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 La Controverse dans le Magazine Pentagram

 

Voici un extrait du discours prononcé par Doreen Valiente lors du premier repas organisé à Londres par le magazine Pentagram le 3 octobre 1964. 

 

Le Repas de Pentagram
par Doreen Valiente in « Pentagram », novembre 1964 version française par Tof

 

 Chers amis, avant tout je souhaite vous remercier pour l’honneur que vous m’avez fait en me choisissant comme oratrice de ce qui pourrait bien être une première historique, la première rencontre organisée par Pentagram.

Je pense qu’il est significatif que cela fait tout juste treize ans, le nombre mystique des sorcières, que la dernière loi contre la Sorcellerie a été abolie en 1951. Avant cette date, notre assemblée de ce soir aurait été illégale et si elle s’était tenue au XVIIème siècle nous aurions risqué la pendaison.

Plus personne n’est pendu pour Sorcellerie, mais nous avons toujours affaire avec des Chasseurs de Sorcières autoproclamés. De plus en plus l’ancien Art des Sages est reconnu comme une véritable tradition de culte de la nature et de magie méritant son titre d’Ancienne Religion.   

Un des aspects le plus importants de l’Art des Sages, ou la Sorcellerie Blanche comme on l’appelle le plus souvent, est qu’il s’agit d’une tradition britannique. A vrai dire elle existe dans toute l’Europe Occidentale et a été emportée par les émigrants d’autrefois en Amérique, Australie et Nouvelle Zélande.

Cela semble faire partie du caractère national britannique que d’être excessivement modeste à propos de ce qui est à nous. Si quelque chose comme les grands temples en plein air de Stonehenge et Avebury, par exemple, existait quelque part à l’Est ou en Egypte ils ferait l’objet d’émerveillement pour les pèlerins de ce pays. Ils verraient cela comme une preuve claire de l’existence d’une grande tradition mystique. Mais comme ces monuments et d’autres similaires existent dans notre propre pays, ils ont été pendant bien trop longtemps rejetés par les Britanniques qui les voyaient comme les vestiges d’un passé barbare.   

L’histoire antique de Grande Bretagne n’est pas aussi barbare que cela. Les traditions païennes de notre pays natal sont quelque chose dont on peut être fier et qui mérite d’être étudié.

Ne considérons pas trop facilement  nos ancêtres comme des gens simples parce qu’ils n’avaient pas notre civilisation du XXème siècle. Un membre du Sangha, un moine bouddhiste d’aujourd’hui, peut être un homme très simple puisqu’il ne possède ni Cadillac, ni machine à laver ni télévision. En fait, tout ce qu’il possède dans ce monde ce sont trois vêtements de coton, un rasoir, un bol de mendicité, une paire de sandale et peut-être une ombrelle et quelques autres petites choses. Et pourtant son esprit peut appréhender des idées métaphysiques bien au-delà de la compréhension des propriétaires de Cadillac et de machines à laver.          

Il en était de même des prêtres et prêtresses de l’Ancienne Religion d’autrefois que l’on appelle Sorcellerie. C’est quelque chose qui est à la fois simple et profond.

Il y a une maxime en magie qui veut que tous les dieux sont un Dieu et toutes les déesses sont une Déesse et qu’il y a un seul Initiateur. Avec cet adage de Dion Fortune à l’esprit nous allons voir quelles croyances traditionnelles de la religion des sorcières sont arrivées jusqu’à nous.  

Ce soir la plupart des présents savent que nos groupes cultuels sont appelés covens, mais il y a un malentendu courant qui veut qu’un coven doive se composer de treize personnes. Il peut se composer de tout chiffre/nombre jusqu’à treize, mais quand le nombre idéal de treize est atteint, ceux qui dépassent ce nombre quittent le groupe pour former un nouveau coven.

Le nombre treize est lié à la Déesse Lune car il y a treize mois lunaires dans l’année. La Déesse Lune est la personnification de la Nature comme Grande Mère, et comme telle, elle est la plus ancienne Déesse et son culte remonte au début de la vie de l’homme sur terre. Les plus anciens objets religieux jamais retrouvés sont des statuettes de la Déesse Mère et je pense que les gens ont un grand besoin de reconnaître et d’adorer le côté féminin de la Déité ce que les religions orthodoxes n’ont pas réussi à satisfaire.

