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La Pratique Magique de Rosaleen Norton
Comme cela a été décrit précédemment, les pratiques
magiques de Rosaleen Norton comprenaient des voyages individuels en transe
impliquant des rencontres sur le « plan astral » des principales
divinités de son panthéon magique, des rituels de magie sexuelle (par exemple,
avec Gavin Greenlees et Eugene Goossens) basés sur les écrits et les pratiques Thélémique
d’Aleister Crowley (donc d’après 1904), des activités cérémonielles (c’est-à-dire
à la fois dans son cercle magique intérieur et aussi avec Greenlees et
Goossens) impliquant un hommage à Pan et Hécate comme « principales divinités du coven » et des pratiques magiques
improvisées impliquant des éléments du Tantra et du Voodoo. Mais, Rosaleen
Norton avait aussi d’autres activités magiques. Cela comprenait des tentatives
de voyages « dans les airs » ou « hors du corps »
comparables aux vols que les sorcières médiévales prétendaient faire sur la route
vers le « sabbat des sorcières », des sorts magiques occasionnels et
l’utilisation irrégulière de drogues psychotropes pour faciliter un état de
conscience altéré. Au Moyen Âge, en Europe, on croyait que les sorcières
pouvaient voler dans les airs, se déplacer au moyen d’un balai, d’une fourche
ou d’une pelle. Au cours des procès médiévaux de sorcières, de nombreuses
sorcières ont aussi été accusées de rendre hommage au diable en embrassant son
postérieur. Rosemary E. Guiley, auteur d’un livre référence sur la sorcellerie,
note que le soi-disant osculum infame ou « baiser obscène » a été
mentionné dans « pratiquement tous les récits enregistrés du sabbat des
sorcières ». Dans certaines confessions il était dit que les sorcières « chevauchaient »
en compagnie de démons et qu’elles étaient capables de se transformer comme par
magie en animaux tels que des chèvres, des vaches, des chevaux ou des loups. Le
célèbre historien de la sorcellerie médiévale, Jeffrey B. Russell, décrit un
cas caractéristique de Simmenthal, près de Berne, rapporté lors des procès des
sorcières qui s'y sont déroulés entre 1395 et 1405, où un certain nombre de
personnes ont été condamnées pour sorcellerie et brûlées par la suite sur le
bûcher : Les sorcières de Simmenthal ont été
accusées de former une secte qui se réunissait à l’église le dimanche matin, non
pour la messe, mais pour adorer Satan. Là, ils accomplissaient des rites, dont un
hommage au diable. Ils volaient des enfants, les tuaient, puis les cuisinaient
et les mangeaient, ou bien ils les vidaient de leur sang pour faire des
onguents. Avec l’onguent, ils se transformaient en animaux, se rendaient
invisibles ou s’en frottaient le corps pour obtenir le pouvoir de voler dans
les airs. Dans un autre cas, en 1587, Walpurga Hausmannin, une
sage-femme, a été jugée et brûlée sur le bûcher de Dillingen : Arrêtée et torturée, elle a admis
avoir eu des rapports sexuels avec le diable et avoir conclu un pacte avec lui,
chevaucher la nuit sur une fourche, fouler l’hostie consacrée, avoir comme
amant un familier nommé Federlin, provoquer des tempêtes de grêle et avoir commis
une longue liste de maléfices ... Le fameux Malleus Maleficarum (Le Marteau des Sorcières),
compilé comme manuel d’instruction par les inquisiteurs Jacob Sprenger
(1436-1495) et Heinrich Kramer (1450-1505) et publié pour la première fois en
Allemagne en 1486, comprend également un chapitre sur les vols des sorcières intitulé :
« Comment elles se transportent d’un endroit à l’autre ». Sprenger et
Kramer écrivent : Maintenant, voici leur méthode pour se
déplacer. Elles prennent les onguents [« onguent de vol »] qu’elles
... fabriquent selon les instructions du diable à partir des membres d’enfants,
en particulier d’enfants qu’elles ont tués avant leur baptême, et s’oignent
avec une chaise ou un balai, après quoi elles sont immédiatement transportés
dans les airs, de jour ou de nuit, et sont visibles ou non selon ce qu’elles
désirent... parfois [le Diable] transporte les sorcières sur des animaux, qui
ne sont pas de vrais animaux mais des démons sous cette apparence et parfois
même sans aucune aide extérieure, elles sont visiblement transportées
uniquement par l’action du pouvoir du diable. Mais, pendant la Renaissance, certains observateurs ont
commencé à soupçonner que, du moins dans certains cas, le phénomène de « vol
