La Wica
Le NROOGD
Dion Fortune & The
Society of Inner Light
Alex Sanders & la
Tradition Alexandrienne
Chamanisme / Faery /
Huna
Magie Enochienne
Reclaiming / Feri /
3rd Road
Thelema
Tubal Cain
Autres
Charles Cardell et le
Coven d'Atho
Bill Gray et le Sangreal
Madeline Montalban
Rosaleen Norton
Wicca Germanique
Majestic Order
Coutumes et Traditions
Projections Astrales
L'Oracle Rider-Waite
Crapaud et Sorcellerie
Hécate
Cordes et Ficelles
Sorcellerie au Cinéma
Divination
Divers
La Librairie
Le Cercle de la Pierre
Sorcière Liens
Dernières
mises à jour du site
|
Coutumes et Traditions Populaires, Païennes et Sorcières
Les Fontaines
par Véro d‘après E. Hoffmann-Krayer, H. Bächtold-Stäubli, 1932

Le mot fontaine ici n’est pas à prendre dans
son sens strict (fontaine communale par exemple) mais plutôt au sens large : eau
qui jaillit. J’ai travaillé sur un texte allemand qui fait référence à un passé
souvent lointain. Or, là bas, jusqu’au 15ème siècle les mots „source“ et
„fontaine“ ne faisaient qu’un. Tout ce qui suit concernera donc l’eau qui
jaillit, que ce soit naturellement ou avec l’aide de la main de l’homme.
Depuis la nuit des temps l’eau est considérée comme merveilleuse et guérisseuse,
nous l’avons déjà dit. Elle est particulièrement puissante à certaines périodes
de l’année : nouvel an, solstices, 1er mai, carnaval, Pâques, Pentecôte, le jour
de la St Pierre et Paul, de la Ste Marie Madeleine etc…Elle est la plus
puissante à l’endroit où elle jaillit du giron de la terre mère. Certaines
sources sont réputées soigner des maux bien précis. Dans une ville appelée
Mecklenburg l’eau de la source faisait tellement de tort au commerce des
médecins qu’ils ont convaincu un berger d’y jeter son chien afin qu’elle soit
dorénavant impropre à la consommation. Et puis il y a les sources qui
„apportent“ les bébés.
Les fontaines ne délivrent évidemment pas qu’une eau bêtement basique. Dans une
certaine région les jeunes filles y cherchent ce qu’elles appellent l’eau d’or.
C’est à dire qu’elle y vont au petit matin pour s’y laver et cela les rendra
belles. Mais les filles étant ce qu’elles sont, la première arrivée a tendance à
„polluer“ l’eau avec du son, afin que nulle autre n’en profite !
On parle aussi de certaines fontaines qui donneraient non pas de l’eau, mais du
vin, ou du lait.
Ce qu’il y a de magique avec les sources, ou les fontaines, c’est qu’elles nous
renvoient une image, un reflet, et parfois, dans la nuit celle ci n’est pas ce
qu’on s’attend à voir. Ce sont aussi des entrées (ou des sorties) vers le
royaume d’en dessous, elles peuvent s’assécher, ou déborder, elles peuvent
changer leur cours. Autant de raisons pour voir en elles un moyen de divination.
A tel point qu’en 731 le pape Grégoire III interdit officiellement le fontium
auguria.
Divination
Le seul fait de boire peut vous permettre de voir l’avenir : si durant le temps
que sonnent les cloches de la première messe de Noël vous pouvez boire à 3
fontaines, et à votre retour à l’église (toujours pendant que les cloches
sonnent) vous jetez un regard par dessus votre épaule gauche, vous verrez
l’avenir.
Les célibataires boivent à la fontaine et attendent à la porte de l’église, le
premier ou la première à sortir, sera leur promis(e). Ca m’amuse, car chez moi
quand j’étais petite, c’était toujours le pasteur qui sortait en
premier….Parfois c’est plus compliqué : il faut boire 3 gorgées à 7, 9 ou 11
fontaines, entre 23 et 24h.