Les quatre Sabbats Majeurs de la foi sorcière remontent eux aussi à la plus grande antiquité. Bientôt ce sera l’époque de l’un d’entre eux, Hallowe’en. C’est à ce moment que nous nous souvenons plus particulièrement de ceux qui ont passé avant nous les Portes de l’Au-delà et nous les accueillons, sans peur ni tristesse, mais avec amitié. Voilà l’origine des traditions d’Hallowe’en. Tous les quatre mois nous célébrons un des Sabbats Majeurs, les trois autres étant la Chandeleur, la Veille de Mai et Lammas. La Chandeleur est le moment où l’on voit les premiers signes du printemps, la Veille de Mai c’est le début de l’été et Lammas c’est l’époque des moissons.

Ce que les sorcières cherchent en célébrant ces rites saisonniers c’est un sentiment de ne faire plus qu’un avec la Nature et l’allégresse qui découle du contact avec la Vie Universelle. Les gens d’aujourd’hui en ont besoin car ils sont conscients de la tendance du monde moderne de les couper de leur parenté avec le monde de la nature vivante, jusqu’à ce que leur propre individualité ait disparu et qu’ils commencent à avoir l’impression de ne plus être qu’une personne perdue dans une multitude, une machine absurde.

C’est la réaction contre ce sentiment qui déclenche aujourd’hui l’intérêt des gens pour la Sorcellerie. Ils veulent retourner à la Nature et redevenir à nouveau des êtres humains comme la Nature avait prévu qu’ils le soient.

Les Sorcières ne cherchent pas à convertir les autres, mais nous continuons à faire brûler la flamme de l’Ancienne Religion, pour ceux qui souhaitent en voir la lumière.

La plupart des personnes présentes savent également que les sorcières honorent la vieille déité païenne que nous appelons le Dieu Cornu et pour cette raison elles ont été accusées d’adorer le diable. Cela aurait été bien compliqué – pour les sorcières que je connais en tout cas – car je n’en ai pas trouvé une seule qui croie en ce diable.

Nous concevons peut être le Dieu Cornu des sorcières comme étant plutôt comme Pan, qui était en effet le dieu aux pieds de bouc des sorcières de Thessalie. Un charmant monsieur nous a dit récemment que la Sorcellerie est une invention post-chrétienne du moyen-âge. Je ne sais pas comment ces braves gens expliquent l’existence du culte des sorcières de Thessalie, en Grèce Antique, bien avant qu’on n’entende parler de christianisme. Mais je n’ai aucun doute qu’ils pourraient presque tout expliquer en accord avec leur thèse si on les laisse parler suffisamment longtemps.

Mais je pense que nous devons admettre que la Sorcellerie que nous avons aujourd’hui est la synthèse de traditions plusieurs fois centenaires. Et il s’agit toujours d’une tradition vivante et évolutive et toujours apte à d’autres évolutions puisque la race humaine elle-même évolue.

Notre culte d’un Dieu Cornu et d’une Déesse Lune pourrait bien être d’un niveau plus spirituel aujourd’hui qu’il ne le fut lors des siècles passés. Autrefois, le culte devait œuvrer pour une fertilité matérielle car sans fertilité les gens étaient confrontés à la famine. Aujourd’hui nous pouvons avoir une vision plus large du culte des sorcières en tant que culte de fertilité. Nous pouvons agir pour une fertilité de l’esprit et une fertilité de l’âme.

Et n’est-ce pas ce dont les gens d’aujourd’hui ont désespérément besoin avec d’un côté les forces dénaturantes du matérialisme et de l’autre une religion orthodoxe qui ne parvient plus à les satisfaire ?

Dans le même temps, lorsque nous pensons aux millions de personnes dans le monde qui ont faim, je pense que nous devrions aussi parfois invoquer les Pouvoirs Antiques avec l’une des plus anciennes de toutes les prières pour la fertilité de la terre, pour que dans le monde moins de gens aient faim. Nous faisons cela régulièrement lors de rencontres sorcières dans le Sussex, d’où je viens, et j’espère que peut être d’autres covens aient envie de le faire eux aussi.