dans le ciel » attribué aux sorcières était plutôt une perception interne
qu’une réalité externe. Le scientifique du 16ème siècle Giambattista della Porta
(v.1535-1615), un collègue de Galilée, entretenait de tels doutes : ... J’ai fait la connaissance d’une
vieille femme, [une de celles] qu’ils appellent chouettes hurlantes [striges], à
cause de la ressemblance entre la chouette nocturne [strix] et les sorcières
[strigae], et qui sucent le sang de petits enfants dans leurs berceaux, qui a
promis de m’apporter rapidement et de son plein gré des réponses. Elle a
ordonné à tous ceux qui étaient là comme témoins de sortir. Ensuite, elle a
enlevé tous ses guenilles et s’est frottée très vigoureusement et rapidement
avec un onguent (on la voyait à travers les fissures de la porte). Puis elle s’est
assoupie sous la force des sucs narcotiques et est tombée dans un sommeil
profond. Nous avons ensuite ouvert les portes et l’avons flagellée, la force de
sa stupeur était si grande qu’elle est revenue à elle. Nous sommes retournés à
notre place à l’extérieur. Puis, les pouvoirs de la drogue se sont amenuisés et
elle s’est réveillée, a commencé à raconter qu’elle avait traversé les mers et
les montagnes pour chercher ces fausses réponses. Nous avons nié, elle a insisté,
nous lui avons montré les marques de la flagellation, elle a insisté avec plus
d’obstination qu’avant. Della Porta a proposé une explication physiologique de l’onguent
des sorcières, notant qu’après que les sorcières aient concocté une infusion
qui comprenait des ingrédients tels que l’aconit et la « morelle induisant
le sommeil » [Solanum somniferum] et après avoir oint « des
parties de leur corps, les ayant frottées très soigneusement pour que les « chairs
soient détendues et les pores s’ouvrent », elles ont ensuite ressenti une sensation
de vol induite par la drogue qui comprenait aussi des éléments totalement fantaisistes : Ainsi, lors d’une nuit à la lueur de
la lune, elles pensent être emportés vers des banquets où il y a de la musique,
des danses et des accouplements avec de jeunes hommes, ce qu’elles désirent le
plus. La force de l’imagination et l’apparence des images sont si grandes que
la partie du cerveau appelée mémoire est presque pleine de ce genre de choses
et comme elles-mêmes, par inclinaison de la nature, sont extrêmement enclines à
y croire, elles y pensent encore et encore de jour comme de nuit en oubliant
tout le reste. Le Dr Michael J. Harner, un anthropologue américain
contemporain, a cependant noté récemment, que ce pourrait être la puissance des
ingrédients à base de plantes psychotropes dans les onguents des sorcières,
plutôt que la « force de l’imagination » mentionnée par Della Porta,
qui produit la sensation de vol décrites par les sorcières du moyen-âge. Harner
note que lorsque le savant allemand Karl Kiesewetter, qui avait lui-même été
inspiré par les idées de Della Porta, a créé un onguent de sorcière et s’est
frotté avec, il a vécu un rêve dans lequel il avait l’impression de voler en
spirales. Quand Professeur W.E. Peukert de Göttingen, en Allemagne, a utilisé
une recette de sorcières du XVIIe siècle et a créé un « onguent de
vol » contenant de la belladone, de la jusquiame et du datura, il a lui
aussi a connu un étrange état de conscience altéré. Peukert et certains de ses
collègues ont frotté l’onguent sur leur front et contre leurs aisselles et le
résultat a été dramatique : « Ils sont tombés dans un sommeil de
vingt-quatre heures au cours duquel ils ont rêvé de chevauchées sauvages, de
danses frénétiques et d’autres aventures étranges comme celles qu’on associe
aux orgies médiévales. » Jeffrey B. Russell affirme aussi que les
sensations de vol et d’extase induites par les onguents des sorcières
médiévales pourraient être induites par les propriétés chimiques naturelles des
ingrédients à base de plantes comme l’aconit et la morelle [belladone] : «
... l’aconit déprime le système cardiovasculaire et produit une semi-paralysie
sensorielle, tandis que ... la morelle induit le délire, l’excitation et
parfois l’inconscience. » Dans sa correspondance avec Rosaleen Norton, Eugene
Goossens fait référence aux rencontres astrales avec des êtres mythiques, aux
onguents magiques et aussi au fameux osculum infame, ou « baiser
obscène ». Il y a aussi des références aux « familiers », ou
esprits-assistants magiques, et à l’idée de prendre une forme animale.
