aller lentement et par des voies détournées. N’est-ce pas, Vada ?
- En effet vous dites la triste vérité » confirma-elle avec la plus haute
gravité. « Non seulement je cours de très grands risques, mais vous aussi
parce que vous m’avez apporté aide et réconfort. Leur traque ne va se
relâcher, et ils n’auront aucune pitié si nous sommes attrapés. Autant nous
pendre aux arbres là-bas et en finir.
- Pas du tout ! » a protesté vaillamment Jan. « Je ne me pendrais pas pour une
femme et encore moins pour l'Église. Je me cacherais plutôt au fond des bois
et j’y vivrais pour la dépouiller chaque fois que je pourrai.
- Et moi » dit Olaf, « aucune femme ne me fera désespérer, la Mère Église ou
une autre. Mais je crois que la Sainte Vierge sera notre protectrice. Elle est
une vraie mère et elle a une grande compassion pour tous les enfants de la
terre, qu’ils soient pécheurs ou non.
- Ta foi est comme toi, mon garçon et elle sera notre protection, mais moi je
n’ai pas ta foi.
- Moi non plus » a dit Jan.
Vada a dit à voix basse : « Je n’ai que faire d’une foi. »
Le regard de Thur était miséricordieux lorsqu’il a répondu : « Cela te passera
ma fille, n’aie pas peur. Lorsque tu iras mieux tu oublieras et tu seras
heureuse et en paix. En ce qui concerne les risques que nous courons je me fie
à mon esprit et à ma ruse. Olaf va prier pour nous et il nous soutiendra par
sa foi, mais je vais réfléchir à la suite de notre fuite. Considérons
maintenant notre situation. Je pense que depuis que nous avons quitté Wanda,
personne ne nous a remarqués. Nous avons observé les routes toute la journée
et personne n’est passé devant nous, dirigeons-nous maintenant vers Londres.
- Londres ! » ont crié les trois autres.
« Oui, à Londres. C’est le seul endroit où des gens peuvent disparaître dans
la foule et ne pas être remarqués, et de plus, je dois être vu sur la route de
Londres. Lorsque j'ai quitté la maison j’en ai parlé pour expliquer mon
absence. Un homme ordinaire doit aller où il dit qu’il va. Ne sachant pas où
j'allais ni pendant combien de temps je serais absent, j’ai du raconter une
histoire plausible et j’ai dit que j’allais m’occuper d’un frère malade à
Londres.
- Londres ! » a dit Vada avec nostalgie. « J’aimerai voir Londres.
- Oui, ma fille et il le faut car si on te pose des questions, tu dois être
capable d’en parler tout comme moi je dois savoir ce qui s’y passe. Vous allez
maintenant tous m’attendre ici, on dirait qu’il y a un grand village pas loin,
je vais y aller à cheval et essayer d’acheter des vêtements de femme pour Vada.
- Des vêtements de femme ! » s’est écrié Jan
- Elle ne peut pas vivre pour le reste de sa vie déguisée en homme. C’est un
bon déguisement la nuit ou à une certaine distance, mais tous ceux qui ont des
yeux pour voir verront en se rapprochant d’assez près que c’est un
déguisement. Vada doit à nouveau redevenir elle-même et c’est là réside le
danger, pour elle comme pour nous ! Souvenez-vous, la moindre erreur peut nous
trahir et nos ennemis sont implacables et rusés et ils savent que nous sommes
vivants et que nous chevauchons quelque part.
Nous arrivons dans une région très peuplée et on nous remarquera si nous
voyageons de nuit ou si nous nous cachons la journée et je pense qu’il serait
mieux que demain nous chevauchions à la vue de tous, comme si nous étions
d’honnêtes voyageurs.
- Oui », a dit Jan, « mais si quelqu’un pose des questions au sujet d’un
groupe de quatre voyageurs ? C’est un nombre significatif.
- Je peux peut-être aider », a déclaré Vada : « A la campagne, la plupart des
gens qui nous voient doivent être ‘de la fraternité’. Portons tous un morceau
de tissu blanc derrière nous, comme des queues de lapins.
- Dans quel but ? » a demandé Thur.