La fertilité n’est qu’une autre façon d’exprimer les forces de Vie et l’idée que l’esprit de Vie est divin est quelque chose qui est commun à toutes les religions.

Les sorcières sont assez humbles pour reconnaître que la Divinité, la source de toute vie, est nécessairement au-delà de la compréhension humaine. Le contact avec la Divinité c’est ce que le mystique expérimente, mais quand nous commençons à essayer de définir et de dogmatiser nous révélons surtout nos limitations humaines.     

Ainsi nous reconnaissons que nous, êtres humains et limités, avons besoin de représentations pour pouvoir rapprocher la Divinité de notre perception. Le Dieu Cornu et la Déesse Lune sont, dans ce sens, des représentations magiques et elles sont probablement les plus anciennes au monde, les plus anciennement établies dans l’Inconscient Collectif de l’humanité. Le Dieu Cornu représente l’aspect masculin de la Divinité et la Déesse Lune l’aspect féminin.

La vraie Religion et la vraie Magie ne sont pas opposées l’une à l’autre mais sont complémentaires. Les deux dépendent du contact et de l’interpénétration du monde matériel et de l’Invisible.

Il y a toujours beaucoup à apprendre sur les techniques utilisées par les sorcières dans les aspects psychiques et magiques du culte. Par exemple, les sorcières parlent du « Cône de Pouvoir ». Ce n’est qu’à une époque récente que les émanations auriques ont été étudiées et démontrées par m. T.C. Lethbridge dans son livre « Ghost and Divining Rod ». Il a montré que c’était exactement ce que les sorcières disaient que c’était : un cône de force invisible mais démontrable entourant les êtres vivants et même les objets inanimés.

La pratique du scrying (regarder dans un cristal) comme on l’appelle souvent est une branche très intéressante de la magie des sorcières. En réalité, toutes sortes de choses ont été et sont utilisées comme instrument de scrying et on peut en voir de nombreux dans les deux Musées de la Sorcellerie, à Castletown sur l’Ile de Man et Bourton-on-the-Water dans le Gloucestershire. Cette façon d’obtenir des visions nous mène vers les mystérieux domaines de la précognition, c’est à dire prévoir un événement avant qu’il ne se produise. Je l’ai personnellement expérimenté dans un cercle de sorcières, ainsi je sais que c’est possible, et j’espère que d’autres en feront l’expérience.     

Les soins psychiques sont quelque chose d’autre que les sorcières pratiquent traditionnellement et il est probable que les gens d’autrefois en savaient bien plus à ce sujet que nous. On en parle souvent comme de « guérison par la foi » mais je ne crois pas que d’appartenir à une religion particulière ait quelque chose à voir avec cela. J’ai entendu parler de soins apportés avec succès par des guérisseurs africains, par des sorcières britanniques et des Kahunas des Iles des Mers du Sud ainsi que par des membres de religions plus orthodoxes.

La vieille sorcière qui guérissait les verrues est réellement une forme de soins psychiques et même si les médecins admettent que ça marche, ils ne savent pas comment.

Margaret Murray a fait la distinction entre ce qu’elle appelait la Sorcellerie Opérative (l’utilisation de charmes et de sorts, la pratique de la magie) et la Sorcellerie Rituelle qui sont les croyances religieuses et les rituels de l’Ancienne Religion. Même si je ne suis pas d’accord avec toutes les conclusions de Margaret Murray mais je pense que nous devrions lui rendre hommage pour sa grande contribution à l’étude sérieuse de la Sorcellerie en tant que vestiges de la religion païenne. Elle fut un esprit libre et une chercheuse originale ce qu’on ne pourrait pas dire de la plupart de ses critiques.

Je pense que nous devrions aussi rendre ce soir hommage au Dr. Gerald Gardner pour son importante contribution au renouveau de l’intérêt pour le vieil Art des Sages. Je ne suis en aucune façon d’accord avec tout ce qu’a dit ou fait Gerald Gardner mais je reconnais ses grandes qualités de cœur et d’esprit comme tous ceux qui l’ont connu. Il fut une personnalité et un tempérament et nous devons tous nous souvenir de lui avec affection.