Collectivement, ces références indiquent un grand intérêt et une connaissance
de la tradition médiévale sorcière. Sur la base du niveau de détail fourni dans
la correspondance, il semblerait que Goossens et Rosaleen Norton cherchaient à
valider les aspects des pratiques de sorcellerie médiévale de façon personnelle
et expérimentale. Dans une lettre non datée qui commence par
« Roiesorcière », Goossens écrit que contempler tes organes hermaphrodites
sur les images m’a presque fait abandonner le travail de ma soirée et voler
vers toi par le premier coven aérien. Mais, comme promis, tu es venu me voir
tôt ce matin (vers 1h45) et lorsqu’un store s’est soudainement mis à battre
pour annoncer ton arrivée, j’ai réalisé par un délicieux picotement orificiel
que tu étais sur le point de faire sentir ta présence dans un sens bien
réel ! Indépendamment du contenu érotique de cette lettre, qui
est intrigant, Goossens et Rosaleen Norton avaient clairement fixé
préalablement un rendez-vous « astral » car au moment où cette lettre
a été écrite, ils étaient physiquement séparés par une grande distance :
d’autres détails dans la même lettre suggèrent que Goossens a posté cette
lettre à Rosaleen Norton alors qu’il était loin de Sydney, peut-être même
d’Europe. La lettre de Goossens continue : Sérieusement, tu étais très
certainement là et tu appréciais incontestablement ce qui s’est passé. J’étais
au milieu d’un rite à A et il venait de demander le « osculum infame »
(que j’allais donner) lorsque tu as profité de ma position et que tu me l’as administré.
Une étrange créature à sabots était dans la pièce avec nous – de la taille à la
tête c’était un être féminin et plus bas un centaure. Une jolie créature
crustacée aux seins laiteux est aussi apparue. Je vais la dessiner pour toi
quand je te verrai. Toute la nuit, j’étais en pure m.s. [magie sexuelle] ravi
et mes offrandes étaient, par les résultats, les plus acceptables pour les
êtres ... Plus à ce sujet plus tard. Goossens ajoute que « Ta description du triple du Rite
de M.S. (toi, G et moi) était curieuse car que je vous concevais tous les deux comme
des femmes (G vient toujours à moi en tant que femme) et j’étais pleinement
présent, aussi sous une forme changeante. » Cette partie de la lettre montre
Goossens qui compare les visions astrales avec Rosaleen Norton, un peu comme deux
passionnés comparant des rêves, afin de confirmer si les deux parties (à savoir
Goossens et Rosaleen Norton) avaient connu les mêmes phénomènes lors de la
rencontre astrale. La figure identifiée comme « A » n’est clairement
pas une personne physique mais une entité métaphysique associée au diable car
selon la correspondance, « A » a demandé le « osculum infame »,
généralement considéré comme un acte d’hommage rituel démoniaque, et Goossens a
accepté de le donner. Nous savons que Goossens fait référence à des rencontres sur
le plan intérieur car il utilise l’expression « nos rencontres astrales »
dans une autre lettre pour décrire des activités similaires. Dans cette lettre-là,
Goossens fait aussi fait référence à « Asmodée » et à « un
succube sous la forme d’Astarté ». Compte tenu de ces références, l’être
métaphysique étant simplement appelé « A » dans la première lettre
pourrait théoriquement être l’une ou l’autre de ces entités magiques. Des deux,
Astarté est l’alternative la moins probable car elle est une déesse mère
assyro-babylonienne associée à l’amour, la bataille, la guerre, le sexe et la
fertilité et il n’y a aucun lien culturel entre elle et le fameux « osculum
infame ». Asmodée, lui, était bien connu des compilateurs de grimoires
médiévaux comme le démon de la débauche et de la luxure, et l’intérêt de
Goossens pour de tels grimoires magiques a déjà été établi. Il est possible
qu’Asmodée vienne du perse Aeshma Daeva, dont on dit aussi que c’est un « démon
à la lance blessante », ainsi qu’un esprit de la tempête et la personnification
de la rage, Asmodée [parfois appelé Ashmedai] figure dans la littérature juive
antique comme un démon qui cause la frustration dans le mariage. Gooseens peut
s’être intéressé à Asmodée en raison de sa fascination pour les grimoires
médiévaux comme la Goétie. Une entité appelée Asmoday [une variante d’Asmodée
/ Ashmedai] est répertoriée dans la Goétie, c’est l’un des 72 « mauvais
esprits » - ici, il est décrit comme un démon à trois têtes avec la queue
