Dans le Musée de
Gerald Gardner on trouvait un certain nombre de Grimoires Magiques parmi
lesquels "Arbatel: Of the Magic of the Ancients" de Cornelius Aggrippa. En voici une version française.
La Magie d’Arbatel
par Cornelius Agrippa
Isagoge ou livre des lois de la Magie,
Sixième Septenaire
A. XXXVI. Il faut veiller à ne pas mélanger expériences et expériences ; chaque
opération doit être une et simple. Car Dieu et la nature ont ordonné chaque
chose pour un but fixe et déterminé. Ainsi l'ont compris ceux qui soignent les
maladies par les herbes et les racines les plus simples et n'en ont que plus de
succès. C'est pour cela que, dans les noms et les caractères constellés et dans
lés pierres et les autres objets se cachent dés influences et des vertus qui,
actualisées, sont d'un effet merveilleux.
Il en est de même des paroles qui, prononcées, font immédiatement apparaître à
nos ordres les créatures visibles et invisibles, tant de notre inonde que du
monde aqueux, aérien, souterrain, olympique, supracéleste, infernal et enfin
même divin.
Travaillons donc surtout dans la simplicité et demandons à Dieu la connaissance
des choses simples : du reste, nous ne pouvons l'apprendre par aucune autre
méthode, par aucune autre expérience.
A. XXXVII. Chaque être occupe donc le lieu qui lui convient spécialement : il y
a un ordre, une raison, un mode qui rendent aisée à apprendre la science des
choses visibles et invisibles. Au point de vue de l'ordre, il y a des créatures
de lumière et de ténèbres ; les dernières sont en proie à l'orgueil pour s'être
précipitées dans les ténèbres, M, par leur rébellion, se sont faites les
esclaves des peines éternelles. Leur royaume, participe de la beauté, - car il
ne pourrait subsister sans quelque qualité et sans quelqu'un des puissants dons
de Dieu, - d'autre part il est repoussant et hideux, car il regorge de toutes
les hontes et de tous les crimes ; idolâtrie, mépris de Dieu, blasphème contre
le Seigneur et contre ses œuvres, culte des démons, révolte contre les lois,
sédition, homicide, vol, tyrannie, adultères, plaisirs illicites, rapines,
larcins, mensonges, parjures, désir de dominer. C'est ce mélange qui constitue
le royaume des ténèbres. Mais les créatures de lumière par la vérité éternelle
et la grâce de Dieu commandent même aux seigneurs des ténèbres, comme membres du
Christ. Entre eux est une guerre éternelle jusqu'à ce que Dieu donne, à son
dernier jugement, le signal de la paix.
A. XXXVIII. Donc, à un premier point de vue, la magie est double : l'une
est un don de Dieu aux créatures de lumière ; l'autre, venant également de Dieu
est celle des créatures de ténèbres, et celle-ci, elle-même, corn-porte deux
variétés : l'une, ayant le bien pour but, force les princes des ténèbres, sur
l'ordre de Dieu, de faire du bien aux créatures ; l'autre ayant pour but le mal,
est celle par laquelle Dieu, pour punir les méchants, les laisse être trompés
magiquement ou les précipite à leur perte.
La seconde division de la magie est la suivante : on peut opérer, soit
par des instruments visibles dans les choses visibles, soit par des instruments
invisibles dans les choses invisibles, soit encore en mélangeant les moyens, les
instruments ou les effets.
La troisième est la suivante : une Magie opère seulement par l'invocation
de Dieu ; elle est en partie prophétique et en partie philosophique comme la
magie Théophrastique ; une autre espèce de Magie, par ignorance du vrai Dieu,
opère avec l'aide des Princes des Esprits pour accomplir ses œuvres. Telle est
la magie des alchimistes.
La quatrième distingue la magie de ceux qui opèrent en descendant du Dieu
suprême par l'échelle des bons anges et exercent leur art par cette intervention
substituée à, celle de Dieu ; telle était la magie des Baalims ; et la magie
dont les adeptes évoquent les Satrapes des mauvais esprits, comme le faisaient
ceux des gentils qui utilisaient les dieux inférieurs.
La cinquième division est la suivante : les uns agissent directement,
face à face avec les Esprits - pouvoir bien rare - ; les autres opèrent par les
songes et autres signes (augures et victimes chez les anciens).
