Dans le Musée de
Gerald Gardner on trouvait un certain nombre de Grimoires Magiques parmi
lesquels "Arbatel: Of the Magic of the Ancients" de Cornelius Aggrippa. En voici une version française.
La Magie d’Arbatel
par Cornelius Agrippa
Isagoge ou livre des lois de la Magie,
Quatrième
Septenaire
A. XXII. Nous appelons secret ce que par la seule industrie humaine et sans
révélation personne ne pourra savoir : science dont la connaissance a été cachée
par Dieu dans la portion occulte de la nature, mais que cependant il a permis
aux Esprits de révéler pour qu'il en soit fait bon usage. Et ces secrets sont
soit d'ordre divin, soit d'ordre naturel, soit d'ordre humain. Fais un choix
méticuleux et discret parmi les secrets qui auront le plus attiré ton attention.
A. XXIII. Tout d'abord étudie la nature de ce secret et sache s'il peut être
obtenu soit par des esprits sous la forme humaine, soit par des intelligences
séparées, soit par la mise en œuvre des facultés humaines ou de quelque autre
façon. Cela fait, évoque l'esprit qui sait cet art, ou ce qu'il y a de secret en
lui, de te l'enseigner brièvement et prie Dieu de t'inspirer sa grâce pour que
tu parviennes au but secret désiré pour la louange et l'honneur de Dieu et pour
le service de ton prochain.
A. XXIV. Les grands secrets sont au nombre de sept :
1° Le premier est la guérison de toutes les maladies dans l'espace de sept jours
soit par les caractères, soit par les sciences naturelles, soit par les esprits
supérieurs avec l'aide de Dieu ;
2° Le deuxième est de pouvoir à volonté prolonger sa vie jusqu'à un âge
quelconque, je dis la vie corporelle et naturelle, comme faisaient nos premiers
parents ;
3° Le troisième est d'avoir l'obéissance des créatures élémentaires qui ont la
forme d'esprits personnifiés, à savoir les Pygmées, les Fées, les Dryades, les
Sylvains, les Nymphes ;
4° Le quatrième est de pouvoir parler avec toutes les intelligences de
l'univers, visibles et invisibles, de pouvoir les entendre sur quelque chose que
ce soit, et de pouvoir être en rapport avec celle qui préside à une chose
déterminée ;
5° Le cinquième est de pouvoir se gouverner soi-même vers la fin que Dieu nous a
fixée ;
6° Le sixième est de connaître Dieu et le Christ et son Esprit-Saint. C'est là
la perfection du microcosme ;
7° Le septième est de se régénérer comme Hénoch roi du monde inférieur.
Ces sept secrets, tout homme d'une âme ferme et honnête pourra les apprendre des
esprits sans offenser Dieu.
Secrets moins importants également au nombre de sept :
1° La transmutation des métaux, qui est vulgairement
appelée alchimie, chose sûre, mais qui n'est donnée qu'à bien peu et seulement
par une grâce particulière. Rien ne sert de courir, rien ne sert de vouloir, il
faut la grâce de Dieu ;
2° La cure des maladies par les métaux ou par action merveilleuse des pierres
précieuses ou de la pierre philosophale et des préparations analogues;
3° Pouvoir réaliser des merveilles astronomiques et mathématiques comme sont les
machines hydrauliques et régler ses affaires par les influences célestes et les
opérations • de ce genre ; 4° Pouvoir réaliser toutes les œuvres de la Magie
naturelle ;
5° Connaître tous les pronostics d'ordre physique ;
6° Connaître le fondement de tous les arts d'ordre manuel ou corporel ;
7° Connaître le fondement de tous les arts qui s'exercent par la nature
angélique de l'homme.
Petits secrets au nombre de sept
1° Faire son métier avec soin et gagner beaucoup d'argent ;
2° Monter d'une humble position aux dignités et aux honneurs et fonder une
nouvelle famille qui soit illustre et fasse de grandes choses ;
3° Exceller dans l'art militaire, réussir de grandes entreprises et être la tête
de la tête des rois et des princes ;
4° Etre un bon père de famille à la campagne et à la ville ;
5° Etre marchand industrieux et fortuné ;
6° Etre philosophe, mathématicien, médecin, aristotélicien, platonicien,
ptoléméen, euclidien, hippocratique et galénique ;
7° Être théologien, biblique, scholastique ; connaître tous les auteurs
théologiens anciens et modernes.
A. XXV. 1° Nous venons de dire quels sont les secrets, leur genre, leur espèce.
Il reste à dire de quelle façon nous obtiendrons ce que nous désirons savoir.