d’un serpent. Comme le note l’historien Richard Cavendish, les trois têtes d’Asmoday
sont celles d’un bélier, d’un taureau et d’un homme, « toutes créatures
traditionnellement lubriques », et dans la littérature juive, Asmodée est
aussi un démon associé à la luxure : il a les pieds d’un coq, « un
oiseau connu pour sa vigueur sexuelle indiscriminée ». Si l’on prend en
compte le nom magique de Goossens, Djinn, mentionné plus haut, il est
significatif qu’Asmodée ait aussi un lien spécifique avec le légendaire Roi
Salomon. Selon la tradition juive, Asmodée, ainsi que d’autres démons, a été
contraint par le roi Salomon à construire son temple à Jérusalem. Mais, à sa
manière typiquement lubrique, Asmodée a poursuivi l’une des épouses du Roi
Salomon et ce n’est que lorsque l’archange Michel est intervenu en offrant au Roi
Salomon un anneau magique que ce puissant démon a pu être vaincu. La lettre de Goossens commençant par « Roiesorcière »
est aussi intéressante pour d’autres raisons. Goossens conçoit clairement la
rencontre magique astrale mentionnée plus haut comme étant une rencontre où lui
et Rosaleen Norton sont en mesure d’observer conjointement ce qui se passe, car
il écrit : « ... tu étais sans doute agréablement consciente de ce
qui s’est passé. » Il partage aussi une compréhension implicite avec Rosaleen
Norton voulant que les entités magiques qui apparaissent dans de telles
circonstances visionnaires sont à la fois tangibles et réelles, même si elles
émanent d’autres plans de l’existence. Goossens écrit dans sa lettre :
« Une créature étrange avec des sabots était avec nous dans la pièce – en
haut et au milieu c’était un être féminin et en bas un centaure… » Mais,
ce n’est pas un centaure fictif venu de la littérature des légendes grecques
classiques mais une « forme-dieu » magique vécue comme réelle dans le
contexte de la rencontre visionnaire. Lorsque Goossens écrit que ses offrandes
« étaient, par les résultats, les plus acceptables pour les êtres »,
il reconnaît que ces entités ont leur propre réalité tangible et que l’on peut
interagir de manière significative avec elles, même si leur présence ne peut
être pleinement ressentie que sur les « plans intérieurs ». Enfin,
dans la même lettre, il y a une référence notable à un rite triple de M.S. [magie
sexuelle] impliquant Goossens, Rosaleen Norton et Greenlees. Goossens écrit que
« G vient toujours à moi en tant que femme » ce qui en soi est une
remarque intéressante, étant donné que Greenlees était ouvertement bisexuel. La
lettre confirme qu’à certaines occasions, au moins, le fonctionnement rituel de
la magie sexuelle de Brougham Street impliquait un ménage à trois - un
détail confirmé plus tard par Bert Trevenar dans une interview avec Ned McCann,
un fait-diversier de Sydney en 1999. Les références de Goossens à des onguents lient également
sa correspondance avec Rosaleen Norton à la tradition magique médiévale. Dans
une de ses lettres, déjà mentionnée, Goossens fait une brève référence à une
substance appelée crème d’Ashtaroth qui, écrit-il, est destinée « à toi
[c.-à-d. Rosaleen Norton] et à personne d’autre ». Comme indiqué
précédemment, Ashtaroth est un démon mentionné dans la Goétie mais, en plus, il
est aussi répertorié par S. L. MacGregor Mathers le magicien cérémoniel et
passionné de grimoire, comme l’une des Qlipha, ou forces négatives, sur
le visage maléfique à l’avers de l’Arbre de Vie Kabbalistique. Malheureusement,
on ne nous dit pas ce qui était réellement contenu dans la crème Ashtaroth, ni
pourquoi elle a reçu son nom là. Dans la 3ème des 11 lettres citées par le Dr Marguerite
Johnson, Goosens dit à Rosaleen Norton qu’elle a commencé à « prendre une
forme presque concrète » lors de leurs récentes expériences astrales et il
dit : « Je t’enverrai la semaine prochaine, à mon retour, un onguent
délicieux, qui sera pour toi, il sera peut-être utile dans cette affaire »
- c’est-à-dire un onguent qui aiderait à produire les effets dissociatifs
requis pour les rencontres astrales. Encore une fois, on ne nous donne pas de
détails sur la composition de l’onguent lui-même, mais Goossens ajoute en
aparté que quelqu’un qui connait bien le sujet, lui a parlé de cet onguent à
Paris où la chose n’est pas rare… » Mais Goossens apporte un commentaire bien
plus détaillé sur l’utilisation d’un onguent magique dans une autre lettre – la