« Tout frère qui nous verra porter une telle queue saura que nous souhaitons
voyager invisibles et même sous la torture il jurera qu’ils n’a vu que quatre
lapins sur la route. Il y a longtemps, nous avons constaté que si un homme
jurait sous la torture qu’il n’avait rien vu, ses yeux le trahissaient, mais,
s’il croyait que de façon mystique, nous sommes transformés en lapins, il
maintiendra qu’il n’a vu que des lapins et cela jusqu’à sa mort ! C’est
étrange mais c’est comme ça.
- Ça ne nous coutera pas grand-chose que d’essayer, Vada, » a dit Thur « nous
sommes donc d’accord ? Donc plus de voyages nocturnes pour nous, mais demain
nous galoperons au vu et au sus de tout le monde. »
Et c’est ce qu’ils firent.
En en parlant tous ensemble, ils ont perfectionné les détails du plan de Thur.
Ils ont décidé qu’ils devaient se hâter vers Londres et se perdre au cœur de
la grande ville. De là Jan et Olaf rentreront seul à la maison en éclaireurs
et Thur et Vada les suivront quelque temps plus tard, Vada se présentera comme
la nièce de Thur. Ils raconteraient que le frère mourant de Thur lui a demandé
de s’occuper de sa fille par charité.
« Et » a dit Thur, « si l’un d’entre vous a une meilleure idée d’histoire, je
veux bien l’écouter. »
Il a eu un moment de silence, puis tous ont secoué solennellement la tête et
Vada a dit : « C’est vraiment un monde désespérant, il y a trois hommes
honnêtes et moi un pauvre diable que vous avez sauvé, mais vous n’en serez pas
récompensé, au contraire, cela vous met en danger. Sans moi vous seriez en
paix. Je risque de vous mener à la mort !
- Non, c’est nous qui sommes allés vous chercher, Vada » a résolument objecté
Olaf, mais Vada a poursuivi : « Pourtant c’est moi qui était en danger avant
que vous ne veniez.
- ce n’est pas très important » a dit Thur avec énergie. « Cela ne te sied
guère ma fille de parler de la sorte, toi qui fait l’objet d’un amour si
ardent. Je n’ai jamais vu un homme avec une aussi grande dévotion et vraiment
désintéressé.
- Vous parlez de John Landlord ?
- Oui, Vada, c’est ça. Et comme il s’est si bien occupé de toi, tu aurais pu
le payer en retour ...
- Non, ça ce n’est pas possible ! » L’interrompit-elle avec un regard furieux.
« Au moins avec gratitude pour vous avoir sauvé la vie » a poursuivi Thur
d’une voix égale.
« C’est une pauvre récompense que de s’asseoir et souhaiter la mort, même s’il
ne peut pas vous entendre. Sans lui, ces canailles de persécuteurs nous
auraient attrapés aux portes de la ville. Il a retardé leur arrivée sans se
soucier des conséquences, ni penser à sa propre sécurité. Il te faut donc être
joyeuse et chasser de ton esprit ces épreuves. »
Vada a admis la vérité et la sagesse de ce conseil. Jan et Olaf regardaient
bizarrement, mais Thur a maintenu son propos tout en la fixant d’un regard
sympathique. Le rouge lui monta au joues lorsqu’elle dit :
« Je vous demande pardon. Il ne faut pas parler de la sorte, je ne voulais pas
être ingrate. Je donnerais ma vie plutôt que l’on fasse du mal à quelqu’un par
ma faute ... »
Thur a souri chaleureusement. « Pour ça on peut te croire, Vada, mais je pense
à autre chose. Il faudrait changer ton nom car il peut nous perdre. C’est un
nom étrange que je n’avais jamais entendu avant et je pense qu’on le retient
facilement » dit-il d’un ton badin, car il s’attendait une résistance, mais
Vada a fait un signe d’assentiment.
« Oui, c’est vrai. Thur vous êtes plus sage que moi et vous voyez plus loin
que les autres. Ma mère avait un nom secret pour moi. Elle l’utilisait
toujours quand nous étions seules toutes les deux et il me tient à cœur à
cause d’elle. C’est le nom que j’ai reçu quand j’ai fait le serment dans le
Cercle.