L'unique et la véritable voie vers tous les secrets est d'avoir recours à Dieu
auteur de tout bien, et, comme le dit le Christ : « Cherche d'abord le royaume
de Dieu et sa justice et le reste te sera donné par surcroît. »
2° Et aussi : « Prenez garde que votre cœur ne soit appesanti par la luxure, la
gourmandise et les soins matériels de cette vie.
3° Et aussi : « Confie tes projets à Dieu, et sa droite agira. »
4° Et aussi : « Je suis ton Dieu, ton Seigneur qui t'enseigne les choses utiles
et te dirige dans la voie où tu marches. »
5° « Et je te donnerai l'intelligence et je t'instruirai, et de mon regard je te
dirigerai sur la route. »
6° Et aussi : « Vous qui êtes pervers, vous savez enseigner le bien à vos
enfants ; combien plus sûrement encore votre père qui est aux cieux vous
donnera-t-il son Esprit-Saint si vous le demandez ! »
7° Et aussi : « Si vous voulez accomplir les volontés de mon père qui est aux
cieux vous serez véritablement mes disciples et nous viendrons à vous et nous
ferons notre tabernacle de votre âme. »
Ces sept passages de l'Écriture, si tu les fais passer de
la lettre à l'esprit, c'est-à-dire en acte, t'empêcheront de te tromper, te
feront atteindre la borne désirée, ne pas t'éloigner de la voie droite, et Dieu
lui-même par son Esprit-Saint t'enseignera l'utile et le vrai ; il te donnera
même ses anges comme compagnons, comme maîtres et comme appuis pour pénétrer
tous les secrets de l'univers. Il ordonnera à toutes les créatures de t'obéir
pour que, joyeux et heureux, tu dises avec les apôtres : « L'Esprit m'est soumis
», et enfin, ce qui est le principal, tu seras certain que ton nom est inscrit
dans les cieux.
A. XXVI. Une autre voie, et plus commune, est celle par laquelle Dieu te révèle,
même inconsciemment, ses secrets soit par les Esprits qui ont les secrets en
leur pouvoir, soit par les songes, soit par les visions et les impressions
vives, ou bien, grâce à la figure astrologique de la nativité, par les
intelligences célestes : c'est ce qui fait les héros, comme le sont presque tous
les grands hommes, comme Platon, Aristote, Hippocrate, Galien, Euclide,
Archimède, Hermès Trismégiste, le père des secrets avec Théophraste Paracelse,
qui ont en eux toutes les vertus des secrets. A ce groupe se rattachent encore
Homère, Hésiode, Orphée, Pythagore, à supposer que ceux-ci n'aient pas tenu leur
puissance du précédent arcane. A eux se rattachent encore les enfants des
nymphes, comme les fils de Mélusine et les fils des dieux, Achille, Enée,
Hercule, et aussi Cyrus, Alexandre le Grandi Jules César, Lucullus, Sylla,
Marius. La loi est que chacun connaisse son génie pour en suivre l'impulsion
selon le verbe de Dieu et qu'il prenne garde. aux embûches des mauvais génies
pour n'être pas précipité dans le malheur comme Brutus et Marc Antoine. (Cf.
Jovianus Pontanus, traités : de Fortuna et de Eutycho).
La troisième méthode est d'un travail pénible, et, sans le secours de quelque
divinité, rien ne s'en peut tirer de grand ou de digne d'admiration, car il est
écrit :
Tu nihit invita dites faciesve Minerva
Nous détestons tout les cacomages qui par d'illicites
superstitions s'associent aux démons et obtiennent d'eux certaines choses que
Dieu a permises comme châtiments. Car il y a certains maux qui sont l'œuvre du
diable, comme l'atteste l'Écriture au sujet de judas. A cette variété se
rapporte toute l'idolâtrie des anciens et de notre âge et l'abus des sorts fait
si souvent par la gentilité. A cela se rattachent aussi l'évocation charontique
des mânes, l'œuvre de Saül avec la femme, l'évocation du soldat mort de Lucain
pour prophétiser l'issue de la bataille de Pharsale et celles du même genre.
