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Sorciers des
villes : le côté obscur de la force

par J.Pradel
On a tendance à penser que le « progrès » et, surtout l’urbanisation, ont eu
raison des pratiques de sorcellerie. On trompe. Vous me direz qu’il suffit de
consulter un journal gratuit à la page des petites annonces pour trouver les
spécialistes du retour d’affection ou les mages qui vous garantissent trouver un
emploi à coup sûr... Mais ça n’est pas à ceux-que je pense...
Tout commence, au mois de juin 1978, à quelques jours solstice de printemps.
Nous présentons sur France Inter, Henri Gougaud et moi, l’émission
« Ici l’ombre », où chaque soir, de 20 à 22 heures, nous
entrouvrons les portes du mystère, en offrant à nos auditeurs une grande balade
sur les sentiers sulfureux du paranormal. Des contes, des histoires étranges
venues du fond des âges, mais aussi des reportages, des interviews de quelques «
empêcheurs de penser en rond» qui pensent, comme nous (et comme Georges
Bernanos), que « la vie est infiniment plus belle et plus grande que nous
pouvions le croire, même en rêve ».
Le journaliste qui présente les flashes d’information de la soirée s’appelle
Jean-Luc Hees (futur patron de Radio-France). À cette époque, le « flashman »
dispose d’une secrétaire sténodactylo à qui il dicte, souvent dans l’urgence,
son texte. Mais celle-ci est un peu fâchée avec les noms parfois compliqués des
ministres ou des chefs d’État étrangers dont il évoque les propos. Lorsqu’elle
ne comprend pas le nom, pour ne pas perdre un temps précieux, elle tape : « Le
président XXX est arrivé à Paris ce soir »... ou encore : « Lors de son
intervention devant l’assemblée des Nations Unies, le président de
l’Ouzbékistan, M. XXX, a déclaré… », etc. Parfois, elle oublie de demander au
journaliste le nom de cette personnalité avant qu’il ne quitte la rédaction pour
se rendre au studio. Cela donne lieu à quelques beaux fous rires, lorsque
Jean-Luc se trouve régulièrement piégé en découvrant qu’il manque le nom de la
personne dont il doit parler. Il s’en tire en général très bien, par une savante
périphrase, mais parfois il se « plante », comme nous disons dans notre jargon,
et il repart furieux à la rédaction.
Un soir, après son flash, Jean-Luc Hees me dit : « Toi qui aimes bien les choses
bizarres, je te signale que ma secrétaire, que j’ai encore engueulée hier soir
parce qu’elle avait mal tapé un nom de personnalité, m’a révélé qu’elle ne
s’appelait pas Nicole Martin (son nom d’état civil) mais Diane « Lucifera »,
grande prêtresse d’une secte de sorcellerie. Elle m’a jeté un sort et m’a prédit
que j’allais prochainement me casser une jambe en tombant dans l’escalier. » Et,
terminant dans un éclat de rire : « Ça tombe bien, je n’aime que les
ascenseurs ! »
Je laisse passer quelques jours, pour laisser s’apaiser la colère de
Nicole/Diane, puis je passe à la rédaction, en l’absence de Jean-Luc, pour faire
connaissance. « Bonsoir, Jean-Luc m’a dit que vous étiez grande prêtresse d’une
secte de sorcellerie. Vous connaissez nos émissions, je serais intéressé par un
reportage sur vos activités, mais il faudrait un événement, une occasion pour
justifier le sujet. »
Nicole est charmante. Elle accepte aussitôt le principe d’un reportage, en
précisant toutefois qu’elle doit interroger son compagnon, Jacques Coutela, par
ailleurs grand maître de la Wicca luciférienne, dont elle est elle-même la
grande prêtresse. Elle ajoute qu’il sera certainement d’accord pour expliquer au
public qui ils sont vraiment, et parler de leurs pratiques fondées sur
« l’Ancienne religion », incluant des pratiques chamanistes et druidiques,
qu’ils prônent le culte de la nature et qu’ils s’adonnent à des pratiques de
magie — « mais de la magie blanche ! », précise-t-elle.
Je lui rappelle qu’elle a quand même jeté un sort sur mon ami Jean-Luc. Elle
éclate de rire et précise : « C’était juste pour l’impressionner, il m’avait
mise en colère avec des remarques vraiment désobligeantes. »
Quelques jours plus tard, elle me donne l’accord de Maître Jacques, et m’annonce
que, dans quelques jours, ils célébreront, dans la forêt de Fontainebleau, une
messe « blanche », en compagnie de leurs adeptes, pour remercier les forces de
la nature de toutes sortes de bienfaits. Rendez-vous est pris. Puis un coup de
téléphone : ils sont désolés, les prévisions météo sont mauvaises. Elle
m’apprend qu’il n’est pas possible de prendre le risque de subir du froid et des
averses, car, pour la cérémonie, ils doivent tous être intégralement nus ! Elle
m’appellera quand ils auront trouvé une solution de rechange.
Le lendemain, elle me propose de les rejoindre chez eux, dans la banlieue
parisienne où, exceptionnellement, ils organiseront le sabbat du solstice de
printemps.