- Mais cela ne te chagrinerait pas de l’utiliser maintenant ma fille ?
- Non, cela m’apaiserait plutôt. Appelez-moi Morven. »
Pourtant, en disant cela, ses yeux se sont remplis de larmes, mais elle sourit
courageusement à Thur et a répété plus fermement : « Morven.
- On fera comme ça » a dit Thur, en s’abstenant de répéter ce nom.
Olaf a brisé le silence qui a suivi en disant: « Il y a quelque chose à
laquelle j’ai réfléchi, les ecclésiastiques sont souvent aussi magiciens,
Thur. Comment est-ce possible ?
- C’est parce que tout apprentissage passe par l'Église et que la magie exige
un long apprentissage. De nombreux évêques pratiquent la magie, on sait même
que des papes l’ont fait. Tous les livres de magie viennent de Rome ou
d’Espagne où la Sainte Église est tout puissante.
- Il y a bien plus de magie à l’Est, c’est de là qu’elle provient » a corrigé
Morven.
« C'est vrai, mais je parle de ce qui est enseigné en Occident.
- Comment avez-vous commencé à étudier la magie, Thur ? » a demandé Olaf
rapidement.
« Quand nous avons fuit Fitz-Urse avec votre père, les Normands étaient à nos
trousses. Nous avons eu peu de chance lors de notre vie et nous avons eu trois
jours vraiment difficiles à nous cacher dans une forêt. Nous avons ainsi pu
ébranler nos ennemis et nous échapper pour de bon. Nous avons pris un bateau
en partance pour l’Espagne. Ton père n’avait que vingt deux ans, moi dix de
plus, et nous avons rejoint une bande de mercenaires avec qui nous avons
combattus. Après un moment, votre père a eu le mal du pays et a souhaité
rentrer, ce que nous avons fait et il s’est marié et moi je suis reparti
combattre.
Il m’a fallu plusieurs années avant de revoir votre père. Il a été tué lors de
notre combat suivant et une fois de plus je suis rentré pour porter la triste
nouvelle à votre mère.
- Mère nous a souvent dit combien vous l’avez réconforté et comme vous avez
été bon avec elle » a dit Olaf, avec son sourire bienveillant et sage, un
sourire surprenant chez quelqu’un de si jeune.
Thur l’avait remarqué, avec la surprise que ce sourire suscitait toujours en
lui. « La vie de mercenaire était une vie agréable tant qu’on avait un
engagement, c’est ce que je pensais lorsque j’y suis retourné, mais votre père
me manquait cruellement. Mais ça a rapidement pris fin. J’avais un peu
d’argent de côté et je voulais faire autre chose, j’avais appris à faire des
pansements, à m’occuper des blessures et soigner les fièvres. Voilà comment je
suis devenu un pauvre étudiant à Cordoue et que j’ai étudié la magie et
l’astrologie ainsi que la connaissance des plantes et la façon de les
préparer.
- Est-ce que Don Menisis vous a enseigné beaucoup de choses ? » a demandé Jan.
« Oui, il professait longuement et enseignait la théorie de la magie, personne
n’aurait pu le faire mieux que lui, mais il ne nous en a pas enseigné la
pratique.
- Pouvez-vous nous résumer ce qu’il vous a dit de la théorie de la magie ?
Thur a ri, « Il faudrait un siècle pour en parler vraiment, mais pour résumer
en quelques mots... Les prêtres nous disent que Messire Dieu est là haut dans
le ciel avec les saints et les chérubins. Il est trop important pour se
soucier de nous pauvres vers de terre. Nous pouvons prier son Fils et sa mère,
Notre-Dame, mais même eux sont trop importants pour tenir compte de nos
demandes, mais les rois et les empereurs peuvent, peut être, communier avec
eux.
Donc, dans sa grande sagesse Dieu a créé les saints, pour nous les humbles, et
c’est à eux que nous pouvons adresser nos prières et faire de riches
présents... et en promettre d’autres ... s’ils nous aident. »
- Et ils vous aident ? » a demandé Morven.