A. XXVII. Fais un cercle ayant au centre A qui soit B, C, D, E, BC à l'Orient,
CD au Nord, etc... Divise chaque quadrant en 7 parties de façon qu'il y ait en
tout 28 parties et que chaque secteur soit divisé lui-même en 4, soit en tout i
12 parties et il y a autant de secrets qu'il est défendu de révéler. Ce cercle
ainsi divisé s'appelle Sceau des Secrets de l'univers entier de qui, d'un
centre A qui est l'ineffable Dieu, est émanée toute la circonférence. Le prince
des secrets de l'Orient réside au milieu et a de chaque côté trois satrapes qui
ont chacun quatre ministres sous leur dépendance et le prince lui aussi en a
quatre. Tous les autres quadrants de même ont leur prince des secrets, leurs
satrapes et leurs ministres quaternaires. Mais celui de l'Orient est le
dispensateur de toute sagesse, celui de l'Occident de toute force, celui du Midi
de toute culture, celui du Nord de toute rigueur dans la vie. A l'Orient donc
sont fixés les grands secrets, au Midi les moyens, à l'Occident et au Nord les
petits.
L'usage de ce cercle est de savoir d'où viennent les
esprits ou les anges qui enseignent les secrets qui leur sont confiés par Dieu.
Or leurs noms sont établis d'après leurs fonctions et de leurs vertus, selon que
Dieu distribue à Chacun sa fonction. L'un a le pouvoir de l'épée, l'autre de la
peste, un autre de la famine, qui doit frapper les peuples sur l'ordre de Dieu.
Les autres sont les destructeurs des cités, comme ces deux anges qui furent
envoyés pour renverser Sodome et Gomorrhe et les environs : l'exemple en est
rapporté par les Écritures. Les uns sont les anges gardiens des royaumes, les
autres des individus, suivant que chacun aura formé leur nom dans sa langue. Et
ainsi celui qui le voudra invoquera l'ange de la Médecine, ou de la Philosophie,
ou des Mathématiques, ou de la Sagesse civile, ou de la Sagesse naturelle ou
surnaturelle, ou de tel autre qu'il voudra. Qu'il demande sérieusement, dans
tout l'élan de son cœur, avec foi et constance, et certainement il recevra ce
qu'il désire de Dieu père de tous ces esprits. Cette foi est supérieure à tout
talisman, et soumet les anges à la volonté humaine. A cette foi s'ajoute la
science caractéristique d'évoquer les anges, qui a pour source la seule
révélation divine ; mais sans la foi susdite et qui doit la précéder, elle
demeure dans les ténèbres. Si quelqu'un veut s'en servir uniquement comme d'une
science mnémotechnique, comme d'un moyen plus simple créé par Dieu qui, pour
cela, y a attaché cette vertu ou essence spirituelle, il pourra le faire sans
que Dieu s'y oppose. Mais, qu'il prenne garde de ne pas tomber dans l'idolâtrie
et dans les lacets du Diable qui, ardent à la chasse, capture facilement les
imprudents. Or cet adversaire ne peut être maintenu que par le doigt de Dieu ;
il est forcé d'obéir à l'homme de bien, d'incliner devant lui sa mauvaise
volonté. Nombreuses sont les tribulations, grandes les tentations, lorsqu'il a
reçu l'ordre de tendre des embûches au talon du Christ, ou à la semence de la
femme. Ce n'est donc qu'avec crainte et tremblement que l'on doit aborder la
Pneumatique, avec le plus grand respect de Dieu, et l'homme ne doit
converser avec les essences spirituelles qu'avec recueillement et sagesse. Qu'il
se garde de toute légèreté, de tout orgueil, de toute avarice, de toute vanité,
de toute jalousie, de toute impiété, celui qui tente une telle entreprise, s'il
ne veut périr misérablement.
A. XXVIII. Comme tout bien vient de Dieu qui est le seul bien, c'est à lui qu'il
faut demander ce que nous voulons en le priant en esprit et vérité et d'un cœur
simple. La conclusion du Secret des secrets est que chacun s'excite à prier pour
ce qu'il désire et il ne souffrira pas de refus. Que le doute n'affaiblisse donc
pas sa propre prière, car, à celui qui le prie, Dieu peut et Veut accorder sa
demande pourvu qu'il reconnaisse l'auteur du bienfait dont nous demandons
humblement la réalisation. Ce père miséricordieux et bon aime ses fils de désir,
comme dit Daniel, et les exauce avant même qu'ils n'aient pu vaincre 'la dureté
de leur cœur à prier. Mais il ne veut pas que nous donnions le Saint aux chiens
ni que nous méprisions et rejetions les merveilles de son trésor. Aussi lis et
relis souvent et avec soin le premier septénaire des secrets. Dirige et règle ta
vie et toutes tes actions sur ces préceptes, et tout cédera à l'assentiment de
ton âme en Dieu, auquel tu te confies.
Cinquième
Septenaire