Le Mauvais Apprenti (3ème partie)
par J.Jones
version française Tof
Tout à coup, Alex s’est arrêté. Quelque chose en lui disait : « C’est la personne que tu attends, la personne qui est apparue dans ton cristal, ton fils spirituel. C’est l’apprenti que tu dois former ». Il souhaitait avoir mal compris, l’idée d’encourager ce jeune fanfaron ne lui plaisait pas du tout. Il a arrêté de lire les cartes et ne protesta pas lorsque les cinq personnes s’en sont allées.
Bill était attristé par l’antipathie d’Alex vis à vis de ses hôtes et il a tenté de trouver des excuses au jeune homme. « Avec lui, il n’y a aucun problème que le temps ne pourra régler » a dit Bill mais Alex n’était pas convaincu. Il ne pouvait parler de son aversion irrationnelle pour la jeunesse, mais il ne pouvait s’en débarrasser.
Alex n’en avait pas fini avec Paul. Une heure plus tard il était de retour. Il avait ramené les femmes chez elles puis sa voiture était tombée en panne. Il a passé la nuit chez Bill et le lendemain matin a demandé s’il pouvait les accompagner à Londres. « Je dois tout d’abord aller à Stockport puis je serai libre d’aller avec vous » a-t-il dit.
Malgré les protestations d’Alex, Bill a accepté d'attendre. Après que Paul s’en soit allé Alex a essayé de lui faire changer d’avis, mais il a été catégorique. « Tu laisses tes préjugés t’aveugler » a-t-il dit. « Le gamin n’a rien fait de mal et tu t’es mal conduit envers lui la nuit dernière. Le moins que l’on puisse faire est d’être conciliants ».
L’accusation a atteint Alex, mais avant qu’il puisse répondre, le téléphone s’est mis à sonner. C’était Paul, à Stockport, il était dans de sales draps. Il avait découvert que non seulement son compte bancaire était à découvert, mais qu’il en était de même pour le compte joint qu’il partageait avec sa fiancée. Ses derniers chèques ne seront pas honorés et il avait déjà du retard sur plusieurs factures importantes. Bill lui dit de venir directement et qu’il essaiera de le conseiller.
C’est un jeune homme abattu qui est arrivé peu après et alors qu’il était assis dans le fauteuil, la tête entre les mains, sans savoir à quel saint se vouer, Alex était vraiment navré pour lui. Il mis de côté ses objections et a demandé instamment de Paul d’aller à Londres avec eux ce qui leur donnerait le temps de décider ce qu’il fallait faire. Paul était prêt à fuir, mais les autres l’ont convaincu que ce n’était pas ce qu’il fallait faire. Finalement il a accepté d’aller avec eux. « Je vais demander à votre vieux magicien de me sortir de là » a-t-il dit.
Mais le vieux magicien n’avait pas de réponse. Il a hoché la tête lorsque Paul lui a posé sa question et a refusé de donner un conseil. « Vous n’avez pas besoin de moi pour vous aider à voir ce qui va arriver. Non seulement vous avez un bon ami ici » a-t-il souligné en désignant Alex « mais vous pourriez avoir le don de la prophétie, si vous souhaitiez vous en servir ». Paul pensait qu’il était sénile et il n’y a pas fait attention.
Ils ont passé la nuit à Lingfield dans le Surrey où Alex a été invité à initier une sorcière, l’épouse d’un homme qui avait appartenu à son premier coven à Manchester et qui avait depuis déménagé vers le sud. Pendant la cérémonie, Bill et Paul étaient dans une autre pièce. Plus tard Bill a dormi dans la chambre d’amis alors qu’Alex et Paul ont campé dans la salle à manger.