Le sabbat de Clichy-sous-Bois
Lucifer ne pouvant apparemment pas modifier la météo du solstice de printemps,
je fus donc convié à rejoindre le sabbat des sorciers de la Wicca, à
Clichy-sous-Bois, au troisième étage d’un pimpant HLM, où j’allais enregistrer
mon reportage…
La soirée démarre très classiquement, vers 21 heures, par l’ouverture d’une
bouteille de vin. À ceci près que je surprends mon hôte en train de murmurer
quelques incantations avant de nous servir à boire. Je l’entends dire : « Il est
partout, il est partout » trois fois, puis : « Vade retro Jehova, vade retro
Jehova! » Il précise : « Vous comprenez, il faut se méfier... « IL » est
partout, il est partout !»
J’en profite pour enregistrer une interview rapide qui lancera mon reportage :
Qui sont-ils ? D’où viennent-ils? Qu’est-ce que ce mouvement ? Ils se présentent
comme des défenseurs de la mémoire de toutes les sorcières brûlées par l’Église
et ses grands inquisiteurs. Me révèlent qu’ils perpétuent le culte de Lucifer,
et m’expliquent le fonctionnement de la secte. D’une part, il y a l’initiation.
Comme c’est secret, ils s’excusent de ne pouvoir m’en révéler le contenu. Puis
ils détaillent les deux cérémonies importantes, au cours desquelles les adeptes
se réunissent.
La messe noire, une cérémonie luciférienne, organisée pour demander aux forces
de la nature d’aider les adeptes à réaliser un objectif particulier. Par
exemple, l’une des membres de la secte, professeur d’anglais, a eu recours à une
messe noire pour réussir son concours d’agrégation... Ils me décrivent ensuite
le rituel : messe à l’envers, crucifix à l’envers, prière à l’envers, prêtre nu
sous sa grande cape de cérémonie, qui
dit la messe sur le corps d’une sorcière nue... Incantations à la déesse Lilith,
prononcées par la prêtresse Diane.
La deuxième occasion de se retrouver, dans le convent cette fois, c’est aux
grands solstices des quatre saisons, mais aussi parfois aux équinoxes. Une messe
blanche, sans demande particulière des adeptes. On célèbre aussi parfois une
messe noire pour aider à se débarrasser de quelqu’un, ou pour séduire une
personne qu’on veut attirer dans la secte. La messe blanche est dite dans la
nature, pour être au plus près des forces cosmiques. Ils m’expliquent qu’ils
célèbrent ces forces de la nature pour les remercier de les avoir aidés dans les
messes noires.
La soirée se poursuit par les arrivées successives des membres de la secte, un
groupe à l’allure banale. Une jeune femme est hôtesse de caisse dans un
supermarché, une vieille dame retraitée qui est venue de Nancy se déplace avec
des béquilles, se présentent encore un jardinier de Poissy, un chef
d’entreprise, un VRP de Bordeaux... Je suis censé être le treizième! Soudain,
peu avant minuit, la prêtresse annonce que l’heure est venue. Tous les adeptes
commencent alors à se déshabiller et plient méticuleusement leurs affaires
qu’ils laissent sur des chaises dans la cuisine-salon-salle à manger. Pour ma
part, je reste habillé, avec mon magnétophone professionnel à l’épaule et mon
micro à la main, avec lequel j’ai interviewé les adeptes tout au long de la
soirée.
Lorsque la prêtresse ordonne : « Rendons-nous à l’occultum ! », une porte peinte
de laque rouge au bout du couloir, en fait la chambre à coucher du grand maître,
je les suis avec mon Nagra, mon jean et ma chemisette, mais la prêtresse
s’exclame : « Ah non, non, n’entrez pas, les forces cosmiques vont vous
détruire, il faut que vous soya nu vous aussi !» Je rétorque que je ne suis pas
un adepte de la secte, mais un témoin. J’ajoute qu’ils m’ont invité et je les en
remercie. Elle demande son avis à Jacques, le grand maître, qui décrète que je
risque ma vie en restant habillé. Donc, n’écoutant que ma science
professionnelle, je me déshabille et je me sers de mon enregistreur en guise de
feuille de vigne. Et je vais m’asseoir sur le lit conjugal.
La cérémonie commence. J’enregistre. Tous les adeptes intégralement nus
commencent à former un cercle. Le grand prêtre met en marche un métronome. En
rythme, ils tournent autour de la pièce en scandant : « Belzébuth, Belzébuth,
Lucifer! » Je risque un : « Mais, et les voisins ? » Il me répond: « Non, ils
ont peur, ils ne diront rien. Ils ont peur.» Et ils tournent de plus belle...
Ils font appel à tous les diables. La grande prêtresse Diane « Lucifera »
prononce d’une voix forte ses incantations à la Déesse Lilith. Le grand prêtre
brandit une épée. Il y a de cens qui répand une fumée âcre dans la pièce
minuscule, des incantations dans une langue que je n’identifie pas.
Puis arrive l’intronisation, puisque nous sommes tous réunis ce soir pour
accueillir les nouveaux adeptes. Les hommes se lacent à genoux jusqu’à la grande
prêtresse pour lui baiser le bas-ventre. Et le grand prêtre introduit son sexe
dans celui des les prosternées à quatre pattes devant lui. J’apprendrai
ultérieurement que la soirée se terminait habituellement de cette façon. Mais,
comme ce soir-là il y avait un témoin extérieur, ils ont abstenus d’en faire
trop... Je suis parti avant la dernière de de la célébration. Peut-être à cause
du côté risible de cette pseudo-messe noire ou de mon envie de retrouver ma
pudeur!
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