« Eh bien » a répondu Thur, « voilà le problème. Parfois, d’après ce qu’on
entend dire, un saint peut accomplir un miracle, mais le plus souvent les
saints font une demande à Messire Christ ou à Madame la Vierge. A leur tour,
ils peuvent accorder le miracle ou encore passer la prière à Messire Dieu
lui-même, qui l’accorde, s’il en a envie. Les prêtres disent que de nombreuses
prières sont exaucées.
- Ma mère prie toujours les saints et leur fait de riches présent, mais elle
n’a jamais eu de résultat et les saints (ou plutôt les prêtres qui le font en
leur nom) acceptent les présents et ne donnent rien en retour » grommela Jan
« Alors qu’en magie » a poursuivi Thur, « avec les mots de pouvoir appropriés
et les sorts qui y sont liés on peut attirer l’attention (et dans une certaine
mesure, contraindre) de puissants esprits et démons, et, en leur demandant
leur aide, on obtient souvent gain de cause.
- Oui, » a dit Morven, « il n’y a vraiment pas beaucoup de différence, sauf
pour que si les esprits accèdent à votre demande, vous n’êtes pas plus pauvres
qu’avant puisque vous n’avez pas à leur faire de riches présents.
« D’après vos paroles, » a dit Jan « il me semble que c’est comme si lorsqu’on
souhaite une libéralité d’un puissant seigneur, on s’adresse d’abord à un
huissier et qu’on lui donne un gros pot de vin. Ensuite l’huissier va voir le
chapelain, qui lui va parler à l’épouse du seigneur, et elle, quand son
seigneur est de bonne humeur, lui parlera de la question et le persuadera, si
tout va bien, d’accorder la libéralité.
Mais en magie c’est comme si tu allais voir l’huissier et, en attirant son
attention, il peut t’accorder lui-même directement la libéralité, et sans pot
de vin.
- Oui, c’est un peu comme ça, » a convenu Thur, « mais c’est aussi comme si tu
lui disais : « Je sais que tu as volé du blé au seigneur (ou triché sur les
loyers) et si je ne reçois pas ce que je veux tu vas assurément souffrir.
Les esprits sont contraints par ceux qui savent comment attirer leur
attention, et après cela on leur fait savoir ce qu’on veut d’une façon qu’ils
peuvent comprendre tout en leur faisant savoir qu’on peut aussi les faire
souffrir. S’ils ne devaient pas accéder à votre demande, par les étranges
pouvoirs sympathiques, ils souffriraient dans leur propre corps de ce qu’on
infligerait à leur sigil.
- Dites-nous maintenant, Morven, comment cela se passe avec la sorcellerie »,
supplia Jan.
« J’ai juré de ne pas en parler » a-t-elle répondu. « Mais je peux tout de
même dire cela : Les chrétiens croient qu’il y a un bon Dieu, ou un Dieu qui
est bon pour vous, pourrait-on dire, qui est tout-puissant et qui désire
ardemment que des gens l’adorent... et pourtant vous ne pouvez pas lui
demander directement ce que vous voulez, mais vous devez adresser votre prière
à un saint, qui, si je comprends bien, n’est qu’un homme mort. Vous devez
aussi donner de l’argent ou de riches présents avant de pouvoir espérer que
votre prière se réalise. Je n’arrive vraiment pas à concevoir un dieu tout
puissant qui a toujours besoin d’argent !
Nous, les sorcières, avons aussi nos dieux, et ils sont bons, du moins pour
nous, mais ils ne sont pas tout-puissants et ils ont donc besoin de notre
aide. Ils désirent la fécondité pour l’homme, le bétail et les cultures, mais
ils ont besoin de notre aide pour y parvenir et c’est par nos danses et
d’autres moyens qu’ils obtiennent cette aide.
- Mais vos dieux ne sont que des diables ! » a protesté Olaf.
« Qui peut dire lesquels sont des dieux et lesquels sont des démons ! » l’a
interrompu Morven. « Pour moi si un dieu fait du bien, alors il est bon.