Le nom de Gerald Gardner est à ce point associé à la Sorcellerie aujourd’hui que certains lui font même le « compliment » de dire qu’il l’a inventée ! Je pense que tout ce qu’il y a à dire à ce sujet, c’est que ceux qui croient cela, croiront à peu près tout.

Pentagram contacte aujourd’hui des traditions survivantes qui n’ont jamais, en aucune manière, été en rapport avec Gerald Gardner. En fait il devient totalement clair que l’ancienne Sorcellerie a survécu de façon fragmentaire partout dans les Iles Britanniques. Naturellement ces différents groupes qui ont perdu, au cours des siècles de persécutions, tout contact les uns avec les autres se sont développés de leur côté. Chacun a sa propre version de la tradition, ses propres mots et chacun a ses propres idées sur la pratique et le rituel. C’est un projet formidablement excitant que de comparer ces différents fragments et traditions et de voir où ils se complètent et où ils diffèrent.

Je pense que la Witchcraft Research Association peut faire en ce sens quelque chose de vraiment important pour le futur de l’occultisme en grande Bretagne. Ce dont nous avons besoin aujourd’hui, plus que toute autre chose, c’est que les gens mêlent leurs visions spirituelles. Cela ne signifie en aucune façon que tous doivent penser la même chose, mais qu’ils doivent être plus tolérants les uns avec les autres qu’ils ne l’ont été dans le passé.

Si seulement ceux qui se mêlent d’occultisme consacraient autant de temps et d’énergie à un travail positif et constructif qu’ils en consacrent à dénoncer et dénigrer les autres, leur contribution spirituelle au monde serait énorme !

Je pense que nous avons raison de dire cela, car les sorcières ont souffert d’intolérance et de dénigrement pendant des siècles. Le fait que nous y ayons survécu en dit long sur la force de nos contacts sur les Plans Intérieurs.

Je pense que nous avons gagné le droit de proclamer l’ancien enseignement de tolérance et liberté et de respect mutuel qui est contenu dans le dicton appelé le Rede des Wiccan. « Wiccan » est le pluriel Anglo Saxon de « wicce »  (sorcières) et « Rede » c’est le conseil ou l’enseignement :

Huit mots résument le Conseil des Sorcières

Si tu ne blesses personne, fais ce que tu veux. 

Voilà un code moral simple et positif qui pourrait faire du monde un lieu plus heureux.

La meilleure réponse que nous pouvons apporter aux attaques contre la Sorcellerie, quelle que soit la branche de la Sorcellerie dont nous faisons partie, c’est de rester unis dans un but constructif. Nous n’avons pas tous les mêmes manières de faire les choses, mais ça n’a jamais été le cas. La vieille idée était que chaque coven est indépendant en une unité large dans la tradition. Les leaders des différents covens restaient en contact, dans la mesure du possible, et s’aidaient les uns les autres. Personne ne cherchait à étendre son pouvoir et chacun respectait les idées des autres lorsqu’elles étaient émises avec sincérité. Voilà la véritable ancienne tradition Sorcière.

Nous avons entendu parler de nombreuses « scissions » au sein de la Sorcellerie. Nous avons bien sûr des opinions différentes comme tout autre groupe et nous serions remarquablement chanceux si nous n’en n’avions pas plus !

Mais j’espère que ceux qui sont là ce soir seront d’accord avec moi lorsque je dis que les choses qui nous unissent sont bien plus grandes et importantes que les choses qui nous divisent et que notre fraternité dans la Sorcellerie signifie bien plus que nos différences personnelles. Si nous parvenons à réaliser cela et à l’accepter alors il n’y aura plus aucune division dans la Sorcellerie !

Et si cela peut découler de la rencontre de ce soir, alors la bénédiction des Anciens est bien avec nous. Terminons donc avec la salutation sorcière traditionnelle : « Dans la joie nous nous retrouvons, dans la joie nous nous séparons ».    

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Dans la joie nous nous sommes réunis, dans la joie nous nous séparons et dans la joie nous nous retrouverons!