On peut prendre un glaçon comme il y en a autour des fontaines l’hiver, le
mettre dans une coupe au grenier. Et au matin il aura pris la forme du visage du
promis.
Ailleurs la jeune fille pourra voir son promis si elle se mire dans l’eau à une
certaine heure, revêtue d’un voile de mariée, et éclairée par une bougie qui
aura servi à un mariage.
Si on boit à 11 fontaines, en y allant toujours à reculons, à la 11ème on verra
le visage du promis (ça les travaillait vraiment cette affaire)
Si une jeune fille se lave dans 3 sources qui coulent vers l‘est, la nuit entre
11 h et minuit, et qu’elle va à l’église ensuite, un jeune homme l’y attendra
avec une serviette. Ce sera son aimé.
Mais les sources n’annoncent pas que les bonnes choses.
Si certaines s’assèchent (on les appelle les sources de la famine) la récolte
sera mauvaise
L’inverse est plus rare.
Si une source change son cours il y aura bientôt la guerre
Si un malade de passage demande de l’eau de la fontaine il y aura bientôt un
mort dans le village.
Précautions d'usage
Evidemment ces croyances au sujet de l’aspect néfaste des eaux sont liées aux
risques bien réels : boire trop froid quand on est en nage peut être
préjudiciable, de l’eau croupie ou polluée peut rendre malade, on peut se noyer
dans une fontaine.
Ainsi donc déconseillait on de boire dans la fontaine d’un autre village. Tout
pouvait arriver sinon.
On ne lavait pas le puits le dimanche sinon le bétail tombait malade, les femmes
n’allaient pas à la fontaine au Carnaval sinon les poules ne pondaient plus, on
ne cherchait pas d’eau au puits à Noël ou Nouvel an sous peine d’attirer le
malheur sur la famille, il y a même une source à Böhmen dont il ne faut même pas
toucher la surface sous peine de mourir, et si du brouillard se lève de cette
nappe précise il y aura de la grêle et du mauvais temps.
Il ne faut pas construire sa maison au dessus d’une source, sinon quelqu’un
mourra bientôt.
Mais pourquoi tant de haine me direz vous ?
Parce que de tous temps les eaux ont été habitées par des esprits, bons ou
mauvais. Ils sont nombreux, et comme „en dessous“ tous les cours d’eau, étangs,
mers, sont reliés, les démons peuvent aisément aller d’ici à là bas. Parfois ils
sortent par là, parfois c’est l’entrée pour leur royaume (pensez à Frau Holle :
on entre dans son royaume en passant par un puits, et c’est par là qu’elle livre
les bébés)
Ces fameux démons se laissent voir parfois, mais ils prennent le visage qu’on
espère quand on fait de la divination. Parfois ils cachent et gardent des
trésors. Cette croyance vient sans doute du fait que durant les guerres on
immergeait l’or, les bijoux, parfois même les cloches des églises, et que
parfois quelque chose remontait à la surface.
Les esprits aquatiques sont le plus souvent féminins. Les sirènes, si on les
voit, annoncent de bonnes fenaisons. Et puis il y a les lavandières invisibles.
On ne les voit pas, mais les clapotis de l’eau sont le signe de leur activité,
s’il y a du brouillard c’est qu’elles ont mis leur lessive à sécher sur les
buissons.
D’autres esprits sont représentés par des animaux : crapaud, crabe, truite etc…
qui gardent l’eau propre. Si par contre il y a des émanations dangereuses
(toxiques) c’est l’œuvre d’un ver venimeux qui s’appelle Lindwurm.
Parfois ces esprits féminins vous apportent la fièvre. Il n’y a alors qu’un
moyen de guérir : à une certaine heure de la nuit il faut ôter sa chemise et la
jeter par dessus le toit de sa maison. Si on y arrive du premier coup la fièvre
partira aussitôt, sinon il faudra un peu plus longtemps. Mais dans ce cas il
faudra éviter de se laisser voir au dehors durant la nuit jusqu’à guérison
complète, sinon les esprits seraient susceptibles de se venger.
Dans certaines régions il faut éviter de regarder dans les puits, car les
esprits pourraient vous attirer tout au fond de ceux ci.