La sixième est que les uns agissent par les créatures immortelles, les
autres par les créatures mortelles, Nymphes, Satyres et autres habitants des
éléments, comme les Pygmées.
La septième est qu'il existe certains hommes que les esprits servent
spontanément, même sans rituels spéciaux, et d'autres auxquels ils obéissent
difficilement, même quand ils sont évoqués selon l'art magique.
De toutes ces espèces de Magie, la plus noble est celle qui ne dépend que de
Dieu ;.la seconde celle où les Esprits servent d'eux-mêmes fidèlement ; la
troisième, spéciale aux Chrétiens, est celle qui se fonde sur la puissance du
Christ, au Ciel et à la Terre.
A. XXXIX. Les préparatifs nécessaires à l'étude de la magie sont au nombre de
six :
1° Que le néophyte nuit et jour cherche comment s'élever à la véritable
connaissance de Dieu soit par le verbe révélé et de là jusqu'à la création, soit
par l'échelle de la création et des créatures, soit par les effets admirables
que produisent les créatures visibles et invisibles de Dieu.
2° Qu'il cherche par quelle voie l'homme peut descendre en lui-même, qu'il
travaille à se connaître le mieux possible, à savoir ce qu'il a en lui de
mortel, ce qu'il a d'immortel, ce qui dans chacune des parties de son être lui
est spécial ou commun.
3° Qu'il apprenne par son être immortel à cultiver, aimer, à respecter
l'Eternel, puis, par son être mortel, qu'il fasse ce qu'il sait être agréable à
Dieu et utile à son prochain.
Ce sont là les trois grands et premiers préceptes, ceux par lesquels on devra se
préparer à la conquête de la vraie Magie qui est la divine Sagesse ; c'est le
seul moyen d'être trouvé digne de commander un jour aux créatures angéliques,
non seulement occultement, mais manifestement et face à face.
4° Lorsqu'il sort du ventre de sa mère, chaque homme est destiné à un certain
genre d'existence ; qu'il applique son attention à discerner s'il est né pour la
Magie et pour quelle espèce de Magie. Le choix lui sera facile, s'il se dirige
d'après nos enseignements, comme le succès s'il tente nos expériences. Car ce
n'est qu'aux petits et aux humbles que sont accordés de si grands biens.
5° Qu'il surveille si, autour de lui, manifestement, se trouvent des esprits
dont il sent la présence au moment où il va prendre de graves décisions. S'il le
sent, c'est le témoignage que Dieu, par son ordination, l'a sacré mage,
c'est-à-dire maître des Esprits pour l'accomplissement de choses merveilleuses.
Ici, on pèche le plus souvent par négligence, par ignorance, par indifférence,
même par excès de superstition ; mais on pèche aussi par ingratitude envers
Dieu, ce qui a été finalement cause de la perte de beaucoup d'hommes et des plus
célèbres. On pèche encore par témérité et par obstination ; enfin on pèche aussi
quand on ne rend pas à Dieu tout l'honneur qui lui est dû pour les dons qu'on en
reçoit, quand on préfère un fait sans importance.
6° Aie la foi et la discrétion, si tu veux être mage, surtout ne divulgue rien
des secrets qui te seront révélés par l'Esprit, comme il a été recommandé à
Daniel. Il y a des choses à sceller qui ne doivent pas être divulguées. C'est
ainsi que Paul n'était, pas libre de publier ce qu'il avait vu par la
révélation. Personne ne saurait croire combien il y a de choses en ce seul
précepte.
7° La plus grande équité est nécessaire au mage futur ;.qu'il n'entreprenne rien
d'impie, de condamnable ou d'injuste ; qu'il n'admette même pas de pareilles
pensées dans son âme'; c'est ainsi qu'il sera protégé divinement de tout mal.
A. XL. Lorsque le mage sentira autour de lui agir quelque chose d'incorporel,
soit par les sens extérieurs, soit par les sens intérieurs, qu'il se dirige
selon les sept principes suivants pour obtenir l'œuvre magique :
1re Loi : Sache que Dieu est celui qui a envoyé vers toi cet esprit, et sache
que Dieu regarde toutes tes actions et toutes tes pensées. Dirige donc ta vie
suivant la loi établie, suivant le verbe de Dieu.