- Oui », a convenu Olaf, « Mais à quoi cela sert-il qu’il vous fasse du bien
dans ce monde et qu’il vous jette dans les flammes de l’enfer dans l’autre
monde ?
- C'est vrai, » a dit Morven « Jugeons nos dieux d’après leur bontés. Si ce
que les prêtres m’ont dit est vrai, votre Dieu aimait tant le monde qu’il a
créé, qu’il a conçu un purgatoire où brûle un feu éternel dans lequel il a
jeté toutes les personnes qu’il a créé depuis des milliers d’années ... à part
quelques uns qui formaient la race élue. Puis il semble qu’il a changé d’avis
et jeté l’ensemble de cette race élue dans cette fosse de feu... tous, sauf
quelques-uns ... qui avaient adopté une nouvelle foi qu’il avait créé ! »
Thur et Olaf l’ont regardé avec horreur, mais Jan a dit: « Par le ciel, vous
avez raison. Pourquoi un pauvre bébé qui meurt avant d’avoir eu la chance
d’être baptisé, devrait brûler pour toujours en enfer alors qu’il n’a lui
commis aucune faute ?
- Mais » a dit Thur « l’enfer est un pays terrible et la seule façon d’y
échapper c’est d’obéir aux commandements de Messire Dieu et ses prêtres ...
même s’ils sont parfois difficile à comprendre.
- Oui, » a convenu Olaf « répondez à cela maîtresse, si vous le pouvez ! Vos
dieux ne peuvent pas vous sauver de l’enfer. Que se passera-t-il lorsque vous
mourrez ?
- Pourquoi » a-t-elle dit « après m’être reposée pendant un certain temps dans
le beau pays de l’autre côté de la vie, nous revenons une fois encore et
renaissons sur cette terre. Toujours en progrès, mais pour progresser nous
devons apprendre et pour apprendre il faut souvent souffrir. Ce que nous
endurons dans cette vie nous aide à avoir une meilleure existence dans la
suivante et ainsi nous sommes encouragés à subir ici tous les ennuis et
épreuves, car nous savons qu’ils nous aident à atteindre des choses plus
élevées. Ainsi, les dieux nous enseignent à aller de l’avant et à penser au
moment où nous ne seront plus des hommes... mais comme des dieux !,
- Comme des dieux ! » s’étouffa Olaf « Des hommes comme des dieux ! Je me suis
souvent demandé pourquoi les prêtres brûlent toutes les sorcières ... et bien
maintenant je sais.
- Alors c’est ça, » a dit doucement Thur. « J’ai souvent été surpris par le
courage avec lequel vous et les autres souffrez tant sans vous laisser aller.
Mais il me semble que nous pourrions en parler pendant très longtemps sans
jamais parvenir à nous entendre.
- c’est votre tour maintenant, » a dit Morven. « Voulez-vous nous parler de la
magie que vous avez étudié et comment elle est censée agir ?
- Ça prendrait des semaines » a dit Thur.
« Non » a dit Morven, « résumez-nous le plus gros, on aura déjà une idée » et
elle lui a souri avec ses grands yeux d’ambre liquide de sorte qu’il ne
pouvait rien lui refuser.
« Voilà donc en résumé. Don Menisis nous a enseigné qu’au commencement, Dieu a
créé le monde par un mot de pouvoir ... que la lumière soit ... et la lumière
fut. Puis il fit les sept planètes du Soleil, la Lune, Saturne, Jupiter,
Vénus, Mars et Mercure, il les a placés dans le firmament des cieux et fait en
sorte chacun d’entre eux soit contrôlé par un puissant esprit dont ils portent
le nom. A chacun de ces esprits gouvernants, servant sous son autorité et
soumis à sa volonté, ont été placés différents archanges, anges, esprits et
démons. Est-ce que je suis clair ? »
Il ne parlait plus que pour Morven et regardait son visage alors qu’elle
l’écoutait attentivement.
Elle hocha la tête. « J’ai entendu ma mère parler de cela. »
Thur a poursuivi : « Si l’élève connaît le mot de pouvoir qui contrôle chaque
esprit, il peut l’appeler et le contraindre à accomplir sa volonté, mais
chaque esprit a son propre nom et sigil, ou signe, et il ne peut être convoqué
que par ce sigil.