L’eau étant précieuse, un tel don doit être entretenu. Le nettoyage des sources
se fait selon les cas à la Pentecôte ou à la Saint Jean.
Il arrive que ce soient les garçons du village qui le fassent, ils nettoient,
puis répandent du sel et les jeunes filles doivent leur sécher les pieds.
Parfois aux solstices on couvre les sources afin de les protéger du dragon, on
le fait aussi aux éclipses car ces jours là du poison tombe du ciel.
La nuit de Noël ou du nouvel An, dans certaines régions, on tire un coup de
fusil dans l’eau pour éloigner les démons, ou on y jette des bradons pour la
protéger contre les sorcières, parfois c’est une jeune fille nue qu’on descend
dans le puits pour qu’elle y jette du fer et des pierres à feu, cela protégera
la maison de la foudre.
Si une femme puise de l’eau pendant quelle a ses règles elle asséchera la source
à coup sûr. Il en va de même si elle est enceinte. Et durant les 6 semaines qui
suivent la naissance. Et avant de pouvoir puiser de l’eau à nouveau après cette
période, elle devra jeter une pièce de monnaie dans l’eau, ou un croûton de
pain, ou un peu de sel. Cela dépend des régions.
Dut elle ne pas respecter ces façons de faire qu’elle s’exposerait à rendre
l’eau impropre à la consommation, elle même tomberait malade, son enfant
souffrirait d’énurésie.
Les enfants ne doivent pas jeter de cailloux dans les fontaines (ils les
jetteraient dans l’œil de Dieu)
Légendes
L’Eglise, avec un grand E, n’avait que deux solutions face à ces croyances :
combattre ou remplacer par des saints fabrication maison. La seconde solution
étant la plus simple c’est celle qu’elle adopta, avec plus ou moins de succès.
Elle décida aussi que les sources ne menaient plus au monde d’en bas, mais à
l’Enfer (avec un grand E), et forcément les esprits qui remontaient n’étaient
plus que des créatures démoniaques.
Exit les sirènes et autres lavandières fantômes.
Parfois ces puits sont si profonds qu’on pourrait „y mettre une église entière,
avec son clocher“ , qu’on y a versé „des centaines de charrettes de pierres“
sans pouvoir en discerner le fond, que lorsqu’on les a creusé on „est allé si
loin qu’on a entendu des cris d’animaux (venant de l’autre côté de la terre)“
Comment ne pas voir là des entrées de l’enfer alors ?
Il arrivait même que sortent de certaines sources souterraines des êtres vêtus
de vert, montés sur des chevaux.
Encore aujourd’hui on croit que sous la Cathédrale de Strasbourg se trouve une
voûte cachée qui donne accès à un lac immense et mystérieux. A partir de cet
endroit on peut aller à travers divers couloirs et canaux jusqu’à un puits
construit en 1576. Le Fischbrunnen (le puits du poisson).
La nuit quand tout est silencieux, de nombreuses personnes ont déjà entendu le
clapotis de l’eau, et le bruit des rames, maniées par les fous. Tous ceux qui
l’ont entendu sont emplis de crainte.
En face de la Cathédrale, sous la maison à côté de ce qui fut la pharmacie du
cerf, (et qui est devenu la „maison de la culture“) se trouve également une
entrée secrète pour cet endroit. C’est un grand trou fermé par une très lourde
porte de bois.
Beaucoup ont essayé de passer par là et d’arriver au bord du lac, mais personne
n’y est arrivé. Aussitôt qu’ils ouvraient la porte des courants d’airs très
violents et glacés soufflaient, éteignant aussitôt les torches des courageux.
De même il fut sans effet de sonder le gouffre avec de longues perches pour
trouver où sont les limites de la caverne
Quand à côté, l’Ill subit une montée des eaux, il en va de même dans le lac
souterrain. Ainsi à chaque fois des serpents, des crapauds, des salamandres et
d’autres monstres étranges aux yeux rouges, sortaient de leur repaire souterrain
et semaient la panique alentour. Aussi fut il décidé finalement de murer
définitivement cette porte d’accès.