7 du Dr Johnson – où il énumère les procédures spécifiques que Rosaleen Norton
devra suivre pour appliquer la pommade sur son corps. Il dit : « Utilise
une demi-cuillère à café. Etale la crème sur la peau sur une large zone à l’intérieur
de la cuisse (entre l’entrejambe et le genou) ou sur le ventre. Utilise-la sur
une peau non lavée. Ne lave pas la zone ointe une heure avant ou trois heures
après. Ne l’utilise pas pendant la période menstruelle. Un homme ne doit pas utiliser
cet onguent. Ce serait plus que dangereux. » Goossens signe la lettre « Djinn »
puis il ajoute quelques détails : « Crème Base d’Egypte préparée par
Anna (Paris). Onguent aux herbes - base sanguine. A appliquer une fois par jour
pendant 3, 4 ou 5 jours. » Enfin, il faut se demander si Goossens croyait vraiment
qu’il pourrait prendre une forme animale sur le plan astral, car cet aspect de
la pratique magique est clairement lié à la tradition sorcière médiévale
européenne. Il faut admettre que Goossens adopte parfois une approche légère
sur les questions occultes et ce facteur doit être pris en considération. Dans
une lettre à Rosaleen Norton, Goossens mentionne en plaisantant qu’au lieu de
dire Covent Garden (le quartier de Londres) il dit Coven Garden. Dans une
autre, il écrit qu’un gros paquet a été livré par un « transporteur angélique
démoniaque », évidemment une métaphore pour le fret aérien rapide, et plus
tard dans la même lettre, il écrit qu’après avoir été stimulé par les œuvres
érotiques de Rosaleen Norton, il a senti qu’il voulait voler vers elle
« par le premier coven aérien ». A la lumière de telles remarques, il n’est pas facile de
décider si Goossens prend au sérieux l’idée de transformation animale magique
ou de lycanthropie. Goossens s’exprime-t-il littéralement ou métaphoriquement
quand il écrit dans l’une de ses lettres à Rosaleen Norton : « Même
maintenant, mes ailes de chauve-souris vous enveloppent et vous soulèvent,
comme les vôtres m’enveloppent souvent, dans des sphères ahrimaniques » ?
Juste avant de faire cette remarque Goossens écrit : « Tu ne sais pas
ce que ta longue lettre signifie pour moi, elle est compréhension et éloquence,
elle satisfait heureusement ma nature, elle est occulte, obscène, et parle
d’autres mondes et d’autres êtres. Je maîtrise de nombreuses choses, que
toutes tu comprends et assistes. » [c’est moi qui souligne] La
dernière phrase suggère que Goossens prend sa pratique magique au sérieux, et à
la page précédente de la même lettre, il informe Rosaleen Norton que « le
Maître, à Paris, est mort il y a quelques mois. Donc, plus d’onguent ... »
L’enquête de Harner sur les onguents de sorcières, dont il a été question plus
haut, fait plus que suggère que dans la sorcellerie médiévale, c’est l’onguent
qui facilite la perception de la transformation animale, il est donc
particulièrement significatif que dans une autre lettre, quand Goossens fait
référence à ses « rencontre astrales » avec Rosaleen Norton, il
poursuit en faisant référence aux onguents et à leurs effets spécifiques :
« Je travaille cependant sur un onguent (celui que tu as me sers de base) pour
provoquer notre transport physique. » [les italiques sont de moi] Goossens
semble suggérer ici que les propriétés naturelles de l’onguent magique,
c’est-à-dire sa capacité à produire des effets dissociatifs, pourraient
entraîner une projection du « corps astral » sur les plans intérieurs
permettant le « transport » et la capacité de s’engager dans des
rencontres visionnaires (« rencontre astrales »), comme si elles
étaient tangibles et réelles. Goossens ne croyait certainement pas que son
corps physique réel ai pu être transporté par les effets de l’onguent, mais
étant donné la puissance de l’onguent, il avait de bonnes raisons de croire que
son « véhicule astral de conscience » pourrait être « transporté »
par l’onguent de vol lorsqu’il est entré dans un état modifié de conscience. Il
semble donc raisonnable de conclure que même si Goossens a parfois fait des
remarques fantaisistes comme « transporteur angélique démoniaque » et
« voler par le premier coven aérien » dans sa correspondance
personnelle, il croyait néanmoins à la validité fondamentale de ses
explorations magiques et « rencontre astrales » avec Rosaleen Norton.
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