- Il y a beaucoup à apprendre, » a-t-elle commenté sagement. « Tant à
apprendre qu’il n’y a plus beaucoup de temps pour la pratique.
- Vous avez bien compris chère amie. Chaque type d’archange et ses séides ont
en charge un seul type de travail et aucun autre. Ils ne peuvent être
convoqués qu’à leur heure exacte. L’étudiant doit apprendre à respecter les
heures et saisons et les travaux spéciaux gouvernés par chaque planète.
- Je ne sais plus où j’en suis » s’est plaint Jan, il avait l’air sonné alors
que Olaf souriait tout en jouant aux osselets avec dextérité.
« Ce n’est pas tout » a repris Thur. « Nos étudiants doivent apprendre les
noms et les pouvoirs, les sigils et les mots de pouvoir de chaque esprit
planétaire. Ensuite, il doit apprendre comment utiliser ces mots, ou ce qu’on
appelle ‘l’art magique rituel’ et tout cela c’est une tâche longue et
compliquée.
- Est-ce qu’un homme peut garder tout cela en mémoire ? » a demandé Morven.
« Il doit s’en souvenir ou les mettre par écrit. Don Menisis avait de nombreux
livres de magie sur ses étagères au milieu de ses traités de théologie, mais
il ne les utilisait jamais. Je le regardais quand il ronronnait lors de ses
cours et j’imaginais que ces livres criaient qu’ils voulaient être utilisés,
lus et aimé, au lieu d’être oubliés sur une étagère et de ne servir à rien. -
Vraiment, c’est merveilleux de pouvoir lire et écrire » a soupiré Morven avec
nostalgie.
« Je t’apprendrais, si tu veux apprendre.
- La volonté je l’ai, mais je n’en ai pas la capacité.
- Seule la volonté est nécessaire chère enfant.
- mais pourquoi votre maitre ne pratiquait-il pas ce qu’il enseignait ? » a
demandé Jan. « Était-il comme les autres professeurs ? »
Thur a haussé les épaules. « Il y avait toujours de nouveaux étudiants qui
arrivaient et le maitre était très précis. Chaque jeune étudiant devait
commencer au début et le savant docteur répétait de longues listes d’anges, de
pouvoirs et de principautés, alors que les mouches pullulaient dans la chaleur
et la puanteur de l’ail exhalée par les étudiants qui ronflaient. Je m’en
souviens comme si c’était hier.
- Ainsi » a conclu Thur « il n’en ressortait rien. C’est alors que certains
d’entre nous sont allés danser avec les sorcières, comme je vous l’ai raconté.
La sorcellerie est différente. C’est une religion rivale du christianisme, une
religion d’amour, de plaisirs et d’excitation. C’est pour cela que l'Église
cherche à la supprimer avec le feu et les chasses aux sorcières, de peur que
le peuple abandonne en grand nombre le culte des saints et la vie difficile
que prêche l'Église. L'Église craint un retour massif aux anciens dieux qu’ils
qualifient de démons. Ainsi, avec la montée en puissance du christianisme
comme le dit la Sainte Église, la dureté et la cruauté se sont abattus sur
l’humanité à un degré qu’elle n’a encore jamais connu. Il n’est pas étonnant
que de nombreuses personnes retournent à la sorcellerie et cherchent un refuge
pour échapper à la dureté et la misère de leur vie ainsi qu’à la froide
austérité des prédications de l'Église. La nature humaine qui est fragile a
besoin d’un peu de chaleur et de réconfort sur terre ... pas d’un paradis
lointain après la mort. »
C’était une vérité si criante que personne n’a fait de commentaires mais Olaf
a demandé : « Qu’as-tu fait alors, Thur ?
- Une fois encore il y a eu la guerre, j’ai donc fais mes bagages et j’y suis
allé…
- Et ? » a demandé Jan
« Et, comme je pensais qu’ils m’avaient appelé, ‘Utilise-nous ! Lis-nous !
Aime-nous ! ... j’ai aussi volé les manuscrits ! »
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