Nul homme ne pourrait supporter ce qu’il verrait s’il descendait effectivement
au lac.
Et encore aujourd’hui si on passe vers minuit place de la Cathédrale on peut
entendre le bruit des flots, le bruit des barques et les cris et gémissement des
êtres qui vivent là dessous.
Alors on n’a qu’une hâte : quitter prestement ces lieux et rentrer chez soi bien
au chaud et à l’abri.
L’origine de toutes ces sources a trouvé dans les légendes des explications
assez poétiques : selon le cas c’est la foudre, une épée, une lance, une prière,
un coup de sabot de cheval, le feu d’un dragon, la larme d’une colombe, qui
ouvre le rocher et libère l’eau
Offrandes et Rites Magiques
Etant donné leurs pouvoirs, les esprits des fontaines doivent recevoir des
offrandes afin qu’ils nous voient d’un bon œil. Ce pouvaient être des sacrifices
humains comme à Friedberg (pour info Friedberg signifie la montagne de la paix
!), ou un animal. A Böhmen l’Eglise a officiellement interdit les sacrifices qui
avaient lieu à chaque printemps.
Mais comme il faut tout de même faire en sorte que les sources ne tarissent pas,
on y jette alors des pièces de monnaies les jours saints, et au solstice
d’hiver, la parturiente le fait sur le chemin de l’église, et (nous l’avons vu
plus haut) la première fois qu’elle retourne au puits. Sinon on offre des
victuailles.
On peut par exemple certains jours précis mettre du pain dans le tuyau de la
fontaine, ainsi coulera-t-elle toute l’année. Si on creuse un nouveau puits on y
jette du sel. Sinon de toute manière, à Pâques et Noël on y dépose du sel, du
pain, du miel, du fromage, le tout dans une assiette. Lors des mariage on peut y
jeter de l’argent et des rubans, ou du millet. On peut y jeter un sucre pour
demander un bébé (chez nous, en Alsace, on mettait un sucre sur le rebord de la
fenêtre pour la cigogne car c’est elle qui apporte les bébés)
Il y a quantité d’offrandes très diverses qui ont pour but de soigner autant de
maladies. Clous, viande séchée, un morceau de tissu, etc…. Si une jeune mère n’a
pas de montée de lait une vieille femme ira tremper dans trois fontaines, sans
parler (pour ne pas réveiller les nymphes) une galette de blé. La jeune mère
mangera cette galette afin que son lait « coule comme l’eau de la fontaine ».
Vous aurez sans doute noté au fil des textes sur ces croyances populaires que le
chiffre trois (ou ses multiples) revient souvent.
Le berger qui monte son troupeau à l’alpage pour la première fois s’arrêtera à
la fontaine pour prier afin que ses bêtes reviennent.
A certaines dates on fait trois fois le tour de la fontaine, d’ouest en est,
ceci est une magie de fertilité.
D’autres rites, comme le fait de laisser des jeunes hommes sauter (trois fois)
dans la fontaine au mercredi des cendres (voir le texte à ce sujet) sont de la
magie de pluie. Dans le même esprit, jusqu’à la fin du 19ème siècle, le fou du
jour, s’immergeait dans la fontaine. Cela fut remplacé par une poupée de paille
que l’on noyait ou brûlait. Ou bien on sautait par dessus la fontaine à cheval.
Certains jours les nouveaux mariés de l’année se lavaient dans la fontaine, ou
bien ceux qui avaient fini leur apprentissage se lavaient dans la fontaine, pour
laisser derrière eux tout ce qui avait trait à leur vie d’avant.
Une autre magie de fertilité consiste à décorer les fontaines, en mai ou à
Pâques, à la Pentecôte, avec des fleurs. On y fait alors boire le bétail. On
peut aussi planter l’arbre de mai à côté de la fontaine, pour s’assurer qu’elle
coulera toute l’année.
Dans bien des endroits on continue des coutumes, sans même se souvenir à quoi
elles riment. On lave les puits, on se jette dans l’eau des fontaines, on les
décore. Et ensuite on fait la fête.
retour
|