Après avoir éteint la lumière, Alex a parlé pendant un certain temps avec Paul avant de s’endormir. Quelques minutes plus tard la pièce a été traversée par un courant d’air. L’air a tremblé et la température a augmenté, comme si une porte de four avait été ouverte. La voix de Paul a brisé le silence : « Je ne peux plus respirer... j’ai un poids sur la poitrine... » Alex était tout excité. Il avait lu et entendu parler du pouvoir qui peut surgir spontanément d’une personne qui ignore souvent qu’elle est une sorcière née et qui n’a jamais été formée ou initiée. C’est ce qui arrive à Paul. Alex a sauté hors du lit et lui a demandé s’il avait besoin d’aide.
« Non » a dit Paul en haletant. « Laisse-moi tranquille ».
« Est-ce que tu réalises ce qui t’arrive ? »
« Je pense... » a dit Paul plus doucement. Peu à peu la température est revenue à la normale et la respiration haletante s’est apaisée. Il a essuyé la sueur sur son visage, s’est redressé en regardant dans la pièce sombre et a demandé à Alex : « Est-ce que c’est toujours comme ça ? ».
Alex a expliqué consciencieusement que généralement les initiés faisaient venir le pouvoir et non l’inverse, mais que Paul ne pouvait pas être membre à part entière de la fraternité avant d’avoir été officiellement initié et prêté serment. Il lui faudrait une cérémonie spéciale. Heureusement Alex était préparé à une telle éventualité depuis qu’il avait lu un texte sur les initiés spontanés et la nécessité pour eux d’être liés par le rituel. Il a décrit les vêtements ornés blanc dont Paul aurait besoin et sur lequel Alex avait déjà cousu des centaines de perles et l’étole de velours écarlate qui faisaient tous deux partie du rituel de trois heures tiré du Livre des Morts des pharaons égyptiens.
« Mais ce n’est pas comme la cérémonie que tu as pratiquée cette nuit. Elle n’a duré qu’environ une heure » a dit Paul. Alex a dû lui expliquer que dans son cas, il devait y avoir deux initiations, la première étant égyptienne, c’est celle qui dure le plus longtemps, la seconde étant l’initiation sorcière du 1er degré normale.
« N’est-ce pas alors à l’initiation sorcière qu’il faudrait se livrer ? » a demandé Paul. Alex lui a dit que si une sorcière peut être maudite par son aîné et bannie du coven, personne sur terre n’a l’autorité ou le pouvoir de bannir celui qui a reçu la forme égyptienne d’initiation.
En dépit d’avoir été choisi par les pouvoirs pour être une sorcière, Paul ne pouvait pas être initié et se voir enseigner comment utiliser la magie avant qu’Alex soit prêt et plus il voyait son jeune apprenti, plus il réalisait qu’entre de telles mains le pouvoir serait mal utilisé. Aussi agressif qu’à l’accoutumée malgré ses dettes et la possibilité d’être traîné devant les tribunaux, Paul croyait fermement qu’il était un don de Dieu fait aux femmes. « Pourquoi s'inquiéter ? » disait-il à Alex en haussant les épaules, lorsqu’Alex lui a conseillé de ne pas briser des couples heureux. « Ces demoiselles viennent dès que je les siffle – elles ne peuvent s’en prendre qu’à elles-mêmes si cela leur crée ensuite des problèmes ».
Sans toujours beaucoup de patience, Alex a exposé les idéaux de la sorcellerie et a lu des extraits du livre secret des lois sorcières qui exige que tous les hommes honorent toutes les femmes, non seulement parce qu’elles enfanteront le futur, mais parce qu’elles représentent la Déesse sur terre. Il a encouragé Paul à rejoindre le groupe d’étudiants en théologie de l’université qui suivaient un cours délivré par Alex Sanders, qui était maintenant une autorité reconnue en matière de sorcellerie, dans le cadre de leur étude des religions comparées. Deux fois par semaine pendant un certain temps, ils sont allés dans son appartement de Chorlton et ont parlé de dogme, d’histoire et des croyances de toutes les formes de sorcellerie, à la fois anglaise et égyptienne.
Paul s’est intéressé à ce qu’il apprenait et comme il réalisait que rien n’irait à l’encontre de ses appétits sexuels à condition qu’il se comporte décemment, il a commencé à se préparer pour son initiation formelle.