2° Dis toujours avec David : Ne me retire pas ton- Esprit saint : soutiens-moi
dans la voie par ton souffle directeur, et ne nous induis pas en tentation, mais
délivre-nous de tout mal. Ne donne pas sur moi, je t'en prié. Père céleste, de
puissance à l'esprit de mensonge que tu as déchaîné sur Achab pour qu'il mourût;
mais garde moi dans ta vérité. Amen.
3° Habitue-toi à éprouver les esprits comme le recommande l'Écriture, car les
épines ne produisent pas de raisins. Eprouvons tout, saisissons ce qui est bon
et louable, fuyons ce qui répugne à la volonté divine.
4° Éloigne-toi très fortement de toute superstition, et la superstition, c'est
d'attribuer la divinité à des choses en qui rien n'est divin, ou bien de vouloir
rendre à Dieu de nôtre propre chef un- culte que Dieu n'a pas commandé. Telles
sont les cérémonies de magie satanique par quoi le démon veut impudemment être
honoré comme un Dieu.
5° Fuis le culte des-idoles : n'attribue pas de ton propre jugement une
puissance divine aux idoles et aux autres choses où ni le Créateur ni la nature
n'ont placé quoi que ce soit de tel, idoles que multiplient les cacomages.
6° il faut fuir aussi les insidieux prestiges du diable qui, imitant la
puissance du Créateur et de la Création, produit à son verbe des illusions
capables de faire paraître les choses ce qu'elles ne sont pas, fausse création
qui parodie le secret incommunicable du Dieu tout-puissant.
7° Reste attaché aux dons de Dieu et de l'Esprit-Saint pour les étudier avec
zèle et les pénétrer de tout ton cœur.
A. XLI. Arrivons aux neuf derniers aphorismes de ce volume par lesquels nous
terminerons toute la magie isagogique si la miséricorde de Dieu le permet.
Il faut d'abord préciser ce que nous entendons par mage dans cette œuvre. Le
mage, pour nous, est celui à qui, par la grâce divine, les essences spirituelles
manifestées obéissent pour lui faire connaître tout l'univers et les choses qui
y sont contenues, visibles et invisibles. Cette définition s'étend fort loin et
est universelle.
Le cacomage est celui à qui obéissent par la permission divine les Esprits du
Mal pour sa ruine temporelle et éternelle, pour troubler l'âme des hommes et les
éloigner de Dieu. Tel fut Simon le Mage dont il est fait mention dans les
Actes des Apôtres et dans Clément et que saint Pierre fit précipiter sur la
terre alors qu'il s'était fait élever dans les airs comme un Dieu par les
esprits impurs.
Dans cette catégorie doivent aussi se ranger ceux qui sont marqués .sur les lois
des Douze Tables, célèbres par leurs méfaits et leurs maléfices.
De ces deux magies nous indiquerons les divisions et les espèces dans les tomes
suivants. Il nous suffit d'avoir distingué ici la science du Bien de celle du
Mal, science dont l'homme, pour sa perte, voulut avoir la possession comme
l'indiquent Moïse et Hermès.
A. XLII. Il faut savoir en deuxième lieu que le Mage est un être prédestiné à ce
genre d'œuvres dès le ventre- de sa mère et que personne ne progressera si peu
que ce soit dans cette grande science, s'il ne fut divinement élu par la grâce
pour le Bien ou pour le Mal, car il faut que soit accompli ce mot de l'Ecriture
: « Il est inévitable que des scandales se produisent, mais malheur à l'homme
qui s'en rendra coupable ! ». Aussi, comme nous l'avons dit plusieurs fois
déjà, il faut vivre dans ce monde avec crainte et modération.
Je ne nie pas cependant que les deux variétés de magie ne soient possibles à
atteindre pour qui travaille et avec zèle si les circonstances lui sont
favorables. Mais qu'il n'aspire jamais à la pleine possession de la science.
S'il la désirait, il en serait puni violemment en son corps« et son esprit. Tels
ceux qui, par les opérations des sorciers, se font transporter soit sur le mont
Oreb, soit dans des solitudes : ils sont mutilés de quelque membre, ou
complètement mis en pièces, ou enfin deviennent fous, et cela leur arrive avec
bien d'autres maux encore, dès que, quittant Dieu, ils se livrent à Satan.
Septième Septénaire